CRITIQUES
Nous avons recueilli, dans divers ouvrages, vingt et une ob-
CONCUÉÏIONS l’OLYl'IFORMES DU CŒÎUU
servations plus ou moins détaillées de concrétions polypiformes du cœur, renfermant à leur centre une matière puriforme, la nôtre est la vingt-deuxième. Après les avoir analysées, il nous semble qu’on pourrait, à un certain point de vue, les diviser en deux catégories principales.
Première catégorie.
Obs. I. Chez une malade morte d’angine de poitrine {angina pecto7'is), Allan Burns trouva dans le ventricule gauche du cœur un caillot bien organisé, adhérant fermement à l’endocarde et contenant dans son centre une cuillerée à thé de matière puriiorme parfaitement formée. (Allan Burns. — Obs. on diseases of the Heai't, 1809, p. 200.)
Obs. II. Rhumatisme articulaire aigu, vaste concrétion polypiforme dans le cœur droit. Cette concrétion contenait çà et là dans son intérieur une matière ramollie et comme purulente. L’oreillette droite, les veines caves supérieure et inférieure, la jugulaire interne, la fémorale, l’artère pulmonaire jusque dans ses ramifications les plus ténues, contenaient aussi des concrétions polypihmmes qui, dans quelques-uns de ces vaisseaux, renfermaient aussi des points de suppuration. (Legroux. — Rech. sur les concr. sanguwespolypif. Thèses de Paris, 1827, n° 215, ohs. 1.)
Obs. III. — Ahcès urineux, gangrène scrotale. On trouve dans le ventricule gauche du cœur deux caillots fibrineux, du volume d un pois chacun, et suppurés à leur centre ; ces caillots constituaient des espèces de kystes dont la surface interne était blanche et lisse. (Legroux, loc. cit., ohs. 6.)
Obs. IV. — Chez une femme de 86 ans, non phthisique, on rencontre, dans le cœur droit, des caillots suppurés à leur centre (Legroux, /oc. ciC, obs. 8.)
Obs. V et VL — Pas de renseignements sur les malades. Dans
OBSERVATIONS
les deux cas, on rencontre dans le ventricule gauche du cœur des concrétions fibrineuses suppurées à leur centre. (Cruveilhier, Anat. patUol., 28® livr.)
Obs. VII. — Chez une femme de 45 ans., morte avec une hypertrophie du cœur, on rencontre dans les deux ventricules des masses fibrineuses, adhérant à l’endocarde, et au centre desquelles existent de petites collections purulentes. (Guénard. — Bul. delà Soc. anat., 1833, p. 101.)
Obs. VIII. — On homme âgé de 30 ans, non tuberculeux. OEdème avec douleur dans le membre inférieur gauche. Caillot contenant une matière puriforme dans la veine iliaque primitive gauche. Les cavités droites du cœur sont occupées par deux caillots non adhérents, au centre desquels on trouve une matière opaque, blanchâtre, et du pus bien formé. Aucun autre viscère ne contenait du pus. (Nivet, loc. at., p. 102.)
Obs. IX. — Pas de renseignements sur le malade. Caillot dans le ventricule gauche séparé des parois du cœur par une bande membraniforme ; au centre du caillot existait une matière sanieuse, purulente, demi-liquide. (Mercier, loc. cil., 1836.)
Obs. X. — Femme âgée de soixante ans. Pneumonie au troisième degré, pas de tubercules dans les poumons. Caillot dans le ventricule droit du cœur contenant â son centre çà et lâ une matière ramollie et purulente. M. Donné ayant examiné cette matière au microscope y constate les véritables caractères du pus. (Guéneau deMussy, loc. cil., p. 318, 14® année.)
Obs. XI. — Pas de renseignements sur le malade. Caillots contenant du pus, situés dans l’oreillette droite du cœur. L’examen microscopique dénote l'existence des caractères anatomiques du pus. (Guéneau de Mussy, loc. cil.)
Obs. XII. — Gastro-entérite, pneumonie, péricardite chez une femme âgée de 73 ans. Le ventricule gauche du cœur contient
KYSTES PURULENTS DU CœUR
dans sa cavité un petit coagulum dont on fait jaillir quelques gouttes d’un pus phlegmoneux et un peusanieux. (Barth, loc. cit.^ 1848, p. 333, )
M. Bouillaud a dû rencontrer souvent cette variété de concrétions suppurées dans les ventricules du cœur, mais je n’en trouve d'observations ni dans le tome II du Traité des maladies du cœur, ni dans le Mémoire sur les concrétions polypiformes du cœur inséré dans le journal ^Expérience, 1 839. Quant à Hope, ce sont les concrétions avec matière puriforme de notre deuxième catégorie qu’il paraît avoir rencontrées le plus souvent. Il ne donne pas d’observations particulières à ce sujet. (Voyez Hope, A Treatise on Diseuses of the Heart, 3® édition, 1839, p. 257.)
Dans tous les cas que nous venons de rapporter en abrégé, nous voyons la matière puriforme siéger au centre d’un ou plusieurs caillots plus ou moins organisés, plus ou noins adhérents aux parois de la cavité qui les renferme. Ces caillots existent au nombre d’un ou deux au plus dans un même ventricule ; on peut les rencontrer dans le ventricule droit ou dans le ventricule gauche , quelquefois on les rencontre à la fois dans les deux cavités ventriculaires. La matière puriforme est à même le caillot dont elle occupe le centre; elle n’est jamais contenue dans un kyste à parois distinctes. Dans les cas où on a donné des renseignements sur les malades, ces derniers étaient atteints de pneumonie, de rhumatisme, de phlébite, d’abcès urineux, d’hypertrophie du cœur ; aucun d’eux n’était porteur d’excavalions tuberculeuses dans les poumons. Dans deux cas enfin, l’examen microscopique démontre que la matière puriforme possède, en réalité, les caractères anatomiques du pus.
Deuxieme catégorie.
Les concrétions sanguines contenant une matière puriforme
OHSEHVATIÜNS
de cette deuxième catégorie, ont déjà un nom en anatomie pathologique; ce ne sont en eiïet autre chose que les végéta-' lions globuleuses, variétés suppuréesdeLaënnec {Traité d'Auscult. III, 3° édition) kystes purulents multiples Aq?, cavités ventriculaires de M. Cruveilhier {Anat. palhoL, 28® liv.).
Obs. I. — Femme âgée de 40 ans. Tubercules pulmonaires, les uns durs, les autres ayant la consistance du fromage mou. Il n’y a pas de cavernes. Dans la cavité du ventricule d^'oil, plusieurs petites vésicules un peu plus grosses qu’un pois ; toutes sont pédiculées et tiennent aux parois des ventricules par des prolongements en forme de racines imbriquées dans les colonnes charnues et présentant tous les caractères des concrétions polypiformes. Dans la plupart de ces vésicules, on rencontrait une matière d’un blanc jaunâtre, puriforme et d’une consistance de bouillie. Leurs parois opaques, jaunâtres, avaient la consistance d’un blanc d’œuf cuit, d’une épaisseur à peu pi’ès double de celle de l’ongle et assez égale. (Laennec, Traité d'auscult., t. III. p. 242, 3® éd.)
Obs. II, III et IV. — 1° Femme de 26 ans. Phtisie pulmonaire (excavations tuberculeuses) ; phtisie laryngée. Une quarantaine de petites tumeurs de divers volumes font saillie dans la cavité di'oite du ventricule du cœur, à travers le lacis des colonnes charnues, auxquelles elles adhèrent par des prolongements en forme de pédicule. Ces tumeurs sont constituées par des kystes fibrineux, à parois assez résistantes, qui toutes contiennent du pus blanchâtre bien formé. L’intérieur même du ventricule renferme des caillots fibrineux décolorés non adhérents, ne présentant pas la moindre trace de pus à l’intérieur. Caillots décolorés, non purulents, dans le ventricule gauche.
2“ Jeune homme âgé de 19 ans. Cavernes lubercideuses dans les poumons. Pus tuberculeux dans les glandes sous-maxillaires. Une vingtaine de tumeurs, en tout semblables à celles de l’observation précédente, existent dans le ventricule droit. Même forme, même pédicule, même contenu.
3® Femme de 23 ans. Cavernes tuberculeuses des poumons. La
OBSERVATIONS
cavilé du ventricule droit présente une infinité de petits kystes fibrineux, pédiculés, contenant du pus à l’intérieur. Ces tumeurs sont en tout analogues à celles qu’on a signalées dans les observations qui précèdent. (Ces trois observations appartiennent à M. Miquel; elles se trouvent dans la Nouvelle Bibliothèque médicale, i. l\\, a.n. 1829, août, sous ce titre: Tumeurs fibrineuses, contenant du pus dans l.e cœur des phtisiques; Affection singulière non décrite.)
Obs. VetVI. — 1“ pu/monaire. Dans le ventricule droit
du cœur, concrétions globuleuses multiples, dont les pédicules pénètrent entre les colonnes charnues. Ces concrétions sont autant de kystes dont la cavité contient en général soit un liquide sanieux, soit un liquide offrant tous les caractères physiques du pus.
2° Tubercules pulmonaires. Dans le ventricule droit du cœur, concrétions polypiformes multiples suppurées. (Legroux, loc. cit., obs. 7 et 9.)
Obs. VIL — Pas de renseignements sur le malade. Dans le ventricule droit du cœur, on rencontre des kystes multiples, à parois fibrineuses, adhérant aux parois par des prolongements fibrineux qui s’enfoncent dans les intervalles des colonnes charnues. Les kystes contiennent du pus visqueux et rougeâtre. (Cruveilhier, Anat. pathoL, 28® liv.)
Obs. VIII. — Femme de 28 ans. Phtisie pulmonaire. Deux larges cavernes anfractueuses remplies de pus. Dans le ventricule droit du cœur, on rencontre une quinzaine de petites poches, à parois fibrineuses, contenant du pus. Ces poches ont un pédicule qui pénètre entre les colonnes charnues. Quelques petites tumeurs en tout analogues aux précédentes pour la forme et le mode de connexion, sont pleines et entièrement constituées par une matière fibrineuse homogène. (Hache, Bull, de la Soc. anat. 1832, p. 97.)
Obs. IX. — Femme âgée de 66 ans. Phtisie pulmonaire au der-
CONCIUÎTIONS l-OLYFOHMES IJU CO;uit
nier degré. Au l>ord droit du ventricule droit du cœur, on rencontre un caillot du volume d’une noix, n’adhérnnt ({u’en deux ou trois points aux parois du cœur. Incisé, ce caillot laisse s’écouler une petite cuillerée de pus blanchâtre, oparp.e, assez, liquide. Ce pus était contenu dans deux poches placées à côté l’une de l’autre dont les parois blanches, assez fermes, lis.ses en dedans, nullement vasculaires, environnées de librineen dehors, semblent formées de pus concret. Une petite poche arrondie, contenue dans la meme masse de fibrine, présente une enveloppe toute semblable contenant un semblable liquide. (Durand-Pardel, loc. cit. 14« année, p. 200.)
Obs. X. — C'est celle qui nous est propre.
Dans les dix casque nous venons de signaler, nous voyons la matière piiriforme contenue dans des poches multiples, de divers volumes, lesquelles sont appendues aux parois du ventricule droit, et envoient un prolongement pédiculé sous les colonnes charnues dans l’intervalle desquelles elles font saillie. Dans deux cas seulement, les tumeurs à contenu puriforme sont enveloppées de tous côtés par une concrétion sanguine plus ou moins isolée au centre du ventricule droit ; mais, dans ces deux cas, la couche membraniforme qui contient le liquide, est bien distincte de la concrétion au sein de laquelle elle est située. Ces tumeurs à contenu puriforme étaient primitivement, tout porte à le croire, une concrétion polypiforme globuleuse pleine ; le pédicule conserve souvent ce caractère. Quelques tumeurs globuleuses, composées de fibrine, dans toute leur épaisseur, qu’on rencontre çà et la sur les parois du ventricule droit, en même temps que les kystes, et qui ont le même mode de connexion que ces derniers, indiquent 1 état par lequel ils ont dû préalablement passer avant de renfermer une matière puriforme. Dans tous les cas où 1 histoire des malades a été faite, c’est-à-dire dans neuf cas sur dix, on voit qu’il ont succombé à la phtisie pulmonaire