‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 3)Chapitre 13 sur 101 · FIÈVRE TYPHOÏDE : TRAITEMENT · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE : TRAITEMENT

rique. En général, ce médecin commence le traitement par un éméto-cathartique. Puis, il administre chaque jour une bouteille d’eau de Sedlitz ou 80 grammes d’huile de ricin. D’après son exemple, beaucoup de médecins d’hôpitaux, MM. Piédagnel, Prus, Louis {Notice de M. Bcirth, dans Presse medicale , 1837, p. 5). Andral ( Rapport sur le mémoire de M. Delarroque, dans Presse médicale, 1837, p. 329), ont expérimenté la méthode évacuante dans le traitement des fièvres typhoïdes et, dans un rapport lu en 1837 sur ce sujet par M. Andral, à l Académie de médecine, on trouve l’énoncé des principaux résultats qui furent obtenus à cette époque, soit par ce professeur, soit aussi par plusieurs autres médecins. Ainsi M. Andral ayant soumis au traitement de M. Delarroque, 48 malades chez lesquels le diagnostic d’une fièvre typhoïde ne pouvait présenter aucune espèce de doute, perdit néanmoins 8 malades, ce qui porte sa mortalité à 1 sur 6; résultat moins avantageux que celui de M. le docteur Delarroque qui n’a perdu qu’un dixième de ses malades. Tous ces résultats devaient être regardés comme très satisfaisants, comparativement à ceux que M. Andral observa, par suite de l’emploi de saignées modérées (sur 27 malades 6 succombèrent, c est-à-dire 1 sur 4 1/2,) (mortalité de I sur 3). Les expériences comparatives de M. Louis n’accordent, au contraire, qu’un bien léger avantage à la méthode évacuante : avec cette méthode, il a perdu un peu moins d’un dixième de ses malades (3 sur 31, ou 1 sur 10 1/2), tandis que parle traitement dit symptomatique ou rationnel, sa mortalité a été de 1 sur 9 5/11 (11 sur 104). M. le professeur Grisolle {ouvrcige cité , t. I, p. 50), ayant à son tour appliqué au traitement de la fièvre typhoïde la méthode de M. Delarroque, n’avait eu d’abord à déplorer qu’une mortalité d’un septième environ; mais, en 1846 et 1847, il a été moins heureux et il a perdu un sixième à peu près de ses malades. D’ailleurs dans

MA r.A 1)1 ES I N F h. CT IEUSFS

l'épidémie meurtrière qui régna ù Paris, pendant les mois de juillet et d’août de l’année 1842, la méthode évacuante, ainsi que le môme auteur nous l’apprend, n’avait pas compté plus de succès que les autres (mortalité 1 sur 2) MM. Rilliel et Barthez ( ouvrage cité, p. 721, t. II) ont trouvé que, chez les enfants, la méthode évacuante n’a pas une influence évidente sur chacun des symptômes pris un à un, ni sur la durée et la terminaison de la maladie envisagée dans son ensemble ; qu’elle peut provoquer l’inflammation des intestins ; qu’elle n’empêche pas le développement des complications, et que peut-être elle les favorise. — Quelques-uns de ces faits semblent démontrer que certaines lièvres typhoïdes, soit sporadiques, même épidémiques, pourront être plus avantageusement traitées par la médication purgative que par toute autre méthode. Mais cette indication empirique, n’aurait une grande valeur qu’aulant que la pathologie nous aurait appris à distinguer à des signes certains, ou du moins probables, les cas dans lesquels les purgatifs conviennent d’avec ceux qui réclament la méthode rationnelle. En attendant, la méthode évacuante ne saurait être employée comme système uniforme et invariable de traitement, en un mot, comme médication empirique et spécifique. On pourra toutefois l’explorer sous forme d’essai, à condition d’y renoncer si elle n’améliore pas évidemment l’état du malade.

6. Médication mercurielle employée dans le but d’arrêter la maladie dans sa marche, de la faire avorter : c’est ainsi que les frictions faites chaque jour sur l’abdomen avec 1 onguent mercuriel, combinées avec l’administration, à l’intérieur, du sulfure noir de mercure (dose, l gramme, I gramme hO centigrammes), ont été proposées dans la fièvre typhoïde sous le nom de méthode abortive, par M. Serres. Le calomel a été fréquemment employé, principalement en Allemagne, non

F1ÈVHE TVl’HOÏDE : TRAITEMENT

pas autant comme purgatif que comme une sorte de spécifique (Tauffïieb, Bull, gêner, de thérap., t. XIV, février et mars 1831. — Thierfelder, loc. cit.). Nous nous bornons à signaler ces méthodes qui n’ont pas encore suffisamment reçu la sanction de l’expérience.

H. Epiphénomènes. Affections deutéropathiques : Quand il s’agit de remédier aux complications, il faut tenir le plus grand compte des circonstances au milieu desquelles elles se développent, de l’état général du malade. Les indications relatives à l’affection locale deuléropathique, doivent, dans la majorité des cas, ne venir qu’en deuxième ligne ; quelques-unes d’entre elles cependant sont tout à fait spéciales, le plus souvent pressantes, et réclament, par elles-mêmes, la prompte administration des agents thérapeutiques. — Les épistaxis peuvent être tellement abondantes qu’il faille, au plus vile, pratiquer le tamponnement des fosses nasales. — En cas d hémorragie intestinale : eau de Rabel en potion (dose 4 à 6 grammes); extrait de ratanhia en potion ou en lavement (2 à 8 grammes dans chaque) ; application de glace sur le ventre. — Contre le météorisme: frictions stimulantes sur 1 abdomen, glace sur le ventre ; introduction par le rectum d’une sonde oesophagienne ; petits vésicatoires volants promenés sur l’abdomen, etc. Trop souvent, tous ces moyens échouent devant ce fâcheux épiphénomène. Faudrait-il, en pareil cas, suivant le conseil du docteur Corrigan [loc. cit. ; p. 50), administrer une forte dose d'huile essentielle de térébenthine, mélangée avec l’huile de ricin? Si les signes d une péritonite viennent à se déclarer, maintenir le malade dans une immobilité absolue, le priver de boissons. Administrer immédiatement 10 centigrammes d’extrait d’opium, et continuer ensuite à faire prendre toutes les heures une potion contenant 5 centigrammes du même médicament jusqu’à

MALADIES INFECTIEUSES

production du narcolisme thébuïque. Celle médication empirique, employée d’abord par les professeurs Graves et Stokes (de Dublin), paraît avoir été en France deux ou trois fois couronnée de succès. — Si la bronchite prédomine, si la poitrine se remplissant de râles humides, la respiration devient difficile, et surtout si les téguments des extrémités prennent une teinte violacée plus ou moins prononcée, administrer l’ipéeacuanha ou le kermès (à petites doses souvent répétées) ; appliquer un large vésicatoire sur le devant de la poitrine. Insister particulièrement sur l’emploi des toniques, ou môme des stimulents. Faire changer, s’il est possible, de temps en temps, la position du malade, afin de prévenir les congestions passives. Mêmes indications à remplir dans l’immense majorité des cas, s’il y a splénisation du poumon, pneumonie. La saignée générale ou locale, la stibiation ne pourraient être indiquées que dans les cas extrêmement rares où une bronchite intense, une péri-pneumonie viendraient à se manifester à une époque peu éloignée du début de la fièvre typhoïde (Grisolle, Traité de la 'pneumonie , p. 750, 1841 et 655). — Nous ne devons pas revenir sur les indications relatives aux différentes formes du délire après ce qui en a été dit plus haut (G. D. E.). — Les escharres seront pansées à l’aide du vin aromatique, du styrax, elles seront saupoudrées de poudre de quinquina, etc.

fièvre typhoïde affections : LARYNGÉES

Des affections laryngées dans la fièvre typhoïde

Une observation recueillie tout récemment par M. le docteur E. Baudot, à l’hôpital de Lariboisière, dans le service de M. Hérard, appelle l’attention sur un sujet peu connu en France et pourtant très digne d’intérêt: nous voulons parler des affections laryngées qui accompagnent ou suivent les fièvres typhiques. Dans cette observation ( Union médicale , 14 juillet 1859), il s’agit d’une jeune fille qui, se trouvant en pleine convalescence d’une fièvre typhoïde, dont le début remontait à trois mois, fut prise tout à coup de dyspnée.

On remarqua alors une aphonie qui s’était déclarée antérieurement, à une époque mal déterminée. Les accès de dyspnée se renouvelèrent; le larynx devint le siège d’une très gênepénible, et un jour la malade rejeta par la bouche, dans un accès de toux, deux petits séquestres osseux, ayant, dit M. Baudot, quelque analogie avec des portions d’arythénoïdes ossifiés. La phonation se rétablit à peu près complètement.

Ce fait est des plus intéressants, mais la nécrose n’est pas la seule forme sous laquelle se manifestent les maladies laryngées typhiques , et les accidents qu’elles ont déterminés dans

1,,En col'aboration avec M. A. Dechambre, extrait de la Gazette hebdomadaire, 1859, p. 465.

MA LA IJ IKS I N l-’UCT I EUS K S

beaucoup de cas ont appelé — trop souvent sans succès — les ressources extrêmes de la thérapeutique, y compris la trachéotomie.

Nous venons de dire que celte catégorie d’affections est peu connue en France, et c’est pourtant à un médecin français, à M. Louis, qu’on en doit la première mention.

Dans son traité de la Gastro-entérite (t. I, p. 411), le célèbre observateur avait fait remarquer que la fièvre typhoïde se distingue des autres maladies par une « modification profonde imprimée aux tissus membraneux, qui les dispose à l’ulcération ; en sorte que, sous ce rapport, l’affection typhoïde est aux autres maladies aiguës ce qu’est la phthisie aux maladies chroniques. » Dans le domaine de sa propre pratique, M. Louis avait noté surtout les ulcérations pharyngées, trachéales, stomacales, intestinales (celles-ci occasionnant les coliques secondaires) ; quant aux ulcérations laryngées , il ne les avait rencontré que deux fois sur cinquante sujets 1 . Ces observations, bien qu’elles aient été confirmées de tout point dans leur sens général, c’est-à-dire en tant qu’établissant 1 existence d’une diathèse ulcéreuse dans la phase ultime de la fièvre typhoïde, n’avaient guère rencontré, en France, que de l'indifférence ou de l’opposition, en ce qui concerne spécialement les ulcérations du larynx; surtout on s’était peu préoccupé des formes pathologiques autres que l’ulcération. Ainsi, quelques auteurs, comme Valleix,ne signalentmême pas cette dernière lésion au chapitre de la fièvre typhoïde ; d autres comme Grisolle, se bornent a la mentionner, d après 1 autorité de M. Louis. Les auteurs du Compendium (t. VIII, p. 183) écrivent : « Les ulcérations du larynx sont excessivement rares ; nous ne sommes pas bien convaincus qu il existe quel-

1. A ces diverses ulcérations des membranes muqueuses, il faut joindre celle de la surface interne de la vésicule biliaire ; l’un de nous l a rencontrée plusieurs fois chez des sujet qui avaient succombé à une période avancée de la fièvre typhoïde.

FIEVRE TYPHOÏDE : ACCIDENTS LARYNGÉS 43

que relation de cause à effet entre la fièvre typhoïde et les lésions du larynx. » Et plus loin : « Les ulcérations de l’épiglotte et du larynx qui ont été trouvées par M. Louis nous paraissent être des complications purement accidentelles. » MM. Barthez et Rilliet, dans leur Traité des maladies des enfants (t. II, p. 706), rangent aussi l’angine et la laryngite parmi les complications accidentelles de la fièvre typhoïde ; il est vrai de dire que leur assertion s’applique aux pharyngites et laryngites pseudo-membraneuses, qui se présentent, en effet, très rarement dans cette circonstance.

Un seul auteur français paraît avoir accordé une importance réelle à la laryngite typhique ; c’est le regrettable Sestier. Il consacre un long paragraphe de son beau Traité de l'angine laryngée œdémateuse (1852) et étudie précisément, et avec un soin particulier, la forme morbide observée par M. Baudot, et qu’il désigne sous le nom de laryngite nécrosiqne aiguë. « La fièvre typhoïde, dit-il, est, en particulier, l’une des causes prédisposantes les plus remarquables de l’angine infillro -laryngée. En effet, cette angine est survenue vingttrois fois dans le cours ou pendant la convalescence de la fièvre dont nous parlons (p. 1 1 6). » Puis il spécifie les diverses formes observées et leurs proportions respectives. Dans les cinq cas survenus en cours de fièvre typhoïde, le point de départ de l’œdème laryngé a été trois fois une inflammation pseudo-membraneuse de l’arrière-bouche et du larynx, et, pour les deux autres cas, une inflammation gangréneuse du larynx et une tumeur purulente de la gorge. Dans les dixhuit cas survenus ‘pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, l'œdème a été occasionné trois fois par une laryngite nécrosique. Chez les deux derniers sujets, le point de départ de l’infiltration est resté douteux.

Sestier insiste sur cette « nécrose aiguë et partielle des cartilages du larynx, du cricoïde surtout; nécrose accompagnée

MALADIES INFECTIEUSES

le plus ordinairement d’abcès et parfois d’ulcérations ayant été la conséquence du travail nécrosique et suppurant des tissus placés au-dessous de la membrane muqueuse ». La nécrose s’est montrée tantôt au commencement, tantôt à une époque avancée de la convalescence. « Il est donc impossible, dit l’auteur en terminant, de méconnaître l’influence toute spéciale de celte fièvre ( typhoïde ) sur le développement de l’angine laryngée œdémateuse... Les abcès et la nécrose du larynx ne sont... que des expressions locales de la dialhèse purulente, gangréneuse et nécrosique, qui caractérise la fièvre typhoïde... Le larynx, une fois atteint de nécrose, d’abcès, d'ulcération, la débilitation profonde des convalescents, l’état subfibrineux de leur sang, sont autant de circonstances qui favorisent l’apparition de l’œdème laryngé. »

Beaucoup de médecins étrangers accordent aujourd’hui une très sérieuse attention au sujet qui nous occupe ; et quelques-uns ont constaté si souvent la laryngite typhique, qu’on est forcé de se demander si cette affection est plus commune en Allemagne qu’en France, ou si, — ce qui est plus vraisemblable, — elle n’acquiert pas, dans des circonstances particulières, une fréquence insolite. A ce dernier point de vue, on peut citer surtout une relation de M. Heschl, de laquelle il résulte que, pendant une épidémie de typhus dont Vienne a été le théâtre en 1853, les affections laryngées concomitantes étaient extrêmement rares en ville, tandis que, suivant le rapport du docteur Ilassinger, elles étaient, au contraire, très fréquentes, presque constantes parmi les militaires casernés au voisinage de Vienne ( Ztsch der A. AT. Gesseilsch , dei Aerzte zuAVien, 1853, n°5). Suivant M. Griesinger, la seule idcération laryngée existe sur un cinquième environ des cadavres d’individus emportés par la fièvre typhoïde (WiicJiow's Handb , t. II, p. 1G0). M. Emmet a rencontré 30 lois l’ œdème de lac/lotte sur 1.931 cas de typhus; 23 lois il a été

FIÈVRE TYPHOÏDE : AFFECTIONS LARYNGÉES

constaté que cet œdème était lié à des ulcérations du larynx. Malheureusement l’auteur englobe dans son calcul les cas de typhus fever et ceux de fièvre typhoïde. [On œdema glottidis resulting f rom typhus fever in the American Journal of the Medic. Sciences, juillet 1856). Bornons-nous à ajouter, pour ne pas trop multiplier les citations, que les classiques allemands (Rokitansky, Canstall, etc.) ne manquent jamais dans l’histoire de la fièvre typhoïde, de consacrer un chapitre spécial à ce qu’ils nomment le laryngo-typhus secondaire. M. Rokitansky a d’ailleurs décrit spécialement ( Pathol . Anal ., 3e Bd. Ie lief., p. 19) une des formes de cette affection, Yulcère laryngé é typhique (ty phase larynxgeschwür) .

Cette description figure au chapitre des inflammations laryngées diphtéritiques ; mais il importe de bien remarquer que le mot diphthérite n’a pas pour les pathologistes allemands le même sens que pour nous. Ils désignent, en effet, sous ce nom une sorte d' infiltration des couches superficielles d'une membrane muqueuse par une substance d'un gris jaunâtre qui se substitue au tissu normal, et le change bientôt en un détritus amorphe , de texture grenue et d' aspect pseudo membraneux .

Les plaques qui en résultent ne peuvent se détacher sans entraîner dans la membrane une perte de substance, une ulcération, d’où il semble résulter que la diphthérite des Allemands est notre fausse diphthérite. Peut-être répond-elle à notre inflammation ulcéro-membraneuse .

Quoi qu’il en soit, en réunissant les travaux déjà publiés sur la matière, tant en France, qu’à l’étranger, et en prenant surtout pour guides Sestier et MM. Griesinger, Rokitansky et Bittrich, on est aujourd’hui en mesure de donner une nosographie assez complète du laryngo-typhus. H faut d’abord y distinguer deux formes principales : la forme ulcéreuse et la forme nécrosique.

MALADIES INFECTIEUSES

■1° L’ulcère laryngé typhique siège sur la paroi postérieure du larynx. 11 intéresse primitivement celle partie de la membrane muqueuse qui recouvre les muscles arythénoïdiens. On observe d’abord une ou plusieurs plaques diphthéri tiques (fausse diphthérite), auxquelles succèdent une ou plusieurs ulcérations plus ou moins profondes. Les ulcérations gagnent peu à peu en étendue et en profondeur; les cartilages arythénoïdes, ou même le cartilage cricoïde, peuvent être ainsi mis à nu, se nécroser et se détacher complètement. Il n’est pas rare non plus de voir des abcès se former sous la membrane muqueuse, à la partie postérieure du larynx. Cette affection peut se montrer pendant le cours du deuxième ou du troisième septénaire de la fièvre typhoïde ; mais elle appartient le plus communément aux phases ultimes de la maladie, ou même à la convalescence. Elle ne s’annonce souvent par aucun symptôme ; on observe seulement un peu de raucité de la voix, un peu de toux ; le larynx est quelquefois douloureux à la pression. Mais à côté de ces cas où l’affection peut rester et reste en effet souvent latente, il en est d’autres où elle s accompagne de symptômes graves : c’est quand le larynx est rétréci par suite de la présence d un abcès sous-muqueux, d’un fragment de cartilage prêt à se détacher, etc. D autres fois, un œdème des replis arythéno-épiglotliques se développe. Enfin, il n’est point rare devoir celte affection secondaire revêtir les allures d’une maladie chronique et dégénéiei en phthisie laryngée.

2° La laryngite nécrosique, qu’on pourrait appeler d emblee , a son point de départ dans l’enveloppe des cartilages du larynx, du cricoïde suvlo\il(pcrichondrilis crico'idea Dittrich, Seslier). La membrane muqueuse n’est pas primitivement

1. Voir, avec Sestier, Dittrich ( derichondrilis Saryngea und ihr Verhœllnis s zu andereii Kranlchettsprocessen, Prager Vierteljahr., 18ï'0, 3 bd.).

FIÈVRE TYPHOÏDE : AFFECTIONS LARYNGÉES

alleinte et. les perles de substance qu’on y rencontre sont consécutives à la rupture des parois des abcès sous-muqueux. C’est presque exclusivement pendant la convalescence que se montre cette affection. La déglutition devient difficile, le larynx est sensible à la pression ; la peau qui le recouvre est souvent soulevée en raison de l’œdème ou des abcès qui occupent le tissu péri-laryngé. On observe, delà dyspnée, une toux convulsive, de l’aphonie. On perçoit en auscultant le larynx, des bruits sifflants ou ronflants. Il y a habituellement une vive anxiété et des accès de suffocation. Le rétrécissement du larynx dépend alors de la présence d’un abcès sous-muqueux ou d un fragment de cartilage en partie détaché. La marche de 1 affection est en général très rapide. Sestier a recueilli douze cas, dans lesquels l’œdème de la glotte était venu compliquer la laryngite nécrosique aiguë.

A ces deux formes d’altérations, il faut joindre la laryngite diphthéri tique ou pseudo-membraneuse , qui se présente beaucoup plus rarement, et dont le lien avec la Gèvre typhoïde n est pas aussi manifeste. Alors, en général, les fausses membranes se développent d’abord sur le pharynx et l’épiglotte. Elles pénètrent consécutivement dans le larynx et s’étendent parfois jusqu’aux tuyaux bronchiques, dont elles peuvent atteindre les plus fines ramifications. On a vu dans certaines épidémies, celte complication se manifester dès les premières phases de la fièvre typhoïde. Ordinairement, des fausses membranes existent concurremment surdes muqueuses autres que celles du pharynx et des voies aériennes, principalement sur la muqueuse intestinale. Ce sont probablement des cas de ce genre qu’a observés M. Oulmont, à l’hôpital Saint-Antoine (Voir : Archiv. gêner, de méd. A Actes de la Société médicale des hôpitaux , 1855); mais la laryngite et la pharyngite pseudo-membraneuses peuvent survenir aussi dans les phases ultimes de la fièvre typhoïde.

MALADIES INFECTIEUSES

Ainsi que nous l’avons dit en commençant, dans des cas où ces diverses affections ont déterminé la suffocation, on a tenté la trachéotomie. Nous ne possédons pas la statistique complète de ces cas; mais nous en avons rassemblé un certain nombre, d’après lesquels on pourra juger des résultats obtenus. Nous les rangeons sous les noms des auteurs qui les ont publiés.

Demme : I cas. Yaste ulcération laryngée; périchondrite très étendue, perforation du pharynx (sic), rétrécissement très marqué de la trachée. Mort pendant 1 opération.

Textor : 3 cas. Deux fois la trachée ne fut pas ouverte.

Les trois sujets sont morts.

Hein : 1 cas. Croup bronchique général. Mort.

Oppolzer : 1 cas. Œdème de la glotte. Mort de pneumonie quatorze jours après l’opération.

Ebhart et Braun (de Wiesbaden) : 2 cas (il s’agissait probablement d’œdème de la glotte survenu pendant la convales cence). — Guérison.

Disntl : 1 cas. Pneumonie à la suite de l’opération. Guérison. (La canule ne fut retirée que quatre mois après.)

Sestier : 3 cas de laryngite nécrosique. — 3 décès.

Emmet : 5 cas survenus pendant la convalescence. —

4 guérisons et 1 décès.

2 cas dans le cours du typhus. 2 décès.

11 suit de ce relevé que sur 19 opérations, la guérison a été obtenue 7 fois, résultat qui pourrait être considéré comme très beau s’il était plus général ; mais, nous le répétons, ce ne sont là que des éléments provisoires de statistique. Nous engageons ceux que le sujet pourra tenter à consultei un lia. vail que nous n’avons pas en ce moment sous les yeux, et qui ^ traite spécialement delà trachéotomie dans le typhus.

FIÈVRE TYPHOÏDE : AFFECTIONS LARYNGÉES 49

C’esl un article de M. Frey, inséré dans Eenle und Pfeuffer Zeitschrift , YI, p. i. Sestier, frappé du triple insuccès mentionné plus haut, a émis l’avis que la laryngite nécrosique aiguë une fois constatée, il conviendrait de recourir immédiatement à la bronchotomie, sans attendre qu’une suffocation prolongée ou répétée ait affaibli le malade.

Charcot. Œuvres complètes, t. vnr. J ,v, a

MALADIES INFECTIEUSES

Typhus fever des médecins anglais.

Bibliographie. — AV. Stokes, Clinical lectures on fever ( Medic . Times and Gazette, 1854-1855).' — J. Corrigan. Lectures on the nature and treatment of fever, Dublin, 1853. — Gerhard, Mémoire cité (1564). — M. Vatleix, Du typhus fever et de la fièvre typho'ide cC Angleterre ( Archives générales de médecine, ge série, t. VJ, 1839, pp. 120, 265, et Guide du médecin praticien, t. V, p. 5G5). — À. -P. Stewart, Some considérations on the nature and pathology of typhus and typhoïd fever { Edinb . Medic and Surgic. Journal, 1840, t. LIV, p. 289). Analyse par le docLeur H. Roger, dans les Archives générales, 1840, 3e série, t. IX. — Ritchie. Practical Remarks on the continued fevers of Great Britain, etc. ( Monthly Journal of medic. sciences, octobre 1815. et Archives générales, 1847, t. XIII, p. 243). — W. Jenner, 1“ Typhus fever, typhoïd 'fever relapsing fever and febricula, thejdiseases confounded under the terni continued fever {The Medical Times and Gazette , 1849). — 2° On typhoïd and h/phus fevers {Monthly Journal of Medic. sciences, 1849). — 3“ On the ident'ity or non identity of the spécifie cause of typhoïd, typhus and relapsing fever\ avec une planche qui représente l’éruption du typhus fever aux diverses époques de son développement ( Medic.-chirurg . Transact., London, 2° série vol. XXXIII). — Les trois mémoires du docteur Jenner ont ete traduits en français par le docteur Verhaeghe. — De la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde, Bruxelles, 1852, 2 vol. in-8°. — A. Grisolle. Traite

de pathologie interne, 6° édition, t. I, p. 59.

LE TYPHUS FEVER ET LA FIÈVRE TYPHOÏDE SONT-ILS DEUX MALA- DIES ESSENTIELLEMENT DISTINCTES?

Cullen pensait qu’il n’existe pas de différences vraiment fondamentales entre les fièvres continues graves, endémiques ou épidémiques de la Grande-Bretagne ; il était disposé à croit e que ces fièvres sont toutes produites par une meme cause, et qu’elles doivent être, par conséquent , considérées comme des

ITI'IIUS FEVER ET FIÈVRE TmiOÏDE -,

variélés d’un même genre, qu’il proposait de désigner sous îe nom de typhus '. Des différences relatives au degré d’éneme de la cause productrice, aux saisons et aux climats, à la constitution des individus, pouvaient toujours, suivant lui, rendre suffisamment compte des formes variées que cette maladie peut revêtir, sans pour cela changer de nature. L’illustre professeur d’Edimbourg peut être considéré comme ayant le premier, en Angleterre, jeté les fondements de la doctrine de identité des fièvres désignées sous les noms de continuai fever, nervous fever, etc., doctrine qui, pendant longtemps, a légué sans partage dans toute l’étendue de la Grande-Brelagne, et qu, y est aujourd’hui encore, après avoir subi quelques Itères modifications, professée et défendue par des méde-

Vivant le professeur S“ 1res de Dublin , par exemple, le typhus peut, suivant les circons-

lleuTde0 cé 7 T’ formes les Plus diverses.

- de ces formes, dérivées du type primitif, doivent ici fixer

notre a tenu on. L’une d’elles porte, à peu près indifférem-

Lies noms d * maculated typhus, pétéchial typhus exan.

themattc typhus; on l’appelle encore typhus jtir Elfe est

Par rabSe"0e de S^tà^ abdo-

dites, , Une erüptl0n composée de taches

d s pétéchiales, différentes, à plusieurs égards, des taches

lenticulaires rosées de la dolhiénentérie. Les lésions de l’en

fe lli0'dVjT'Se 5’ J0"1 C,°mmunément défau‘- L’autre, sous nom d abdominal typhus , dï/ eo-typhus d 'enteritin f

wHSSSSr WisrÆts

SOUS le nom de ,y„octtU. “pi «LTTapllie- "" Senre m?xle ment assigner les limites qui élokmenMn d 1 5U 0,1 ne PeuL que difficileposé à croire que le synoVus est pro uTf T ^ suis dis-

typhus, et qu’il n’en est par consentent ml P GS mêmes causes que le ^'he practice of pA^io, Edinbur“h, îsi™. ' ('V’ ““"«h

MALADIES INFECTIEUSES

nous, la fièvre typhoïde. Celle-ci n’est encore qu'une variété du typhus, qui ne diffère de la précédente par aucun caractère vraiment essentiel. En effet, on peut voir quelquefois, chez un môme individu, les lésions spéciales des plaques de Peyer et des follicules isolés de l’iléon coexister avec l’exanthème pétéchial, et réciproquement. Ces lésions manquent chez des individus qui, pendant la vie, ont présenté tous les symptômes que l’on considère en général comme propres à caractériser la fièvre typhoïde l. Cette dernière affection peut, qui plus est, donner naissance, par transmission contagieuse, au typhus exanthématique, et le typhus exanthématique peut, à son tour, transmettre la fièvre typhoïde. Enfin, s’il est vrai que Ion puisse voir l’une de ces deux formes du typhus régner, sous forme épidémique, à l’exclusion de l’autre, il est plus commun encore que le typhus fever et la fièvre typhoïde coexistent dans une même constitution épidémique, et y prédominent tour à tour. On voit, en résumé, que, pour le docteur Stokes et ses adhérents, le typhus fever et la fièvre typhoïde sont des aQections consanguines. Ce ne sont pas deux maladies absolument distinctes et qu’on puisse opposer l’une à l’autre sous les divers points de vue des causes, des symptômes et des lésions, comme on peut le faire, lorsqu’il s’agit de distinguer la variole des autres fièvres éruptives. Ce sont, si l’on veut, comme les points extrêmes d’une série nosographique non interrompue, que relient entre eux de nombreux intermediaires, où les caractères des deux affections viennent pour ainsi dire se fondre, en formant des combinaisons variées. On peut, à la rigueur, en faisant abstraction des cas de transition , parvenir à tracer des tableaux où ces formes d’une même maladie

Page 1