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Un Voyage en Yunnan, p

si complets de M. Rocher. » Ils sont pourtant intéressants si j’en juge par l’un d’eux qui m’a été communiqué par un ami du Tonkin à titre de service personnel.

Je voudrais le citer ici d’un bout à l’autre, tant pour les avis qui y sont émis que pour la valeur même de leur auteur, M. Rocher, notre consul y à Mong-Tse, bien connu par ses ouvrages et par la grande expérience des choses d’Extrême-Orient que lui a donnée son long séjour en Chine.

c( Les routes du Su-Tchuen, du Kouy-Tcheou et de Canton, dit-il, quoique beaucoup plus longues, continueront à fournir leur contingent de marchandises, et cela durera tant que la voie du fleuve Rouge, dont personne ne discute les avantages, présentera tant d’aléas, et que la pénurie des jonques, tant à Hanoï qu’à Mang-Hao, maintiendra le prêt à un taux rémunérateur pour les armateurs, mais ruineux pour le commerce. »

La pénurie des jonques est due aux diflicultés non aplanies de la navigabilité du fleuve Rouge.

On doit chercher les planches dont sera faite une jonque capable de franchir les obstacles, dans

des forêts éloignées, insalubres et non percées, dont les abords effrayent l’ouvrier. Tandis que sur les rives du Yang-Tse, les bateliers trouvent partout une population vivant du mouvement commercial, par conséquent intéressée, prête pour un prix très, minime à donner son secours à la navigation, le long du Song-Coï, au contraire, se cachent des pirates encore dangereux.

« Le résultat de cette organisation (du Yang- Tse), ajoute M. Rocher, et l’abondance des moyens de transport font que le fret d’Ichang à Tchong- ' King revient à meilleur compte que d’Hanoi à Lao-Kai. Cependant, la navigation du haut Yang- Tse est autrement difficile et dure que sur le fleuve Rouge

» Il ne suffit pas de posséder les meilleures terres pour être riche, il faut encore savoir les faire produire. Eh bien, si on jette un regard rétrospectif, on voit que le fleuve Rouge est aujourd’hui ce qu'il était il y a trois ans, rien n'a été fait, les difficultés sont les mêmes, l’outillage n’a été ni modifié ni augmenté, et, si on constate un peu

de sécurité, il faut avouer que les négociants l’achètent très cher, en payant aux rôdeurs de frontières ce qu’ils appellent : « une taxe contre la piraterie. »

2“ Faute des particuliers :

Lorsqu’on voit le peu d’efforts du gouvernement pour encourager et développer le commerce du fleuve Rouge, pour rendre la voie pratique et navigable, ou pour mettre à l’étude la construction d’un chemin de fer, on ne peut s’étonner de voir l’initiative privée, laissée entièrement à ellemême, en retard. Encore est-ce d’elle que viennent les seules tentatives pratiques pour pénétrer au Yunnan. Les messageries fluviales ont fait monter des steamers jusqu’à Lao-Kai.

Ce n’est pas que la hardiesse, le courage et l’énergie fassent défaut à nos colons. Non, le seul reproche qu’on soit en droit d’adresser ai^ particuliers, chez nous, c’est de ne pas produire en vue même des colonies, de rester, sur ce chapitre, loin derrière les Anglais et les Allemands, de ne pas se renseigner assez exactement et assez minutieusement par des agents compétents sur ce qu’il y aurait à faire.

A ces reproches, je prévois une réponse immédiate :

« Il est facile, me dira-t-on, de parler de projets et d’intentions; nous en avons tous, et d’excellents; fournissez-nous seulement des caj)itaux. »

Voilà le grand mot lâché. L’élément premier de toute entreprise, l’argent, fait défaut. Encore les quelques Sociétés qui se sont réunies pour soutenir le développement des œuvres utiles et profitables, en Indo-Chine, ont-elles créé une banque, enfermée dans des statuts trop étroits pour pouvoir venir en aide d’une façon efficace et pratique aux entreprises mêmes qu’elle juge les meilleures. La banque d’Indo-Chine reconnaît aisément que ses règlements ne lui permettent pas de jouer vis-à-vis de nos colonies un rôle analogue à celui des banques anglaises sur la côte de Chine.

« Si peu que nous fassions, me disait un de ses employés, pour prendre en main la moindre affaire, sommes-nous obligés de tourner autour

de nos textes, et encore, une fois lancée, la plupart du temps n’est-elle pas absolument statutaire. »

Pourquoi nos capitaux sont-ils aussi timorés ? Pourquoi mettons-nous des centaines de millions dans des entreprises telles que le Panama, prônées par des financiers véreux ou des politiciens malhonnêtes, et rien chez nous? Question d’économie politique, tenant à des causes fort complexes qu’il ne nous appartient pas de chercher à étudier ici.

Qu’il nous soit seulement permis, en terminant ce travail, d’exposer les vœux qui me paraissent en être les conclusions naturelles :

Création d’un port en eau profonde à Hong-Hai ou à Kehao.

Etude sérieuse, suivie de travaux, des moyens de faciliter la navigabilité du fleuve Rouge.

Étude de la possibilité de construction d’un chemin de fer sur la rive gauche du fleuve h

1. Depuis la conquête de la haute Birmanie en 1886 jusqu’en 1891 les Anglais y ont dépensé deux millions huit cent trente mille roupies, environ quatre millions huit cent onze mille francs pour

Diminution des tarifs douaniers pour les marchandises en transit.

Arrangements avec le gouvernement chinois permettant l'exportation du sel.

Suppression ou réduction considérable des droits sur l'opium entrant.

Création d'un établissement de crédit industriel et commercial, d’une sorte de sous-comptoir, qui s’appuyant sur la banque d'Indo-Chine, pourrait prendre en mains les opérations que les statuts de celle-ci lui interdisent.

Les mesures pour faciliter l’exploitation et développer le commerce du Tonkin, étant prises, il trouvera alors ce qui avant tout manque à nos colonies : le crédit.

Encore impopulaires dans une partie de la nation, celles-ci souffrent de ne pas être comprises chez nous d’une même manière par tous. Et sur

les chemins de fer. Ils ont poussé jusqu’à Mandalay la ligne qui longe riraouaddy (ligne à voie d’un mètre de deux cent vingt milles, soit trois cent cinquante-deux kilomètres). Pendant l’année 1890 les chemins de fer de Birmanie, dans les revenus desquels la branche de Mandalay entre pour deux cinquièmes ont donné quatre et demi pour cent de dividende. Nous sommes encore loin d’avoir même cherché à atteindre des résultats semblables au Tonkin.

place, presque partout existe un antagonisme caché, sinon ouvert entre le gouvernement et le colon.

« Inutile d’aider le commerçant français, dit le fonctionnaire, il n’a pas d’argent. »

Et celui-ci de répondre :

« Pourquoi chercher de l’argent, puisqu’on nous met des harres dans les roues? »

Ainsi tournent-ils tous deux, l’un à la suite de l’autre, dans un cercle vicieux dont ils ne sortent pas, faute d’entente première sur l’objet en question, possession ou colonie selon le côté d’où l’on regarde.

Cet état de choses dont nous souffrons tous, ne tient pas à notre nature même ; nous sommes colonisateurs, et à ceux qui soucieraient, je conseillerais, sans prendre d’autres exemples de regarder le Canada; mais nous sommes victimes d’une confusion. A nous-mêmes de rompre le cercle de routine, de préjugé, de défiance, ou de tracasseries dans lequel nous sommes enfermés.

« Vous avez des yeux, disait Mac Carthy à ses

compatriotes, ouvrcz-les ; regardez un peu plus loin que votre arrondissement, votre club, votre coterie, votre village. »

Regardez à l’Est, ajouterai-je.

Je ne sais ce que vaut l’Afrique, je n’y ai pas été. Je suis sûr qu’elle renferme des régions très riches. J’aime à croire que les millions dépensés au Congo nous rapporteront un jour ; que les huiles du Dahomey enrichiront nos commerçants. J’ai la plus profonde admiration pour tous les hardis explorateurs, pour les Mizon, pour les Binger, les Monteil, les Maistre, les Dybowsky, etc., si nombreux que leur liste ne pourrait figurer ici, qui, le drapeau français à la main, ont couvert la moitié de l’Afrique d’un réseau de lignes tricolores.

Pour avoir l’énergie et l’audace d’entreprendre des œuvres aussi périlleuses, il faut avant tout la foi, comme le disait il y a quelques mois un des plus grands partisans, un des créateurs du Tonkin, récemment enlevé. La foi dans^la grandeur du continent noir, ils l’ont tous. Jusqu’à quel point, peuvent-ils la justifier, c’est ce que je ne sais pas.

Mais ce que je sais, c’est ce qu’est l’Asie : uou seulement le passé, mais encore tout l’avenir ; de grandes voies de pénétration fluviale, les fleuves bleus, la rivière des Perles, le Song-Coï, le Mékong; d’immenses plaines de boue jaune qui alimentent près de quatre cents millions d’habitants ; des récoltes qui semblent sortir sans soin d’un sol fécond, inépuisable, se passant d’engrais ; des centaines de kilomètres de villages se pressant les uns derrière les autres pour ne former qu’une seule rue où le voyageur ne peut trouver d’espace pour poser sa tente, un peuple qui grouille, qui se multiplie, qui travaille, et qui ne demande qu’à échanger, qu’a consommer.

A l’Asie nous fournirons notre science, notre intelligence; nous lui servirons d’ingénieur, nous serons son cerveau, elle nous donnera des bras, des bouches, et la matière première : le charbon et les métaux ; le riz et le blé ; le coton et la ramie.

C’est encore en Asie que se décideront les destinées du monde ; en Asie se créeront, se grandiront ou se fortifieront les empires ; et celui qui saura faire écouter sa voix en Extrême Orient pourra aussi parler bien haut en Europe.

Des hommes qui avaient la vue longue ont compris l’intérêt pour la France de s’attacher aux flancs de la Chine ; ils ont pris à l’extrémité de l’ancien continent un morceau de terre pour y établir une guérite abritant la sentinelle française à la porte du Céleste-Empire. Par un hasard bien heureux ce lambeau de terrain se trouvait être très riche lui-même, il était à la tête de la ligne qui conduit directement à l'empire le plus peuplé et un des plus productifs du monde. Une coïncidence assurément encore bien heureuse faisait de ce lopin, un immense magasin de charbons donnant ainsi à notre marine militaire le privilège exclusif de l’indépendance la plus complète vis-à-vis de ses voisins à des milliers de lieues de la patrie !

Nous avions tous les atouts en main, nous les avons encore pour arriver bons premiers avec les produits de notre industrie nationale sur les grands marchés de la Chine,

Ne les perdons pas.

Commerçants, souvenez-vous que tandis que l’importation française au ïoukin n’est que de douze millions de francs, pour douze millions d’habitants, les importations directes de l’Angle-

terre en Birmanie étaient déjà de soixante et onze millions de francs en 1884 pour quatre millions quatre cent trente-quatre mille habitants, qu’en l’année 1891-92 le commerce extérieur de la Birmanie a été de deux cent-cinquante millions de roupies, soit quatre cent vingt-cinq millions de francs.

Ce sont des chiffres.

Souvenez-vous que le Tonkîn est plus riche, trois fois plus peuplé et mieux situé que la Birmanie.

Souvenez -vous que le Tonkin produit le coton, renferme des millions de tonnes de charbon, est relié par la voie la plus courte et la meilleure à la Chine.

Soyez Asiatiques, voilà l’avenir I

HENRI-PH. d’oRLÉANS.

APPENDICE

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