‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 58 sur 159 · PHTISIE DES MINEURS · texte numérisé non relu

PHTISIE DES MINEURS

Celle-ci présente, dans la plupart des cas, les mêmes caractères essentiels, et on peut choisir pour exemple l’observation suivante, empruntée au travail de M GreenhowL II s’agit d’un homme de 63 ans, mineur depuis son enfance, employé à

. Cons. les trav. de: Thomson, 1S24; - Gregory, 1831; - Simpson; Marshall; — Slracton; - Mackellar; — Brockmann; - Sellmann, Deutsdi. 1866; — Crocq; — Kuborn; — Maury; — Tardieu; — Proust,

Arch

* Greenhow

Palh. Society, t. XX, avec une bonne planche.

ANTflRACOSE DES MOULEURS EN CUIVRE 225

Tipton {Siaffoi'dshiré). Depuis deux ans, cet homme avait été obligé de cesser tout travail. Il toussait et était oppressé. Le seul fait clinique qui mérite d’être relevé dans son histoire est le suivant: il avait rendu quelques jours avant sa mort une quantité considérable de crachats noirs comme de l’encre de Chine, et il avait continué à en rendre 4 ou 5 onces par jour.

Ce fait est du reste signalé dans plusieurs observations. Le blak spit est un phénomène habituel, et les crachats ainsi rendus contiennent des cellules d’épithélium pulmonaire remplies de charbon. A 1 autopsie de ce malade, on trouva des poumons présentant une teinte générale noire à la surface aussi bien qu’à la coupe. De la surface de section s’écoulait un liquide noir tachant les doigts. Cette substance noire ne s’éclaircissait pas par l’action de l’acide nitrique bouillant.

Dans le poumon droit une coque pleurale épaisse entourait une masse solidifiée, dense, ayant la consistance du caoutchouc ou une structure alvéolaire ; au centre existe une caverne a parois déchiquetées, formées par une pulpe noire et contenant dans son intérieur un fragment détaché de substance pulmonaire noire, du volume d’une noisette. Le reste du poumon est noir, mais spongieux. Il n’existait nulle part de tubercules ou de matière caséeuse. A part la nature du corps étranger, Lanalyse histologique ne fournit pas d’autres renseignements que ceux qui ont été consignés plus haut, à l’occasion e la sidérose pulmonaire. Un seul détail mérite d’être relevé: c est que des fragments de ce poumon traités par l’eau ré^^ale laissaient un résidu soluble dans l’acide fluorhydrique elc. réaction caractéristique de la silice. ’

AKTOIUCOSI! ms uoumvss en cüivke, en monze et en fonte.

Voici quelles sont les principales opéralions du moulage des pièces de bronze, etc. Le moule esl fait avec un sable t fln Charcot. Œuvres complètes, T. V, i’oMwows.

gcjg ANTllRACOSE DES MOUI-F-UnS EN BllONZE

dit sable de YersaiDes, qu’on a préalablement bumeclé pour lui conserver la forme des empreintes. Lorsque ce moule est terminé, avant de procéder àTopéralion du séchage, qui précède le coulage, on le saupoudre à l’aide de fine poussière de charbon. Celle-ci est renfermée dans un sac qu’on agite par mouvements saccadés, afin de tamiser la poussière à travers la trame du tissu. Ou comprend qu’une telle opération ait pour effet de charger l’atmosphère de poussière de charbon. Depuis quelques années, l’emploi du charbon chez les mouleuis en bronze et en cuivre a été remplacé par la fécule, mais on est obligé d’y ajouter du talc, nécessaire pour boucher les petites cavités que peut présenter le moule ; sans celle précaulion, le bronze serait piqué.

Les lésions sont ici en tout semblables à celles qui viennent

d’être signalées, à propos de l'anlhracose des mineurs, lilles

vont être ici résumées rapidement :

r Coloration noire, générale, plus ou moins foncée, des deux poumons ; coloration également noire des ganglions

bronchiques.

2° Présence au sein des organes de noyaux d induration composés de deux éléments bien distincts : a) infarctus charbonneux ; - b) hyperplasie fibroïde du tissu conjonctif. Ces noyaux sont de volume variable ; parfois très petits, ils peuvent, dans certains cas, atteindre le volume d’un œuf; en général, ils sont multiples et disséminés irrégulièrement dans l’epaisseur des poumons ; ces noyaux offrent une coupe lisse, sèche ; le tissu pulmonaire à leur niveau a la consistance du caout-

chouc. . ^

3“ Au sein de ces nodules, on voit ordinairement se pio une

des cavités plus ou moins volumineuses, véritables cavernes pulmonaires.

PNEUMONOKOmOSKS

PNEUMOMOKOiMOSES SILICEUSKS OU AEUMLNEUSES.

Elles ont été désignées par M. Meinel', sous Je nom de chaheose {jealix, silex).

^ De toutes les pneumonokonloses, ce sont les premières qui aient été signalées par les auteurs; mais c’est depuis quelques

années seulementqu’elles ontété l’objet d’études anatomiques régulières.

A priori, on est porté à penser que, de même qu’il existe, chez 1 homme, une anthracose physiologique, de même aussi il doit exister une chaheose physiologique, produite par 1 ’introductioii, dans les voies respiratoires, des poussières siliceuses qui existent normalement dans l’atmosphère. Le fait, du reste, a été mis hors de doute par les recherches de M. Kussmaul Démontrant que, de même que l’anthracose, la chalicose physiologique se développe avec l’âge, il a fait voir en effet que, tandis qu’il n’existait pas de silice dans Je poumon du nouveau-né, il en existait déjà des traces chez un enfant de sept mois, et enfin chez l’adulte, en dehors de toute influence professionnelle, on en rencontrait en moyenne de 1 à 2 grammes pour les deux poumons.

Ces recherches ont été du reste reprises et complétées par i . Riegel (DS75)3, et cet auteur est arrivé à des résultats concordants, ainsi que le prouve le tableau suivant :

Enfant de 4 semaines. . . silice.

~ de 4 mois.

Adulte de 47 ans

— de 69 ans

Ainsi donc, la proportion de silice dans le poumon augmente avec -ge. Du reste, jamais on n’a trouvé, chez des sujets

Meinel. — Disserlal. Edangen, 1869.

’ Kussmaul. — Deulsch. Arch., Ild, II, 1866 lUegel. — Deulsch. Arch., t. XV, p. 216.

ggg CUAUCOSE 1-nYSIOLOGlQUE

placés dans des condilions normales, quel que fûl leur âge, des chiffres comparables â ceux qui se produisent sous l’influence de certaines professions.

11 importe, de plus, de faire remarquer avec M. Kussmaul que nulle part, dans l’organisme de l’homme, si ce n’est dans les cheveux, la silice n’est aussi abondante que dans les poumons. Dans le sang, il n’en existe que des traces h Dans le foie, la rate, les muscles, le cerveau, elle est en quantité très minime. Ces résultats conduisent à admettre que la silice qu on rencontre dans les poumons en proportion si forte y a été introduite du dehors.

Une autre observation intéressante est encore due à M. Kussmaul. Même chez les individus confinés pendant longtemps à la chambre, et par conséquent soustraits depuis longtemps â l’action des poussières siliceuses, le taux normal de la silice, pour un âge donné, ne s’abaisse pas. De cette remarque, il semble légitime de conclure que la silice n’est pas superficiellement déposée dans le poumon, mais qu’elle occupe la profondeur même du parenchyme. D’ailleurs, à l’appui de cette manière de voir, il suffirait de faire remarquer que, dans la chahcose physiologique, les ganglions lymphatiques du poumon contiennent de la silice, et cela en quantité beaucoup plus considérable que tous les autres tissus, a 1 exception toutefois du poumon. On est ainsi conduit à admettre que a silice, après s’être accumulée dans le poumon, pénètre de la dans les ganglions lymphatiques, suivant ainsi le même trajet

que la matière noire pulmonaire.

Il est impossible de décider si les dépôts siliceux normaux sont appréciables à l’aide de l’examen microscopique et s ils peuvent être distingués des particules charbonneuses contenues dans l’organe, à l’état physiologique.

‘ Robin et Verdeil.-rmiïé de chimie anatom. etphrjsiol. norm. etpalhoL, etc

l'NEUMONOKONIOSES SILICEUSES

CHALICOSE PATHOLOGIQUE.

Les professions qui provoquent le plus habiluellement la chalicose pathologique peuvent être divisés en deux groupes :

1° Le groupe des tailleurs de pierre et de grès.

L affection thoracique particulière dont ces ouvriers sont atteints a été depuis longtemps remarquée, comme l’indique le nom populaire de maladie Saint-Rocli qui servait à la désigner. Parmi ceux-ci, la maladie des tailleurs de meules mérite une mention spéciale [French Millstone makers Phtisis), parce que M. Peacock ‘ en a fait une étude spéciale, à l’aide de quelques cas observés à l’hôpital Saint-Georges. Les ouvriers en question sont occupés à tailler à coups de ciseau une pierre très dure, dite pierre meulière ou silex molaire, abondante dans le bassin de Paris et importée en Angleterre par la voie du Havre. Chaque coup de ciseau produit des étincelles et un nuage de poussière siliceuse. Les parcelles de pierre et de fer sont projetées avec force, si bien qu’elles s'incrustent dans la peau des mains et de la face des ouvriers.

2® Un autre groupe très considérable et très important, dans 1 espèce, est celui des aiguiseurs. On désigne sous ce nom les ouvriers qui façonnent sur la meule le tranchant de la lame, la surface ou la pointe de divers instruments métalliques. Il paraît que la profession n’est devenue insalubre que depuis 1786, époque à laquelle l’adaptation de la vapeur a amené une révolution complète dans cette industrie. Avant cette époque, en effet, les usines étaient installées à la campagne; dans chacune d’elles, les ouvriers étaient peu nombreux; le

Peacock. — DriUskand foreign's Review, 186", p. 215.

CllALICOSE PATIIOI-OGIQUK

travail s’effectuait au A'oisinage des cours d’eau; il était souvent interrompu pandant l’iiiver. Aujourd’hui, au contraire, les ouvriers sont enfermés en grand nombre dans des locaux étroits, peu aérés, où ils restent enfermés en hiver pendant dix ou douze heures. C’est surtout dans certains grands centres manufacturiers que la profession des aiguiseurs a été étudiée, au point de vue pathologique ; à Sheffield, pour l’Angleterre, par MM. Holland et Hall C à la fabrique d’armes de Châtelleraull, pour la France, parDesayrre.

Les cinq mille ouvriers qui sont occupés dans les fabriques de Sheffield peuvent être divisés, au point de vue de l’hygiène professionnelle, en deux catégories distinctes, suivant qu’ils travaillent sur la meule humide ou sur la meule sèche. Ces derniers sont de beaucoup les plus exposés, les particules qui se répandent dans l’atmosphère, étant, on le comprend, beaucoup plus abondantes lorsqu’elles ne sont pas retenues par l’humidité de la meule. Les conditions sont fort analogues dans les fabriques d’armes, où l’aiguisage porte sur les cuirasses, les canons de fusil, les baïonnettes, etc.

On sait depuis longtemps que les ouvriers qui travaillent dans ces conditions rendent des crachats formés de mucus, de leucocytes, de particules siliceuses facilement reconnaissables à leurs caractères micro-chimiques et morphologiques, et enfin de particules charbonneuses.

Alors même qu'il ne s'est pas développé chez eux, dans ces conditions, de pneumonie spéciale, leurs poumons contiennent un taux élevé de silice ; ainsi, chez les tailleurs de pierre, M. Kussmaul a trouvé trois fois plus de silice que chez des individus de même âge placés en dehors de la profession.

Dans un travail plus récent portant sur 19 autopsies, dont 4 suivies d’analyse chimique, M. Meinel a trouvé comme minimum de silice, dans les poumons des tailleurs de pierre,

' Anal, danfl la Gaz. hebdomad., 18o6, p. 400.

CIIALICOSE rATIlOLOGIQUE

24,3 0/0, comme maximum 45 0/0, alors que chez les vieillards placés en dehors de celle profession le chiffre de la silice ne dépasse pas 16,G9 0/0. M. Riegel, de son côlé, esl arrivé à des résullals Irès analogues.

Quelle que soil la profession ayant déterminé la chalicose, lésions anatomiques UQ présentent pas, bien entendu, de différences, et elles peuvent être résumées de la façon suivante, d après les observations de MM. Peacock, Desayrre, Hall, Meinel, etc.

Les poumons sont farcis de nodules généralement petits, quelquefois volumineux (Hall), durs, arrêtant le scalpel. Ces petits nodules présentent, en général, une coloration noire plus ou moins foncée.

L analyse microscopique y fait découvrir : 1“ une hypertrophie fibroïde de la gangue conjonctive, entraînant le rétrécissementoul oblitération dansles parties correspondantes ; 2°des particules de silice, reconnaissables à leurs caractères microchimiques et morphologiques, sur lesquels il y aura lieu de revenir dans un instant, et enfin des particules noires ayant 1 apparence de la matières charbonneuse. Les auteurs ne s’expliquent pas nettement à ce sujet: s’agil-il dans ce cas d’un pigment hématique ou bien de matière charbonneuse ? Cette dernière opinion est la plus vraisemblable, si l’on en juge par les faits de pneumonie chronique indépendante de la chalicose et dans lesquels on constate une augmentation manifeste dans la quantité de la matière charbonneuse. A propos de ce fait, se présente une question théorique intéressante. N’est-il pas permis de penser que les particules charbonneuses I)énètrent plus facilement dans les poumons malades que dans les poumons normaux, et n’est-ce pas h cette circonstance que doit être allriouée, en grande partie tout au moins, la coloration ardoisée que présente le poumon dans la plupart des

CilALlCOSE TATIIOLOGIQUE

pneumonies chroniques? 3° Dans un certain nombre d’observations, on trouve signalée l’existence de cavernes, indépendantes, bien entendu, de toute lésion tuberculeuse.

Il existe quelques caractères morphologiques et chimiques permettant de reconnaître les particules siliceuses au sein des foyers d’induration.

V Ainsi, dans plusieurs observations, on signale de petites particules cristalloïdes réfractant fortement la lumière, faciles, par conséquent, à distinguer des particules de charbon.

2° Quant aux caractères chimiques, ils sont faciles à rechercher. On soumet les nodules à la dessiccation lente, puis on les brûle, h l’aide d’un jet de gaz. Le résidu est traité par l’eau régale, qui dissout tout ce qui n’est pas de la silice. Celle-ci est alors recueillie sur une lame de platine et exposée aux vapeurs d’acide fluorhydrique, qui en déterminent la dissolution.

On peut rattacher à la chalicose la maladie des potiers, étudiée par M. Greenhow \ et dans laquelle l’altération du poumon est déterminée par l’action de particules siliceuses et alumineuses.

On peut y rattacher aussi les lésions pulmonaires observées encore par M. Greenhow, chez un certain nombre de séranciers ou peigneurs de lin ". On trouve en effet, dans ces cas, des nodules de pneumonie chronique noirs et dans lesquels l’analyse chimique révèle la présence delà silice.

Une semblable lésion n’a rien qui doive surprendre, les cendres de la tige du lin renfermant, d’après Mussprat, 12 pour cent d’acide silicique L

' Greenhow, loc. cit.

* Path. Soc. Trans., l. XX, 1869, p. SI. — Flax dressées lungs.

3 Merkel, /"C. cit.

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