‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 3)Chapitre 15 sur 101 · TYPHUS FEVE R ET FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

TYPHUS FEVE R ET FIÈVRE TYPHOÏDE

elles pas revêtir les formes symptomatiques les plus diverses? Cependant 11’ont-elles pas toutes une communauté de nature, ne sont-elles pas très probablement toutes engendrées par un même poison, ne réclament-elles pas toutes un même agent médicamenteux ? pourrait-on, enfin, les isoler complètement, en nosographie, sans une violation évidente de toutes leurs affinités naturelles ? Il est permis de faire des réflexions analogues à l’égard de la variole, de la rougeole, de la scarlatine. Chacune de ces affections peut, sous certaines influences, perdre la physionomie qui lui est habituelle, et s’éloigner parfois du type primordial d’où elle dérive, au point de devenir presque méconnaissable. Songe-t-on néanmoins à considérer comme autant de maladies distinctes ces variétés presque innombrables qu’engendrent des transformations d’une même maladie, et méconnaît-on leur identité d’origine ? La considération des symptômes, alors même qu’elle conduirait sûrement, ce qui n’est pas touioursle cas, à distinguer le typhus fever delà fièvre typhoïde, ne suffirait donc pas à elle seule pour autoriser à séparer définitivement ces deux affections. Le caractère distinctif tiré de la présence ou de l’absence des altérations de l’iléon, bien que plus décisif en apparence, n’a pas lui-même une valeur absolue, s’il est vrai, comme l’admettent bon nombre d’auteurs éminents, qu’on puisse, rencontrer quelquefois la fièvre typhoïde sans exanthème (17, 29, i.), et quelquefois aussi le typhus fever avec ulcération des plaques de Peyer et des follicules isolés l. C’est donc en vain

1. Dans l’épidémie de typhus observée à Reims par M. Landouzy, la transmission contagieuse de la maladie était manifeste. La stupeur était prononcée dès le début; toute la surface du corps était recouverte d'un exanthème pétéchial qui apparaissait le quatrième ou cinquième jour de l’invasion. Il y avait bien aussi parmi les taches pétéchiales des taches rosées qui disparaissaient sous la pression des doigts ; mais pareille chose a été observée dans la fièvre d’Irlande (1738, D). La convalescence enfin était, en général, prompte. Ne sont-ce pas là tous les symptômes réputés caractéristiques du typhus fever? Et cependant, dans les six nécroscopics qui ont été laites, on a trouvé six fois les lésions intestinales qu’on ren-

MALADIES INFECTIEUSES

qu’on opposerait, sans cesse, pour prouver leur non-identité de nature, ces deux affections l’une à l’autre, sous le double point de vue des symptômes et des lésions, si l’on ne parvient pas à démontrer qu’elles sont le produit de causes spécifiques essentiellement différentes. — Mais si l’on parvient, au contraire, à établir par des faits significatifs que l’agent spécifique du typhus n’engendre jamais la fièvre typhoïde, et vice versà , si l’on fait voir qu’une atteinte de la première de ces affections ne crée pas une immunité contre la seconde, on aura, ce nous semble, démontré du même coup que ce sont là deux maladies distinctes, et qu’il faut, en nosographie, séparer radicalement, quelque nombreuses que soient d’ailleurs leurs analogies apparentes, tout comme on sépare la rougeole de la scarlatine. Alors, si l’on venait à rencontrer par la suite les caractères anatomiques et symptomatiques propres à chacune des deux maladies réunies sur un même individu, on serait naturellement conduit à dire qu’il y a eu complication de deux maladies différentes, et non pas seulement complication des symptômes et des vices anatomiques particuliers à deux formes d’une même maladie.

Quoi qu’il en soit, alors même qu’on démontrerait que la fièvre continue d’Angleterre et la fièvre typhoïde reconnaissent toutes deux une même cause spécifique, et doivent, par conséquent, être considérées comme faisant partie d’un même genre, il n’en faudrait pas moins les étudier dans deux chapitres distincts, à titre d’espèces ou de variétés de ce genre. Les caractères qui distinguent ces affections suffiront toujours pour motiver une pareille distinction nosographique. C’est là un point sur lequel il paraît à peine nécessaire d’insister. Le typhus fever, pour son propre compte, appartient de droit au genre typhus (1564) ; il n’est autre que la fièvre pétéchiale des

contre dans la fièvre typhoïde. ( Archives générales de médecine , janvier 1842.)

TYI'IIUS FEVER : SYMPTÔMES

anciens ; c’est le typhus exanthématique ou pétéchial de quelques modernes. C’est donc en nosographie étiologique, dans l’article consacré à l’histoire du typhus, qu’est marquée la place qu’il doit occuper. — La description qui va être présentée de ces symptômes a dû être empruntée surtout à ceux des médecins anglais qui se sont efforcés de le distinguer nettement de la fièvre typhoïde, et d’en faire une maladie à part. iNous manquons malheureusement de détails suffisants à l’égard de ces formes mixtes qui serviraient, suivant certains auteurs, de transition entre les deux maladies, dont elles feraient pressentir déjà l’identité dénaturé.

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