INDURATION ROUGE
Mais, quelle que soit révolution de la pneumonie chronique, qu elle succède immédiatement à la pneumonie aiguë ou qu elle soit le résultat de récidives nombreuses dans le même point, la lésion s’offre toujours à l’observation sous les deux formes principales déjà mentionnées:
1° L'induration rouge (Andral ^ Hope ^ Forster \ hépa-
tisation indurée (Lebert), est le pendant à l’état chronique de 1 hépatisation rouge de l’état aigu. La lésion est lobaire ; le tissu pulmonaire est compact, lourd, non crépitant; la surface de sa section est sèche et granuleuse. Toutefois les granulations sont peut-être moins volumineuses que dans la pneumonie aiguë; c est, en somme, l’hépatisation rouge, avec une consistance plus ferme du tissu pulmonaire. 11 faut y ajouter un épaississement sous-pleural, sous forme de coque fibreuse : enfin il est à noter que les bronches ne sont pas dilatées, et même que le cloisonnement interlobulaire peut n’être pas appréciable. Le microscope nous montre les parois alvéolaires épaissies par la présence d’éléments ronds, fusiformes, quelquefois même par du tissu fibrillaire. Les fibres élastiques sont encore manifestes. Le contenu des alvéoles rétrécis présente la forme de pelotons de cellules épithéliales englobées dans un magma granulo-graisseux. Souvent, les cellules contiennent des cristaux de margarine, dont quelques-uns sont en liberté. Déjà l’épithélium tend à se régénérer : on le voit sous la forme
de larges cellules polygonales ; on ne trouve pas d’épithéliums cubiques.
Cette induration rouge s’observe, comme nous l’avons vu, dans les cas à issue relativement prompte après un mois ou SIX semaines de maladie. Dans quelques cas rares, au bout
médicale, t. III, p. 462, et d'anatomie pathologique, l. m.
\P>'incpies andniustral.orMorbidAnatomy.LonAon 18U n
l'orster, — llandbuch der path. Anal. Del. II s. 161 ’ ’
INDUBAÏION GIUS15
d’un temps égal ou un peu peu plus long, le poumon hépatisé prend une teinte jaune, anémique, qui a valu à cette lésion les noms ^'induration jaune (Ilope ’) ou d’Aepatisatîon jaune (Lebert), d induration albumineuse (A.ddi“
son ®).
2° \diiiduration grise, ardoisée ^ (Â.ndral, Grisolle Cliomel ) présente deux phases distinctes : a) Une première phase s’établit après deux ou trois mois de durée de la maladie totale. Le poumon est plus ferme, sa coupe plus sèche ; il commence à devenir plus petit. Les granulations se rencontrent encore, mais plus petites ; pas de dilatation des bronches, mais les travées interlobulaires se dessinent nettement. Souvent, l’mc?i<ration rouge et l'induration grise existent en même temps sur divers points d’un même poumon. — b) Dans la deuxième phase de l’induration grise, une véritable métamorphose fibreuse pneumonique se produit, dans 1 espace de 4 ou 5 mois, un an ou même davantage. Les lésions histologiques sont ici beaucoup plus accentuées, comme le montre une observation de MM . ’ Ackermann et Thierfelder, relative à un homme de 26 ans mort deux ans et demi après la pneumonie
aiguë initiale
La consistance du poumon est très ferme ; il crie sous le scalpel, et le doigt ne peut le pénétrer; sa coloration est ardoisée, verdâtre ou noirâtre ; sa surface est lisse ; plus de granulations; le tissu est légèrement spongieux ; les travées alvéolaires se dessinent dans son intérieur, mais jamais très fortement. La coque pleurale est épaisse ; le poumon ratatiné.
' Loc. cit. (Yellow induration).
s Addison. — Observ. on Pneunionia and ils Conséquences Reports, 2" série. 1843, p. 363).
® Grey induration (Addison).
* Andral, Grisolle, toc, citât.
» Chomel. — Dict. en 21 vol., art. Pneumonie.
• Deutsch. Archiv.,X. lid. Leipzig, 1872.
(Guys Hospital
ULCÈKES DU POUMON 189
est réduit aux deux tiers, à la moitié, ou même au tiers de son volume normal. Pas de dilatations bronchiques .
L’analyse histologique montre le développement considérable du tissu fibreux, par suite duquel les alvéoles ont diminué en nombre et en étendue. Ils sont partout rétrécis ; on voit souvent dans leur intérieur des végétations p oly pi formes la paroi fibreuse, laquelle renferme un grand nombre de cellules fusiformes. L’épithélium contenu dans les alvéoles est polygonal ; on ne trouve pas d’épithélium cubique. Les alvéoles renferment en outre des cristaux aciculés nombreux (cristaux de margarine?). Pas de caséification; mais, dans plusieurs cas, on trouve une dégénération particulière qui conduit à la formation de cavités, sans revêtement membraneux, sculptées en quelque sorte dans le parenchyme pulmonaire induré. Ces cavités ont été désignées sous le nom ééidcères du poumon, pour les distinguer des abcès de la pneumonie aiguë et des cavernes tuberculeuses. Ce nom d’ulcère n’était employé depuis Hunter que pour les pertes de substance des parties exposées (peau, membrane muqueuse). Mais M. Charcot rappelle qu’autrefois on appelait aussi ulcère les pertes de substance des organes parenchymateux, les excavations auxquelles le nom d abcès ne convient pas. La pneumonié anthracosique présente, elle aussi, des excavations de ce genre, c’est-à-dire non tuberculeuses. Les excavations d’origine tuberculeuse et les dilatations des bronches ne sont donc pas les seules excavations qui peuvent exister dans le poumon ; il en est d’autres
que le clinicien et l’anatomiste doivent apprendre à connaître.
II. — De la broncho-pneumonie chronique Celte forme de pneumonie interstitielle est anatomiqueciÆ;rror„:r, «r"'""’ pmisie r,b,,Me,
IQQ BRONCnO-PNEUMONIE CHRONIQUE
ment bien dislincte, dans toutes ses phases, de la lésion correspondante qui succède à la pneumonie lobaire aiguë.
Legendre et Bailly ^ ont les premiers donné, en 1844, une bonne description de cette lésion; ils Font désignée sous le nom de carnisation, et il faut bien la distinguer delà carnification, laquelle n’est autre chose que l’état fœtal. Avant eux cependant, Corrigan avait, en 1888, indiqué nettement les principaux traits de la carnisation avancée, dans son célèbre travail intitulé: Cirrhosis of the Lung. [Dublin journal of medical science. Dublin, 1838, t. XIII).
Il faut signaler aussi un mémoire de M. Sutton- etde nombreux travaux présentés dans ces dernières années àla Société pathologique de Londres. Ces travaux sont en quelque sorte résumés dans deux articles publiés dans le troisième volume
de V Encyclopédie de Reynolds L
Mais la distinction que veut établir M. Charcot entre les deux grandes formes de pneumonie chronique se trouve à peine ébauchée dans les écrits de ces divers auteurs. Ils confondent ensemble les diverses variétés de cirrhose pulmonaire, même celles qui se rattachent à la tuberculose.
M Charcot établit tout d’abord que, de même que la pneumonie lobaire aiguë précède l’induration rouge et grise, de même la broncho-pneumonie chronique se développe comme le type aigu correspondant à la suite d’un catarrhe bronchique, de la rougeole, de la coqueluche, de la fièvre typhoïde.
Dans ces derniers temps, Ziemssen Bartels ® et Jurgen-
, Leeendre et Bailly. - ArcMv. de méd., janvier 1844.
* Filvoïd degeneration of the Lung s (Medical andSurgical IransacU, p. -87,
^^fwilson Fox. - Pneumonie chronique, et Ch. Baslian, Cirrhose du poumon,
System O f Medicine (\\o'tno\A%, t. III, 1871)
i PIpurids und Pneumonie in Kindesalter. Berlin, 18bJ. ,
niricItsicUiguns der Miei vorgeltommenen Lungaiaireolwnm ■
INDURATION ATROPHIQUE DU POUMON 19 i
sen ‘ ont publié des observations intéressantes qui démontrent l’existence d’une forme de transition, d’une broncho-pneumonie subaigiië , qui dès l’origine tend à la chronicité.
Le type clinique broncho-pneumonie aiguë n’a pas, on le sait, l’évolution régulière et fixe de la pneumonie lobaire. A côté de formes aiguës qui peuvent simuler la pneumonie lobaire par leurs caractères cliniques principaux et même par la marche de la température, il existe une forme subaiguë qui se montre dès 1 origine avec son caractère particulier : appareil fébrile relativement peu intense, oscillations prononcées de la courbe thermique. Sa durée peut atteindre 15 jours, trois semaines. Quelquefois elle se résout, quelquefois elle sé prolonge et passe à 1 état chronique. Bartels cite un cas qui a duré sept mois. Elle peut même se continuer pendant plusieurs années et aboutit enfin à \ induration atrophique du poumon avec dilatation des bronches.
Cette forme peut se présenter surtout après un catarrhe aigu ou chronique, après la coqueluche (Ziemssen), quelquefois après la rougeole (Bartels), et, suivant M. Charcot, après la fièvre typhoïde, bien que dans ce dernier cas la forme aiguë ou subaiguë soit en quelque sorte la règle. L’étude macroscopique de la lésion dans cette forme subaiguë a été bien faite par les auteurs, mais tout restait à faire en ce qui concerne les caractères histologiques ; cette lacune a été heureusement comblée par M. Charcot à l’aide d’observations et de pièces qui lui ont été obligeamment fournies par MM. les D''® Parrot et Archambault, et provenant d’enfants âgés de six semaines à cinq ans, morts deux ou trois semaines après le début des accidents broncho-pneumoniques, à la suite de rougeole ou de bronchite. On retrouve en pareil cas les principaux traits de la broncho-pneumonie aiguë :
iiiGmasemu’ Supplemeitt .
igg jjj^ONllllO-PNEUMONlE SUBAlGUE . HISTOLOGIE
1“ Localisation symétrique des lésions aux parties inférieures et postérieures, avec tendance remarquable à se fixer dans un seul lobe, sous la forme pseudo-lobaire ; 2“ coloration violacée ou rosée pâle ; 3“ consistance justifiant jusqu’à un certain point le nom de carnisation (tissu musculaire) ; 4“ pas d atrophie ; 5° insufflation très incomplète; 6" coupe lisse, sèche, laissant couler à peine un peu de liquide séreux, sans granulations, en un mot, une surface homogène qui
contraste avec l’aspect marbré de la broncho-pneumonie aiguë.
Cette opposition absolue disparaît à une élude plus attentive et l’œil nu ou armé de la loupe reconnaît bientôt les détails suivants : 1“ bronches dilatées (dilatations fusiformes), surtout dans les lobes inférieurs ; quelquefois, aspect aréolaire comparable à celui du fromage de gruyère ou des pierres vermoulues, œuvre des pholades (Corrigan) ; ces cavités contiennent un muco-pus pouvant présenter l’aspect caseeux ; e plus, contrairement à ce qui existe dans la pneumonie lobaire chronique, le tissu conjonctif péribronchique et périvasculaire est considérablement épaissi; 2“ cloisons interlobulaires très marquées, surtout chez l’enfant : ce cloisonnement est egalement beaucoup moins net dans la pneumonie lobaire ; il constitue un caractère important des pneumonies pleurogènes et de la pneumomie fibroïde des phthisiques, qui d’ailleurs n’est qu’une broncho-pneumonie ; 3“ enfin les nodules péribronchiques de la forme aiguë se retrouvent encore sous une forme atténuée ou effacée. On distingue autour des bronchioles, à un examen attentif, des petits grains agglomérés, quelques grappes qui tranchent par leur coloration grise ou jaunâtre, ou par une légère saillie, sur le fond rosé et lisse de
la coupe du poumon. . , ,
Ainsi, dans la forme subaiguë, ce fond rosé ou violac qui caractérise la carnisation correspond à la splénisation de lai
broncuo-pneümonie subaigue : macroscopie 193 forme aiguë, en même temps que la présence des nodules 'lent compléter l’analogie. A ces caractères macroscopiques, 1 lautajouter les fausses membranes pleurales, sans adhéren-
chiquer”'”’^**”" g“glions bron-
M. Charcot complète ensuite cette description macroscopi-
SolÏÏ :
esUoMtou"”*'*" oontiennent du muco-pus; leur épithélium longtemps conserve, mais tuméflé ; infiltration de la muqueuse e de la tunique adventice des bronches, d’abord par des cellules rondes et fusiformes, puis formation de fibrilles • Æslrurtmu des Lumques musculaires et élastiques (Troial 'VS y), a dilatation bronchique qui accompaone celte des truction est donc un fait primitif, antérieur Vlltrophl dû poumon, ce qui réduit à néant la théorie de Corrigan, d’après aque lie elle serait consécutive à l’atrophie du poumon eU la etraction du tissu conjonctif. .M. Charcot rappelle encore ntre cette théorie, i’intégrité des bronches, qui s’observû ns a pneumonie lobaire chronique, malgré la transforma
pendant de retractilité.
2° Le tissu embryonnaire
conjonctif interlobulaire subit la métamorphose , comme le tissu péribronchique.
3 Dans les nodules péribronchiques, les alvéoles sont P is d’exsudat fibreux dont les filaments englobent nrinri Jement des cellules épithéliales ^
fonsde ia pneumonie desquamative. m“ai’s aveTûûLaLcÏs'
Charcot. (Euvres complètes, t. v, Poumon,. ^
BRONCIlOrNEUMONIE SUBAIGUE
spéciaux qui ii’apparliennent pas à l’élal aigu ; a) épaississement des parois des alvéoles et des conduits alvéolaires qui sont déformes et envahis d’abord par des éléments embryonnaires et fusiformes, puis par des fibrilles ; b) cellules épithéliales gonflées, fondues en un magma, remplies de cristaux aCiculés, offrant les réactions delà margarine sous l’influence de l’éther et de la benzine, se résolvant en gouttelettes de graisse sous l’influence de la chaleur; c) enfin, dans les points où la lésion est la plus avancée, la paroi alvéolaire est revêtue par un épithélium cubique^ tandis qu’à son centre se trouvent des cellules atteintes à divers degrés de la dégénération qui vient d’être indiquée.
M. Charcot suit pas à pas les analogies qui existent entre la forme aiguë et la forme subaiguë, et ce parallèle permet de mieux interpréter les caractères des lésions lorsqu’il s agit de broncho-pneumonies décidément chroniques. Il en donne la description d’après un cas observé par M. Olivier, chez une femme de 20 ans, morte en couches, un an après le début des accidents pulmonaires. La lésion était au premier degré dans le lobe supérieur, avec des nodules péribronchiques distincts, des bronches peu dilatées. Lobes inférieur et moyen confondus, déjà atrophiés ; dilatations considérables des bronches : quelques-unes ampullaires, simulant des cavernes et renfermant un pus caséeux. On retrouve donc ici l’aspect décrit par Corrigan, avec le cloisonnement interlobulaire, l’epaississement de la coque fibreuse pleurale, et un certain degré d’atrophie du poumon. Malgré la date plus ancienne des lésions, les caractères histologiques sont, dans ce cas, les mêmes que dans la broncho-pneumonie subaiguë, avec quelques variantes de peu d’importance*.
) On trouvera également dans ma {Contribution à l'ctude de
un irouveia b conseils et des leçons de
\f°(fhaTcot°Teux observations de broneho-pneumonie subaigué ayant dure LiVS c,ti“n. I.C pr».nicn cas est celai ,1-aac pelile llllo <lo li'o.s ans.