‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 55 sur 159 · PROVENANCE DU CUARBON PULMONAIRE · texte numérisé non relu

PROVENANCE DU CUARBON PULMONAIRE

au dehors. Mais, pour être très réelle, cette action des cils est-elle toujours suffisante ? l’obstacle qu’ils opposent au passage des poussières est-il toujours efficace? C’est ce que cette expérience ne dit pas, et on verra tout à l’heure qu’en fait cet obstacle est souvent franchi.

Quoi qu’il en soit, le point de départ de la théorie qui fait jouer aux cils vibratils ce rôle prépondérant se trouve dans une expérience de M. Cl. Bernard dont les détails sont consignés dans ses Leçons sur les substances toxiques (1857, p. 64), expérience qui est peut-être restée unique et à laquelle l’éminent physiologiste ne tient sans doute pas beaucoup aujourd’hui. Un lapin fut enfermé plusieurs jours de suite dans un sac contenant de la poussière de charbon, et, lorsqu'on sacrifia l’animal, on trouva du charbon dans les fosses nasales, mais on n’en rencontra ni dans le larynx, ni dans les poumons.

C’est sur cette expérience et sur quelques autres qu’il a luimême instituées que s’est appuyé M. Villaret b dans le travail où il a cherché à établir la provenance intestinale du charbon pulmonaire. Tout d’abord, les expériences de cet auteur sont loin d’être irréprochables. Et, par exemple, le séjour des animaux dans l’atmosphère charbonneuse n a évidemment pas été assez prolongé, puisque ceux-ci n’y ont jamais demeuré plus de deux à quatre heures, et cependant, déjà après un temps aussi court, la présence du charbon dans les fines bronches se trouve notée à propos de la seconde expérience. Il est vrai que celui-ci n’a pas encore pénétré dans les vésicules pulmonaires, mais c’est là un fait qui est plutôt favorable à la doctrine de la pénétration directe : car le charbon de provenance intestinale ne peut atteindre le poumon que par les voies lymphatiques ou sanguines, et, dans cette hypothèse, c’est la trame conjonctive de l’organe, ce sont les parois alvéolaires qui devraient être infiltrées avant les cavités bionchiques.

< Villaret. — Time de Paris, 1862.

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Ainsi donc, on peut trouver, même dans les travaux des adversaires de la doctrine de Pearson, des faits qui plaident en sa faveur. Voici maintenant une série imposante de faits analopes empruntés à ses partisans. Pour la partie expérimentale, il convient de signaler de nouveau les expériences de Knautf(1867), qui ont été citées plus haut. Ce sont, de toutes, les plus connues. Elles ont consisté à faire respirer des chiens dans une atmosphère confinée enfumée à l’aide d’une lampe. Or, dans ce cas, les seules parties qui aient été atteintes et colorées par le charbon sont les poumons, les ganglions bronchiques et les plèvres h

^ Il en a ete de même dans les expériences que M. Charcot a mstituées sur le cochon d’Inde. Les animaux étaient enfermés dans des sacs contenant soit de la poussière de charbon, soit de 1 oxyde rouge de fer. Or, dans les cas où il s’est agi du charbon, on a pu retrouver le corps du délit tantôt sous forme de granulations fines, souvent aussi sous forme de fragments volumineux à bords anguleux, soit libres, soit enclavés dans des cellules de l’epilhélium pulmonaire desquamé L Ces expériences ont porté sur six animaux : quatre d’entre eux ont respiré de la poudre d’oxyde de fer; les deux autres, de la poudre de charbon. Ils étaient enfermés dans les sacs environ eux leuies par jour, et laissés libres le reste du temps. Peux urent sacrifiés au douzième jour : les poussières avaient pénétré dans la cavité des alvéoles, où elles étaient contenues

d Wdp' 1 desquamées. Des particules

DarJ ,1 , l’épaisseur de la

veolaire, et on put on retrouver même une assez

grande quanlUé dans l’intérieur des glanglions bronchiques

Les poumons présentaient à l’œil nu l’aspect décrit par Zenker

« Slavianslcy; Virchow's Archiv, IIcl, 35 n 39f;

l'ROVENANCIi DU CÜARBON PULMONAIRE

pour la sidérose de l’homme. Chez un autre animal sacrifié au bout d’un mois, on rencontrait, outre les particularités qui viennent d’être signalées, les lésions d’une véritable pneumonie interstitielle ; épaississement des parois alvéolaires, rétrécissement de leur cavité, transformation cubique de leur épithélium de revêtement. Chez les trois autres, tués au bout de 2 mois et demi 3 mois, 3 mois et demi, le développement des lésions propres à la tuberculose du cochon d’Inde est venu modifier les résultats de l’expérience h Quoi qu’il en soit, chez tous ces animaux, c’est dans le poumon et dans le poumon seul que se sont accumulées les poussières (Pl. II, 3, 4 et S).

Des faits analogues ont pu être observés chez l’homme. Telle est l’observation de Traube% publiée en 1860. Il s agit d’un porteur de charbon qui pendant douze ans avait vécu dans une atmosphère chargée de particules charbonneuses. Bien qu’il eût cessé son travail depuis trois mois, il rendit encore des crachats noirs lors de son entrée et pendant son séjour à l’hôpital. L’examen microscopique démontra dans ces crachats la présence de particules charbonneuses. En effet, on trouvait, soit libres, soit emprisonnés dans des cellules, des corpuscules noirs de forme anguleuse, en tout semblables à ceux que fournissait la poussière de charbon que cet individu avait si longtemps respirée. Un détail de structure permettait même de reconnaître la nature du charbon dont il s’agit. On sait que le bois des conifères est composé de grandes cellules fusiformes ou closlres qui, sur deux de leurs faces opposées, présentent des dépressions au centre desquelles se voit un trou qui pour quelques anatomistes est bouché par une fine membrane. Or, sur quelques-unes des particules de charbon

, Il est très remarquable que chez ces animaux les lésions tuberculeuses ne se sont développées ni exclusivement ni particulièrement dans les lobu e

ou les particules métalliques s’étaient accumulées. „ n .orr

î Traube. —Deutsche Klinilc, 1860, et Berlm. klin. Wochensch., n° 3, 1866.

PIGMENT d'origine UÉMAÏIQUE

trouvées dans Jes crachats aussi bien que sur d’autres prises dans le magasin où avait travaillé le malade, on pouvait reconnaître la présence de ces séries de dépressions et de trous. Il s’agissait de charbon provenant du pin sylvestre. La couleur rousse que présentaient quelques-unes des particules devait être attribuée à leur combustion incomplète.

Il restait à démontrer que ces particules charbonneuses avaient pénétré jusque dans l’intérieur des vésicules pulmonaires. Le malade ayant succombé à une péricardite, l’autopsie vint rendre possible la constatation du fait. Les deux poumons présentaient une coloration uniformément noire, sans noyaux d’induration. A la coupe, il s’en écoulait un liquide colorant les doigts en noir, à la manière de l’encre de Chine.

Examiné au microscope, ce liquide se montrait rempli des mêmes particules que l’on avait trouvées dans les crachats. Sur des coupes du poumon enfin, on put constater que la poussière charbonneuse avait pénétré dans la cavité des alvéoles, où elle était contenue dans l’intérieur des cellules epithéliales, tandis que la paroi alvéolaire elle-même en était exempte. Ce dernier fait, on le comprend facilement, est difficile à expliquer, si l’on admet la provenance intestinale de la poussière charbonneuse.

Le moment est venu d’envisager l’autre face de la question et de montrer en quoi la matière noire pulmonaire diffère des pigments de provenances diverses et en particulier du pigment d’origine hématique. On sait par qu’elle série de modificttions le sang épanché dans tes tissus finit par donner naissance à ce pigment. Ces modifications ont été, en particulier, expérimentalement bien étudiées par M. Langhans L

D’après cet observateur, en laissant de côté tout ce qui a trait à la résorption de la partie séreuse du caillot ainsi qu’aux

' t-anglians. — Virchow's Arch., 1870. t. XLIX, p. 66.

PIGMENT d’origine DÉMATIQUE

modifications subies par la fibrine elles leucocytes, on voit se produire du côté des globules rouges les modifications suivantes : une fois devenus libres, par suite de la disparition de la fibrine, ces globules seraient bientôt enclavés dans l’intérieur de grandes cellules qui sont très probablement des cellules du tissu conjonctif. Toutefois le fait de cette incorporation n’a pu être constaté directement que chez le pigeon. Les globules ainsi enclavés conservent d’abord leurs propriétés normales, mais bientôt leurs caractères physiques et chimiques se modifient. Ils perdent leur forme discoïde, deviennent globuleux et réfractent plus fortement la lumière. En même temps, ils perdent leur coloration normale, pour devenir jaunes, orangés, bruns, presque noirs. En même temps, ils acquièrent plus de résistance aux acides concentrés, même à l'acide sulfurique. Ce dernier, cependant, contrairement à ce qui a lieu pour les particules charbonneuses, finit toujours par les dissoudre, au bout de quelques minutes, après avoir modifié leur couleur, qui devient rouge et bleue. Le dernier terme des changements successifs que subissent les globules rouges consiste dans la production d’une série de granulations de diverses couleurs, en même temps que sur beaucoup de points la cellule enveloppante disparaît.

Des particularités très analogues ont pu être observées dans le poumon, à l’occasion des altérations que subit cet organe dans les maladies organiques du cœur. Le parenchyme pulmonaire, lorsque la lésion est très prononcée, se présente avec une teinte brune, ictérique (Rokitansky), bien différente cependant de la coloration d’un bleu noir particulière à l’anthracose. La cause de ce changement de coloration devrait être attribuée à de petites hémorragies microscopiques L Voici en effet les lésions qui se rencontrent habituellement en pa-

Atlas de Thierfelder.

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reil cas dans rinlérieup des alvéoles pulmonaires ; 1° un certain nombre de globules rouges du sang sont libres dans la cavité alvéolaire ; 2° d’autres globules rouges ont pénétré dans l’intérieur des cellules de l’épithélium du poumon ; 3° ailleurs, cet épithélium contient non plus des globules rouges, mais des granulations pigmentaires de diverses couleurs ; 4° enfin ces mêmes granulations pigmentaires se rencontrent libres dans la cavité de l’alvéole.

De toute cette discussion, il résulte que les caractères du pigment d origine hématique et ceux du charbon pulmonaire sont dilîérents, et cette différence peut être résumée de la façon suivante : T Dans l’anthracose, les particules charbonneuses ont souvent une forme anguleuse spéciale ; elles présentent toutes la meme coloration noire j elles résistent absolument à 1 action de tous les réactifs chimiques. 2° Lorsqu il s’agit d’un pigment d’origine hématique, au contraire, les granulations ont toutes une forme plus ou moins arrondie, quelquefois même une apparence cristalline, qui cependant s’observe rarement dans le poumon; elles offrent des colorations variées et sont rarement noires; enfin leur résistance à l’action des divers réactifs est bien loin d’être aussi absolue que celle du charbon.

Il existe cependant, dans l’histoire générale des pigments d’origine hématique, une dérogation à la règle qui vient d’être lormulée. En pareille circonstance, le pigment, bien que dérivant de la matière colorante du sang, se présente au dernier terme de ses transformations, sous la forme de corpuscules noirs qui, par leur couleur et aussi par leur résistance aux réactifs chimiques, se rapprochent beaucoup des particules charbonneuses. Telle est, par exemple, la mélanémie, altération pigmentaire du sang consécutive à l’intoxication palustre. Dans ce cas, la substance pigmentaire noire qui infiltre les

ANTURACOSE l'UYSlOLOGlQUE

cellules se forme vraisemblablement dans la rate, aux dépens de la matière colorante du sang, car, à côté des corpuscules noirs, qui sont les plus nombreux, on peut en rencontrer de bruns, de jaunes, plus rarement de rouges (Planer). Ces particules pigmentaires en circulation dans le sang peuvent s’arrêter dans les organes et y former des amas plus ou moins volumineux qui peuvent, comme Frerichs l’a vu, résister pendant plusieurs jours à l’action des alcalis caustiques. On comprend que, dans ces conditions, la pigmentation mélanique puisse arriver à simuler un infarctus charbonneux. Mais c’est là, en réalité, une difficulté secondaire, lorsqu’il s’agit du poumon et qui pourra être souvent résolue par des considérations d’un autre ordre. Ainsi, en pareil cas, le poumon n’est jamais le seul organe pigmenté, et d’autre part les circonstances étiologiques sont de nature toute différente.

Il est à peine utile de mentionner l’infiltration tout à fait hypothétique du poumon par un pigment analogue à celui de la choroïde ou de la peau, pigment constitué par des granulations de mélanine. Mais ici encore la question pourrait être résolue à l’aide des réactions chimiques, car cette substance se dissout dans les acides concentrés, ainsi que dans la potasse, et elle se décolore par l’action du chlore.

Ainsi donc, en résumé, l’anthracose physiologique se distingue assez nettement de toutes les altérations qui pourraient la simuler. La matière noire pulmonaire est bien constituée par du charbon venu du dehors et introduit par la voie des conduits respiratoires.

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