TROISIÈME. LEÇON
Structure des bronches et des cavités respiratoires. — Epithélium pulmonaire.
Sommaire. — Des parois des canaux respiratoires : tuniques fibreuse externe, musculeuse, fibreuse interne, muqueuse à cils vibratiles. — Modifications de structure suivant les dimensions des canaux aériens.
Messieurs,
Au moment où nous nous sommes séparés, il y a une douzaine de jours *, je m’efforçais de vous faire connaître la disposition générale, ou, si je puis ainsi parler, l’architecture de ces canaux respiratoires ultimes, dont l’ensemble constitue le dernier élément de l’arrangement lobulaire du poumon, en d’autres termes [Fig. 5).
J’aurai très prochainement l’occasion de vous montrer les applications importantes qui peuvent être faites des notions que nous avons acquises sur ce point pour l’interprétation des phénomènes du domaine pathologique. Mais, avant d’en arriver là^ nous devons étudier avec soin tous les détails de la construction de ces parties fondamentales de l’organe pulmonaire. Nous ne connaissons encore que la configuration générale, le plan d’ensemble de ces parties. Aujourd’hui, nous devons apporter tout notre soin à étudier les matériaux qui en-
Cctte leçon a été faite après la rentrée des vacances de Pâques (1877).
CANALICULES HESPlRATOIllES
trent dans leur consLiLuLion soit individuellement, soit dans leur mode d’arrangement mutuel.
D’une façon très sommaire, il est possible d’avancer que les parois des canaliciiles respiratoires proprement dites {condüils alvéolaires^ infundibula, alvéoles pulmonaires) sont construites sur le même plan et avec les mêmes matériaux que
Fi(f. 5. — Un admis pulmonaire. — Prépai-atiou oi'iginale. Injection ù la cire. Enfant nouveau-né. — II, Broncliiole. — V, brandie de l’artère pulmonaire. — K, K, conduits alvéolaires. — A, espace interlobulaire.
les parois des canaux bronchiques, dont elles sont d’ailleurs le prolongement, la dernière expansion.
J’ai placé sous vos yeux, dans la dernière séance, un croquis figurant l’ensemble des conduits aériens, depuis les bronches de calibre jusqu’à la dernière terminaison en cul-de- j sac chez un fœtus de trois mois. L’unité de composition de l’appareil tout entier frappe les yeux sur les préparations du I genre de celles que représente ce dessin. Il serait bien difficile j d’établir, au point de vue de la texture, une ligne de démarcation tranchée entre les diverses parties qui le constituent.
Au milieu d’une gangue conjonctive embryonnaire paraissent creusés des conduits, sans paroi propre bien distincte, se
BRONCUES INTRA-PULMONAIRES
continuant les uns avec les autres par une transition insensible, et revêtus, dans toute leur étendue, d un épithélium se rapportant au type cylindrique. Composé, dans les bronches de calibre, de cellules dont le diamètre vertical l’emporte de beaucoup sur le diamètre transverse, cet épithélium tend à s’aplatir progressivement à mesure que le diamètre des conduits aériens devient plus étroit, mais la forme cylindrique est encore très accentuée dans les cellules qui tapissent les extrémités en cul-de-sac.
Chez l’enfant et surtout chez l’adulte, les choses ne sont pas aussi simples. Ici encore, l’analogie de composition, qui existe entre les conduits bronchiques et les canaux respiratoires est facile à mettre en relief; toutefois, il y a lieu, en outre, de faire ressortir des différences capitales. Ceci nous conduit naturellement à établir, au point de vue de la structure intime, un parallèle entre ces deux parties distinctes de l’appareil pulmonaire : la lumière naîtra du contraste.
A. Laissant de côté, pour le moment, les régions supérieures des canaux aériens (larynx, trachée, premières divisions bronchiques), nous considérerons seulement les bronches intrapulmonaires. Or, parmi celles-ci, il convient, pour le but que nous poursuivons, de distinguer celles dont le diamètre dépasse un millimètre, de celles dont le calibre reste au-dessous de ce chiffre [Fig. 6).
B. Les premières, c’est-à-dire les bronches relativement volumineuses, ont des parois dont la structure rappelle celle des parois de la trachée, par la présence, dans leur épaisseur, de plaques cartilagineuses et de glandules muqueuses. Yoici les principaux détails de la structure de la paroi. Pour plus de simplicité dans notre description, nous ferons abstraction des vaisseaux sanguins ou lymphatiques dont il sera question plus lard et d"une manière spéciale.
30 BRONCniîS INTRA-PULMONAIRES
Une section pratiquée perpendiculairement au grand axe sur une bronche de cet ordre, convenablement préparée et durcie, laisse constater ce qui suit ;
\° Pour les trois quarts au moine, la paroi est constituée par une tunique qu’on désigne sous le nom de tunique fihreme externe ou adventice, et dont la masse est formée de tissu fibreux, dense, disposé sous forme de faisceaux, les uns longitu-
Fig. 6. — Une partie de la coupe d'une bronche de 8 millim. de diamètre. — Ilomma, grjssissement 3 0/1 1 a, Couche fibreuse externe. — 6, Couche musculaire. — c, Couche fibreuse interne, avec la membrane liyrfondamentale. — Couche épithéliale. (D après F.-E. Scbultze.)
dinaux, les autres transversaux. Dans son épaisseur se voient de nombreuses fibres élastiques groupées en faisceaux dont la direction est longitudinale ; c’est dans l’épaisseur de cette tunique que se voient les plaques cartilagineuses {Fig. 6, d), ainsi que les glandules muqueuses.
2° Plus en dedans, on trouve la tunique musculeuse, composée par des fibres lisses disposées en faisceaux circulaires [Fig. 6, b). Chez l’homme, l’épaisseur de cette couche sur une bronche de 4 p. est de 0,1 [j-, et, sur une bronche de 2 ia, elle est de 0,05 Cette couche, envisagée sous le rapport pa-
BRONCnES INTRA-PULMONAIRES 'î'*
Ihologique, offre un intérêt incontestable. La transformation embryonnaire de la couche, décrite tout d abord, et la destruction concomitante des noyaux cartilagineux qu’elle possède, jouent, d’après les observations récentes, un rôle sérieux dans la pathogénie de certaines dilatations bronchiques. Si l’on en croit les recherches de M. Trojanowski confirmées par quelques observations qui me sont propres, la même appréciation s’appliquerait à l’atrophie de la tunique musculaire.
Du reste, vous nfignorez pas. Messieurs, l’importance accordée au jeu des fibres de Reissessen dans quelques théories de la bronchite spasmodique. Ces théories ont été un peu démodées quand M. 'Wintrich eut vérifié la valeur des expériences de M. Williams, expériences d’après lesquelles les irritations du pneumogastrique auraient pour effet de produire un resserrement des conduits bronchiques, suffisant pour expulser une certaine quantité d’air. Mais, dans ces derniers temps, M. Bert a repris les expériences de M. Williams et, grâce à la rigoureuse exactitude des procédés graphiques qu’il a employés, il a pu en confirmer les résultats expérimentaux.
3® Plus en dedans encore, on rencontre la couche fibreuse interne^ ainsi que l’appelle M. Schultze, et qu’il est possible de regarder comme correspondant au derme de la membrane muqueuse bronchique {fPig. 6, c). Du côté de la cavité bronchique, elle se limite par une ligne onduleuse. Les saillies des ondes correspondent aux plis longitudinaux, visibles à l’œil nu sur la face interne des conduits bronchiques moyennement distendus. Le stroma de cette tunique est composé de tissu cellulaire lâche qui, au contact de l’épithélium, s’épaissit sous forme d’une membrane anhyste {membrane fondamentale). Des fibres élastiques, groupées en faisceaux allongés, s’observent partout dans l’épaisseur des plis longitudinaux.
I Bicrmer, p, 753.
ÉPITUÉUUM PÜLMONAIRK
4° La dernière couche, que nous devons étudier, est remarquable en ce qu’elle est presque entièrement constituée par des cellules épithéliales cylindriques à cils vibratiles [Fiff. 6, d). Le revêtement, ici, est formé d’une couche unique de grandes cellules dont les extrémités efûlées touchent la membrane fondamentale ; mais les intervalles, que ces extrémités laissent entre elles, sont remplis de cellules rondes ou polygonales, privées de cils. Selon toute probabilité, ce sont là de jeunes cellules destinées à remplacer les cellules adultes qui viendraient à manquer.
En outre des cellules à cils vibratiles, il convient de signaler l’existence, çà et là, de cellules cylindriques privées de cils, qui ont été bien décrites par E. Schullze L Ce sont des cellules caliciformes ou muqueuses, ainsi qu’on les appelle encore. Elles sont creusées, vous le savez, par une cavité en capsule, | s’ouvrant par un orifice arrondi et qui laisse échapper de temps à autre la matière muqueuse qu’elles sécrètent. En effet, on les considère aujourd’hui comme de véritables glandes muqueuses unicellulaires. Remarquez, Messieurs, que l’épithélium cylindrique se continue sur le conduit excréteur des glandes muqueuses; mais, à ce niveau, il s’aplatit, devient cubique et j perd ses cils vibratiles.
Je n’insisterai pas sur le rôle attribué aux cils vibratiles. Je me contenterai de vous rappeler que ce rôle consisterait surtout à diriger les produits de sécrétion bronchique vers l’orifice laryngé et à empêcher la pénétration dans les voies respiratoires profondes des corps étrangers pulvérulents, suspendus dans l’atmosphère. Nous verrons bientôt que la barrière qu ils opposent à l’introduction de ces corps étrangers est loin d être ■ infranchissable.
Je crois utile. Messieurs, de vous faire remarquer en passant que cette tunique, d’une constitution si délicate en appa-
’ E. Schultze's Arcfiiu, Bel. II, p. 192.