‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 16 sur 159 · II. Alvéole non distendu, resté à Vétal fœtal · texte numérisé non relu

II. Alvéole non distendu, resté à Vétal fœtal

III. Alvéole distendu ; la plupart des cellules épithéliales ont subi un aplatissement plus ou moins prononcé.

constitué par des cellules cuboïdes, tandis que sur d’autres, contiguës aux précédentes, les cellules avaient éprouvé un aplatissement très manifeste.

Cet aplatissement des cellules épithéliales est la règle chez les fœtus à terme qui ont respiré, môme à peine quelques

ÉriïllÉLlUM rULMONAlRE DU FOETUS

heures. Voici, d’ailleurs, les caraclères du revêtement épithélial chez le nouveau-né [Fig. 14).

L’épithélium est continu, composé pour la plus grande partie des cellules polygonales, ayant un noyau central, sphérique et un protoplasma grenu. Quant à ses contours, ils sont visibles sans préparation ou faciles à dessiner par l’action soit du nitrate d’argent, soit de l’osmium. Mais, selon toute vraisemblance, par suite de la fusion de quelques cellules voisines, il est interrompu çà et là par des plaques claires, plus ou moins larges, sur lesquelles les noyaux peuvent rester apparents ou être, au contraire, complètement effacés. 11 s’agit donc là, en définitive, d un épithélium continu mais polymorphe. En général, les cellules à protoplasma se voient plutôt dans les mailles intercapillaires et, par contre, les plaques sans noyaux recouvrent les vaisseaux.

Fi(j. 14. — Revêtement épithélial des alvéoles pulmonaires chez le nouveau-né, d’après Schultzo et Renie

L aplatissement de la cellule épithéliale qui commence à se prononcer à une certaine époque de la vie fœtale, et qui se complète chez le nouveau-né, est-il la conséquence toute mécanique de la dilatation que subissent les cavités respiratoires soit par le fait du développement, soit par le fait de la distension des cavités par l’air atmosphérique ? Je ne voudrais pas le garantir, bien que cette opinion ait été émise récemment parM. Küttner L Pour l’établir, cet auteur se fonde sur les résultats de l’examen des poumons de dix-neuf fœtus ('hommes et animaux), M. Küttner poussait une injection de géla-

Virchow's Archiv, 1876, t. LXVI, p. 12.

ÉpitnÉLiuM i’ULMOnaihf r-i-; l iiommü

line dans les poumons encore chauds, puis il pratiquait 1 examen microscopique. Celui-ci faisait reconnaîlre que, dans les alvéoles où le liquide avait pénétré, l’épithélium était aplati tandis que dans ceux qui n’avaient pas été distendus les cellules avaient conservé la forme cubique.

Un résultat acquis par M. Küttner dans ses recherches et qui me paraît mieux démontré que le précédent, c’est que, chez les animaux adultes, le chien entre autres, les épithéliums, dans les cavités respiratoires, seraient d’autant plus larges et d’autant plus plats, qu’ils siègent dans une région plus voisine du fond des cavités alvéolaires. En revanche, les cellules situées sur les bords tranchants qui limitent les orifices de ces alvéoles, surtout dans la partie désignée sous le nom de conduits alvéolaires, se rapprocheraient par leurs caractères morphologiques des cellules pavimenteuses qui tapissent la face interne de la bronchiole terminale.

Voici les dimensions respectives des cellules de revêtement prises sur les divers poinls des canalicules respiraloires d’un chien adulte.

Épithélium des bronchioles terminales 0,009 a

des replis des parois alvéolaires. . . 0,013 a

du fond de l’alvéole 0,0o0 a

J’ai obtenu des résultats conformes à ceux qui précèdent chez le cochon d’Inde.

Nous voici parvenus au point où nous devons indiquei comment il est possible de déceler l’existence du revêtement

SliS CAKACïÈliES 49

épilliélial pulmonaire dans l’espèce humaine, à l’étal normal, pendant la vie extra-utérine et où nous devons, en outre, vous en faire apprécier les caractères.

Dans certains cas pathologiques, rien n’est plus simple, ainsi que vous le reconnaîtrez bientôt. C’est déjà là, sans doute, un argument à invoquer en faveur de la réalité même de ce revêtement. On pourrait faire valoir aussi qu’il serait étrange que 1 homme seul fît, sous ce rapport, exception parmi tous les autres mammifères. Mais ces considérations ne sont

pas, à tout prendre, des arguments absolument péremptoires.

Les difficultés proviennent principalement de ce que les méthodes qui sont appliquées avec succès chez les animaux celle de l’imprégnation d’argent, par exemple, sont inapplicables dans le cas de l’homme, parce que, chez lui, l’investigation anatomique ne peut se faire que vingt-quatre ou quaranle-huil heures après la mort, à moins de conditions spéciales qui n’ont pas encore été mises à profit. Or, l’emploi des méthodes en question n'est suivi de résultats satisfaisants que chez 1 animal frais, alors que les tissus ont conservé un certain degré de vitalité. Ce sont donc les procédés les plus sommaires qui, jusqu’ici, ont été mis en œuvre. Ces poumons sont durcis par I alcool et réduits en tranches minces. A ce moment, une difficulté particulière se présente; la lame épithéliale' dont 1 existence est supposée devra être coupée deux fois avant d être portée sous l’objectif du microscope et l’on comprend que le mince filament qui devra résulter de cette double sec lion sera bien souvent chassé de la préparation par le fait même des manipulations qui précèdent nécessairement l’examen. faut ajouter que les vaisseaux capillaires qui rampent sur les or, lices des cloisons offrenl fréquemment, quand iis ne sont pas injectés et que foeil tes renconire de p,-ofll l’appa- ■ence de cellules tusiformes. munies d'un noyau allongé •

CiiAiicoT. (Kiivros complcles, r. v. Poumons.

go ItÉALiTÉ 1)15 l’ÉI’ITUÉLIUM l'ULMONAlUli

d^où, une cause d’erreur d’iulerprélalion que M. Zeiiker n’a pas manqué de taire ressortir.

Pour l’éviter, Colberg a pris le soin d’injecter les vaisseaux à l’aide d’une substance colorée^, avant de réduire le poumon en tranches minces. Sur les préparations ainsi faites et bien réussies, on observe ce qui suit : Une mince lamelle, composée de cellules d'apparence fusiforme, jointes les unes aux autres par leurs bords, forme un revêtement sur toute l’étendue de la paroi de l’alvéole passant au-dessus des vaisseaux capillaires. Au niveau des légers renflements cellulaires, on distingue les noyaux, sphériques ou légèrement ovalaires et en-^ tourés de quelque granulations brillantes qui se dessinent dans leur voisinage, au sein du protoplasma ' . Quelquefois, la membrane de revêtement est roulée sur elle-même dans la cavité

de l’alvéole.

Il peut arriver que celte membrane se présente de face et si, en pareil cas, on a eu la précaution de faire intervenir l’action du carmin, on note les particularités ci-après ; De distance en distance, sur cette espèce de pellicule plissée, on aperçoit des noyaux ou des vestiges de noyaux, souvent semi-lunaires,

D’après Reindlleiscb, 4“ édit., p. 136.

réfraclant assez fortemenl la lumière etdonUe contour arrondi est complété par une ligne également demi circulaire de fines granulations (Fiff. 15) Les divisions qui séparent les cellules les unes des autres ne sont pas visibles; mais nous recon-

‘ Voyez la fig. 1 du mémoire de Colberg.

* lleindfleisch, fig. 33o.

;rüle glandulaire du poumon 51

naîtrons bientôt qu’elles s’accusent sous l’influence des moindres irritations.

Tels sont, Messieurs, les faits propres à mettre en évidence l’existence d’un revêlement épithélial à la surface des canalicules respiraloires chez l’homme à l’état normal. On peut, d’après ces données, affirmer qu’il s’agit là d’un revêtement complet, continu, recouvrant les vaisseaux eux-mêmes; mais il est difficile de décider, à l’aide de ces moyens d’étude trèsjmparfaits, si cet épithélium est composé de cellules uniformes portant toutes des noyaux ou des vestiges de noyaux. Nous verrons bientôt que les faits du domaine pathologique plaident en faveur de V uniformité des cellules du revêtement épithélial pulmonaire.

Toutefois, avant d’aborder l’exposé des faits pathologiques,

il est deux points que nous ne pouvons nous dispenser de •loucher :

r Si l’on eu juge par les caractères morphologiques, les cellules aplaties, soudées les unes aux autres, à noyaux rudimentaires, n’ont sans doute qu’une vitalité obscure. Elles ■acquièrent, comme nous aurons l’occasion de le montrer, une sorte de de revivescence sous l'influence des causes irritatives. Les recherches de Müller et de Ludwig, infirmées à la vérité par celles de Pflüger, Strasbury et Wolfberg, tendent à établir ■que le tissu du poumon joue dans l’accomplissement des actes chimiques de la respiration, le rôle d’une glande. Il aurait sur l’exhalation de l’acide carbonique une action spécifique en vertu de laquelle cet acide serait, à proprement parler secréte. Si cela était vrai, il faudrait, selon toute probabilité,’ ra tacher cette fonction à l’épithélium pulmonaire. Toujours ^sl-i que la présence de cet épithélium à la surface du poumon ^.ulfit pour prouver que le contact immédiat de l’air inspiré avec

52 ANALOGIE DE L^ÉPlTliÉLlÜM PULMONAIRE AVEC LES ENDOlUELlUMS

la paroi des vaisseaux capillaires du poumon, n’esl pas une coiidilion nécessaire à l’accomplissement régulier des actes respiratoires.

2“ L’autre point sur lequel je veux appeler votre attention est le suivant: Composé d’une seule couche de cellules plates, soudées entre elles par un ciment, l’épithélium pulmonaire de l’adulte se confond en quelque sorte, morphologiquement, avec les endothéliums qui recouvrent les membranes séreuses, les parois des vaisseaux lymphatiques et sanguins et dont un caractère commun, vous le savez, est de se développer chez l’embryon aux dépens du feuillet moyen du blastoderme, tandis que les feuillets externe et interne donnent naissance à des revêtements cellulaires ayant plusieuis couches tels sont les revêtements épidermiques, — ou encore à des revêtements d’une ou plusieurs couches constituées par des cellules molles et épaisses : à cette dernière catégorie appartiennent les revêtements de la membrane muqueuse gastro-intestinale et des parois bronchiques. Or, les cellules de revêtement des canalicules respiratoires, comme celles qui tapissent les bronches, naissent dans le feuillet interne. 11 y a donc, dans ceUe organisation, une anomalie assez remarquable puisque, d’après son lieu d’origine embryogénique et sa continuité avec la muqueuse bronchique, l’épithélium pulmonaire est susceptible d’être considéré cômme un véritable épithélium, tandis que, au point de vue morphologique, il se rapproche des endothéliums.

Nous ne faisons que signaler en passsanl cette difficulté, dont la solution appartient à l’anatomie philosophique et nous devons nous borner à déclarer que, pratiquement, dans les conditions pathologiques, répithélium pulmonaire se comporte tantôt à la manière des endothéliums développés aux dépens du feuille tblastodermique moyen, tantôt à la manière

ANALOGIE DE l’ÉI’ITIIÉLIUM l’EfAIONAlItE AVEC LES ENDOTHÉLIUMS o3

(les épilhéliimis proprcraenl dits. C’est là une assertion qu’il ne nous sera pas difficile de justifier dans la prochaine séance dont la première partie sera consacrée à une rapide esquisse des principales modifications que peut subir l’épithélium pulmonaire sous l’influence des causes pathologiques.

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