‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 86 sur 159 · MlCLANBMllD ET MAT AlilE d’aDDISON · texte numérisé non relu

MlCLANBMllD ET MAT AlilE d’aDDISON

légère, la coloralioii anormale est cendrée, d’un gris jannàlre. Dans les cas intenses, elle est d’un Jaune brun, quelquefois ti'ès foncé. 11 serait intéressant d’étudier plus attentivement qu’on ne l’a fait jusqu’ici cette coloration anormale de la peau, dans ses rapports avec la mélanémie; de rechercher, par exemple, si l’altération du sang par les corpuscules de pigment accompagnent constamment, irrévocablement la teinte bistrée particulière aux individus qui ont subi l’intoxication palustre; si c’est bien aux altérations les plus profondes que correspondent les tons les plus sombres, etc. Il est devenu enfin nécessaire de chercher à déterminer en quoi cette teinte bistrée diffère de la coloration bronzée de la maladie d'Addison: celleci serait-elle, comme. celle-là paraît l’être, sous la dépendance d’une altération pigmentaire du sang. L’examen microscopique en décidera; mais, à priori^ cela est peu probable^ car, ainsi que l’a fait remarquer M. le docteur Decharnbre les médecins qui ont étudié l’affection des capsules surrénales ont examiné, dans beaucoup de cas, les viscères abdominaux, la rate en particulier, et ils n’y ont trouvé rien d’anormal; or, le contraire a lieu dans la mélanémie, les deux genres de coloration pourraient se distinguer à certains caractères, autant qu on peut en juger, d’après la description peu explicite des auteurs : la coloration anormale, en cas de mélanémie, paraît être uniformément répandue sur toute l’étendue du tégument externe; tandis que, dans la maladie d’Addison, elle est disposée, sous forme de taches isolées, qui se réunissent pour former des plaques à contours plus ou moins nets, et qui se détachent plus ou moins vivement sur les parties avoisinantes, d’aspect normal; ou encore elle se répand en teintes à reflets noirs sur un fond uniformément obscur. Il est une circonstance qui contri-

s’esl surLoul produit. {Bulletins de la Soc. de biologie, 1850, p. 155). Dans la mélanémie, ic pigment serait contenu dans la cavilc même des vaisscan.K capillaires de la peau.

' Gazette hebdomadaire, 5 juin 1857, p. 387.

MRLANÊMIR KT MALADIE DADDISON

huerait à fixer le diagnostic dans les cas douteux : la fièvre intermittente est signalée dans l’étiologie de la plupart des cas de mélanémie; elle est mentionnée d’une manière tout à fait exceptionnelle dans les cas de maladie d’Addison. Pour le dire en passant, les observations rapportées, il y a quelques mois, par M. le docteur Tigri, dans la Gazette médicale de Toscane' , et considérées par l’auteur comme des exemples de peau bronzée, semblent pouvoir se rattacher par tous les points à la mélanémie. Il y est fait mention dans tous les cas de la coloration noire de la rate [milza nera)^ du foie et des autres viscères qui se lie toujours à l’altération pigmentaire du sang, et qu’on no trouve pas signalée dansles observations relatives à la maladie d'Addison ^

I Gazette hebdomadaire^ loc. cit.

Extrait de la Gazette hebdomadaire, 18o7, p. 6.79.

LEUcocvniiùMUi:

Jll.

Note sur des cristaux particuliers trouvés dans le sang et dans certains viscères d’un sujet leucémique, et sur d’autres faits nécroscopiques observés sur le même sujet *.

L’étude de la leucoajthémie a été poursuivie avec ardeur depuis l’année 1845, date des premières publications de II. Bennett et de Virchow sur ce sujet. Les observations se sont multipliées ; on a pénétré de plus en plus dans la connaissance de la symptomatologie et de l’anatomie pathologique de cette maladie, l’une des plus intéressantes du cadre nosologique, et déjà l’une de celles qui ont été le plus sérieusement travaillées. Toutefois, quels que soient les résultats obtenus jusqu’ici, cet état morbide si complexe est assurément loin d’être connu à fond ; et il est certain qu’en creusant encore le champ de l’observation, on arrivera, soit à découvrir des faits nouveaux, soit à recueillir des notions plus précises et plus complètes sur des faits déjà signalés. Aucun détail ne doit être négligé: telle particularité qui paraît aujourd’hui de mince valeur deviendra peut-être précieuse plus tard si Ton reconnaît son existence constante, ou si Ton démêle sa signification, en trouvant le lien qui le rattache, à quelque autre point de l’histoire de la maladie. Bans la conviction où nous sommes que les faits de détail ont toujours leur importance,

* En commun avec M. Vui.pian. — ExlraiL de la Gazette hebdomadaire, l. Vm, 186U, p. 755.

OBSERVATION

nous publions l’observalion suivante. Il s’agit d’un cas de leucocytliémie, cas dans lequel nous n’avons pu avoir aucun renseignement sur l’histoire de la maladie. La nécropsie et l’examen microscopique nous ont présenté quelques faits intéressants, entre lesquels nous devons surtout mentionner la présence d’une très grande quantité de cristaux particuliers dans le sang, cristaux dont nous donnons les principaux caractères chimiques, et dont nous reproduisons ici les formes. [Figure 41 .)

Obs. — Nécroscopie d'un sujet leucémique. — Cristaux particuliers dans le sang et dans certains viscères. — Nombre considérable de globules rouges, plus petits que dans l'état normal, etc.

La nommée Laure Weiss, âgée de cinquante-huit ans, coloriste, est amenée, le 20 septembre 1860) à l’hépital de la Pitié, dans un état très grave, et succombe quelques heures après son entrée, salle Sainte-Marthe, n° 33. — Nécroscopie : le foie présente un volume énorme (36 centimètres sur 40); son tissu est friable, d’une couleur toute particulière qui rappelle celle du chocolat ; la rate aussi est très volumineuse (diamètre longitudinal 28 centimètres, diamètre transversal 19; épaisseur 10 centimètres environ) : son tissu est résistant, de couleur acajou. — Le tronc de la veine porte, les mésaraïques, les spléniques, tous les vaisseaux du système porte, en un mot, sont énormément distendus par du sang à demi coagulé, présentant une couleur chocolat très remarquable. Çà et là on rencontre dans les veines spléniques des caillots tout à fait blancs et décolorés. — Les reins, assez volumineux, ne paraissent pas altérés. — Les ganglions lymphatiques, o\d,minés en plusieurs points, et principalement dans le mésentère, ont pour la plupart leur volume normal; quelques-uns, cependant, ont acquis le volume d’une petite noisette. — Poumons tout à fait sains. — Cœur volumineux; ses parois musculaires, épaissies, •sont llasques et décolorées; il n’y a pas d’altérations valvulaires ; les ventricules droit et gauche, sont fortement distendus par une certaine quantité de sang à demi coagulé et présentant la colora-

LEUCOCYÏIIÉMIE r EXAMEN DU SANG

lion dont il a élé parlé plus hanl. — Deux épanchements de sang, présentant les mêmes caractères, existent, l’un, dans l’épaisseur de la mamelle, l’autre sous la peau de l’épaule gauciie, au voisinage de l’inserlion inférieure du deltoïde. — Bien que l’autopsie ait été commencée plus de vingt-quatre heures après la mort, le cadavre est encore chaud : la température paraît élevée, surtout au moment où la main est introduite dans l’abdomen pour pratiquer l’extirpation des viscères.

Examen microscopique. — On a e.xaminé le sang et les viscères le jour même de l’autopsie, vers deux heures de l’après-midi (l’autopsie avait été faite à dix heures). L’examen a été renouvelé les jours suivants, et l’on est arrivé de la sorte aux- résultats que nous allons exposer. Nous nous occuperons d’abord du sang, puis, nous dirons quelques mots du foie, de la rate et des reins.

Sang. — Le sang, le jour môme de l’autopsie, contenait déjà quelques vibrions. Depuis ce jour, il a été conservé dans des tubes non hermétiquement bouchés, et le nombre des vibrions ne s’est pas accru; et même on n’en trouve plus au bout de six semaines. Le sang était en caillots dans le fond de ces tubes. Ces caillots n’ont exsudé aucune trace de sérum; il ne s’est liquéfié que quinze jours au moins après la nécropsie ; enfin, il n’a exhalé une odeur de putréfaction qu’au bout de plusieurs jours. Dans quelque endroit qu’il ait été pris (nous avons examiné le sang du cœur droit, celui du cœur gauche et celui de la veine splénique), le sang contenait une grande proportion de globules blancs, proportion difficile à apprécier, mais qu'on peut évaluer approximativement à la moitié de la somme totale des globules rouges ou blancs. Il nous a semblé que cette proportion était plus considérable dans le sang de la veine splénique, mais nous n’oserions l’affirmer, en l’absence de preuve par numération, la difierence n’étant pas très grande.

Nous avons à considérer dans le sang; 1° les globules rouges; 2° les globules blancs ; 3“ les autres éléments visibles au microscope.

LIîUCOCYTIlBMIE : EXAMEN DU SANG

Globules rouges. — Le fait saillant, relativement à ces globules, c’est l’inégalité de leurs dimensions. Un grand nombre de globules rouges {un tiers environ, et cette proportion n a rien d’exagéré) n’ont pas le diamètre normal. On trouve des globules qui ont 6 millièmes de millimètre de diamètre, d’autres ()""", 004, 0'"‘",003 ; enfin, certains globules n’ont pas plus de 0““,002, et ils ne sont pas très rares, car il y en a un ou plusieurs dans chaque champ du microscope (450 diamètres). Les plus petits de ces globules offrent une forme sphéroïdale ; ceux qui sont inteimédiaires entre les petits et les normaux ; présentent çà et là la forme discoïde.

Tous les globules rouges se sont assez bien conservés avec leurs caractères pendant trois ou quatre jours.

2“ Globules blancs ou incolores (leucocytes). — Ces éléments sont de deux sortes : les uns offrent immédiatement un noyau, les autres n’en présentent pas avant l’emploi des réactifs, ou même après avoir été soumis à leur influence. Les premiers, cellules véritables complètement développées, sont beaucoup plus nombreux que les seconds.

a) Globules blancs à noyau. — Ces globules ont des dimensions peu variées et généralement assez grandes: la plupart ont de Qram, 012 à 014 de diamètre; quelques-uns ont un diamètre un peu moins considérable; d’autres un diamètre un peu plus grand. Le noyau, qui est unique, a en moyenne un diamètre de 0™“,0Û6. Il n’est pas toujours arrondi ; il est souvent légèrement excentrique; il est parfois un peu irrégulier, ou peut encore offi’ir l’apparence réniforme. 11 est parsemé, à l’intérieur, de granulations fines, dont quelques-unes sont un peu plus grosses que les autres ; mais, en général, il n’y a pas de nucléole bien reconnaissable. La cellule, qui n’est pas non plus toujours régulièrement arrondie, contient aussi des granulations fines et assez nombreuses.

L’acide acétique et l'acide lactique font pâlir les cellules, en rendant leurs noyaux encore plus apparents, et en les contractant

LEUCOCYTlll^MIE : CltKTAUX l’ARTlCULlEUS

lin peu. Les granulations des noyaux paraissent devenir aussi plus accentuées.

b) Globules blancs sans noyau immédiatement visible. — Les globulins sont extrêmenaent rares ; les autres globules sans noyau ont des dimensions qui se rapprochent de celles des vraies cellules précédemment décrites. Ils contiennent aussi de nombreuses granulations.

Quelques-uns de ces globules sont remplis de granulations ‘ assez grosses, très nombreuses, à bord réfringent, lesquelles ne ; se dissolvent pas dans l’acide acétique. Ce sont des éléments passés à l’état gras, en voie de destruction. ■

Tous ces globules ne sont pas modifiés de la même façon par ; l’acide acétique (l’acide lactique produit le même effet que l’acide acétique). Dans les uns apparaissent un, plus souvent deux ou trois petits noyaux généralement rassemblés en groupe, et offrant toutes les dispositions notées dans les globules blancs normaux ' soumis à cette réaction. D’autres globules ne font que pâlir, sans ) qu’aucun noyau se montre. Il en est quelques-uns, rares, dans ’ lesquels on aperçoit alors un noyau assez grand, mais presque aussi effacé que le globule lui-même.

Quelques globules blancs, montrant les principales variétés qu’on remarque avant toute réaction, sont présentés dans la j (ïg. 41, a. Les globules blancs étaient encore visibles dans le sang -, consei’vé, au bout d’un mois. Quinze jours plus tard, on en voyait ; encore un certain nombre. t

3° Autres éléments visibles dans le sang. — Outres les globules, soit rouges, soit blancs, on aperçoit dans le sang une très grande quantité de petites granulations amorphes, formant quelquefois, par leur réunion autour des groupes des globules blancs, des amas comme cendrés et plus ou moins larges.

Cristaux. — Lors du premier examen qui a été fait le jour de l’autopsie, on n'avait pas remarqué ces cristaux, soit (pi’ils n’existassent pas à ce moment, soit qu’ils fussent très peu nombreux. Le lendemain, on en voyait quelques-uns dans chaque I préparation; mais leur nombre a été en augmentant les jours |

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