‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 3)Chapitre 27 sur 101 · TESTE : SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

TESTE : SYMPTÔMES

bien ils suppurent; mais le pus qu’ils fournissent est de bonne nature; il s’écoule aisément au dehors, et la guérison définitive ne se fait pas longtemps attendre. Il peut arriver cependant que l’inflammation des ganglions lymphatiques intérieurs soit devenue le point de départ de collections purulentes profondes; que des charbons nombreux et volumineux aient déterminé la formation de larges escharres. En pareil cas, il se développe habituellement une sorte de fièvre secondaire plus ou moins vive, qui revêt peu à peu le caractère de fièvre hectique ; le dénoûment de la maladie est ainsi de nouveau mis en question, et trop souvent, il est funeste (Aubert-Roche).

Y- D’autres fois, contrairement à ce qui avait lieu dans les cas précédents (6.), l’éruption des bubons et des charbons n’amène dans l'état du malade aucune amélioration. Loin de là: tous les symptômes s’aggravent, l’anxiété est extrême, le délire, devenu continu, fait place au coma, et le malade succombe du quatrième au cinquième jour. Ou bien encore, après une courte rémission, la maladie reprend son cours: les bubons restent stationnaires ; quelquefois, ils s’affaissent ; d’autres fois, ils entrent lentement en suppuration, et fournissent un pu séreux et fétide. Pendant ce temps, Y étal typhoïde se prononce de plus en plus, et rappelle, tant il est bien dessiné, ce qu’on voit dans le typhus et dans la dothiénenterie adynamique la mieux caractérisée. A la thyphomanie se joignent les soubresauts des tendons, la carphologie. La langue se dessèche et se recouvre d’un enduit noirâtre; il y a des fulmi nositôs des dents et des lèvres; on observe du météorisme, des selles fétides involontaires; la prostration des forces est poussée au dernier point; le pouls est fréquent, irrégulier, faible, et sous cette forme, la maladie peut se prolonger parfois pendant dix, douze, quinze jours même à dater de

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l’apparition des bubons; elle peut se terminer par la guérison : mais, le plus souvent, elle aboutit à une catastrophe funeste.

E. Peste bénigne. — a. Le malade éprouve une légère horripilation : la peau s’échauffe, mais elle est moite; le pouls s’accélère, mais il conserve de la résistance. Il y a de la céphalalgie, des vertiges, des nausées, parfois des vomissements, des douleurs lombaires, un sentiment de lassitude plus ou moins prononcé. Mais tous ces accidents cessent ou diminuent d’une manière notable, vers le deuxième ou le troisième jour, époque à laquelle apparaissent des bubons, et quelquefois des charbons. S’ils se prolongent au-delà de ce terme, ils ne s’adjoignent pas de symptômes fâcheux, et ils disparaissent enfin successivement, ou encore tout à coup à la suite de quelque manifestation humorale, de sueurs copieuses, par exemple (Chenot).

g. Il peut arriver, dans cette forme de la peste, que la fièvre soit assez peu marquée pour que les malades se sentent à peine indisposés, et continuent à vaquer à leurs affaires, alors même que leurs bubons sont en pleine suppuration (Chicoyneau, Chenot, Clot-Bey). Ces cas d’une bénignité extrême s’observent principalement au déclin et à la fin des épidémies. La peste sporadique se montre le plus souvent sous la forme bénigne.

F. a. Cet aperçu de la symptomatologie de la peste, considérée sous ses aspects les plus caractéristiques, fait assez sentir que, dans cette maladie, la fièvre est vraiment le phénomène capital ; elle constitue, à elle seule, ainsi que nous l’avons vu (B. C. D.), et l’étude nécroscopique va le démontrer plus pleinement encore, une sorte de période prodromique

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(53, E.) pendant laquelle, dans les cas très graves, la mort peut survenir avant la production d'aucun vice anatomique apparent. Par le fait môme de cette fièvre prodromique qui paraît ne faire défaut que dans des cas infiniment rares, la peste doit donc être reconnue une affection générale incontestablement essentielle. L’éruption des bubons et des tumeurs charbonneuses ou, comme disent quelques auteurs, de l’exanthème pestilentiel, n’est qu’un phénomène de seconde date; c’est une manifestation caractéristique, il est vrai, mais plus ou moins constante : ce n’est pas la condition fondamentale de la maladie.

6. Ces cas rares, auxquels nous faisions allusion plus haut, et dans lesquels la peste à bubons parcourt toutes les périodes, sans jamais être accompagnée cle fièvre, ont été signalés par bon nombre d’auteurs éminents (Diemerbroeck, Sydenham, Chicoyneau) d’une manière plus ou moins explicite; d’autres assurent ne les avoir jamais rencontrés (Chenot, Martin Lange), et font remarquer qu’une fièvre prodromique légère passe quelquefois inaperçue. Ne se pourrait-il pas faire, d’ailleurs, que ces cas exceptionnels fussent à la peste ce qu’est à la variole une éruption apyrétique de chicken-pox, ce qu’est au typhus des camps, l’exanthème papuleux non précédé de réaction fébrile?

M. Gosse, loc. cit., p. 80, et Yalleix, Guide du médecin praticien, t. V, p. 541), a décrit une forme de la peste dans laquelle une éruption de charbon précède l’apparition des phénomènes généraux. Ces charbons, qui sont, en pareil cas, le premier indice de la maladie, peuvent naître, dit M. Gosse, sur un point quelconque du tégument externe, mais ils se montrent principalement sur les parties habituellement découvertes, sur les bras, les jambes, le cou ; la fièvre paraît seule-

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ment à l’époque où les escharres étant formées, il se développe à leur pourtour, une inflammation éliminatrice. Parfois, les vaisseaux lymphatiques, et successivement les ganglions du membre où siège la tumeur, s’enflamment et se tuméfient ; la réaction fébrile est alors souvent très intense, et elle peut s’accompagner d’accidents généraux plus ou moins graves. Faut-il rattacher nécessairement cette description à l’histoire de la peste, et ne s’agirait-il pas simplement d’un certain nombre de cas de pustule maligne observés pendant le cours d’une épidémie pestilentielle?

G. Des bubons , des tumeurs charbonneuses, et des 'pétéchies en particulier . — a. Les bubons pestilentiels peuvent, à la rigueur, se développer dans toutes les régions du corps où il existe des ganglions lymphatiques peu profondément situés ; mais c’est à la partie interne et supérieure de la cuisse, environ à trois travers de doigt au-dessous de l’arcade crurale, ou encore dans le pli de l’aîne, qu'ils se montrent de préférence. On les observe fréquemment aussi dans le creux axillaire ; ils se montrent rarement à la région cervicale, plus rarement encore dans le creux poplité. Ils se présentent sous forme d’une tumeur ovoïde, lisse ou légèrement bosselée, tantôt avec une teinte rouge, violacée, d’autres fois sans changement de couleur de la peau. Souvent ils ne sont pas plus gros qu’un pois, qu’une amande ; mais il peut arriver qu’ils atteignent le volume du poing (de Mertens). Quelquefois indolents, ils sont dans certains cas, le siège de douleurs très vives ; le plus habituellement, ils sont solitaires ; mais on peut les rencontrer au nombre de trois ou quatre chez quelques pestiférés. Les bubons pestilentiels apparaissent, en général, le deuxième ou le troisième jour de la maladie; ils se développent habituellement avec une grande rapidité, parfois dans l’espace de quelques heures. Nous avons vu (G. a. 6. y.) qu'ils se terminent soit

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par résolution ou par induration, soit enfin par suppuration.

S. Les charbons pestilentiels, contrairement à ce qu’on voit pour les affections gangréneuses cutanées communiquées des animaux à 1 homme, se développent, en général, sur les pai lies de la peau habituellement recouvertes par les vêtements; on les a cependant vus, exceptionnellement il est vi ai, siéger à la face, sur le cuir chevelu, aux extrémités des membres. Us apparaissent plus tard que les bubons, et tandis que ceux-ci constituent le signe extérieur le plus constant de la peste, ceux-là peuvent faire défaut à peu près dans la moitié des cas, au moins dans certaines épidémies (Laclièze, Glot-Bey, ouv. cité). Considéré indépendamment des circonstances au milieu desquelles il se développe, le charbon de la peste ne paraît posséder aucun caraclère qui lui soit vraiment propre et qui puisse, en particulier, le distinguer de l’altération locale de la pustule maligne. Comme cette dernière, il commence par une ou plusieurs vésicules surmontant une induration lenticulaire ; puis il se forme à l’entour une tumeur érysipélato-phlegmoneuse, dont la partie la plus centrale ne tarde pas à être frappée de gangrène. Enfin, dans les cas heureux, la suppuration s’établit, l’escharre s’élimine et la cicatrisation s’opère. Il faut d’ailleurs distinguer deux espèces de charbon pestilentiel, comme on distingue aussi deux espèces de pustule maligne: tantôt, en effet, la gangrène est superficielle, bornée à la peau circonscrite ; tantôt, au contraire, elle est diffuse, et la mortification s’étend aux parties profondes. L anthrax pestilentiel de quelques auteurs n’est sans doute qu’un charbon volumineux, suivi de gangrène dif fuse. (Voy. Clot-Beyer, Op. oit. , p. 34; - Ray, Mal. de la peau, t. II, p. 12, — Nélaton, Pathol, chir., 1. 1.)

T. Les pétéchies ne se montrent, en général, que dans les

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cas de peste les plus graves ; leur apparition coïncide assez communément avec celle d’épistaxis, d’hématuries, d’hémoptysies, de selles sanglantes et autres épiphénomènes, qui semblent indiquer une modification profonde survenue dans la crase du sang. — On peut les voir paraître sur presque toutes les parties du corps, la face exceptée; mais c’est principalement sur le cou, sur la poitrine et sur les membres qu’elles se développent; elles ont une coloration pourpre, violette, ou au contraire, presque noire; tantôt elles sont discrètes, d’autres fois elles sont confluentes ; elles sont fréquemment entremêlées d’ecchymoses plus ou moins étendues.

NÉCROSCOPIE.

A. a. Chez les pestiférés qui ont succombé rapidement, la peau est parsemée principalement à la face et au cou, de plaques ecchymotiques plus ou moins étendues ; la rigidité cadavérique est parfois très prononcée (Rigaud).

ê. Les ganglions lymphatiques des diverses cavités du corps et ceux du mésentère, en particulier, présentent souvent, alors même qu’il n’existe pas de bubons, une tuméfaction plus ou moins marquée et parfois même un certain degré de ramollissement. (Clot-Bey, loc. cit.; — Pruner, loc. cit,; — Perron, dans Rapp. cit.)

y. La rate est volumineuse, son tissu est mou, diffluent.

3. Les membranes muqueuses de l’estomac et des intestins, des bassinets, des uretères et de la vessie; les membranes séreuses et en particulier les plèvres, le péricarde, le péritoine paraissent couvertes d 'ecchymoses d’une couleur plus ou moins foncée. Les cavités de l’estomac et des intestins sont parfois remplies de sang liquide ou en partie coagulé.

rESTE : DIAGNOSTIC

s. Il y a enfin une plénitude culaire à sang noir.

rcmurquaoie

B. Lorsque la maladie s’est prolongée au-delà de deux ou trois jours . a. La rigidité cadavérique est peu prononcée, la putréfaction hâtive. — <5. Les ganglions lymphatiques qui forment les bubons et la plupart de ceux qui siègent dans les cavités du corps sont, à divers degrés, volumineux, rouges, ramollis, on y rencontre souvent des points de suppuration; le tissu cellulaire qui les entoure est infiltré de sérosité, de sang ou même de pus. Si le bubon est inguinal, ce sont, à l’intérieur, les ganglions pelviens et lombaires qui se gonflent suitoutet se ramollissent; ce sont, au contraire, les ganglions sous-sternaux, médiaslins et bronchiques qui se tuméfient principalement, lorsque les bubons siègent au cou ou dans le creux de l’aisselle. — y. La rate est ordinairement doublée, triplée de volume et ramollie ; le foie est volumineux et gorgé de sang; les rems sont parfois comme immergés dans du sang, qui s’est épanché dans le tissu cellulaire qui les enveloppe , ils sont habituellement d’une couleur violet foncé, et présentent à leur surface de larges ecchymoses. —3. Les 'ecchymoses sous-péritonéales sous-pleurales, sous-muqueuses (A. 3.) font assez rarement défaut. Les cavités des plèvres et celle du péritoine, renferment communément une certaine quantité de sérosité sanguinolente. — s. Rien de moins démontre que l’existence de ces gangrènes et de ces charbons intérieurs, dont il est question si souvent dans les relations nécroscopiques faites lors de la dernière peste de Marseille.

ï. Pendant l’épidémie qui a sévi en Égypte, en 1834-33,

• • c < octeur Lachèze (Clot-Bey, ouv, cité), n’a jamais vu les lomeules isolés ou agminés de l’intestin grêle présenter d’altérations notables. - On sait fort peu de choses relativement

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aux altérations que subit le sang dans la peste; sur les cadavres, on le trouve, en général, dans un état de dissolution plus ou moins prononcé et plus noir que de coutume ; celui qu’on Lire des veines, pendant la vie, aux diverses époques de la maladie, ne se recouvre jamais, dit-on, d’une couenne inflammatoire (Lachèze, loc. cit.).

DIAGNOSTIC

A. Au début des épidémies, il arrive souvent qu’on se méprenne sur la véritable nature du mal ; à cette époque, régnent habituellement des maladies populaires (typhus, fièvres paludéennes rémittentes ou pernicieuses), auxquelles on est tenté de rattacher les premiers cas de peste. Ceux-ci ne se présentent pas encore avec leurs sypmptômes les plus caractéristiques ; les bubons et les charbons se montrent rarement; les cas foudroyants dominent. Cependant, les médecins bien informés apprennent que, depuis quelque temps déjà, bon nombre d’individus subissent l’influence épidémique, éprouvent des douleurs aux aines ou dans les aisselles, et, s’ils ont autrefois contracté la peste, dans les cicatrices des bubons (Prus, rapp. cité). Ils savent que le fléau sévit dans un pays limitrophe. On trouve, en outre, à l’ouverture des cadavres, dans les cas où la nature de la maladie est restée douteuse, les ganglions lymphatiques profonds à peu près partout tuméfiés, rouges, friables même ; la rate est volumineuse , les membranes muqueuses et séreuses sont persemées de pétéchies, etc. (voir le n° 43). C’est en tenant compte de ces diverses circonstances, et en les appréciant à leur juste valeur, qu’on serait conduit à proclamer, en temps opportun, 1 existence d’une constitution pestilentielle. Bientôt, d’ailleurs, le doute ne sera plus possible, car, devenue maladie dominante, la peste se montrera dans chaque cas, ou peu s’en faut, avec

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