ANATOMIE PATHOLOGIQUE
tomiquement les formes décidément chroniques de la pneumonie, il n’en est plus de même ; ici, en effet, ainsi que nous chercherons à rétablir d’après les observations des auteurs, et d’après celles qui nous sont propres, la trame laraineuse du poumon tend à s’accroître et à prédominer sur les autres éléments, qu’elle peut même étouffer complètement, au moins dans les degrés les plus avancés de l’affection. On peut alors désigner avec M. le professeur Cruveilhier, sous le nom de Métamorphose fibreuse \\q moàQ d’altération que subit, en pareil cas, le poumon. En même temps la vascularité de l’organe diminue d’une manière notable, les divers épithéliums s’altèrent ou même disparaissent, enfin on trouve infiltrée entre les divers éléments qui persistent, une matière amorphe finement granuleuse, douée de caractères micro-chimiques particuliers.
Traçons d’abord les caractères extérieurs de l’induration grise.
Bien différente de l’hépatisation aiguë et des formes de l’hépatisation chronique dont nous venons d’indiquer plus haut les caractères, elle offre une consistance très ferme, à tel point qu il y a parfois grande difficulté, et parfois môme impossibilité complète d’écraser entre les doigts le parenchyme induré. Dans les exemples les plus prononcés, le tissu malade crie sous le scalpel comme le ferait un fibro-cartilage ; dans tous les cas il est dense, tout à fait imperméable, privé de crépitation, et plonge rapidement sous l’eau. Du reste la coloration, des parlies du poumon ainsi affectées est variable : le plus souvent elle est d’un gris cendré, ardoisé; cette coloration, du reste, peut être uniforme, mais le plus souvent, elle se trouve marbrée de teintes rouges, bleu foncé, quelquefois môme verdâtres, noirâtres, ou noires. La coupe présente parfois l’aspect granulé; alors les granulations sont en général
‘ Anatomie pathol . général, t. III, n<>608.
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plus fines et moins apparentes que dans riiépatisalion aiguë, et il faut y regarder de très près ou'niême s’aider de la loupe pour en constater l’existence ; d’autres fois, au contraire, elle est unie et parfaitement lisse. Nous croyons, avec M. le professeur Grisolle ', que les granulations sont d’autant moins marquées, d’autant plus effacées que la maladie est plus ancienne. En effet, nous verrons plus loin que la texture du poumon est bien autrement modifiée dans les cas où il y a induration plane, que dans ceux où l’induration granulée domine. Un lait à noter, c’est que l’aspect granuleux se révèle quelquefois à la cassure, alors qu’il n’est plus appréciable sur une surface de section. On peut d’ailleurs quelquefois, et M. Grisolle a rapporté un exemple de ce genre, suivre chez un même sujet, sur un même poumon toutes les transitions, toutes les gradations qui peuvent exister entre l’hépatisation rouge aiguë et les indurations diverses propres à l’état chronique. — L induration grise est en général peu vasculaire; elle est sèche et ne laisse suinter, même alors qu’on la comprime fortement, qu une très petite quantité de liquide séreux. — Un caractère qui parait avoir frappé tous les auteurs, et qu’ils ont pour la plupart noté avec soin, c’est la présence sur la surface de section de lignes blanchâtres, régulièrement entre-croisées, et circonscrivant des espaces polygonaux plus ou moins réguliers. Ces tractus fibro-celluleux sont en définitive formés par l’hypertrophie du tissu lamineux qui sépare les gi'ands et les petits lobuleb. Ils paraissent être surtout marqués dans les cas d’induration plane; ils étaient très évidents et formaient un des liaits do minants de l’altération chez les deux sujets dont nous avons recueilli l’histoire, et qui sont des exemples de pneumonie chronique simple de très longue durée.
Elude histologique de l' induration grise. M. le docteui
' Traité de La pneumonie, p. 81.
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Pxobin a eu plusieurs fois l'occasion d’étudier les modifications histologiques que subit le parenchyme pulmonaire dans les cas dinduiation grise 5 il a bien voulu nous faire part des résultats de ses lecherclies. On doit au docteur Ilesclil ' quelques travaux sur le même sujet, intéressants surtout pour ce qui concerne les degrés les plus avancés de l’induration. Nous avons nous-même examiné avec soin l’état du poumon dans un cas où la métamorphose fibreuse était très prononcée (obs. I). G est en nous appuyant sur ces documents que nous allons tracer la description suivante.
Dans les premiers degrés de l’induration grise, ardoisée, une matière amorphe, finement granuleuse, molle et friable, remplit les canalicules (vésicules pulmonaires), que circonscrit la trame des fibres élastiques. La môme matière se retrouve entre les éminents de cette trame qu’elle dissocie. La matière amorphe pâlit et devient transparente sous l’influence de l'acide acétique qui y laisse subsister cependant un petit nombre de granules graisseux. Aux faisceaux des fibres élastiques et suivant leur direction générale s'interposent des éléments fibroplastiques, enchevêtrés par leurs extrémités et prenant ainsi une disposition fasciculée très élégante. Le noyau n’est souvent visible que sur un petit nombre de ces corps fusiformes. La couche épithéliale, qui dans l’état normal sépare le contenu des canalicules (vésicules) du tissu de la trame élastique, a parfois complètement disparu. Les épithéliums cylindrique et pavimenteux sont plus granuleux qu’à l’état normal, surtout les derniers; on les rencontre soit isolés, soit juxtaposés en plaques plus ou moins larges, dans lesquelles on voit des o-i-a. nulations masquer le noyau de chaque cellule. Il y a des leucocytes, la plupart granuleux : les uns petits, régulièrement sphériques (globules de pus); les autres atteignant jusqu’à
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trois centièmes de millimètre, et contenant en abondance des granulations graisseuses (corps granuleux de l'inflammation
M. le docteur Bouchul est arrivé, de son côté, à des
résultats tout à fait concordants avec ceux que nous venons de présenter, dans ses études sur les caractères anatomiques de la pneumonie chronique des nouveau-nés. Celte altération, d’ailleurs fort rare suivant lui, se présente toujours à l’état lobaire et consiste en une induration rouge-grisâtre du poumon. Le tissu malade est presque entièrement composé de matière amorphe, homogène, interposée aux éléments du poumon, parsemée de corps granuleux de l’inflammation, et de nombreux éléments fibro-plastiques. Il renferme souvent en outre des granulations miliaires, demi-transparentes, fort petites, qu’on pourrait prendre pour des granulations tuberculeuses, et qui sont formées d’éléments fibro-plastiques ou de cellules d’épithélium pavimenteux entassées les unes sur les autres L Cette matière amorphe, finement granuleuse, de la pneumonie chronique, n’est pas sans présenter quelques analogies avec celle qui imprègne les tissus dans les cas d’infiltration grise tuberculeuse. Voici, d’après M. Robin ^ les caractères qui permettraient de différencier les deux ordres d’altérations ; La matière amorphe de l’infiltration grise tuberculeuse est beaucoup plus ferme, moins granuleuse, plus transparente que celle de la pneumonie chronique; elle renferme soit des cytoblastions, soit des noyaux fibro-plastiques ovoïdes, plus ou moins nombreux, lesquels, du reste, ne sont souvent visibles qu’ après l’addition d’acide acétique. On y trouve aussi des vaisseaux capillaires peu nombreux, il est vrai, mais constants et apercevables, au moins après l’addition de l’acide acétique. Aucune difficulté ne subsisterait plus dans les cas ou la matière aurait pris, en certains points, une coloration jaunâtre
* Traité des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 18t3, p. 346,
* Note communiquée par l’auteur.