‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 89 sur 159 · MALADIES DU SYSTÈME VASCULAIRE · texte numérisé non relu

MALADIES DU SYSTÈME VASCULAIRE

Cas de tumeurs fibrineuses multiples contenant une matière puriforme, situées dans l’oreillette droite du cœur, suivi de cas analogues et de quelques remarques critiques'.

Observation, — Antécédents : oppi'ession, palpitations et toux datant de l'enfance. — Fièvres intermittentes. — Excès alcooliques et fatigues. — Accroissement de l’oppression et de la toux. — Anasarque aiguë et généralisée. — Etat actuel : affaiblissement considérable. — Souffles vasculaires et cardiaques. — Signes d'excavations pxdmonaires . — Expectoration puriforme. — Œdème. — Hypertrophie de la rate. — Signes de péricardite. — Urines albumineuses. — Dyspnée progressive : Mort. — Autopsie : Tubercules crétacés. — Excavations pulmonaires. — Concrétions polypiformes des ventricules du cœur, se ramifiant dans les vaisseaux. — Description.

Arnould, Louis, âgéde 29 ans, boutonnier. Entré le 10 juin 1850, à Uhôpital de la Charité, salle Saint-Michel, n“ 8, service de M. Rayer. Mort le 6 juillet.

Cet homme n’a jamais joui d’une bonne santé; dès l’âge de 14 ans, il éprouvait, sous l’inRuence des moindres fatigues, de

) Mém. de la Soc. de Biolog., 1851, p. 18 '.

OBSEUVATIOiy

l’oppression, de Tesson fflenaenl, des palpUalions et un peu de toux. A 1 âge de 20 ans, il I otnbe au sort et sert comme soldai en Afrique pendant 11 ois ans, pendant tout ce temps, il ne cesse d’être sujet à la toux et aux oppressions, incommodités qui ne Tempêchent cependant pas de répondre tant bien que mal aux exigences du service militaire. Pendant le séjour en Afrique il contracte une fièvie intermittente de type tierce, qui se produit à plusieurs reprises, mais qui n est pas suivie d’hydropisie. Ce malade est de retour en France depuis (rois ans ; depuis cette époque, il se livre a un travail assez fatiguant, qui l’oblige à avoir les mains sans cesse plongées dans Teau. Il a pour habitude dé se livrer tous les lundis et tous les dimanches à des excès alcoliques et il fait communément usage de vin blanc ; il habite un logement sec et se nourrit d’ailleurs assez bien. Depuis le retour en France, et sous l’influence des nouvelles habitudes, la toux, l’oppression, les fatigues spontanées n’ont fait que s’accroître ; cependant il n’y annoter ni fièvres, ni sueurs nocturnes, ni amaigrissement, ni hémopl\'sies. Il y a quatre mois environ, sans cause connue et en un seul jour, les paupières et les joues s’enflent considérablement, les membres inférieurs et les avant-bras s’œdématient ; cette production rajoide de Tanasarque n’est pas accompagnée de frissons; elle n’avait pas été précédée de douleurs de reins ; le malade n’avait éprouvé qu’une grande lassitude et un peu d’inappétence; il continue néanmoins à travailler pendant une quinzaine de jours, mais bientôt les bourses elles-même se prennent ; la fatigue devient extrême et il se voit forcé de se rendre à Thôpital Saint- Antoine. Le traitement qu’il y subit et qui consiste plus particulièrement en bains de vapeur et en fumigations, reste sans effet.

Le malade quitte cet hôpital après un séjour de deux mois, il reste chez lui pendant une quinzaine de jours, sans traitement, et entre enfin, le 10 juin 1831, à Thôpital delà Charité, où nous le trouvons dans l’état suivant :

Constitution profondément détériorée ; décoloration générale et teinte jaunâtre des téguments. Souffle à double courant dans les vaisseaux du cou. Souffle doux au premier temps du cœur ayant

OBSF.nVATION SGo-

son maximum à la base. — Œdème considérable des membres supérieurs et inférieurs ; bydropérilonie, œdème du scrotum ; simple bouffissure de la face.

Toux habituelle et fréquente, surtout la nuit: expectoration de crachats verts, larges, arrondis, puriformes; quelquefois d’une teinte rousse et striés de sang, sentiment d'oppression ; voix faible, mais sans raucité. La percussion delà poitrine fait reconnaître, dans toute 1 étendue du côté droit, en arrière, une matité absolue avec résistance au doigt ; en avant, depuis la clavicule jusqu au loie, résistance au doigt qui percute, mais sonorité spéciale. Par l'auscultation, on constate, dans toute l'étendue du. même côté, l’existence d’un souffle presque amphorique, et d’un gargouillement composé de bulles volumineuses qui s’accompagnent en éclatant d un timbre métallique proprement dit ; pas de bruit de fluctuation thoracique; pectoriloquie. Le poumon gauche paraît sain dans toute son étendue. Volume^normal du cœur; nous y avons déjà noté l’existence d’un souffle hj^drémique.

Foie de forme et de volume normaux. Rate hypertrophiée; elle a atteint de douze à treize centimètres dans son diamètre vertical; elle est épaisse. — Rien à noter du côté des intestins ; pasde dévoiement. Les deux reins paraissent d’égal volume, mais tous deux semblent avoir subi une légère augmentation d’étendue ; la percussion fait reconnaître en même temps que la région des reins n’est pas douloureuse ; l’émission de l’urine est rare, non douloureuse. L’urine elle-même étant chauffée, puis traitée par l’acide nitrique, il s’y forme un abondant dépôt d’albumine.

Le malade n’éprouve pas de fièvre le soir; il n’a pas de sueurs nocturnes. Sa peau paraît, quand on la louche, au-dessous de la température normale, surtout aux extrémités : le pouls est faible, dépressible, naturel pour la fréquence; le malade a conservé un peu d’appétit. Prescript.: Poudre de Gédran, 0, 50 centigr., demi portion d’aliments. Le 22 juin, il se manifeste du dévoiement, avec ténesme (cinq à six selles en 24 heures). Prescript • Potion, laudanum, 10 gouttes, diminution des aliments. — Mêmeétat les jours suivants.

Le 24juin, des caillots de sang noir se rencontrent pour la pre-

onsiîuvATiO.N ; autoi'Sii':

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mière Ibis clans les selles ; 100 pulsalious, pouls pelil, mais, souvent redoublé, quelquefois intermittent ; extrémités froides. L’état de l’urine n’est pas modifié.

Même état les jours suivants, si ce n’est que l’oppression augmente manifestement de jour en jour; le malade ne dit pas éprouver de palpitations.

30ym'n. — Même état général, même nombre de selles ; elles contiennent toujours des caillots. Les crachats sont tout à fait puriformes, d’un vert roux, très abondant. Dans le courant de la journée, un frisson violent avec tremblement se manifeste ; en même temps une douleur sourde, que la percussion exagère, se montre à la région du cœur. L’auscultation du cœur fait constater l’existence d’un bruit de cuir neuf, superficiel, très rude, perceptible aux deux temps de chaque battement, mais dont l’intensité est augmentée à chaque inspiration pulmonaire. Prescript. : Un vésicatoire sur la région précordiale.

juillet. — Même état que la veille. Quelques frissons erratiques; pas de chaleur cutanée ; même état des selles et de l’urine. — Rien de nouveau à noter dans les poumons. — Même sentiment d'anxiété précordiale. — Les jours suivants, la dyspnée ne fait que s’accroître. — Le bruit de cuir neuf persiste.

\ juillet. — .\nxiété très considérable. L’expectoration devient difficile ; les râles pulmonaires s’entendent à distance ; décubitus latéral ; dans tout le côté droit du corps sur lequel le malade est habituellement couché, l’œdème a presque complètement disparu.

Mort le 6, à une heure du matin. Le malade était depuis deux jours dans un véritable état d’agonie. Le frottement péricardique a persisté jusqu’à la fin. Jamais il n’y a eu de phénomènes cérébraux.

Autopsie, faite trente heures après la mort. — Nulle trace de rigidité cadavérique. — Poumons. Poumon droit : adhérences intimes aux parois thoraciques ; les lobes sont confondus en un seul et reliés entre eux par une épaisse coque fibreuse. Le tissu du poumon a une teinte verdâtre ; il est dur, homogène et crie sous le scalpel; il est creusé d’une dizaine d’excavations volumineuses; quelques-unes communiquent entre elles. Ces excavations, dont les

AUTOPSIR : CONCRÉTIONS FIBRINEUSES 337

parois sont lisses et rougeâtres, contiennent très peu de matière puriforme. Tubercules à l’état crétacé au sommet du poumon.

Le poumon gauche ne présente, avec les parois thoraciques, que des adhérences peu intimes et celluleuses. Son tissu est partout peu crépitant ; il présente à peine un peu de congestion hypostatique aux parties les plus déclives. Un peu de dilatation des vésicules aériennes au niveau du bord antérieur. Quand on coupe le tissu pulmonaire, il s’en écoule une très-grande quantité d’un liquide clair, aéré, très fluide. En pratiquant cette section, on remarque que des vaisseaux de divers calibres sont exactement remplis par des concrétions polypiformes que l’on peut extraire par la dissection, sous forme de cylindres ramifiés. On remonte, par la disection, jusqu’au tronc de l’artère pulmonaire, qui est elle-même remplie par une concrétion polypiforme, laquelle prend, comme nous le verrons, son origine dans le ventricule droit. Quant aux concrétions en elles-mêmes, elles sont blanchâtres ou d’une teinte vineuse, résistantes, solides, exactement moulées sur les vaisseaux qui les renferment; elles adhèrent çà et là, et très faiblement, à la membrane interne de ces derniers, qui d’ailleurs est lisse et offre sa coloration habituelle ; elles sont dans 1 artère pulmonaire et dans ses branches principales, entourées d’une couche de sang noir à peine coagulé: nulle part elles ne présentent à leur intérieur, de ramollissement ou de foyers remplis d’une matière puriforme.

Cœur. La face antérieure du cœur, et la partie correspondante du feuillet séreux du péricarde, sont recouvertes de très petites, mais très nombreuses végétations fibrineuses, qui s’engrènaient réciproquement et déterminaient une légère adhérence partielle du péricarde au cœur. En arrière, le feuillet séreux péricardique ne présente rien de notable. Un peu d’une matière gélatineuse verdâtre autour de l’origine des gros vaisseaux. Le feuillet séreux dans I les points où existent les végétations est rouge et laisse voir une i fine injection vasculaire. — Volume à peu près normal du cœur.

. Le ventricule gauche, dont les parois ont une épaisseur naturelle^ contient un caillot, libre dans sa cavité, si ce n’est en un point voisin de la pointe du cœur. Ce caillot est blanchâtre, de structure

308 r.oNciiÉTiONS kuhuneuses : description

fibreuse eL assez résisLanl; il se prolonge d’un côté dans l’oreillellc droite, et de l’autre dans l’aorte, où il se termine bientôt en pointe dans ces deux derniers points, il est enveloppé d’une couche de sang noir à peine coagulé. — La section du caillot découvre qu’il n’existe, dansson intérieur, aucun point ramolli, aucun foyer rempli de matière puriforme. — L'endocarde ne présente d’ailleurs

aucune altération de couleur, d’épaisseur ou de consistance. j

'Lq ventricule droit qui, avant d’être ouvert, paraissait un peu 1 distendu, est rempli par une concrétion polypiforme conique, laquelle n’adhère aux parois du ventricule qu’au voisinage de la pointe du cœur. Cette concrétion se divise par en haut en deux parties : l’une pénètre dans l’artère pulmonaire, l’autre passe entre les valvules tricuspides et va remplir l’oreillette droite qu’elle distend en même temps quelle envoie des prolongements dans une certaine étendue des veines caves inférieure et supérieure.

Au moment de pénétrer dans l’artère pulmonaire, la branche antérieure de la concrétion polypiforme, présente, au niveau des valvules sigmoïdes, une sorte d’étranglement. \

En ce point, on la voit offrir trois mamelons saillants qui sont exactement moulés dans la cavité en nid de pigeon des valvules.

Nous avons dit coniment la concrétion se ramifiait dans le poumon lui-même, et se retrouvait jusque dans ses ramifications trèsténues de l’artère pulmonaire.

Dans le ventricule droit, comme dans le poumon, la concrétion est pâle, de stucture fibreuse, striée de sang, dans le sens de sa longueur; libre dans la plus grande partie de son étendue, elle n’adhère en réalité aux parois ventriculaires que dans un seul point voisin de la pointe du cœur. Là les adhérences sont intimes et difficiles à détruire. En arrière, elle est mollement unie à l’angle postérieur, rentrant, du ventricule droit par une masse de sang noir coagulé, lequel forme presque à lui seul le contenu de l’oreillette et des veines caves.

En disséquant la concrétion, on la trouve à son centre pleine et homogène dans la plus grande partie de son étendue; mais dans sa partie inférieure, au voisinage du point d’adhérence, elle contient deux kystes, dont l’un a le volume d'une grosse noisette, et I

descriptiüm des tumeurs fibrineuses 369

1 autre celui d un petit pois. Ges deux kystes, sphériques, ont une paroi propre bien distincte de la fibrine ambiante et par sa couleur, qui est verdâtre, et par sa texture, lenucléation en est facile. L’épaisseur de la paroi est uniforme et de deux millimètres ; le contenu est un liquide vert, épais, crémeux, tout-à-fait analogue au muco-pus qu on rencontre dans les petites bronches, lors de certains catarrhes.

Ces deux tumeurs sont les seules que renferme le caillot, mais la face interne du ventricule droit est hérissée d’une vingtaine de kystes en tout semblables, qu’on pouvait apercevoir sans préparation, lors de l’ouverture de la cavité ventriculaire. Ces tumeurs sont toutes situées dans les enfoncements qui existent entre les colonnes charnues; les unes y sont enfoncées et comme cachées les autres font plus ou moins saillie dans la cavité cardia.pie • les

unes ont le volume d’un tout petit pois; il en est dautres’ qui

ont celui d une noisette. La partie saillante dans le ventricule est isse, arrondie, globuleuse; tantôt c’est moins d’une demi-sphère antoL c est une sphère presque complète ; mais, dans tous les cas’ il faut disséquer le tissu musculaire avoisinant, pour voir ces tunieurs dans toute leur étendue; on remarque alors que chacune elle» se prolonge sous les colonnes charnues du cœur nar une sorte de pédicule fibrineux, plus ou moins aplati. La partie cachee des tumeurs et leur pédicule n’adhèrent d’ailleurs que très faiblement au tissu de l'endocarde. Souvent deux tu meurs ont un même pédicule. La coloration du pédicule, comme

fliictuanl, ,1 s en échappé un liquide purifornie, en (oui analogue a celui qu, a ele signalé plus haul. Quand les plus grosses des tumeurs ont été vidées, leurs parois revienne, U sur elles-mé mes. En general, la cavité du kyste se prolonge dans le péd,cule u,-nneme, qu, est alors canaliculé et contient aussi la substance nnrorine. Aucune trace d’inJection, de vascularisation Ils les P rois des kystes ou des pédicules; celles des plus volumineux présentent a leur face , nier, le des sortes de côtes, de saillies pa , lleles les unes aux autres. Aucune des tumeu,-s appendues aux pa,-o,s ventnculaires ne nous à paru pleine mai- dL ^ cas, la matière contenue était plus dense et la paloi pluslaisl CiiAftcoT. (Euvres complètes, t. v, Poumons et Cœur. ^

CONCnÉTIONS l’OLYl'IFOUMES DU CŒUR

Dans le ventricule di’oil, comme dans le gauclie, l’endocarde était complètement sain; il en était de même de la membrane interne de l'artère pulmonaire.

En portant sous le microscope une gouttelette de la matière puriforme que contiennent les kystes, on remarque quelle est composée : 1° d’une substance amorphe qui ne paraît être autre chose que delà fibrine désagrégée; 2° d’une quantité prodigieuse de granulations moléculaires ; 3“ d’un certain nombre de globules arrondis, pâles, un peu plus volumineux que les globules rouges du sang. Ces globules contiennent un certain nombre de granulations analogues à celles qui sont libres dans le liquide ambiant; ils ne contiennent pas de noyau distinct. Quelques-uns de ces globules sont parfaitement sphériques ; d’autres présentent çà et là des aplatissements et des bosselures, résultats d’un commencement d’altération. Aucun globule muni des caractères anatomiques distinguant les vrais corpuscules du pus ne se rencontre. Tous sont constitués comme nous 1 avons dit plus haut.

Ces raisons font penser qu’il s’agit ici, non pas de globules de pus modifiés, ou même de globules dits mais bien de véri-

tables globules blancs du sang.

/Toie. — Yolume à peu près normal; légères bosselures à la

surface ; léger degré de cirrhose.

Reins. — Ils sont d’égal volume, mais tous deux sont légèrement hypertrophiés. Accroissement d’épaisseur de la substance corticale qui est d’un jaune orangé, d’aspect graisseux et ne contient pas de granulations. Atrophie commençante de la substance tubuleuse.

flale, — 13 centimètres de haut en bas, très épaisse. Son tissu est dur et résistant, nullement friable. En, la raclant, on en enlève une pulpe analogue au raisiné. Ulcération à fond tuberculeux dans l’intestin grêle. Pâleur remarquable de la muqueuse gastrointestinale qui nulle part n’est ramollie; pas même d’auréole congestionnelle au pourtour des ulcérations.

INDICATION d’observations ANALOGUES. — QUELQUES REMARQUES

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