V. Virchow, Arch., V. I
DE LA MÉLANÉMIE
De la mélanémie, altération du sang- par des granules et des corpuscules de pigment
Des travaux récents ont appelé l’altenlion des médecins sur un ordre de faits pathologiques dans lesquels, à une altération toute spéciale et jusqu’alors non encore décrite du sang et des viscères, viendrait se joindre un ensemble de symptômes particuliers. — L’altération du sang consiste essentiellement dans la présence, au sein de ce liquide, d’un nombre plus ou moins considérable de granulations, de corpuscules on de cellules pigmentaires ; celle des viscères est en grande partie le résultat de l’accumulation de ces mômes corpuscules de pigment dans la cavité même des vaisseaux capillaires; quant aux symptômes qu’il conviendrait de rattacher à ces diverses altérations, ils varieraient singulièrement, principalement en raison du siège et de l’étendue des lésions. Ces lésions et ces symptômes ne paraissent pas devoir constituer une maladie primitive et ayant une existence réellement à part; on les voit habituellement se manifester dans le cours où à la suite des fièvres intermittentes, et leur étude devra peut-être, un jour, former un chapitre important dans l’histoire générale de l’intoxication paludéenne. Le terme mélanémie [indanœmici) a été unaniment accepté, en Allemagne, pour spécifier les cas dont il s’agit, en raison de l’altération particulière du sang, qui est un de leurs traits les plus caractéristiques.
I Extrait de la Gazette hebdomadaire, 18o7, p. Gî9.
DIÎ LA MÉLANÉMIE
Lgs travaux concernant la niélanéiniG sont peu nombreux , ils ont été presque tous publiés en Allemagne ; tous sont de date récente; Bailly’ et M. Maillot^, il est vrai, avaient déjà fait remarquer l’existence fréquente d'une coloration ardoisée toute spéciale de la substance corticale du cerveau, chez les individus qui succombent aux ûèvres intermittentes; Billard® et R. Briglit b avaient rencontré cette môme coloration de la substance grise chez des individus morts à la suite d’accidents cérébraux dont la nature était restée douteuse : cette coloration était, suivant toute probabilité, le résultat d’une altération pigmentaire; mais sa signification devait reste ignorée, à une époque où l’usage du microscope était loin d’être répandu.
Dès 1847, H. MeckeP rencontra des corpuscules de pigment dans le sang d’un aliéné qui avait succombé à la phthisie pulmonaire. La rate, le foie et le cerveau présentaient, à un haut degré, l’altération pigmentaire. L’existence de la fièvre intermittente ne se trouve pas notée parmi les antécédents de ce malade. — Deux ans après, M. Yirchow® observa de nombreuses cellules pigmentaires dans le sang d’un homme qui était devenu hydropique à la suite de fièvres intermittentes prolongées : la rate et le foie contenaient en abondance des corpuscules de pigment. — Peu de temps après, Heschl a étudié avec beaucoup de soin les altérations pigmentaires qui se développent dans la rate, le foie et les glandes mésentériques, à la suite des fièvres intermittentes. — Dans un second travail, Meckel® a repris l’étude delà mélanémie et il a reconnu la relation qui existe entre elle et les maladies paludéennes. —
' liailly. — Traité des fièvres intermittentes . Paris, 182.'î.
- Traité des fièvres ou irritations spinales intermittentes. Paris, 1836. ^ Archives f/énérales de médecine, l. IX, 1823, p. 492.
‘ Reports of Me tical Cases. London, 1831, pl. XVIl, XIX, cap, CI.
“ Zeitschrift fur Psychiatrie, von Uamerow, 1847.
“ .\rchiv für patholoy . Anat., 1849.
’ Zeitschrift der Gesellschaft der Aerzte zu Wien. 1830.
" Ueustche Klinik, 18”i0. üO.
IIISTOBTQLE
Le travail de Planer ‘ sur le même sujet contient des observations suivies d’autopsie. Malheureusement, PhisLoire de la maladie y est toujours indiquée d’une manière très incomplète. — L’épidémie de fièvres intermittentes qui a sévi en Silésie pendant 1 été de 18o4, à la suite de grandes inondations, a fourni au docteur Frericlis^ l’occasion d’étudier l’affection mélanémique sur une grande échelle. Dans son travail, l’auteur a pris surtout pour tache d’élucider le point de vue clinique. Il est à regretter qu’il n’ait pas étayé ses descriptions d’un certain nombre d’observations particulières. — Rokitansky et Wedl ont traité de la question dans divers endroits de leurs traités d’anatomie pathologique ; Griesinger lui ® a accoidé quelques développements dans un article consacré à 1 étude des maladies paludéennes. — C’est évidemment au même ordre de faits qu’il faut rattacher les observations publiées par le docteur Tigri sous le nom de milza nova (rate noire), et dont on trouve l’analyse et la critique dans le présent volume de la Gazette hebdomadaire
Tels sont, à notre connaissance du moins, les seuls travaux qui aient été publiés sur la mélanémie; les documents qu’ils renferment sont, il faut l’avouer, souvent imparfaits, et ils ne permettent certainement pas d’édifier une histoire complète ; de nouvelles recherches sont nécessaires tant pour contrôler les faits acquis que pour combler les nombreuses lacunes qui existent encore. L’occasion d’entreprendre un semblable travail ne peut malheureusement pas manquer de se présenter
' Zeitschrift der Gcsellschaft der Aerzle zu Wien, 10 Jahr, 1 Bd , 1854, p. 127, 280.
* Zeitschrift fur klinische hIedizin.,von Günsburg, 1855-6, p. 321.
^ Uandbuch der spec. Pathotog. von Virçhow, 2 Bd, 2 Ab., 1 lleft, 1857,
* Juin 1857. — I.e docteur Fuehrer a parle incidemment de la mélanémie, dans un mémoire sur les altérations de la rate. (.-IrcAii;. vo?i A'^ierordt, 15 lévrier 1856, et Gazette hebdomadaire, p. 43.