DIXIÈME LEÇON
Broncho-pneumonies expérimentales. — État foetal et son rôle dans la bronche -pneumonie. — Irritation épithéliale.
Sommaire. — ralliogénie de la broncho-pneumonie. — Broncho-pneumonies produites expérimentalement: 1° par les injections de liquides irritants dans les bronches ; 2° par la section du pneumogastrique ; 3® par la section des nerfs récurrents. — Les lésions broncho-pnenmoniques qui succèdent à cette dernière opération évoluent parallèlement à celles de la bronchopneumonie de l’homme. — Pénétration des corps étrangers dans les canaux bronchiques: importance de leur rôle pathogénique. — Pénétration du muco-pus bronchique dans les alvéoles et altérations lobulaires consécutives.
— Rôle accessoire de l’état fœtal dans la broncho-pneumonie. — L’irritation épithéliale dans les glandes et dans le poumon. — L’irritation épithéliale progresse des bronches jusque dans le lobule où elle détermine la splénisation. — Moins constants que la splénisation, les nodules péri-bronchiques sont en rapport avec les dispositions anatomiques des vaisseaux bronchiques terminaux dans le lobule.
Messieurs,
Avant de poursuivre l’élude de l’évolution de la bronchopneumonie, il est utile d’entrer dans quelques détails sur ses lésions observées dans les conditions expérimentales. Il y a longtemps que la broncho-pneumonie qui se produit chez les animaux à la suite de la section du pneumogastrique, a été comparée h la broncho-pneumonie de l’homme. Mais les expérimentateurs sont encore loin de s’accorder sur la nature des lésions ainsi provoquées.
BRONCnO-l’NIÎUMONlES EXI'ÉRÏMENÏALES 109
On a produit souvent aussi des broncho-pneumonies chez les animaux en injectant dans les bronches divers liquides irritants (ammoniaque, térébenthine, nitrate d’argent, etc...). On détermine ainsi des inflammations suraiguës qui ne ressemblent guère à la broncho-pneumonie.
Traube SchifF', Arnsperger, Boddaërt® ont déterminé parla section du pneumogastrique des lésions plus voisines de celles qu on observe dans la pathologie humaine, mais qui ont toutefois une évolution encore trop rapide. La supériorité appartient aux recherches de Friedlander ' et de Frey C’est d’après leurs travaux et d’après des recherches de contrôle faites dans
mon laboratoire, que j’ai établi la description qui va suivre.
Sur des lapins ou de jeunes chiens, on pratique la section des nerfs récurrents; cette section laisse une survie d’une vingtaine de jours. Les animaux, d'abord assez incommodés, s’habituent dans une certaine mesure à cette nouvelle manière d’être. L’opération est suivie tout d’abord de lésions inflammatoires de la trachée et des bronches. Au bout de vingtquatre heures déjà, on les trouve remplies de muco-pus et de corps étrangers divers (débris alimentaires, poils, cellules d épithélium buccal), que l’on peut constater jusque dans les alvéolés. On en arrive ainsi à cette conclusion déjà formulée par Traube, qu’il s’agit là d’une condition pathogénique d’une importance capitale. On ne peut ici accuser les troubles d’innervation pulmonaire, puisque les nerfs laryngés n’ont aucune relation avec le poumon. Ce sont donc ces corps étran-
Beitvacje zur experimen. Physiol. und. Pathol. Ileft Uer-
' Traube.
lin, 1846.
~ dev Phys. 1858-69, p. 406 et sniv
Bodclaërt. — Mélanyns de path. rnéd. t. VI, 1S6‘>
droncuo-pneümonies expérimentales
o-ers qu’il faut considérer avec Frey comme la cause principale de la bronchite et des accidents consécutifs. Quant aux lésions pulmonaires, elles occupent les lobes supérieurs, mais h part cette localisation, ressemblent beaucoup à celles qu’on observe chez l’homme.
Dans une première période, environ 24 heures après la section des récurrents, on trouve une infiltration œdémateuse des lobes supérieurs, une véritable splénisation; dans quelques lobules, on trouve des points gris plus ou moins volumineux, correspondant aux nodules péribronchiques. L’analyse histologique montre dans les parties splénisées un exsudât séreux avec prolifération épithéliale, des globules sanguins et quelques rares leucocytes. Dans les noyaux gris, on trouve surtout des leucocytes et quelquefois un réseau fibrineux, en particulier chez le chien.
Dans une seconde période, les lésions pulmonaires prennent de plus en plus les caractères de l’hépatisation grise. On voit des masses grises volumineuses, opaques et friables. Dans les parties splénisées, les masses d épithélium encombrent les alvéoles. Dans les parties hépatisées, on trouve des leucocytes en nombre considérable; les vaisseaux sont exsangues ou bourrés de globules blancs. On constate en outre de la périartérite et de la péribronchite.
Dans une troisième période, c est-à-dire au bout de huit à quinze jours, les régions splénisées ont une couleur plus pâle, grisâtre ; on trouve des lobules d’une couleur jaune. Les lésions interstitielles sont déjà plus prononcées et les cellules embryonnaires infiltrent les parois alvéolaires. Aussi bien dans les régions splénisées que dans les points hépatisés, les cellules épithéliales et les leucocytes subissent la dégénération giais-
seuse.
En résumé, dans ces conditions expérimentales, on peut constater, comme chez l’homme, l’opposition qui existe àl exa-
nÔLE l’ATUOGÉNIQUE DES CORPS ÉTRANGERS ili
men microscopique et histoiogique entre les parties splénisées et les parties hépatisées. Dès l’origine, les lésions appartiennent manifestement au processus inflammatoire. Enfin, on peut constater facilement la tendance qu’elles présentent à passer à l’état chronique, en voyant se produire la périartérite et la péribionchite et 1 infiltration de cellules embryonnaires dans les parois alvéolaires. On peut arriver ainsi à reproduire les lésions de la broncho-pneumonie chronique aussi bien que celles de la broncho-pneumonie aiguë.
Chez les animaux, l’introduction de corps étrangers dans les voies respiratoires joue donc un rôle capital sur l’importance duquel Traube, Friedlander, Frey ont appuyé avec raison. Chez 1 homme, les corps étrangers dans diverses circonstances rendent^ compte aussi de la production de certaines broncho-pneumonies. Elles peuvent succéder à la pénétration dans les voies aeriennes de plusieurs substances étrangères, parcelles alimentaires, pus, liquide buccal, etc... Il existe ainsi des broncho-pneumonies aiguës consécutives au cancer de la langue, aux abcès rétro-pharyngiens, aux paralysies du pharynx; il aut y rattacher encore celles qui surviennent dans les cas où intervient 1 intoxication par l’opium, ainsi que l’a signalé Volkmann. Les pneumonokonioses appartiennent au groupe des pneumonies chroniques, mais la pneumonie des apoplectiques peut encore être expliquée par la pénétration du liquide buccal dans les voies aériennes, résultant des troubles de la déglutition.
Dæis les circonstances ordinaires de la broncho-pneumonie, ce n’est plus le mécanisme de l’irritation par des corps étrangers que l’on peut invoquer, c’est le muco-pus bronchique qui lient leur place et joue le même rôle. Malgré la contraction des fibres lisses qui entourent les bronchioles, ce muco-pus irritant peut arriver jusque dans le lobule. Cette pénétration du mucopus, directement constatée par B uhl, justifie dans une certaine
ÉTAT FOETAI-
mesure l’opinion de Fauvel ‘ qui expliquait par ce mécanisme d’aspiration la formation des grains jaunes et des vacuoles.
Mais ces divers essais d’explication ne nous font comprendre que d’une manière insuffisante le mécanisme de la production des divers éléments anatomo-pathologiques dont la réunion constitue l’altération complexe dite broncho-pneumonie. La question, nous devons le reconnaître, n’est pas mûre pour une solution rigoureuse. Les essais d’interprétation que je vais hasarder ne vous fourniront que des données provisoires, d’attente en quelque sorte, et je vous prie de ne les accepter qu’en tenant compte de ces réserves.
Ainsi que nous l’avons vu, la splénisation est l’élément le plus constant, le plus répandu, celui qui tient le plus de place dans l’ensemble complexe des lésions broncho- pneumoniques. Pourtant vous n’ignorez pas sans doute que quelques auteurs, Legendre et Bailly % Gairdner, Béhier, etc... n’ont vu dans la splénisation qu’une lésion en quelque sorte mécanique, une sorte de colUi'ps.us pulmonaire résultant de 1 affaissement des alvéoles privés d’air par suite de l’obstruction des bronches correspondantes.
C’est ici. Messieurs, le cas de vous dire quelques mots de cette lésion parfaitement réelle du poumon qu’on désigne avec Legendre et Bailly sous le nom à.' état fœtal, de carnification ou de collapsus pulmonaire, et de vous indiquer sommairement les relations que présente cet état qui n’a rien d'inflammatoire avec la splénisation, qui d’après ma description, est nettement une lésion irritative.
Mentionné dans les écrits de Laënnec, d’Andral et de Louis,
* Fauvel. — Recherches sur la bronchite capillaire purulente et pseudo
metnbraneuse. Th. de l’aris 1840. ,
* Legendre et Bailly. — Nouvelles recherches sur quelques maladies i\
mon chez les enfants {Arch. gén. de méd., série, t. IV. P- 55, 18.*, •>, ■* /•