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taels, c’est-à-dire près de dix millions en

Nous sommes encore loin des chiffres que donnent les douanes du nord du Yunnan et du ^ Kouang-Si, et de ceux qui étaient relevés par la douane de Lao-Kai au profit de l’empereur d’Annam avant la venue des Pavillons-Noirs.

Le commerce du Tonkin avec la Chine n’a pas atteint le chiffre auquel il pourrait prétendre; les retards à son développement tiennent à des causes de deux ordres : fautes du gouvernement et fautes des particuliers.

1° Fautes du gouvernement :

D’abord, dans le traité même avec la Chine, les douaniers anglo-chinois qui nous ont servi d’intermédiaires, ont eu soin d’introduire une clause que nous avons acceptée, nuisible à notre commerce : la défense d’exporter du sel du Tonkin en Chine. M. Bourne, dans son rapport, fait remarquer l’état d’infériorité où nous met cette prohibition.

« Maintenant, dit-il en faisant allusion aux clauses prohibitives, qu’une route commerciale va être ouverte de la haute Birmanie au Yunnan

occidental, je crois qu’il n’y a pas de raison de craindre un préjudice sérieux pour les intérêts anglais dans l’ouverture du fleuve Rouge, comme il est arrangé par le traité récent, même en supposant un tarif contraire à Hong Kong. »

Jadis, en effet, le Yunnan et une partie des provinces avoisinantes s’approvisionnaient de sel marin venu du Tonkin, et qui faisait l’objet d’échanges importants. Les habitants de ces régions sont maintenant réduits à faire venir du sel gemme du nord du Yunnan. De même que les Anglais aux Indes viennent d’obtenir de la Chine la permission d’exporter directement leur thé au Tibet (ce qui se faisait déjà par contrebande), nous pourrions très aisément faire rapporter ou oublier l’article de notre traité relatif à la prohibition du sel, et notre commerce y gagnerait considérablement.

Par l’établissement de la ferme d’opium, nous avons nous-mêmes interdit l’emploi de l’opium, comme monnaie d’échange, la matière dont il est le plus trafiqué en Chine, et qui, en raison de sa valeur et de son petit poids, tient souvent place de l’argent.

Selon Bourne, les sept dixièmes de l’exportation du Kouang-Si et du Kouang-Ioung au Yunnan sont payés en opium.

Le gouvernement vient au Tonkin de racheter la ferme d’opium; c’est une bonne mesure si la matière doit être dégrevée de la majeure partie de ses droits; mais la substitution du protectorat à la ferme deviendrait complètement inutile, au cas où les frais de douane maintiendraient l’opium à un prix aussi élevé que par le passé.

L’établissement des tarifs douaniers a diminué l’introduction des produits étrangers, sans beaucoup augmenter celle des nôtres. J’ai lu, il y a quelques mois, dans un des journaux du Tonkin, que les marchandises en transit étaient dégrevées de quatre-vingts pour cent des droits d’entrée. Cette mesure s’imposait.

Le gouvernement n’a encore fait que trop peu d’efforts, quand il en a fait, pour encourager et développer le commerce du Tonkin vers la Chine.

Nous n’avons pas, je pense, pris une colonie dans le seul but d’y déverser le trop plein des fonctionnaires à placer, mais bien pour y coloniser et y commercer.

Imitons donc un peu l’exemple de nos voisins

les Anglais qui colonisent et commercent. Lorsque nous nous sommes emparés du Tonkin, M. Bourne a aussitôt reçu une mission du gouvernement britannique « pour faire une enquête sur les conditions et communications commerciales » de cette région peu connue et « sur les résultats probables que les clauses commerciales du traité récent conclu entre la France^ et la Chine aurait pour le commerce anglais avec les marchés intérieurs du Kouang-Ioung, du Kouang-Siet du Yunnan -» .

Et nous, les directement intéressés, avons-nous fait pour nous-mêmes ce que nos rivaux entreprenaient dans la crainte d’une concurrence? Avons-nous envoyé des agents chargés de parcourir en tous sens les régions avoisinant le Tonkin? Avons-nous organisé des missions eommerciales se rendant à Yun-Nan-Sen, au Yang-Tse, consultant les gros négociants chinois, s’entendant avec eux, recueillant des renseignements précis? Non. C’est au rapport du consul anglais que doivent reconrir les Devrez, les Pichon, les Wehrung et tant d’autres qui ont le désir de montrer en France l’avenir commercial que nous pouvons espérer en Chine; car il faut bien s’appuyer sur

autre chose que sur les données vagues lorsqu’on cherche à solliciter des capitaux timides; ce n’est que preuves en mains qu’on arrive à rendre populaire, en montrant des bénéfices assurés, une conquête encore méconnue.

Les quelques documents qui existent de notre coté sont presque introuvables, épars, enfouis dans des archives, oubliés ou perdus. Les demandes adressées au Ministère de la Marine, les recherches aux Chambres de commerce, donnent peu de résultats.

« J'aurais désiré, écrit le docteur Pichon *, consulter les rapports de l’ingénieur Getten et du commandant Bugard, mais je les ai vainement cherchés. Il est regrettable qu’on ne puisse se renseigner sur un sujet aussi important qu’après de longues recherches bibliographiques, le plus souvent infructueuses. »

On peut se demander avec M. Wehrung « pourquoi le département des Affaires étrangères n’a pas livré à la publicité des extraits des rapports

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