SEPTIÈME LEÇON
Des cirrhoses viscérales épithéliales en général.
OMMAiRE.. Caractères anatomo-pathologiques Communs à certaines for mes de la broncho-pneumonie subaiguë ou chronique. — Retour à l’état embryonnaire du revêtement épithélial et des parois des alvéoles. - Production de phénomènes analogues dans les cirrhoses viscérales. — Rein contracte ; atrophie, cirrhose. - Cirrhose rénale ; analogie avec la cirrhose broncho-pneumonique.
Messieurs,
J ai relevé, en faisant la leçon précédente, un caractère anatomo-pathologique commun à certaines formes' de la broncho-pneumonie subaiguë ou chronique. Voici, vous ne l’avez pas oublié, en quoi ce caractère consiste : tandis que la paroi des canalicules respiratoires se transforme en tissu embryonnaire, l’endothélium de revêtement est remplacé par un épithélium se rapportant au type cylindrique, et analogue, par conséquent, à celui qui tapisse les bronches.
J ai cité à titre d’exemple : la pneumonie fibroide des tuberculeux, d’après des descriptions de M. Thaon ; la pneumonie Lobulaire des nouveau-nés syphilitiques, d’aorès MM. Cornil et Ranvier; le cas delà ccnuatL du poumon décr.le par Legendre et Bailiy. et qui représente, suivant moi’ il 1 état chronique, la hroncho-pneumonie vulgaire. J'aurais pu’ .ajouter que, chez ceux des animau.x soumis à la section des .récurrents qui ont survécu plusieurs semaines aux suites de
-/j ^OTIONS EMBKynLOülQUES
l’opération, M. Friedlander a rencontré dans les poumons des altérations fort analogues à celles dont je vous ai donné l’exposé sommaire à propos de l’homme.
Dans tous les cas, je le répété, en ce qui concerne les lésions subies par les canalicules respiratoires, il y a lieu de distinguer deux éléments :
1° Végétation cellulaire de la paroi conjonctive des alvéoles, entraînant la destruction des éléments spéciaux de la région, à savoir: fibres musculaires de la vie organique, faisceaux de fibres élastiques, etc.;
2“ Substitution d’un revêtement épithélial de type cylindrique, au revêtement de cellules plates, endothélial morphologiquement, qui répond, chez l’homme, après la naissance, a
l’état normal.
Maintenant, Messieurs, veuillez vous reporter aux quelques détails d’embryologie élémentaire, que je vous ai retraces dans une leçon précédente. Remettez-vous en mémoire les premiers
linéaments du développement du poumon.
Vous savez comment les deux bourgeons ou diverticules, appendus à l’extrémité postérieure de l’œsophage, sont composés de deux parties bien distinctes: t° une couche de cellules hypoblastiques, bientôt représentée par un revêtement épithélial cylindrique, régnant sur toute Détendue des canaux respiratoires ; 2“ une couche épaisse de tissu mesoblastique au sein de laquelle se développent les éléments musculaires,
élastiques, les vaisseaux, etc. (Fiÿ. 20 et 21).
Pour en revenir aux lésions broncho-pneumoniques subaigu6s et chroniques, dont je vous entretenais tout à l’heure, il est intéressant de voir, vous disais-je, le revêtement épithelial, originaire de l’hjpoblaste, reprendre, sous l'influence un processus irritalil’, la forme qu’il présentait dans a vie intra-utérine, en même temps que les parois de 1 a.veole, qui, dans le premier développement, naissent du meso-
CIRRUOSES VISCÉRALES
blaste, reprennent, elles aussi, le caractère embryonnaire.
Incontestablement, c’est là, je le répète, un incident remarquable dans riiistoire anatomique des bonclio-pneumonies chroniques. Mais le fait vous paraîtra, sans doute, plus digne
Fig. 20. — Schéma d'une portion du canal digestif d’un poulet au quatrième jour. (D'après Gütte). — Le trait noir intérieur représente l’hypoblaste, la partie externe moins sombre, le mésoblaste. — Ig, divertirulnm pulmonaire présentant une extrémité terminale renflée rpii forme la vésicule pulmonaire primitive. — St, estomac. — l, deux diverticulums hépatiques. dont les extrémités terminales sont réunies par des rangées non interrompues de cellules bypoblastiqiies. — P, diverticnlum pancréatique et diverticulum vésiculaire qui en naissent, {l'ig. 42 des Éléments d'embryologie de Foster et Balfour).
Fig. 2L — Quatre schémas destinés à montrer
la formation des poumons (D’après Gotte).
a, mésoblaste. — b, hjpobiasle. — ■ d, cavité du canal digestif. — l, cavité du diverliculum pulmonaire. — En 1, le canal digestif a subi un étranglement qui l’a séparé en deux canaux, l’un supérieur, l’aulre inférieur; le premier étant le véritable canal alimentaire, le second le tube pulmonaire; ils sont en communication l’un avec l'autre. — En 2, le
tube inférieur (pulmonaire) s’est élargi.
En 3, la portion élargie s’est étranglée de manière à former encore deux tubes qui communiquent l’un avec l’autre et, tous deux, avec le canal digestif. — En 4, ils se sont complètement séparés l’un de l’autre ainsi que du tube digestif, le mésoblaste a commencé également à présenter les signes de changements internes qui se sont produits {Fig. 43 de Foster et Balfour, loc. cit.).
d’intérêt encore, si je parviens à vous montrer qu’il se reproduit avec les mêmes caractères et la même significalion dans quelques variétés d’inflammation inlerstitielle, les cirrhoses (SI vous voulez les appeler ainsi), qui s’allaquent à d'aulres viscères que les poumons. Je vous ai fait pressentir déjà que,
rjQ CIIUUIOSES VlSCÉltALES
dans mon opinion, il s’agirait là, non pas d’un fait partiel, d un épisode, mais bien d’un caractère anatomique commun à tout un groupe de cirrhoses viscérales, et relevant, par conséquent, du domaine de l’anatomie pathologique générale. Ici viennent se placer les développements propres à justifier la proposition
que je viens d’émettre à nouveau.
Faisant appel à nos études antérieures ', je me propose d’examiner, au point de vue particuliei* sur lequel j ai diiigé votre attention, d’abord le cas du rein, puis celui du foie.
Je vais vous entraîner dans une digression qui vous conduira, en apparence, un peu loin du but prochain de nos étude’s actuelles. Il n’y aura pas lieu de le regretter, si je parviens à vous faire sentir que les considérations du genre de celles qui vont vous être présentées, pourront contribuer quelque jour à dégager le chapitre des pneumonies chroniques de l’obscurité qui l’enveloppe encore, quant à présent, sur plus
d’un point.
J’invoquerai d’abord l’exemple de la forme de néphrde inlersüüelle chronique qui, dans le langage de l’analomie
macroscopique, porte le nom de rein contracté, petit rem rouge, rein goutteux, rein saturnin, rein granuleux, dénominations emprunlées presque toutes, vous le savez, à la nomenclature
C’est, suivant moi, au point de vue anatomique aussi bien qu’au point de vue de la nosographie, une espèce distincte d’une autre forme d’affection rénale, appartenant, elle aussi, à
I Voir les Leçons sur les maladies du foie des voies biliaires et des reins, faites à la Kaeullé de médecine. 1. -vol. in-8,Ians, 181/.
* Voir Charcot, loc. cil-, pp- -9^ suiv.
CIRRHOSES DU REIN
l’ancien cadre de la maladie de Briglit, forme dans laquelle l’organe est également atrophié, cirrhose, et que M. G. Johnson a désigné sous le nom de petit rem jaune ; d’autres disent petit rein graisseux, bigarré {medley kidney).
Cette dernière variété d’altération rénale se rattache, comme 1 a démontré M. G. Jonhson, à l’histoire de la néphrite parenchymateuse, dont elle représente une phase avancée. Elle n’a
de commun avec l'altération dite le petit rein rouge, que de siéger dans le meme organe, dont elle détermine aussi l’atrophie scléreuse, et de se révéler cliniquement par un certain nombre de symptômes analogues, circonstance qui ne saurait surprendre, puisquil s agit de deux affections ayant pour substratum principal le même organe h j
Je rappelle, en passant, celte distinction à établir entre le petit rem jaune ou gras, et le petit rein rouge, parce que les raisons anatomiques sur lesquelles elle se fonde ne me paraissent pas avoir été suffisamment remarquées, si j’en juge du moins par certains articles critiques, récemment publiés, qui visent mon enseignement d’il y a trois ans, et où les conclusions diffèrent de celles que j’avais formulées à l’époque.
C est dans la région du labyrinthe — et, à ce propos, je vous renvoie encore à nos précédentes études - que siègent particulièrement les lésions dans le cas du petit rein rouge. J’ai essaye d’étabhr, avec M. Keisch, que l’atrophie du labyrinthe et intégrité relative des rayons médullaires expliquent l’existence des^^ram^/rt^wns qui font saillie sur la surface de l’organe et s’y dessinent en clair sur un fond rouge. Les parties rouges et déprimées répondent à la région labyrinthique ou des canahculi contorti atrophiés ; les parties plus claires, sailantes, les granulations, en un mot, à la région centrale du
M ' loc. cit., p. 391, et sutout
i = 0/i the forms and stages of Briqht's
In Med. dur. Trans. Vol. XLII, 18.33, avec planches cZZ
mémoire de the Kidney.
ClIllUIOSli bU lÜilN
lobule ou autrement (lit, des rayons médullaires composés surtou’t de canaus collecteurs ‘ et restés relativement sams
( Ft )
Hislologiquement, deux faits dominent la situation ; i” l'épithélium glandulaire des canalicules contournés à la suite d'altérations diverses présente l'altération granulo-graisseuse
, Cf. r.«. «•; «;■ rStSuiS
airement à la direction c es “ “ au centre du
formant la grannlauon, canaux collecteurs. —
et-P^ente-t la cotM e
Jraérulerff fP'g"'''^ d apres les pie larations de M. KelsdO-
pig, SS. — Tabes uriniféres atrophiés et contenant de petites cellules en partie désintégrées et des granulations graisseuses. — Gross. de 427 diamètres. — Compircz le diamètre de ces tubes atrophiés avec ceux de la figure 332 dessinée au même grossissement (Cornil et Ranvier).
T -vît - 9° pn même temps, l6 lissu conjonclif
et ünalornent d.spara t m Jll la végétation em-
qui sert de soutien a ces cdud
bryonnairo et se développe ^esc.
Mais VOICI le J ■■ ^ un moment donné du
tout " sombre, granrdeuv. à
processus, 1 i t.^e celte partie des
bâtonnets qui, dans 1 état noimdi, p
* CharcoL, loc. cit., pP
DRVELOITEMENT DU HEIN
conduils uriiiifères, est remplacé par un épithélium cubique rappelant morphologiquement l’épilhélium de type cylindrique î des conduits collecteurs. Cette modification du revêtement . épithélial a été décrite par tous les auteurs qui se sont occupés I de l’histologie du rein contracté: G. Johnson, Cornil, Ranvier,
I Kelsch, etc. {Fig. 23). Je n^’ai pas manqué de vous la faire I remarquer, il y a trois ans, dans mon exposé et sur les pré- I parations du cours pratique. Elle paraît être, dans l’histologie ; du petit rem ronge, un caractère fondamental, et, si elle peut I se rencontrer dans les autres formes de la sclérose rénale, elle n y est jamais qu’un fait partiel, en quelque sorte acci- I dente].
^ Vous saisissez aisément, et sans qu’il soit nécessaire d’inj sister, l’analogie que je veux établir, au point de vue anatomo- I pathologique entre l’espèce de cirrhose rénale, sur laquelle j’appelle votre attention et la cirrhose broncho-pneumonique, j Le rapprochement vous paraîtra peut-être plus saisissant si je vous remets en mémoire à propos du rein, comme je le ferai tout à l’heure à propos du poumon, quelques détails tirés ! du domaine embryogénique.
Dès le deuxième jour, chez le poulet, on voit se constituer I un groupe de cellules de chaque côté de la partie non divisée du mésoblaste, en dehors des proto-vertèbres, entre celles-ci, l’épiblaste et le mésoblaste. — C’est le 1" rudiment du corps de Wolff. {Fig. 24, GG). L’amas en question, composé de cellules mésoblastiques, se creuse bientôt d’une petite
cavité qui se montre revêtue de cellules cylindriques. C’est
ainsi que le canal de Wolff est formé. D’où proviennent ces î cellules cylindriques? M. Waldeyer suppose, mais c’est là une vue purement théorique, qu’elles sont d’origine épiblastique fOt qu^elles auraient été, par une sorte (c d’inclusion », séparées de l’épiblaste à l’époque de la réunion apparente dé l’éniblaste et du mésoblaste (Foster et Balfour, p. igp)