‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 9 sur 159 · DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LEÇON

La structure lobulaire du poumon (Smte).

Sommaire. — Histologie normale. — Bronche intra-lobulaire. — Bronchioles terminales. — Lobules secondaires ou acini pulmonaires (système des conduits alvéolaires de M. Schaltze ; — lobulettes de M. 11. Waters). — Texture des acini: conduites alvéolaires; — alvéoles pariétaux; — infundibula. — Espaces interinfundibulaires et interalvéolaires.

Messieurs,

Après l’aperçu sommaire que je vous ai présenté dans la première leçon, relativement à la texture lobulaire du poumon, tout n’est pas dit ; aussi, faut-il aujourd’hui pousser plus avant l’examen. Nous devons, en effet, considérer plus minutieusement que nous l’avons fait jusqu’ici, l’arrangement des parties dans le lobule lui-même. Cette étude nous conduira à la connaissance de détails topographiques très circonstanciés et nous permettra, par conséqueni, de tenter, dans un avenir prochain, une localisation étroite et précise des diverses altérations du parenchyme pulmonaire.

Faisant appel à l’histologie proprement dite, nous serons

éléments anatomiques ; car c’est en eux, à tout prendre, que nous pouvons avoir quelques chances de rencontrer anatomiquement la première empreinte des processus morbides.

UISTOLOGIE NORMALE

J’ai fait placer sous vos yeux une figure schématique fort instructive, que j’ai empruntée à l’édition la plus récente du Traité d'histologie, publié par M. Rindfleisch Cet anatomiste distingué s’est livré dans ces dernières années à une série d’études concernant la structure normale du poumon, en vue surtout des applications anatomo-pathologiques. Sous ce rapport, les recherches de M. Rindfleisch nous intéressent naturellement d’une façon toute spéciale. J’ajouterai que les faits qu’il s’est efforcé de mettre en lumière sont de tous points conformes aux résultats consignés par M. Eilhard Schultze dans un des travaux les plus justement estimés qui aient paru sur la matière

Cette planche {Fig. 2) représente la coupe pratiquée suivant l’axe principal d’un lobule pulmonaire de grande dimension, c’est-à-dire mesurant environ un centimètre en longueur et un demi-centimètre dans le sens transversal. Une petite bronche, appartenant à la catégorie de celles que M. le professeur Sappey désigne sous le nom de sub lobulaires, pénètre la substance du lobule par une des extrémités de celui-ci. Nous faisons abstraction du rameau satellite de l’artère pulmonaire et de ses divisions intra-lobulaires afin de ne point surcharger le tableau.

Vous voyez comment ce petit tuyau bronchique, dont le diamètre, au moment, de son entrée, est de 1 -x environ (Sappey), se dirige suivant l’axe central du lobule, sans diminuer beaucoup de volume, jusqu’à un point où il se divise en deux branches secondaires qui s’écartent l’une de l’autre sous un

' 4" édition, fig. 141.

' Sh'ickers Ilandbuch, l. I, p. 46.

Charcot. Oeuvres complètes, r. v, Poumons.

■J 8 lîUONCllE INTIU-LOBULAIHE

uiîqIg tiig'ii- Mûis, dans son parcours, C6 Ironculc, (jui porlG 1g nom dG bronche inlr a- lobulaire, a donné naissance à d’autres rameaux qui s’en sont détachés selon l’ordre alternant et sous une incidence presque perpendiculaire.

Dans le cas que nous supposons, le nombre des rameaux de

Fiq.

second ordre, y compris ceux qui proviennent de la division dichotomique terminale, est de sept. Ce n’est pas là, toutefois, veuillez le remarquer. Messieurs, un chiffre constant, tant s’en faut; le nombre de ces rameaux se montre variable.

Quoi qu’il en soit, chacun d’eux se divise encore a son tour et fournit des bronchioles remarquables et par leur court trajet et par l’étendue relativement considérable de leur diamè-

BRONCHIOLES TERMINALES

tre(l/3 de <j. environ, d’après Rindfleisch). Le nombre de ces bronchioles courtes se trouve être, dans l’exemple choisi, de 14 ; mais il pourrait y en avoir beaucoup moins, soit 4 dans un très petit lobule, ou beaucoup plus, jusqu’à 20 ou 30 dans les plus gros lobules. J’ajouterai que ces bronches courtes ne répondent pas toujours à des ramifications de deuxième ordre par rapport au tronc bronchique, mais bien quelquefois à des ramifications de troisième ou de quatrième ordre.

Ces bronchioles méritent, comme vous allez le voir, de fixer votre altention et doivent être désignées par un nom particulier : je les appellerai bronchioles terminales ; elles représentent en effet la fin du système bronchique proprement dit. Les divisions ultimes qui leur font suite offrent dans leur structure et, du même pas, dans le rôle physiologique qu’elles accomplissent, des modifications profondes; en d’autre termes, l’orifice des bronchioles terminales, qui regardela surface du lobule s’ouvre dans un système de canalicules où s’opère le phénomène de 1 hématose et dont la structure, en raison même de ses fonctions nouvelles, s’éloigne de celle des bronches.

L ensemble des canalicules aériens qui communiquent avec une bronchiole terminale — dont ils sont en quelque sorte l’expansion — constitue un petit système, tout à fait indépendant desautres systèmesanalogues qui sont en relation de continuité avec les autres bronchioles du même ordre.

Ce sont donc, ainsi qu’il vous est aisé de vous en rendre compte, autant de lobules nouveaux en lesquels peut être dé composé le grand lobnie. De fait, chacnn des lobules secondaires ainsi forme est séparé de ceux qui l’avoisiiienl par une lamelle de tissu conjonctif, assez distincte chez le fœtus et les

OQ acinus pulmonaire

Irôsieunes enfanls, fort délicate, au contraire,^ chez l’adulte où cependant elle se reconnaît quelquefois très bien sur la base des lobules sous-pleuraux quand cette base est marquée par une traînée pigmentaire.

Je vous proposerai, avecM. Rindfleisch, de désigner cenouvel élément de texture sous le nom d’«a'ni« pulmonaire. La désignation de lobule secondaire me semble d'un emploi peu commode; elle a été, d’ailleurs, plus d’une fois compromise, par suite de l’usage arbitraire qu’en ont fait les auteurs; es uns appelant lobule secondaire ce que d’autres appel ent lobule primitif; il en est, cnCii.qui appliquent les mots lobule secondaire h une partie seulement de l’acinus tout entier.

Pin 3 - Sytéme des conduits alvéolaires

avec les infundibula, pris sur le rtion d'un singe rCercopühecitsJ --

mercure, grussissemeut (le 10 ’

uaison bronchique. - b, b, infundibuU. - c, e,c duils alvéolaires.

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ta structure du poumon. P”'''" ^ "“"^;;y„,„„énient de appellation «lobuletles» “ ^^^„„^„„„ance française.

n’appartenir a aucune lang . pa„,ploi de cette

Yoiciassez de raisons, ]e pense, P ] m'arrête.

dénomination i' admis pulmonaue à laque J

^'Immricune des broncbes terminales extrémité un acinus, qui y est appendu é peu pi

1 noughlon Walers. - Tke anatomy of tke human luny. London, i860.

TEXTUHIÎ DES ACINI PULMONAIRES -il

d’un fruit, lo grand lobule pulmonairo, dans le cas invoqué par M. Rindfleisch, serait donc formé par 14 acini, autant qu il y a de bronchioles. Mais il convient de remarquer que le nombre des acini est variable dans la même proportion que celui des bronchioles terminales. La forme et les dimensions des acini se rapportent au contraire à un type presque constant: ce sont de petites pyramides dont l’axe longitudinal ou mieux celui qui va de l’extrémité de la bronchiole terminale à la surface, a une étendue à peu près égale (Rindfleisch, Schultze.)

Tous les acini sont faits sur le même modèle quant à la texture et ce qu’on dit de l’un, à ce propos, s’applique exactement aux autres. Les détails de celte texture doivent être actuellement, denotre part, l’objet de quelques développements, car, s’il est vrai que c’est dans les acini que se passent les phénomènes physiologiques les plus importants, dont l’organe pulmonaire est le siège, c’est là aussi que se produisent les altérations qui devront plus particulièrement fixernotre attention.

Il importe de distinguer, d’ailleurs, ce qu’on pourrait appeler l’architectonique des canalicules respiratoires et l’analyse des éléments qui entrent dans leur composition. Nous nous attacherons d’abord au premier point.

Nous abordons là. Messieurs, une question d’anatomie délicate fort débattue depuis l’époque, éloignée déjà, où Malpighi Ta, pour la première fois, sérieusement abordée et qui, malgré les nombreux travaux dont elle a été l’objet, n’est pas encore résolue sur tous les points d’une façon absolument satisfaisante. Les quelques recherches personnelles que j’ai dû faire à ce sujet, pour les besoins de cet enseignement, m’ont con-

RAMIFICATIONS RBuNCIlIOUFS

.duit à considéi-ei* la description Iracée par M. Scliullze et adoptée

par Henle et cjuelijLies autres anatomistes comme étant celle (jui se rapproclie le plus de la réalité. Du reste, la description de M. Scliultze ne s’éloigne pas, au moins dans les traits essentiels, de celle qu’a donnée M. Rossignol, en 1847, dans un mémoire qui fait époque Je m’appuierai aussi dans mon exposé sur les enseignements fournis par l’étude des lésions. L’anatomie pathologique, vous ne l’ignorez pas, peut prêter son concoursà l’anatomie normale: la maladie, en effet, fait souvent ressortir, en les exagérant, des dispositions de structure qui, à peine accentuées dans l’état physiologique, pourraient passer

inaperçues ou être mal interprétées.

Avant de nous engager dans cette étude, il sera opportun, je crois, de considérer, en premier lieu, la disposition beaucoup plus simple que présentent les dernières expansions des ramifications bronchiques, à l’état fœtal. Pour rendre cet exposé plus clair, je place sous vos yeux un dessin fait sur nature et figurant la disposition de l’appareil des canalicules bronchiques chez un fœtus de trois mois que nous venons d’examiner. Vous voyez une bronche de calibre se ramifier plusieurs fois et donner naissance à un troncule d’où partent trois petits canaux qui, eux, se divisent encore, et on constate que chacune des divisions, ainsi produites, se termine parmi renflement

ayant la forme d’une ampoule.

Il esl facile, sur le modèle de celte disposilion, d’élablir un schéma tout à fait propre h faciliter l'intelligence de l'arrangement beaucoup plus complexe des terminaisons de 1 arbre

aérien chez l’adulte.

Supposons une bronchiole se terminant par une ampoule pyriforme. Les parois de cette ampoule se déprimeront, a un moment donné, sur deux points, de telle sorte qu’il en résultera trois petits culs-de-sac. Chacun de ces culs-de-sac se di-

> Concours des savants étrangers, Acadétnie royale de Belgique.

CONDUITS ALVÉOLAIRES 23

visera, à son tour, suivant le même procédé, en deux culs-desac : d’où il suit que nous aurons trois culs-de-sac de premier ordre, terminés par deux ampoules secondaires.

Voilà, Messieurs, une disposilion très simple reproduisant» à peu de chose près, les dispositions de l’état fœtal et qui •ne s’éloigne pas foncièrement, vous allez le reconnaître, de la disposition réelle, plus compliquée, qu’on observe chez l’adulte.

Dans chaque acinus, les canaux aériens composent un système assez compliqué dont les parois, qui limitent l’acinus du côté de sa surface extérieure, se continuent avec les parois de la bronche terminale. Au point où celle-ci s’abouche avec les canalicules, elle subit une sorte d’évasement répondant à un espace vestibulaire vers lequel viennent converger et s’ouvrir, pour chaque acinus, trois ou six conduits cylindriques. Ces conduits, que l’on désigne sous le nom de conduits alvéolaires'^ ^ à partir du point de réunion (Waters) ou vestibule, s’écartent les uns des autres en rayonnant et formant entre eux des angles très aigus. Chemin faisant, ils se ramifient plusieurs fois, suivant le mode dichotomique, et se terminent enfin par des extrémités aveugles, renflées en forme d’entonnoir. Le diamètre transverse des conduits alvéolaires varie entre 0,4 et 0,2 chez l’adulte (Schultze). Un contraste frappant existe entre les parois de ces conduits et celles de la bronche terminale. En effet, tandis que les parois de la bronche terminale restent parfaitement lisses, celtes des conduits alvéolaires sont parsemées d’une série de petits renflements qui font en quelque sorte hernie à leur surface externe et constituent autant de logettes ou alvéoles. Ces logettes, qui, pour la plupart, ont des dimensions égales, sont séparées les unes des autres par de minces cloisons s’avançant vers l’axe du conduit, perpen-

' Alveolarrjünge - Air Sacs (Watersg - Dronc/,es alvéolaires, - Vetioli mfundibulorum (Schultze, 1862j. ’

24 alvéoles PAIUÉTAUX; INFUND115ÜLES

diculairement càsa direclion. Les extrémités libres de ces cloisons laissent entre elles, au centre du conduit, un espace, une voie libre, un jmssage, pour nous servir des expressions de Todd et Bowmann. Cette voie s étend du vestibule aux infundibules quelle fait communiquer entre eux et, le long de son trajet, elle donne accès, par un large orifice, dans chacun des alvéoles latéraux. Ces alvéoles, qui sont pour ainsi dire greffés sur les parois des conduits alvéolaires, portent le nom d’«/véoles pariétaux.

D’après la disposition que nous venons d’indiquer, ces alvéoles ne communiquent pas directement les uns avec les autres, mais seulement par l’intermédiaire du chemin ou du passage central. Et, si vous voulez bien me permettre une comparaison, je vous dirai que la figure, obtenue par une section longitudinale passant par l’axe médian du conduit, rappelle 1 aspect de ces longs corridors des prisons modernes dans lesquels

s’ouvrent les cellules latérales.

Les renflements placés à l’extrémité des conduits sont faits sur un plan semblable à celui des conduits eux-mêmes. En d’autres termes, on a sous les yeux des parois creusees d alvéoles s’ouvrant dans un espace commun autour duquel ils rayonnent. C’est là une disposition qui rappelle celle d’une maison romaine avec son impluvium central et ses cubicula. En général, les alvéoles des infundibula sont plus profonds que ceux des conduits alvéolaires, mais, en revanche, ils sont séparés par des parois plus minces.

Les infundibula — ce terme appartient à la nomenclature de Rossignol — ont été quelquefois désignés sous le nom de complexus alvéolaires. Plusieurs auteurs les ont appelés lo (Sappey, etc.); d’autres, lobules secondaires

(Le Fort). Chaque infundibulum est composé d’ordinaire d’une douzaine d’alvéoles; pourtant, il peut se faire que leur nombie soit un peu plus ou un peu moins considérable, et la surface

infundibules et conduits alvéolaires

de section transversale d’un conduit alvéolaire peut offrir quatre ou cinq alvéoles.

Il n’y a pas a considérer seulement des infundibules terminaux, il y a aussi des infundibules pariétaux : ceux-ci sont greffés de distance en distance sur les canaux alvéolaires de premier ou de second ordre et communiquent avec eux par un orifice d’une largeur variable.

Les alvéoles, examinés soit dans les infundibules, soit dans les conduits alvéolaires, ont, chez l’enfant, une forme généralement globuleuse ; cependant, quelquefois, ils ont une forme polyédrique. Leurs dimensions sont différentes suivant les

âges et suivant les circonstances pathologiques. Nous aurons à revenir plus tard sur ce point. Cependant, nous pouvons dire, dès à présent, qu’on s’accorde à leur reconnaître, chez l’adulte, un diamètre moyen égal à 0,15 [x (Schultze).

Tels sont, en définitive, Messieurs, les grands traits de la structure des canaux dont la réunion constitue un acinus. Il faut ajouter que les diverses parties de ce petit appareil, infundibules et conduits alvéolaires, se lassent en quelque sorte

Fig. 4. — Coupe pratiquée sur le poumon de l’homme.

— a, a, conduits ahéolaires [airsacs) ; — b, b, alvéoles.

— Les parties éclairées représentent les parois des conduits des alvéoles.

gg espaces INTEniNFUNDlBULAIKliS

J^es uns contre les autres, de façon à occuper le moins de place possible et sont à peine séparées par de minces tractus conionclifs Le tissu conjonctif intercanaliculaire et interinfundibulaire’ tout mince qu’il soit, se dessine néanmoins, dans certains cas, sur le plan des sections et aussi sur la base des lobules superficiels où il est parfois marqué par des lignes pigmentaires. Il y a donc lieu de distinguer sur la base des lobules sous-pleuraux, en outre des espaces interacineux, des espaces, circonscrits dans les précédents et qu’on peut appeler interinfudibulaires. Enfin, dans l’aire des espaces mfundibulaires, on découvre sur les surfaces de section, examinées a l’aide des plus forts grossissements, les es;;«ces inleralveo-

laires {Fig. 4)

CeUe disposition explique les apparences représentées dans un grand nombre d'ouxrages et destinées à montrer sur a coupe d’un poumon desséché, pratiquée parallèlement a la surface pleurale et très près de cette surface, le tond des cavités infundibulaires.

I Voir aussi : Henle, toc. cit., p

. 290, et Kôlliker, loc. cit., p. 614

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