‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 3 sur 159 · LÉSIONS AIGUES ET CHRONIQUES DES BHONCUES ET DES POUMONS · texte numérisé non relu

LÉSIONS AIGUES ET CHRONIQUES DES BHONCUES ET DES POUMONS

nique, protestent contre la scission et tendent à nous ramener aux vues du grand Laennec. Ce qui vient d être dit de la tuberculose, en général, s’applique nécessairement de tous points à la tuberculose pulmonaire en particulier.

Quel parti prendre dans un tel débat, en présence d’observations ou d’expériences contradictoires, émanant souvent d’auteurs compétents, et tellement nombreuses que pour vous en présenter le seul exposé, je serai obligé de vous conduire au milieu d’un dédale presque inextricable de documents. Je n’ai cité qu’un exemple, j’aurais pu en citer bien d’autres; mais je m’arrête, car je ne voudrais pas, assombrissant nos horizons, semer parmi vous l’inquiétude, le découragement dès nos premiers pas et j’ai hâte, en manière de correctif, d’affirmer la conviction que, j’espère, vous partagerez bientôt ; c’est qu’à l’aide d’une méthode déjà plusieurs fois éprouvée, à l’aide aussi d’une certaine dose de patience et de bonne volonté, nous parviendrons, sans trop de fatigue, à l'accomplissement de la tâche que nous allons entreprendre.

Puisque je viens de prononcer le mot de méthode, il ne sera peut-être pas inutile, avant d’entrer dans l’objet spécial du cours, d’indiquer en quelques mots, ainsique je me trouve d’ailleurs entraîné à le faire chaque année en pareille circonstance, les errements que j’ai l’habitude de suivre dans la pratique de mon enseignement, et dont je ne crois pas devoir me I départir.

Je trouverai là l’occasion d’éclairer les nouveau- venus sur ma manière de faire et aussi de répondre peut-être à quelquesunes des critiques qui pourraient m’être adressées. On pourrait me reprocher par exemple, entre autres choses, de m’écarter trop souvent des limites et des attributs de cette chaire; d’accorder du développement à des questions étrangères à ma compétence et qu il ne m’appartient pas de toucher parce qu’elles

SOMATOLOGIE MOiiUlOlC

sont, assLire-l-on, exclusivemenl du ressort soit de la clinique,, soit de la physiologie, soit môme de l’anatomie pure. Je serais sensible à ces observations s’il m’était démontré que le domaine qui m’est confié est aussi étroitement limité qu’on le prétend. Mais je me vois contraint de déclarer qu’au contraire, dans mon opinion, aucune limite fixe, précise, philosophiquement établie, ne sépare ce domaine des autres parties de la science biologique, que l’étude de la lésion organique en elle-même n’a pas de vitalité qui lui soit essentiellement propre et que, réduit à n’envisager que ce seul point de vue, notre enseignement tomberait bientôt dans le formalisme et dans le marasme.

On a quelquefois parlé, je ne l’ignore pas, dune anatomie pathologique idéale, constituant une science à part, qui doit U trouver en elle-même une méthode qui lui soit propre, une classification fondée sur la nature des objets dont elle s’occupe, c’est-à-dire sur celle des lésions considérées indépendamment des symptômes qui les accompagnent et des lieux où elles siègent h » Mais on ne saurait s’incliner ici sans discussion devant l’autorité des noms, quelqu’imposante qu’elle soit.

De fait, jamais cet isolement dans lequel on a voulu confiner l’anatomie pathologique ne s’est réellement constitué , j’ajouterai qu’il ne saurait jamais l’être parce qu’un M isolement n’est pas dans la nature des choses et qu’il n’a pas de fondement théorique.

En effet, l’anatomie pathologique — qu’on pourrait mieux appeler la somalologic morbide si des raisons toutes pratiques n’empêchaient d’y adjoindre la chimie pathologique, — l’anatomie pathologique, dis-je, chacun semble le leconnaîtie aujourd'hui, n’aurait qu’une existence incertaine, une portée restreinte, un rôle effacé si elle était véritahlement réduite à la seule contemplation de la lésion morte. Dans la situation

' Laënnec. — Didionnaire des sciences médicales, t. II, P- I8'2-

liELATlONS ENTRE l’aNATOMIE NORMALE ET PATHOLOGIQUE 5

qui lui serait ainsi faite, ou bien elle serait absorbée dans l’anatomie normale dont elle deviendrait un appendice, ou bien l’accumulation des matériaux, des faits partiels laissés à son autonomie précaire, serviraient tout au plus à constituer une sorte de musée plus ou moins encombré de pièces cataloguées suivant un arrangement nécessairement arbitraire.

C’est qu’en réalité, les attaches de l’anatomie pathologique avec les départements limitrophes de la biologie sont indissolubles. Placée, en quelque sorte, dans une situation intermédiaire, entre l’anatomie normale d’un côté et la pathologie de l’autre, elle les relie étroitement l’une à Pautre en même temps qu’elle se confond avec elles par une transition insensible.

A l’anatomie normale, elle emprunte ses méthodes, sa technique aujourd’hui si perfectionnée, sans y changer rien d’essentiel; car, dans l’examen méthodique de la lésion, elle n’a pas de procédés qui lui appartiennent en propre. Elle lui emprunte même ses matériaux d’étude, ou si l’on veut son siibst7'atum^ car la lésion considérée dans l’organe, dans le tissu, dans l’élément, n’étant jamais, à tout prendre, qu’une modification plus ou moins accentuée de l’élément, du tissu, de l’organe préexistants, l’état pathologique, sur ces divers points, ne saurait être dégagé de l’état normal que par le rapprochement minutieux des deux termes de comparaison, et ici le départ peut être tellement difficile à faire, que l’on hésite plus d’une fois à décider si telle particularité de forme ou de structure appartient cà l’une ou à l’autre.

Les rapports qui relient l’anatomie pathologique à la clinique ne sont pas moins étroits. S’il est vrai que le médecin ne doit pas connaître seulement l'organe altéré mort, mais encore l’organe altéré vivant, agissant, exerçant les fondions <iui lu. sont propres, il est clair que, dans ses i..vestigations

6 l’anatomie pathologique et La CLINIQUE

anatomiques, il ne peut se dispenser de l’élude préalable des phénomènes dont il recherche la raison organique, lacondilion matérielle, le mécanisme. L’anatomo-pathologiste ne doit pas oublier que derrière toute perturbation fonctionnelle révélée par la clinique, il y a pour lui un problème résolu ou à résoudre, une lésion délicate ou grossière, passagère ou durable à décrire ou à trouver. Or, comment pourra-t-il apprécier la portée et connaître les conditions même du problème s’il n’en a pas les éléments constamment placés sous les yeux. Et, poui ne citer qu’un exemple propre à faire sentir les nécessités de la situation, qui pourrait méconnaître que les progrès rapidement accomplis de nos jours, après tant de recherches et de travaux souvent restés stériles, dans le champ de la pathologie du système nerveux, sont surtout le fruit de la doctrine qui réclame la confrontation incessante des données anatomopathologiques avec celles de la clinique, faite à la lumière de l’esprit physiologique ?

Vous voyez par là, que, suivant notre idéal, si l’anatomopathologiste doit concentrer une bonne partie de ses efforts dans les travaux du laboratoire et de 1 amphithéâtre d autopsie, il ne devra jamais déserter cependant la pratique assidue d’un service d’hôpital.

On opposera peut-être à ces vues ce qui se passe dans un pays voisin du nôtre, où les choses sont réglementées tout autrement. Là le clinicien enseignant, — je n’ai pas à rechercher si son enseignement lire du système un grand profil, — le clinicien, dis-je, ne prend à l’autopsie qu’une part indirecte. L’examen du cadavre appartient de fait au piofesseur d’anatomie pathologique, qu’aucune obligation n appelle, d’ailleurs, dans la salle des malades et qui ne peut connaître, par conséquent, que par les renseignements qui lui sont transmis plus ou moins bénévolement, l’iiistoire clinique

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