GRANDES CAVERNES
Les grandes cavernes ont parfois des parois libres, comme revêtues d’une membrane blanchâtre. Mais le plus souvent, elles sont Irès anfractueuses. L’examen microscopique montre que, dans la règle, elles sont divisées en plusieurs grandes
Fig. 3S. Schéma montrant le mode de formation des cavernes. — (D’après un dessin de M. Charcot). — A, A, A, cavernes acineuses. — B, caverne lobulaire.
loges qui elles-mêmes sont divisées en logettes. Les grandes loges sont séparées par de grosses travées qui, le plus souvent, ne se détachent pas complètement de la caverne.
Les logettes, au contraire, sont séparées par de petites
PBHIOniî UK HIÏPAUATION
travées souvent complètement libres, dans l’intérieur de la caverne, et n’adhèrent à ces parois que par leurs extrémités.
La disposition anatomique que M. Charcot a proposé d’appeler les grands et les petits espaces conjonctifs pulmonaires rend compte de la présence de ces deux sortes de travées et permet, en quelque sorte, de prévoir leur structure. L’examen microscopique fait sur des coupes transversales vient confirmer cette prévision. Les grosses travées représentent les grands espaces pulmonaires, c’est-à-dire les espaces du tissu conjonctif qui accompagnent les divisions des bronches, les artères pulmonaires et les veines pulmonaires réunies, jusqu’au point où ces dernières se séparent des premières pour occuper les espaces interlobulaires. Les petites travées sont les derniers vestiges des espaces interlobulaires dont le tissu conjonctif ne convient qu’au seul ordre de vaisseaux, les branches des veines pulmonaires.
Le mécanisme entier de la formation des cavernes se conçoit donc parfaitement sans l’intervention d’une véritable inflammation pulmonaire. Dans les parois, nulle trace du processus phlegmasique; dans la cavité, détritus caséeux, fragments de tissu pulmonaire; un peu de pus qui, au contact de l’air, se transforme aisément en liquide ichoreux, plus ou moins fétide. Or, la phtisie en est alors à cette période clinique qui se caractérise surtout par la fièvre hectique à son maximum. C’est une fièvre à oscillations ; la température est souvent peu élevée le matin, mais atteint le soir 40 et 41°. Ce tracé thermique ne peut s'expliquer par l’existence d’une pneumonie; il s’explique parfaitement par l'infection putride.
C. Période de réparation. — Lorsque la matière caséeuse à été complètement évacuée, elle est remplacée par un revêtement de tissu embryonnaire sous lequel font saillie de vérita-
QUIKSCENT EXCAVATION
blés bourgeons charnus. Le tissu pulmonaire sous-jacent à cette zone s’est transformé petit à petit, sur une épaisseur variable, et est en état d’inflammation chronique; c’est déjà une caverne de guérison, la quiescent excavation des auteurs anglais William et Powel. S'il ne se fait point ailleurs d’autre travail de ramollissement tuberculeux, l’état général s’améliore ; c’est une quasi-guérison. La véritable caverne de guérison^ c’est la caverne tapissée de toute part par du tissu fibreux organisé, transformée en un véritable sinus aérien, pour se servir d’une expression de Cruveilhier. Lorsqu’il n’y a plus, dans le poumon, pour toute lésion que cette poche où tout le tissu embryonnaire pariétal est devenu tissu fibreux, l’état fébrile s’est complètement éteint. Dans vingt cas de ce genre, cités par E. Will, dans son article publié en 1875 [Med. Trans.), non seulement la fièvre faisait défaut, mais encore la température était au-dessous du taux normal. La surface de la caverne présente aussi une série de transformations successives.
Dans la quiescent excavation, elle présente, comme les plaies en suppuration, des anses vasculaires saillantes au milieu d’un tissu conjonctif ferme, des bourgeons charnus véritables, mais très petits. Elle donne lieu à la formation plus ou moins abondante de leucocytes qui entrent dans la composition d’un liquide qui tantôt se concrète en une mince couche grisâtre, sous laquelle on trouve la surface granuleuse rougie et fortement vascularisée de l’excavation. Peu à peu, la surface granuleuse s’égalise et devient parfaitement lisse; la caverne est alors limitée par un tissu cicatriciel fibreux plus ou moins épais, qui peut même se rétracter et ne produit plus de pus. Quelquefois cependant, ainsi que l’ont observé MM. Ilérard et Cornil, à la surface d’anciennes cavernes s’opèrent des phénomènes nouveaux de suppuration et même de formation de granulations tuberculeuses, reconnaissables à l’œil nu et à l’examen microscopique.
TUBEUCULES DE GUÉBISON
Il est important de ne pas prendre pour véritable caverne de guérison des lésions qui n’ont que l’apparence de la caverne guérie. Ainsi on ne considérera pas comme caverne de guérison, ainsi que l’ont fait Laennec, Cruveilliier, William, Bennets : 1° des kystes luberculeuxavec centre ramolli ; 2° des kystes avec centre caséeux ou plâtreux ; 3° des cavernes froncées; 4° des cavernes dont les bords se sont exactement accolés, qu’ils aient subi ou non le processus de l’inflammation chronique, si la transformation fibreuse n’est pas parachevée.
Les bronches présentent ici des modifications qu’il faut signaler; au début, elle s’arrêtent brusquement à leur union avec la caverne et leurs parois y sont nettement coupées. Mais, lorsque ces lésions sont anciennes, le bout tronqué de la bronche se met de niveau et se continue directement par une surface lisse avec la paroi de l’excavation.
Tubei'cules de (Cruveilhier). Tubercules stationnai-
res (Charcot). Tubercules fibreux. — Jusqu’à présent, on a vu le tubercule évoluant fatalement jusqu’à la mortification caséeuse. Cependant, dit M. Charcot, le tubercule considéré sous ses formes les plus diverses est curable, ou tout au moins il peut subir dans sa texture des modifications qui le transforment en un corps étranger, inerte, incapable de nuire. C’est le tubercule de guérison de Cruveilliier.
Il peut arriver aussi que le tubercule, parvenu à un état de parfait développement, reste pour ainsi dire stationnaire au sein des organes dont il ne modifie pas sensiblement la texture, sans aboutir à la mortification caséeuse ; c’est le tubercule stationnaire de M. Charcot. Enfin il peut se faire qu’un tubercule à évolution essentiellement chronique dès l’origine perde de bonne heure sa structure cellulaire et se transforme sans avoir présenté la moindre trace de matière caséeuse,