TREIZIÈME LEÇON
Des pneumonokonioses (suite).
Sommaire. — L’accumulation progressive, dans les poumons, de poussières charbonneuses, silicieuses ou autres, est compatible avec le fonctionnement normal, tant qu’elle reste contenue dans certaines limites, elle constitue la pneumonokoniose physiologique. — Au-delà de cette limite elle produit des lésions et des troubles fonctionnels, la pneumonokoniose devient pathologique.
Sidérose pulmonaire (Zenker, 1867).
Anthracose pulmonaire pathologique. — Synonymie. — Phthisie des mineurs, observation de Greenhow. — Anthracose des mouleurs en cuivre, en bronze et en fonte. Etat du poumon: 1° coloration noire généralisée 5 2° noyaux d’induration; 3° cavernes pulmonaires.
Pneumonokonioses silicieuses ou alumineuses ou chalicose (Meinel, 1869).
De même que pour l’anthracose il existe une chalicose physiologique se développant avec l’âge. (Kussmaul, 1866; Riegel, 1875). — Chalicose pathologique. — Maladies des tailleurs de meules (Peacock, 1860). — Phthisie des aiguiseurs (Holland, Hall, Desayrre). — Anatomie pathologique; noyaux d’induration, hypertrophie librbïde delà gangue conjonctive; pigmentation du tissu induré; formation de cavernes. — Caractères chimiques ; emploi de l’acide fluorhydrique. — Maladie des potiers et des céranciers ou peigneurs de lin (Greenhow).
L’accumulation progressive, dans les poumons, de poussières charbonneuses apportées par l’air de la respiration, est donc compatible avec le fonctionnement normal de ces organes tant qu’elle reste contenue dans de certaines limites • mais il n’en est plus de même lorsque, par le fait de la constitution spéciale du milieu dans lequel s’effectue la respiration la quantité des poussières introduites à chaque inspiration est
SIDÉROSE l’DLMONAlRE
trop considérable. Il se produit alors des troubles respiratoires correspondant à des lésions organiques provoquées par la présence du corps étranger en excès. Or, il n"est pas nécessaire que ce corps étranger soit du charbon; toutes les poudres inertes peuvent conduire au môme résultat.
SIDÉROSE PULMONAIRE.
Aussi, dans une étude qui est surtout anatomo-pathologique, y aura-t-il avantage à envisager tout d’abord la sidérose pulmonaire, affection beaucoup moins commune que l’anthracose, assurément, mais qui a été l’objet de la part de M. Zenker ‘ d’une étude anatomique très soignée.
Voici dans quelles circonstances M. Zenker a fait ses observations. Il reçut un jour (1864) les deux poumons d’une femme de 31 ans, ayant succombé à Nuremberg dans le service de M. Geist. L’aspect de ces poumons était des plus remarquables ; jamais M. Zenker, anatomo-pathologiste de profession, et on ne peut plus compétent dans la matière, n’avait rien vu de semblable. La surface était d’une coloration rouge brique intense à peu près uniforme, .sillonnée de lignes déprimées plus noires répondant aux espaces interlobulaires. La plèvre pulmonaire était, elle aussi, recouverte de larges plaques rouges. Les surfaces de section présentaient la môme couleur. Il en était de même aussi pour les ganglions lymphatiques du hile. On eût dit que toutes les parties étaient enduites d’une couleur rouge. Plusieurs cavernes plus ou moins volumineuses étaient dispersées dans les deux poumons, surtout dans les lobes inférieurs. Il n’existait aucune trace de tubercules miliaires ni d’infarctus caséeux.
Il était évident à première vue qu’il ne s’agissait pas là d’un
' Zenker. — Deutsch. Arch,, 1867.
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pigment pathologique, mais d’une substance étrangère venue du dehors. On pensa d’abord au minium et au cinabre. Mais l’analyse chimique, faite par M. Gorup Bésanez, démontra bientôt qu’il s’agissait d’oxyde de fer ; les deux poumons, pesant ensemble ISOO grammes, en contenaient environ 21 à 22 grammes.
On devait en conclure que la malade avait dû travailler pendant longtemps dans une atmosphère chargée d^’oxyde rouge de fer, dont les particules avaient pénétré dans les voies aériennes, de là dans le parenchyme pulmonaire et enfin dans les voies lymphatiques.
Les renseignements pris à ce sujet firent connaître que cette malade avait été employée pendant plusieurs années dans une fabrique de Nuremberg à la préparation du papier qui sert à couvrir l’or fin. Son travail consistait à appliquer sur une feuille de papier transparent une poudre rouge, sèche, très fine, jusqu’à imprégnation complète de la feuille. Du reste, ce travail s’effectuait dans un local étroit, ventilé d’une feçon insuffisante, où l’air était obscurci par une poussière intense se déposant sur les meubles et imprégnant les vêtements des ouvrières, dont la salive était rouge.
L’examen de celte poussière fit connaître qu’elle était due
à une variété d’oxyde de fer que l’on appelle le rouee anglais. °
Un examen attentif du poumon mit en lumière les particularités suivantes : Des surfaces de sections s’écoulait un liquide rouge dans lequel l’examen microscopique montrait : 1° des cellules épithéliales et des noyaux remplis de particules fines noires par transparence, rouges à la lumière réfléchie ; traitées par l’acide chlorhydrique, puis par le ferrocyanate de potasse, ces particules prenaient une coloration d’un bleu intense, réaction qui établit d’une façon bien nette leur na
hipo liU
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Sur les coupes du poumon pratiquées après durcissement, on put constater que les particules d’oxyde de fer étaient non seulement contenues dans l’intérieur des cellules de l’épithélium alvéolaire, mais encore qu’elles étaient infiltrées dans la profondeur du parenchyme, où elles occupaient toutes les régions qui ont été indiquées plus haut à propos de l’anthracose physiologique. Seulement, ici, tout ne se bornait pas à la présence du corps étranger ; le tissu lui-même était altéré dans sa structure ; sur certains points, où l’oxyde de fer s’etait accumulé en amas plus volumineux, on constatait l’épaississement des travées conjonctives et des parois des alvéoles, avec effacement plus ou moins prononcé de leurs cavités, en un mot, les lésions caractéristiques de X^imeumonie interstitielle lobulaire. Cette observation, si concluante au point de vue anatomique, ne contenait, pour la partie clinique, que des renseignements fort incomplets. On savait seulement que la^ malade avait succombé à des symptômes rapportés à la phtisie pulmonaire. Toutefois il y a lieu de relever que pendant la vie de la malade on avait constaté l’existence de crachats rouges qui du reste n’avaient pas été analysés. Cette lacune, M. Zen er eut l’occasion de la combler en examinant des polisseurs de glaces d’une fabrique voisine d’Erlangen. Ceshommes, qu ilrencontrait souvent sortant de leur atelier, les vêtements tout couverts de poudre rouge, présentaient une expectoration rouge très analogue à celle de la précédente, malade. Or, les crachats qu’ils rendaient renfermaient des cellules épithéliales farcies de granulations métalliques. Il était donc probable que, bien que ne présentant eux-mêmes aucun phénomène thoracique, ces hommes devaient avoir des infarctus sidérotiques du poumon. L’occasion se présenta de vérifier le fait chez un polisseur de glaces, mort d’une maladie étrangère à la sidérose, et le poumon présentait les mêmes lésions, mais à un degré
moins avancé.
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Eli résumé, il résulte de ces faits qu’il existe une altération du poumon déterminée par l’introduction dans les voies aériennes de poussière d’oxyde de fer. A un faible degré, la lésion passe inaperçue ; à un degré plus prononcé, il se produit des altérations plus ou moins graves du poumon avec formation de cavernes, altérations pouvant déterminer la mort au milieu de symptômes assez mal connus, mais voisins de ceux de la phtisie vulgaire. La substance étrangère pénètre par les voies respiratoires et non en suivant le trajet détourné indiqué par M. Villaret, car il n’existait de poussière ni dans l’intestin, ni dans les glandes mésentériques.
Le domaine de la sidéiose pulmonaire n est pas très étendu encore dans la pratique, car il en existe à peine une quinzaine de cas rassemblés par M. Merkel et dans deux de ces cas seulement la maladie a déterminé la mort. Mais elle offre un intérêt théorique incontestable. Elle montre de la façon la plus nette que la présence des poussières peut déterminer dans le poumon une phtisie ulcéreuse sans intervention aucune de tuberculose miliaire ou de produits caséeux.
ANTHRACOSE PULMONAIRE PATHOLOGIQUE.
Les mêmes faits se retrouvent dans l’histoire de l’anthracose pathologique, qui, à part la nature différente du corps étranger, reproduit fidèlement celle de la sidérose.
Cette affection est connue et étudiée depuis longtemps, en Angleterre, sous le nom de jjhlisie anthracosique^ phtisie des mineurs, ou encore sous les dénominations de coal miners lung, collier' s lung, qui ont trait à l’étude anatomique, ou de blakspit, qui rappelle une des particularités cliniques de l’affection.
' Mcrkcl. — Ziemssen's llandbuch-, Gewerbela-aniceiéen, p. 440.