VI. Concrétions fibrineuses de l’aorte
Les auteurs du XVIF siècle, qui avaient étudié avec intérêt la question des cœur, savaient aussi que des obstructions de ce genre pouvaient exister dans les gros vaisseaux. Un des monuments les plus curieux que possède la science à cet égard, est l’opuscule de Knips Macoppe, qui raj)porte une observation de ce genre, dans laquelle le diagnostic fut porté pendant la vie (!).
Un professeur célèbre de l’Université de Padoue, Carlo Patini, souffrait depuis longtemps d’une affection étrange
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MALADIKS DE l’aOUTE
dont les plus habiles médecins n’avaient pu reconnaître la nature. Consulté à cet égard, par le malade, Knips Macoppelui adressa une lettre dans laquelle, après avoir discuté les diverses hypothèses qui pouvaient rendre compte des symptômes qu’il éprouvait, il s’arrêta à l’idée d’un polype situé à l’orifice aortique du cœur et venant obstruer le canal de l’aorte : il considère une affection pareille comme incurable et prédit nn conséquence une mort prochaine à son illustre correspondant.
Nous apprenons par un appendice ajouté à cet opuscule par le premier éditeur, que ce lugubre pronostic s'étant promptement vérifié, l’autopsie eut lieu, à la grande gloire de Knips, et à la confusion de ses contradicteurs. On trouva un polype d’une forme très régulière, au point qu’il avait indiqué; et, conformément aux idées du temps, on crut qu’il s’agissait d’une sorte d’entozoaire du cœur, dont le développement est comparé, par l’auteur, à celui d’une plante. Telle est peut-être l’origine du mot végétation, appliqué aux concrétions fibrineuses du cœur et des grosses artères.
Cet opuscule ayant été souvent cité d’une manière inexacte, nous avons cru utile d’en donner ici une rapide analyse ; il nous fournit, en effet, des notions intéressantes sur la manière de voir des anciens à cet égard.
De nos jours, la question des polypes du cœur ayant été complètement élucidée, l’histoire des concrétions fibrineuses de Taorte présente un intérêt nouveau, d’autant plus que les travaux récents qui ont mis en lumière les conséquences des embolies artérielles, ont démontré qu’elles peuvent avoir pour point de départ des végétations de cette espèce.
Il est assez rare de trouver sur le trajet de l’aorte une thrombose oblitérante, mais les caillots pariétaux y sont assez fréquents, surtout lorsque la surface interne du vaisseau est dépolie et rugueuse. On les rencontre quelquefois à la surface
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de dépôts alheromaleux ; cependant des concrétions fibrineuses peuvent se former sur des points où les parois artérielles sont parfaitement saines; elles semblent alors adhérer,
par simple juxtaposition, à la membrane interne. On les voit
quelquefois acquérir un volume énorme, sans gêner manifestement la circulation. Chez une femme âgée, M. Vulpian a rou\é une concrétion fibrineuse de 3 centimètres de long sur - e arge : elle siégeait à S centimètres au-dessous de l’origine delà sous-clavière gauche, et occupait le côté postérieur de 1 artère, qui était saine à ce niveau.
Ces dépôts fibrineux, quel que soit d’ailleurs leur volume su lisent, tôt ou lard, la métamorphose régressive, et se ransforment en une sorte de bouillie composée de granulations moiéculaires et de globules graisseux, nageant dans un iquide sereux. Chez une femme qui mourut à la Salpêtrière des suites d un ramollissement cérébral, nous avons trouvé’ immédiatement au-dessous de l’origine de la sous-clavière gauche, deux kystes puriformes de celle espèce, offrant une orme ellipsoïde, et un volume à peu près égal à celui d’un œuf de pigeon La coque fibrineuse, blanche et résistante, qui en formait 1 enveloppe, était d’une minceur extrêmetoute ia cavité du kyste était remplie d’un liquide offrant la P us grande analogie avec du muco-pus verdâtre, et présenant, au microscope, les éléments de la fibrine dégénérée II
coagulums semblables sur
ques athéromateuses ; et le sang de l’artère fémorale L da™r assez grande abon-
Bien que le siège de ces concrétions, placées au dehors de origine des artères carotides, ne permit point de leur attri huer les accidents encéphaliques, on comprend que de tel es' collections sont de véritables nids à embolies, et peuvent até
Cii.incoi. Œuvres compteies, t. v, Pcumom tt Cm,-. 3,
maladies de l aorte
ment fournir les matériaux d’oblitérations capillaires sur une multitude de points à la fois.
Les dilatations séniles de l’aorte sont souvent occupées par des coagulums de ce genre ; M. Yulpian en a récemment trouvé dans une ampoule qui occupait la partie inférieure de l’aorte abdominale. Chez quelques malades, il existe une véritable diathèse de concrétions fibrineuses; on en rencontre sur des points très divers du système artériel.
Dans l’aorte, ces sortes de végétations ont souvent une tendance à devenir pédiculées, ce qui en favorise le détachement. i L’un de nous (M. Charcot) a vu chez une femme, morte de | phthisie pulmonaire, une concrétion fibrineuse de la grosseur j d’une noisette dans l’aorte, immédiatement au-dessous de l’origine des vaisseaux du cou. Elle adhérait aux parois artériellespar un pédicule très étroit; elle était très mobile, et avait dû être ballottée par le torrent circulatoire. 11 existait, chez le sujet de cette observation, des dépôts fibrineux multiples dans les deux reins.
Il nous serait facile de multiplier les cas de cette espèce; mais il est aisé de comprendre que de telles végétations, qui peuvent subsister longtemps dans l’aorte sans occasionner de troubles appréciables dans la circulation, sont destmees a s en détacher tôt ou tard, en totalité ou en partie : il en résulte tantôt des altérations viscérales, tantôt des oblitérations d artères d’un gros calibre, qui expliqueraient les gangrènes subites dont les extrémités sont parfois atteintes chez les veillards. Nous avons quelquefois observé des cas de ce genre.
Lorsque les détritus fibrineux qui ont subi la régression graisseuse sont transportés dans le torrent circulatoire, des accidents infectieux peuvent en être la conséquence. M. u pian a présenté, l’année dernière, à Société Mpitaux.nco cas deçà genre. Un kyste fibrineux de' “■y « * gauche avait éprouvé la fonte puriforme ; sa rupture fu
EMBOLIES
d’accidenls apoplectiques et d’un état typhoïde, qui se termina par la mort.
Nous savons déjà que les végétations fibrineuses implantées sur l’aorte peuvent, elles aussi, subir ce travail régressif. Chez une femme âgée qui mourut à la Salpêtrière avec des symptômes typhoïdes très prononcés^ M. Charcot trouva, pour toute lésion, des ulcérations athéromateuses et des kystes fibrineux de l’aorte qui, après avoir éprouvé la régression graisseuse, avaient versé leur contenu à l’intérieur de ce vaisseau : aussi le sang artériel, examiné sur plusieurs points, offrait-il des corpuscules granuleux et des gouttelettes huileuses en grande abondance. 11 paraît donc démontré, d’après ces faits, que la bouillie athéromateuse ou la fibrine altérée peuvent déterminer, une fois transportées dans le sang, des accidents analogues à ceux des infections générales les plus graves. — On peut rapprocher ces phénomènes des conséquences, aujourd’hui si bien connues, de l’endocardite ulcéreuse.
Bibliographie. — Knips-Macoppe (Alex.). De aortæ pohypo epistoLa medica, édita ab Alex. Knips-Macoppe, philosopho et medico. Lugduni, 169:}. — Sumptibus ('adorini ; et Brixiœ, 1731, sump'ibus Caroli Gromi. — Cet auteur est cité par Virchow, sous le nom de Knisma Kopp. — Bail. Kxjsites fibrineux de l'aortr. In Mémoires de la Société de Biologie, 1S62. — Moreaud. Conlrihution à l'étude des kystes fibrineux de l’aorte. Thèses de Paris, 1864 no 156 — Lancereaux. Mémoires d’anatomie pathologique. Paris, 1863, pi 161. — ! Vulpian. Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 1865, p. 10.