‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 126 sur 159 · VII. Embolies de l’aorte · texte numérisé non relu

VII. Embolies de l’aorte

II est assez rare, en raison du calibre exceptionnel du tronc aortique, de rencontrer à l’intérieur de ce vaisseau des caillots migratoires; cependant on comprend qu’à la rigueur, des fragments détachés d’une tumeur pulmonaire, des masses solides développées au sein des cavités gauches du cœur, pourraient quelquefois s’arrêter dans l’aorte elle-même. C’est ainsi que Cruwel, cité par M. le professeur Andral, a vu l’orifice

MALADIES DE l’aOUÏE

aortique occupé par une concrétion ossiforrae ; c’est ainsi que MM. Vidal et Lancereaux, dans des cas de cancer pulmonaire, ont trouvé des débris cancéreux dans le cœur gauche et dans l’aorte elle-même. C’est au niveau de la bifurcation du vaisseau, que les obstructions de ce genre auraient naturellement le plus de tendance à se produire. Nous avons vu, dans le service de M. Moissenet, à l’hopital Lariboisière, une oblitération embolique de l’artère iliaque primitive, immédiatement audessous de son origine, par des végétations détachées de la valvule mitrale ; il en était résulté une gangrène du membre correspondant, qui se termina ultérieurement par la mort.

VllI. Entozoaires de l’aorte.

Indépendamment des animalcules qui peuvent existera l’état libre dans le sang, on rencontre, chez les animaux, des helminthes, d’une nature spéciale, logés à l’intérieur des vaisseaux artériels.

Ruysch est le premier observateur qui ait signalé ce fait c’est chez le cheval qu’il avait constaté celte lésion singulière. Soixante ans plus tard, Schulze découvrit un anévrisme vermineux dans l’artère mésocolique d’une vieille jument. Dans l’espèce canine, Morgagni et Courten ont trouvé plusieurs fois des vers logés dans l’épaisseur des parois de l’aorte ; mais, depuis cette époque, c’est principalement dans la famille des solipèdes qu’on a constaté l’existence de ces entozoaires. Ils occupent habituellement des poches anévrismaliques développées sur le trajet de l’artère mésentérique supérieure : on peut cependant les rencontrer sur d’autres points, et notamment sur le trajet de l’aorte elle-même; mais c’est toujours la portion abdominale de ce vaisseau qui en est le siège.

C’est à l’intérieur même des concrétions fibrineuses qur remplissent la cavité de l’anévrisme qu on découvre ces ^ers.

ENTOZOAIRES

iis ont été décrits par plusieurs observateurs, sous le nom de C7'ino7is; Rudolphi les a classés dans le genre strongle, et en fait une espèce à part sous le nom de strongy lus œ'matiis mino?'. M. Rayer, dans un mémoire approfondi sur cette matière,

I où les travaux de ses devanciers sont résumés et souvent ree-

i tifîés, a donné de cet entozoaire une description détaillée. Le

j défaut d’espace nous interdit de la reproduire ici: contentons- I nous de faire observer que, sauf le volume, ces petits vers i ressemblent, à presque tous les égards, au st?'ongylus a?'matus I rnajor, qui habite Imlestin des solipèdes.

I On regardait autrefois ces helminthes comme la cause pre- \ mière de la lésion artérielle; leur présence, d’après plusieurs

: observateurs, pouvait amener des ulcérations de la membrane

interne des vaisseaux, et même provoquer une inflammation suppurative. M. Rayer, dans ses recherches, n’a jamais rien rencontré de pareil ; il fait observer d’ailleurs que ces tumeurs vermineuses appartiennent à la catégorie des anévrismes vrais,

I et sont constitués par la dilatation de toutes les tuniques. Sans r doute, il existe un épaississement des parois artérielles et une \ hypertrophie de la tunique moyenne ; mais ces altérations,

I fort bien décrites par MM. Trousseau et Leblanc, n’autorisent I point à croire que la formation de la poche soit postérieure à l l’éclosion des vers qui l’habitent. Ilering attribue le dévelopï pement de ces anévrismes, presque toujours situés sur le l| trajet des artères intestinales, aux tiraillements que ces vais- -seaux éprouvent pendant le travail des animaux ; mais Üj M. Rayer fait observer, avec raison, que l’anévrsme par tirail- ’I lement offre des caractères anatomiques qu'on ne retrouve 1] point dans les anévrismes vermineux. Dans ces derniers 'J temps, M. Davaine, revenant, en partie, aux opinions an- } ciennes, attribue aux entozoaires la part principale dans le b -développement de ces tumeurs. Malgré les arguments piaulé- sibles qu il présente à 1 appui de ses idées, nous croyons pou-

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voir dire que, jusqu’à présent, l’cliologie de cette affection reste indéterminée.

Des anévrismes vermineux ont été récemment signalés chez l’homme, par Kussmaul et Maier ; au reste, comme ces lésions ne siégeaient pas sur le trajet de l’aorte elle-môme, mais seulement sur certaines de ses branches principales, nous ne croyons pas devoir nous en occuper ici.

Bibliographie. — Ruysch. Opéra omnia. Dilucidatiu valvuUvum arcessit. In U/)s. Anat. 1737. — Schulze. De anévrysmale verminoso in arteria mesocolica equae. In Act. phy. med. nat. Car., t. I, p. 519. — Chabert. Traité des maladies vermineuses dans les animaux. Paris, 1782, p. 19. — Hodgson. On the Disease< of Arleries. London., 18 15. — Trousseau et Leblanc. Avch. gén. de Mi'd., t. XVI, p. 193 ; 1828. — Hering. Mémoires sur les anévrismes internes du cheval. In Recueil de Médecine vétérinaire. Paris, 1830. — Bayer. Recherches critiques et nouvelles observations sur l'anévrisme vermineux et le strongylus armatus minor. In Archives de médecine comparée., n® 1. Paris, 1842. — Davaine. Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l’homme et des animaux domestiques, p. 389. Paris 1860.

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