‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 99 sur 159 · LÉSIONS CARDIAQUES CHEZ UN CHIEN · texte numérisé non relu

LÉSIONS CARDIAQUES CHEZ UN CHIEN

Le foie assez volumineux et un peu bosselé, était semé de noyaux blanchâtres, diaphanes, de consistance gélatineuse, dont quelques-uns atteignaient le volume d’une grosse noisette.

KNDOCAHDIÏE ULCÉHEUSE

Note sur l'endocardite ulcéreuse aiguë à forme typhoïde à propos d’un cas d'affection ulcéreuse de la valvule tricuspide avec état typhoïde et formation d’abcès multiples dans les deux poumons

Une forme de \' endocardite ulcéreuse aiguë est remarquable en ce qu’elle s’accompagne d’un ensemble de symptômes rappelant ceux qu'on observe dans les fièvres typhoïdes ou dans l’affection purulente et qui semblent devoir être rattachés à une septicémie profonde. Cette forme par excellence grave de l’endocardite ® a été surtout étudiée à l’étranger, en particulier par MM Virchow' % Rokitansky S. Kirkes 0, Beckmann ® ; tout récemment dans deux traités classiques sur les maladies du cœur, MM. Bamberger ’ et Friedreich ® se sont appliqués à résumer les principaux traits de son histoire.

I Mém. de la Soc. de biologie, 1861, p. 205. — En collaboration avec M. VCLPIAN.

5 Cette lorme paraît correspondre à Vendocardile gangréneuse île Bouillaud. (Voir Traité des maladies du cœur, t. II, p. 29-87).

3 Virchow. — Ueber Capillcire (Arehiv. fur palfi. Analom., Bd. 9’, lift. 2, 1856, p. 307. — Gesamm. Abhandlungen, 1836. S. 711. — Monalschri/t fur Geburtskunde, 11. Bd. S. 409, 1858.

* llokitansky. — Pathol. Analom., — Wien 1856, t. II, p. 273 ; t. I, p. 382,

® S. Kirkes. — Edinb. medical andsurgical Journal, t. XVIII, p. 119, 1853,, et Archiues de méd., 18.53, t. I p. 3o5.

» O. Beckmann. — Virchow's Arehiv., 12 Bd. 1 heft. 1857, p. 59. — Idem, 20 Bd. 3, 4 hft. 1860, p. 217.

’ Bamberger. — Lehrbuch der Kraukh. der Ilerzens. Wien.. 1857, p. 161,

* Fricdreieh. — Die Kraukh. der Herzens. in Virchow’s handbuch, 5 Bd. 2 Abth. 2 haeirte, p. 323, 328 ; 1361.

ENDOCARDITK ULCÉREUSE A FORME TYRUÜÏDE 401

C’est là, néanmoins, un sujet encore incomplètement exploré et qui n a pas attiré l’attention qu’il mérite, en raison de son importance clinique ; aussi croyons-nous utile de faire connaître une observation que nous avons recueillie récemment et qui se rapporte évidemment à cet ordre de faits, du moins par les points essentiels.

Les ulcérations, dans les faits dontil s’agit, se rencontrent à peu près toujours dans les cavités gauches ; elles siègent le plus habituellement sur les valvules. Elles sont le résultat d une fonte, d une désagrégation rapide de la membrane interne du coeur, et voici comment, d’après les recherches les plus récentes \ s accomplit ce travail morbide: les éléments constitutifs de 1 endocarde, cellules plasmatiques et tissu intermédiaire, paraissent d’abord, dans une étendue variable, infiltrées d un produit d’exsudation; ils se distendent et se tuméfient, puis ils se ramollissent, se dissocient et se résolvent enfin en un détritus de consistance pultacée qui, sous le microscope, paraît opaque, finement grenu, résiste à peu près absolument à l’action des réactifs énergiques, acides minéraux où solutions alcalines concentrées, et présente conséquemment des caractères microchimiques importants. Cette sorte de destruction moléculaire réduit, en définitive, le tissu affecté en parcelles ténues, qui se détachent successivement et sont entraînées par le courant sanguin. Il se produit ainsi des pertes de substance dont le siège, la forme, l’étendue, tant en largeur qu’en profondeur, varient et, par suite, des altérations organiques, des lésions de canalisation plus ou moins graves et presque toujours irréparables. Tantôt, en effet, si Tulcération est périphérique, les valvules se détachent par leurs bords adhérents et deviennent flottantes, ou elles se raccourcissent par l’effet de Térosion qu’a subie leur bord libre;

Virchow. Loc. cit., et Cellular Pathologie, Berlin 185'^ n isr Beckermann, loc. cit. — Fricdreich, loc. cit. ^

Charcot. Œuvres complètes, t. v, Poumons.

ANÉVIUSMKS DKS VALVULES

tantôt, si Tulcération est au contraire centrale, elles se perforent ou seulement s’amincissent, et, dans ce dernier cas, elles peuvent devenir le point de départ do ces productions morbides, singulières, que Thurnans ', Ecker * et Rokitansky ® ont étudiées sous le nom à' anévrismes des valvules. Les parties de l’endocarde ulcérées par le mécanisme qui vient d’être indiqué peuvent, d’ailleurs, se revêtir de concrétions et de végétations fibrineuses. Ce travail aigu d’ulcération peut être primitif ou, au contraire, se développer sur des valvules qui préalablement étaient déjà le siège d’affections subaiguës ou chroniques.

Avec ces altérations cardiaques, ainsi que cela peut avoir lieu d’ailleurs dans toutes les formes de l’endocardite ulcéreuse, coexistent habituellement des foyers morbides, disséminés dans divers points de l’organisme Ce sont le plus communément des infractus de la rate, des reins, du foie, rarement de véritables abcès ; certaines formes de ramollissement cérébral et certaines ophthalmies à évolution rapide^: des gangrènes circonscrites ou diffuses ; des plaques ecchymotiques enfin, occupant l’épaisseur de la peau, des membranes séreuses et muqueuses, où siégeant même dans la profondeur des viscères. On est aujourd hui assez généralement porté à admettre que ces lésions multiples sont déterminées par des particules détachées des ulcérations de Tendocarde et qui sont venues se fixer dans les ramifications ultimes du système artériel {embolie capillaire). Il est de fait

* Thurnam. — Medic. chir. Transacl., t. XXI (2° sér., vol. III, London, 1858, p. 250).

* Ecker. — Ueber Aneurysmnt. Ausdehnungen der Herzklappen. [Heidelberg. Med. Annal., VIII, 1812, s. 152).

“ Rokitansky, lac. cit., l. II, p. 290.

* Voir sur ce sujet, outre les auteurs déjà cités: Hodgkin et Jackson, m Medico-chirurg. Transacl., London, 1846, t. XXIX. — J. M. Charcot, Comptes rendus et Mémoires de la Société de Biologie, 1^51, t. 111 et 2® série, 1855, t. II. (Voir p. 363 et suivantes). — E. Lancereaux, Thèses de Paris, p. 35.

“ Virchow. — Archiv. fur Pathol. Anat., 1851. Bd. 10, 1 et 2 heft. p. 183.

ENDOCAHDITE ULCÉnEUSE A FORME TYRUOÏDE

que plusieurs fois, dans les cas qui nous occupent, on a remai qué, au centre des infractus ou des plaques ecchymoliques, des artérioles distendues et oblitérées par des amas d’une matière amorphe, finement grenue, opaque, résistant à l’action des réactifs et, par conséquent, en tout semblable au détritus provenant des ramollissements aigus de l’endocarde

Mais ce qui distingue plus particulièrement X endocardite nlcereuse à forme typhoïde, c’est précisément l’ensemble de symptômes graves qui se manifestent pendant le cours de 1 affection, dans le temps même où s’opère la destruction de la membrane interne du cœur. A ce nouveau point de vue, il y a lieu d établir, dès à présent, deux catégories de faits. Dans la première rentrent les cas, et ce sont vraisemblablement les plus nombreux, où prédominent les symptômes ataxo-adynamiques; la prostration des forces est extrême, la température très élevée ; il y a des frissons erratiques, de la somnolence, du subdéhrium ou un délire intense ; la langue est sèche ; la rate peut être volumineuse. Parfois, les signes d’un catarrhe bronchique se manifestent et il y a du météorisme et de la diarj rhée. Enfin, il se développe quelquefois sur diverses parties du ; corps des taches ecchymotiques et des sudamina. La maladie présente une marche continue et reproduit, souvent à s’y méprendre, le tableau de la dothiénentérie ou mieux du typhus exanthématique Les cas de la seconde catégorie rappellent plutôt l’infection purulente: des frissons violents, revenant par accès, s’y surajoutent, en effet, aux symptômes ataxo-adynamiques L On a vu plusieurs fois dans les cas de l’une ou de l’autre catégorie survenir un ictère plus ou moins prononcé ^

' Virchow, O. Beckmann, loc. cit.

• Virchow, S. Kirkes, Bamberger, Friedreich, loc. cit.

> Itddem.

■* M. le Dr Lancereaux a communiqué à la Société de biologie un faif âo ce genre, peu de temps après la présentation du cas qui fait l’objet de ce

SYMI’TÔMIÎS

et il est îi peine douteux que quelques faits qui ont été rattachés à l’ictère grave appartiennent en réalité à l’endocardite ' ulcéreuse aiguë. Faut-il admettre que tous les symptômes, J dont il vient d’être question, dérivent d’une intoxication déter- | minée par la présence dans le sang d’un poison morbide spécial qui se formerait incessamment à la surface des parties affectées de l’endocarde, aux dépens des produits de la métamorphose régressive que subit celte membrane ? Cette hypothèse a été invoquée à peu près par tous les auteurs qui se sont occupés dusujet. Nous ne ferontquelamenlionner tout en reconnaissant qu’elle compte en sa faveur un bon nombre de probabilités. Il est, entre autres, un fait d’observation d’un grand poids dans la question, c’est que le syndrôme typhoïde n’est ici qu’un phénomène de seconde date. Toujours il est de quelques jours précédé par l’affection de l’endocarde qui seule peut en expliquer le développement et à laquelle conséquemment il paraît se rattacher à titre d’affection secondaire.

Les symptômes locaux sont ceux de l’endocardite valvulaire aiguë, avec cette différence que le processus morbide accomplissant dans un espace de temps généralement plus court son œuvre de destruction, une observation attentive et souvent répétée peut parfois en suivre les progrès pour ainsi dire joui par jour. C’est ce qui a eu lieu dans l’observation qui fait l’objet principal de cette note ; dans un cas du même genre, observé par l’un de nous, il y a deux ans, à la Pitié, chez une femme parvenue au huitième mois de la grossesse, les signes d’une insuffisance aortique des plus prononcées se sont progressivement développés dans l’espace de huit jours à peine.

travail. — L’observation X de Frerichs (Klùiik der Leberkrankheifen, Bd. I, 1858, p. lï), et peut-être l’observation IX de Budd {On Diseuses of the Liver- 2'’ édit., London, 1852, p. 253) doivent être rapprochées du cas de M. Lan- ■ cereaux.

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