‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 46 sur 159 · RÔLE PATHOLOGIQUE DES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

RÔLE PATHOLOGIQUE DES LYMPHATIQUES

carmin provenant d’injections faites dans la plèvre. Ces données trouvent leur application dans l’histoire des lésions pulmonaires consécutives à celles de la plèvre, mais il faut encore tenir compte dans leur étude d’autres éléments importants.

Les lésions pulmonaires s’étendent souvent à la plèvre ; c’est en quelque sorte la règle dans la pneumonie fibrineuse lobaire. Cette propagation s’explique non seulement par le voisinage de la séreuse, mais par une vascularisation commune. Le réseau capillaire respiratoire, celui des acini, est en jeu dans la pneumonie fibrineuse lobaire ; ce réseau, émanation de l’artère pulmonaire, fournit des rameaux à la plèvre, ainsi que déjà Reissessen l’avait remarqué et comme l’ont vu aussi Kôlliker et Rindfleisch. Il faut donc, à propos de la plèvre, tenir compte non seulement des vaisseaux issus des artères bronchiques et des veines pulmonaires, mais aussi de ces branches de l’artère pulmonaire qui établissent une relation vasculaire directe entre la plèvre et la circulation des alvéoles.

Il y a, d’une part, retentissement des altérations du poumon sur la plèvre, et, d’autre part, retentissement aussi des altérations de la plèvre sur le poumon. Rindfleisch fait remarquer qu’il est commun de voir dans la pleurésie séro-fibrineuse les alvéoles superficiels remplis d’exsudats fibrineux.

Les lésions de la plèvre agissent aussi sur le poumon par une autre voie, celle des lymphatiques ; c’est le cas de certaines pleurésies purulentes puerpérales ou non puerpérales (Moxon, Quinquaud, Ileiberg, Réhier, Longuet, etc.). L’inflammation suppurative reste alors, en général, confinée dans le lymphatique, il peut en résulter une injection du sang par le pus ; enfin la lésion peut se propager au tissu conjonctif ambiant (interlobulaire ou sous-pleural). C’est ce qui s’est produit dans pneumonies interstitielles aiguës, décrites par -M. Moxon, et consécutives à la pleurésie purulente. Une véritable suppuration interlobulaire se déclare en pareil cas. Le

J>NEUMONIES CDRONIQUES I-LEUUOGÈNES

fait avait été relevé déjà par M. Rindfleisch à propos de la pneumonie disséquante, dans laquelle un ou plusieurs lobules se trouvent comme isolés du reste de l’organe.

Si le malade survit, un processus de ce genre peut amener la formation d’une pneumonie fibroïde cloisonnée, comme l’a fait voir M. Greenhow {Lancet, March '10, 187S, p. 3S0). D’après M. Charcot, on peut désigner sous le nom de jjleurogènes ces pneumonies interlobulaires chroniques, développées consécutivement à la pleurésie, par la voie des lymphatiques. C’est très vraisemblablement à ce genre de pneumonies interstitielles pleurogènes qu’a fait allusion M. Brouardel, dans les Bulletins de la Société des hôpitaux (1 872, p. 168). M. W. Fox {Reynoyld' s System, art. Pn. chronique) parle aussi de ces cirrhoses du poumon consécutives à la pleurésie.

Enfin, deux observations recueillies dans le service de M. Oulmont et communiquées à M. Charcot, par M. Tapret, interne des hôpitaux, paraissent aussi appartenir à ce genre de pneumonie chronique ; leur analyse montrera la série des lésions graves qui peuvent se produire en pareil cas. La première concerne un homme de 48 ans, qui, 8 ans auparavant, avait subi une pleurésie droite, à la suite de laquelle il avait conservé des douleurs persistantes, avec matité, inspiration soufflante, râles sous-crépitants permanents du coté droit. De plus, oppressions fréquentes avec palpitations, hypertrophie du cœur, œdème et anasarque, pulsations du foie, albuminurie, tous ses symptômes accompagnant un rétrécissement du côté droit de la poitrine. Mort au milieu de symptômes asphyxiques. — Autopsie. T Lésions pulmonaires : tout le poumon droit est enveloppé dans une coque fibreuse épaisse d’où partent des cloisons fibreuses interlobulaires qui traversent toute l’étendue du lobe supérieur. Mêmes lésions dans le lobe inférieur à l’élat moins avancé. Bronches un peu dilatées, cylindriques. 2“ Lésions consécutives: poumon gauche

Page 1