‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 74 sur 159 · IDENTITÉ DES GRANULATIONS GRISES ET DES TUBERCULES 3Û · texte numérisé non relu

IDENTITÉ DES GRANULATIONS GRISES ET DES TUBERCULES 3Û

inférieur droit. Nous n’en conclurons pas moins que ces deux produits, les granulations grises et les tubercules, malgré leur différence d’aspect et de constitution microscopique, sont au fond de même nature. Mais nous touchons là une question que nous ne voulons pas aborder pour le moment, et nous nous réservons de développer, dans une autre occasion, les arguments qui nous portent à rejeter complètement la distinction fondamentale qu’on a, dans ces derniers temps surtout, voulu établir entre la phtisie granuleuse ou à granulations grises, et la phtisie tuberculeuse proprement dite.

I^ARAl’LÉGlE DOI'LOUHEUSE

Sur la paraplégie douloureuse et sur la thrombose artérielle qui surviennent dans certains cas de cancer ' .

La présente communication a pour but d’appeler l’attention sur quelques accidents qui surviennent dans le cours de l’évolution de certains cancers, et qui, si je ne me trompe, n’ont pas encore été signalés d’une manière particulière.

Je commencerai par ce qui a trait au cancer du sein. Mon ancien maître et mon prédécesseur, à l’hospice de la Salpêtrière, M. le docteur Cazalis, avait l’babitude de faire remarquer à ses élèves que, chez les sujets qui succombent par suite de l’affection dont il s’agit, on rencontre très babituellement des dépôts secondaires, le plus souvent multiples, développés dans l’épaisseur du corps des vertèbres, surtout à la région lombaire. Ce fait, intéressant à plusieurs égards, se trouve confirmé pleinement par les nombreuses observations nécroscopiques que j’ai été à môme de faire, pendant le cours des trois dernières années, à la Salpêtrière ; mais j’ai été conduit, en outre, à reconnaître que, si le cancer vertébral secondaire reste le plus souvent latent, il s’annonce cependant, quelquefois, pendant la vie, par un ensemble de symptômes qui pré-

' Communication faite à la Société médicale des hôpitaux, dans la séance du 22 mars 18G5.

CANCER DU SEIN : l'ARAPI.ÉGlE DOULOCJREUSE

sente une physionomie assez particulière, et dont le nom de paraplégie douloureuse donnerait, ce nous semble, une assez bonne idée.

Voici, du reste, en quoi cela consiste : Les malades éprouvent des douleurs dont le siège principal est la région lombaire et qui, de là, s’irradient dans toute l’étendue des deux membres inférieurs ; ils sont parfois tourmentés par un sentiment de constriction pénible qui, en outre, étreint, comme le ferait une ceinture, la partie la plus inférieure de l’abdomen. Dans les membres, on ne saurait localiser ces douleurs sur le trajet d un ou de plusieurs des troncs nerveux principaux ; il semble qu elles occupent tous les rameaux nerveux à la fois. Vives, surtout la nuit, elles ont habituellement le caractère lancinant ou même fulgurant; parfois, elles s’accompagnent, d une sensation purement subjective de chaud ou de froid ; toujours, il s’y joint des fourmillements qui occupent surtout les extrémités ; ces douleurs persistent d’une manière à peu près continue, mais elles s’exaspèrent, toutefois, par moments, et produisent ainsi des accès plus ou moins violents, pendant lesquels les malades sont privés de sommeil, ou même dans les cas d une grande intensité, poussent des cris déchirants.

D ailleurs, point d’analgésie ou d’anesthésie ; au contraire, les moindres pincements, voire même les moindres attouchements, sont très nettement perçus, et de plus, ils sont l’occasion de douleurs plus ou moins vives, principalement pendant la durée des accès. On n’observe aucun désordre appréciable de la conscience musculaire. — Certains troubles de la motilité vont de pair avec ces symptômes d’hyperesthésie ; la marche est difficile, en partie, sans doute, en raison des douleurs des membres, mais surtout à cause de l’afi-aiblissement musculaire ; d’ailleurs, à un degré plus avancé, cet affaiblissement est tel que les malades ne peuvent plus marcher sans l’aide d un bras ou d’une béquille ; on les voit, lorsqu’ils s’efforcent

;nü CANCER DU SEIN ; PARARLflGlE DOULOUREUSE

de faire quelques pas, déLaclier péniblement leurs pieds du sol; il semble que ceux-ci soient devenus plus pesants. Plus lard encore, l’atrophie musculaire se met de la partie ; les membres inférieurs s’amaigrissent en même temps qu'ils s'affaiblissent encore, et un jour, enfin, la marche et la station même sont devenus tout à fait impossibles. Nous n’avons pas, jusqu’ici, observé, soit la paralysie des sphincters, soit les altérations du produit de la sécrétion urinaire, soit encore la rapide formation d’escharres au sacrum qu’on rencontre dans certaines paraplégies, qui se rapprochent cependant, par plus d’un trait, de celle qui nous occupe. Il m’a paru que, dans les cas où les douleurs se sont montrées très vives et très persistantes, la vie des malades a été, par cela même, très notablement abrégée.

Les symptômes de paraplégie douloureuse ont été notés par moi dans six cas sur trente-six cas de cancer du sein admis à la Salpêtrière, dans la division des Incurables, pendant les trois dernières années ; à en juger par là cet accident ne serait pas rare. Il se manifeste d’ailleurs aux époques les plus variées du cours de l’affection cancéreuse primitive ; tantôt quelques mois tout au plus après le début apparent, tantôt, au contraire, au bout de plusieurs années seulement. D’après ce que j’ai vu, c’est plus particulièrement, mais non exclusivement, toutefois, aux diverses formes du cancer dur qu’il se rattache; on l’observe tout aussi bien dans les cas où une opération a été pratiquée que dans ceux où la maladie a été abandonnée à elle-même.

Trois fois, il a été permis de rechercher la raison anatomique des symptômes observés pendant la vie, et voici l’indication sommaire des résultats obtenus ; Dans tous les cas, l’altération cancéreuse du corps des vertèbres lombaires était des plus prononcées. Deux fois, c’étaient des tumeurs multiples arrondies, parfaitement circonscrites, du volume d’une noi-

CANCEU DU SlilN : PARAPLEGIE DOULOUREUSE

selle, pour la plupart, ou môme plus grosses encore, faciles à énucléer, et développées au sein de la substance spongieuse qui se montrait pai'tout ramollie et friable. En quelques points, la mince lamelle de tissu compacte, qui limite de toutes parts le corps des vertèbres, avait été détruite du côté de la cavité rachidienne, de telle sorte que plusieurs tumeurs avaient fait issue dans cette cavité où elles s’étaient développées, comprimant d’avant en arrière la dure-mère. Dans le troisième cas, les éléments cancéreux ne constituaient plus, par leur réunion, des tumeurs circonscrites; ils étaient comme infiltrés dans les cellules agrandies du tissu spongieux, et conséquemment, un examen microscopique attentif permettait seul de déterminer le véritable caractère de l’altération : celle-ci portait presque exclusivement sur les quatre dernières vertèbres lombaires. Leur tissu était ramolli, à tel point qu'on pouvait, sans effort, le diviser à l’aide du couteau en minces lamelles ; l’une de ces vertèbres (la troisième) était aplatie, comme écrasée, et ne mesurait guère plus d’un centimètre, dans son diamètre vertical. Par suite, la colonne lombaire s’était incurvée, de manière à rétrécir le canal rachidien, dans le sens antéro-postérieur: la dure-mère avait été refoulée dans le même sens, et les tissus nerveux, qui constituent la queue de cheval, se trouvaient comprimés et tiraillés. C’est évidemment à la compression et à l’irritation des racines spinales lombaires que doivent être rattachés les symptômes observés pendant la vie.

Si, comme tout porte à le croire, la forme de paraplégie dont il s’agit, n’est pas tout à fait rare, il n’est guère possible qu’elle soit restée jusqu’ici complètement inaperçue. Je puis dire, dès à présent, que M. le professeur Trousseau l’a quelquefois rencontrée, et je tiens de bonne source que MM. les professeurs Yelpeau etNélalon ont, de leur côté, observé plusieurs cas qui se rapportent évidemment à cet ordre de faits.

CANCEn UTÉHIN : TIlROMnOSliS AHTÉRIKLLIiS

On connaît, de longue date, les oblitérations fibrineuses des veines qm se présentent si communément dans les périodes avancées des affections cancéreuses, en général, et, plus particulièrement, dans les cas de carcinome utérin. On s’accorde à reconnaître aujourd’hui que ces oblitérations fibrineuses reconnaissent pour cause principale une modification particulière de la fibrine du sang, désignée par Vogel sous le nom d’mopexie. J’ai recueilli, dans ces derniers temps, un certain nombre d’observations qui me paraissent propres à établir que, dans ces mêmes circonstances, et vraisemblement, sous l’influence des mêmes causes, la thrombose artérielle peut se produire tout aussi bien que la thrombose veineuse ; celle-là, à la vérité, bien plus rarement que celle-ci.

Chez quatre femmes, atteintes de cancer utérin^ l’oblitération absolue de l’une des artères sylviennes par un caillot fibrineux, a produit le ramollissement des parties correspondantes du cerveau. C’était un ramollissement blanc^ occupant les parties des lobes antérieur et moyen qui attiennent à la scissure de Sylvius. Les tubes nerveux, réduits en parcelles ténues, étaient là variqueux; les cellules nerveuses ne présentaient pas d’altération appréciable. A ces éléments, se trouvaient mêlés des corps granuleux, en assez grand nombre. Le thrombus était dense, décoloré, formé de couches fibrineuses stratifiées. Il se prolongeait dans les ramifications principales de l’artère ; au delà et en deçà, la lumière des vaisseaux était libre. Les tuniques vasculaires ne présentaient, d’ailleurs, aucune trace de dégénération athéromateuse, aucune altération qu’on puisse rapporter à la préexistence d’une artérite. Le début s’était d’ailleurs opéré brusquement sans

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