‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 3)Chapitre 12 sur 101 · FIÈVRE TYPHOÏDE : TRAITEMENT · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE : TRAITEMENT

l’écoulement du sang ne soit pas trop abondant, si l’on ne veut pas voir les accidents nerveux s’exaspérer, et la faiblesse s’accroître d’une manière inquiétante (Rilliet etBarLhez, ouvr. cit., t. II, p. 713). — Ce n’est pas seulement pour modérer le mouvement fébrile, mais bien plutôt pour attaquer la maladie dans son essence et l’enrayer dans sa marche, que M. Bouillaud applique à la fièvre typhoïde sa formule des saignées coup sur coup, formule qu’il modifie suivant la gravité des cas, la force des sujets, et qui ne peut être mise en œuvre qu’au début de la maladie et dans les cas où les phénomènes typhoïdes ne prédominent pas sur les phénomènes inflammatoires. (Voyez, pour plus de détails sur ce sujet : Bouillaud, Nosographie médicale, t. 111, art. 3, § Y). — Le professeur de la Charité paraît y avoir dit son dernier mot, relativement à sa manière d’employer les antiphlogistiques dans le traitement de l’entéromésentérite typhoïde. — Concurremment avec la saignée et pour agir dans le même sens : boissons rafraîchissantes, purgatifs (1696), bains (1 26 J. , et Ilervieux, De remploi des bains et de leur utilité dans le traitement de la fièvre typhoïde ; in Arch. yen. de méd. t. XV1I1, 4e série). Dans la forme bilieuse bien dessinée (1728 B), la saignée n’est sans doute pas aussi dangereuse que le pensait Tissot, mais elle y est généralement moins utile. Les vomitifs et les purgatifs formeront, en pareil cas, au moins dans les premiers temps de la maladie, la base de la médication.

C. Dans lu majorité des cas, les symptômes d'adynamie commencent à se prononcer vers le milieu de la deuxième période. D’abord mêlés aux symptômes inflammatoires, ils ne lardent pas, en général, à prédominer complètement, et, vers le déclin de la maladie, ils fournissent le plus souvent l’indication principale. Nous devons alors, comme dit Pringle {Observations sur les maladies des armées, Paris, 1793), «varier

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la méthode et regarder, comme la partie la pins essentielle, l'entretien du principe de la vie. »

Les corroborants (vin, quinquina), les stimulants (acétate d’ammoniaque, camphre, etc.), sont appelés, en effet, le plus souvent, à rendre de grands services. Mais rien déplus difficile que de bien préciser les règles de l’administration de ces médicaments. Nous distinguerons deux cas. — Premier cas : La prostration des forces est portée à un degré extrême ; le malade est comme anéanti, il a des défaillances, si on l’oblige à s’asseoir sur son lit ; la face est froide, pâle, les traits sont altérés; la peau des extrémités et parfois aussi, celle des parties centrales, présentent une température peu élevée ou même au-dessous du taux normal ; le pouls est faible, filiforme, lent, très lent, ou, au contraire, accéléré (114, G.); le cœur bat faiblement, son impulsion n’est pas perçue par la main appliquée sur la région précordiale, ou bien elle l’est à peine ; les bruits ne s’entendent presque pas, et ils sont comparables à ceux du cœur d’un fœtus (Stokes, A Treatise on the diseases of the he art, Dublin, 1853) ; la respiration est difficile, alors même que les bronches ne sont pas obstruées par du mucus ; il existe peut être des pétéchies (1727. B. 6). Si un pareil ensemble de symptômes se présente, il n’y a pas à hésiter ; il faut immédiatement administrer les stimulants (acétate d’ammoniaque, vin de Malaga, de Madère); puis, quand le premier danger est passé, il faut donner le quinquina (extrait sec de quinquina, à la dose de 4 à 8 grammes, en potion), et insisLer sur l’usage du vin (Bordeaux, Bourgogne). L’effet produit par ces médicaments est, en général, rapide, presque instantané ; c’est même là une sorte de critérium pour reconnaître s’ils sont donnés à propos. La lyphomanie avec ou sans tremblement des mains, l’assoupissement continuel, le météorisme excessif, des selles involontaires, la présence d'une affection deulêropalhique, d’une splénisation du poumon,

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d’une pneumonie, par exemple, voilà autant de circonstances qui, loin de contre-indiquer la médication tonique, doivent engager, au contraire, àinsister sur son emploi.

Une indication d’administrer les toniques, aussi pressante que celle que nous avons supposée plus haut, se rencontre assez rarement dans notre fièvre typhoïde, où M. Louis ne l’avait encore observée que dix fois, lors de la publication de la deuxième édition de ses Recherches (Louis, ouvrage cité , p. 473) ; elle se présente plus fréquemment dans le typhus fever des Irlandais, ainsi que nous le verrons dans un prochain chapitre (Gorrigan, Lectures [on the nature and treatment of fever. Dublin, 1853, lect. YI). — Deuxième cas : l’adynamie est encore très prononcée ; elle s’accompagne, en partie, des accidents que nous venons de signaler, mais, cette fois, elle se montre à une époque moins avancée de la maladie, et alors que le mouvement fébrile est encore bien marqué : les toniques, etplus spécialement le quinquina, sont encore très utiles même dans ce cas-là. (Voyez : Chôme], ouvr. cité, obs. 44 et

51 ; ~ Louis> ouvr • cité, obs. 47) : mais il faut se montrer ici beaucoup plus réservé dans leur emploi, sous peine de compromettre la médication.

11 exisle’ d’ailleurs, entre les deux cas extrêmes que nous avons pris pour exemples, de nombreux intermédiaires dans lesquels la médication corroborante, employée dans une certaine mesure, rendra souvent d’immenses services. — Notons parmi les principales contre-indications à l’emploi des toniques . 1 une chaleur excessive des téguments ; 2° Je délire bruyant avec voix précipitée, rougeur de la face et des conjonctives, agitation extrême.

D. II parait aujourd’hui bien démontré que le sulfate de quinine (à la dose de 15 à 20 décigrammes par jour, dans les cas de gravité médiocre, de 3 à 4 grammes dans les cas graves)

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administré dans le cours de la fièvre typhoïde, produit un ralentissement très notable du pouls et un abaissement de lu chaleur cutanée ; il n’aggrave pas les symptômes abdominaux, et, en particulier, il ne produit pas l’entérite. Son emploi ne saurait, toutefois, constituer une méthode absolue de traitement, il ne doit pas durer plus de huit ou dix jours ; il paraît convenir surtout aux cas de fièvre intense avec céphalalgie vive, délire, symptômes ataxiques de tout genre, principalement s’il y a des rémissions et des exacerbations bien prononcées ; il serait contre-indiqué s’il y avait prostration des forces, coma profond. Ce médicament est donc une ressource bien précieuse dans ce cas difficile, où la saignée n’étant plus indiquée, les toniques ne le sont cependant pas encore, du huitième au quinzième jour de la maladie par exemple (Boucher de la Yille-Jossy, Thèses de Paris, 1842, n° 26. — Jacquot, Arch. gén. deméd., 1844, t. VI. — Rilliet et Barthez, ouvr. cit., t. II, et surtout Briquet, Traité thérapeutique du quinquina et de ses préparations, Paris, 1853,in-8°, p. 396 et suiv.)

E. Les phénomènes nerveux, tels que l’insomnie opiniâtre, l’agitation, le délire, les soubresauts des tendons sont avantageusement combattus par l’opium, lorsqu’ils se montrent au déclin de la fièvre, ou même pendant son cours, pourvu que la réaction ne soit pas très vive. La dose du médicament devra, naturellement, varier en raison de 1 intensité des accidents nerveux (5 à 10 centigrammes d’extrait thébaïque, ou même plus, suivant le cas). On peut fort bien 1 administrer en même temps que les toniques, et c est justement dans les circonstances où ces derniers réussissent qu il agit le plus efficacement, ainsi le fait remarquer Cullen (First Unes of the practice ofphysic. Edimburgh, 1816, § 220). L opium est sans doute beaucoup moins indiqué si 1 insomnie, le délire et le cortège des accidents nerveux viennent à prédominer

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dans les premiers temps de la fièvre typhoïde, et éclatent au milieu des symptômes de la réaction fébrile la plus intense. 11 ne mérite cependant pas encore, en pareille circonstance, la proscription dont quelques auteurs l’ont frappé ; et l’on peut toujours l’employer avec avantage, pourvu qu’on ait eu soin de remplir, au préalable, les indications relatives au mouvement fébrile, à la congestion cérébrale, etc. En tous cas, l’opium paraît devoir être préféré à d’autres médicaments, tels que le camphre (en lavement, à la dose de 1 à 2 grammes), le musc (dose de 50 centigrammes à 1 gramme en potion) médicaments dont il n’exclut d’ailleurs pas l’emploi. (Voyez sur l’administration de l’opium dans les fièvres continues, Sydenham : Opéra medica Febris continua, ann. 1661 , 62, 63,64, t. I, p. 40. Genevæ, 1757. — Cullen, loc. cit ., op. cit. — Dans la fièvre typhoïde: Louis, ouvrage cité , t. II, p. 453. — Morand, de Tours, Mémoires et observations cliniques, 113-117. Tours, 1845. — Grisolle, Traité de pathologie interne. 1 855, t. I, p. 53. — Pour ce qui concerne les enfants ; Rilliet et Barthez, ouvr. cité, t. II, p. 721.)

F. Thérapeutique diététique. — Application des principes généraux du traitement hygiénique des maladies aiguës (126). Insister spécialement sur les règles relatives au choix du local où le malade doit être placé (126. A). — Repos absolu des fonctions sensitives, intellectuelles et morales (126. B.). — Veiller à l’entretien des objets de literie, principalement s'il y a des selles involontaires ; s’assurer que le malade a uriné ; pratiquer le cathétérisme en cas de besoin (126. I). Rien de plus difficile que de préciser l’époque ou il convient de donner les aliments (126. F.). Il est des cas où il faut les accorder à une époque peu avancée de la maladie ; ce sont, à peu de choses piôs, ceux qui ont réclamé l’emploi des toniques, et, en particulier, du vin, qu’on peut considérer déjà comme un

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aliment précieux (Ghomel). — (Dance, Arch. génér. de médecine, t. XXIV et XXV, 1830, 1831. — Piorry, Traité de médecine pratique, t. II, 4863. — Marcotte, Etude sur l inanition dans les maladies aiguës, dans Bulletin général de thérapeutique.)

G. Médications empiriques, spécifiques. — a. Médication évacuante. (Beau, De l'emploi des évacuants, etc. Thèse inaug., 1836, n° 263; — Requin, Des purgatifs, thèse de concours, 1839, p. 75. D.) L’emploi des médicaments purgatifs et vomitifs jouait anciennement un rôle éminent dans la thérapeutique de ces affections fébriles que l’on peut aujourd’hui rapporter aux diverses formes de la fièvre typhoïde. Plusieurs auteurs, et des plus célèbres, ont proclamé l’utilité d'une telle médication, soit seule, soit combinée avec les émissions sanguines. Cependant, depuis l’époque où les théories solidistes remplacèrent dans la pathologie les idées humorales des anciens, les évacuants furent moins fréquemment usités, et l’école physiologique vint ensuite en proscrire tout à fait l’emploi. Dès lors, la plupart des médecins, même ceux qui ne pouvaient compter parmi les partisans delà nouvelle école, furent effrayés de l’idée de porter dans un intestin ulcéré un purgatif même peu énergique.

Mais, dans ces derniers temps, M. le docteur Delarroque, qui, depuis 1832, avait commencé à employer une médication éméto-cathartique, et surtout cathartique, contre la fièvre typhoïde, est venu, en s’appuyant sur un relevé statistique des nombreux faits de sa pratique, proclamer que la médication cathartique comptait une plus forte proportion de guéi bons que les autres méthodes de traitement, et quelle devait être, indistinctement employée, à l’exclusion des émissions sanguines, contre tous les cas de fièvre typhoïde ; ce qui, comme on le voit, constituerait essentiellement une indication empi-

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