TOPOGRAPHIE MÉDICALE
Le véritable foyer de la fièvre jaune, c’est une région du Nouveau-Monde comprise entre le 3° et le 33° de latitude boréale et qui s’étend de la Barbade à Tampico, de la frontière brésilienne à Charleston. C’est là seulement qu’elle rencontre les éléments d’une reproduction incessante ; en dehors de ces limites, elle n’est plus endémique, et, à mesure qu’on s’avance vers le nord de l’Amérique, ses apparitions, sous forme épidémique, sont moins fréquentes, sinon moins meurtrières. — Tout à fait au nord, elle disparaît complètement ; elle a cependant frappé Boston, et même Québec au Canada, par 46° de latitude boréale. Mais c’est là une limite exlrême qu’elle n’a atteint qu’une seule fois, en 1805, et qu’elle n’a jamais franchie. Il est à remarquer qu’elle ne s’est jamais répandue fort loin dans l’Amérique méridionale où elle n’a pas dépassé Callao et Fernambouc par 10°, ou approchant, de la latitude australe. Il est, en outre, une particularité dans la répartition géographique- de la fièvre jaune sur le continent et dans les îles du Nouveau-Monde qui mérite bien d’être signalée ; c’est que les villes maritimes du golfe du Mexique, de la mer des Antilles, et de l’Océan Atlantique sont frappées de préférence, tandis que les ports de l’océan Pacifique, toutes choses égales d’ailleurs, jouissent d’une immunité d’ailleurs très marquée. — En Europe, on n’a guère observé la fièvre jaune que sur les côles d’Espagne, à Cadix, à Carthagène, à Séville, à Gibraltar, à Lisbonne; elle a sévi une fois, en 1804, à Livourne. — En Afrique, on l’a rencontrée au Sénégal, à Sierra Leone. — On
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a signalé son existence sur d’autres points du globe, dans les Indes, en Syrie, en Egypte, à Java, etc. ; mais rien ne prouve qu’on ne se soit pas mépris sur l’affection qu’on a rencontrée dans ces diverses contrées : le vomissement noir et l’ictère ne suffisent pas, en effet, ainsi que nous le verrons ailleurs, pour caractériser la fièvre jaune.
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а. Si l'on recherche maintenant quelles sont les conditions topographiques à tous les lieux: où paraît la fièvre jaune, on remarque que cette maladie ne sévit guère à une distance un peu éloignée du bord delà mer ; si elle se montre dans l’intérieur des terres, c’est au voisinage de l’embouchure des grands fleuves. L’atmosphère maritime semble, pour ainsi dire, nécessaire à son développement ou à son éclosion. On la voit de préférence dans les contrées basses ou marécageuses ; là où la décomposition des matières animales ou végétales s’opère sur une grande échelle. Elle ne paraît jamais dans un pays situé à plus de 2.000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
б. Les pays où la fièvre jaune est endémique appartiennent aux climats les plus chauds : c’est vers la fin de l’été et au commencement de l’automne, c’est-à-dire pendant l’hivernage qu’elle y est surtout meurtrière. Partout ailleurs elle peut sévir par les températures et dans les saisons les plus diverses. On a remarqué cependant qu’elle ne se montre jamais lorsque le thermomètre ne s'élève pas au-dessus de 18° centigrades. C’est presque toujours dans les grands centres de population qu’elle éclate; on l’a cependant vue sévir exclusivement sur la garnison d’un fort, sur l’équipage d’un vaisseau en mer.
y. Les circonstances étiologiques que nous venons de passer
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en revue n’ont, on le voit, rien de bien spécial. Celles que nous avons noté en premier lieu («) président, comme on sait, au développement des maladies d’intoxication paludéenne ; si elles nous font comprendre pourquoi les fièvres intermittentes et rémittentes se montrent si fréquemment en compagnie de la fièvre jaune, elles ne nous dévoilent certainement pas le mystère qui couvre encore l’origine de cette dernière maladie. La fièvre paludéenne est endémique à peu près partout où il y a constamment des eaux stagnantes. Bien qu’elle se développe aussi, le plus souvent, sous l’influence maremmatique, la fièvre jaune ne s’éloigne pas du rivage de la mer et elle se trouve renfermée dans des limites géographiques bien connues. Si les marais des Anlilles la produisent, pourquoi ceux de l’Asie et de l’Afrique, situés sous les mêmes latitudes ne l’engendrenl-ils pas ? L’agglomération des individus (y) favorise 1 apparition de la fièvre jaune; les fièvres intermittentes et rémittentes peuvent sévir dans les contrées les moins habitées : c’est là un nouveau caractère distinctif qui plaide contre l’identité d’origine de deux genres pathologiques fort distincts d’ailleurs par tous les autres points de leur histoire.
o. Si les recherches des médecins modernes, si les travaux de Chervin, en particulier, n’ont pas ruiné la doctrine de la transmission contagieuse de la fièvre jaune, ils ont au moins abouti à un résultat important ; ils ont établi que la contagion n est pas 1 agent principal de la propagation de cette maladie. Reste à savoir maintenant, si la contagion de la fièvre jaune ne peut pas s opérer dans de certaines limites, lorsque les circonslances sont favorables à ce mode de transmission, dans le cas, par exemple, où les individus sains se trouvent longtemps en contact avec les maladies dans un espace étroit et mal aéié. Mais c est là une question de second ordre, lorsqu’il s’a-
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git de rechercher surtout les causes des envahissements successifs et des migrations d’une grande peste.
s. Ce n’est pas par le mécanisme de la transmission contagieuse que la fièvre jaune a été portée soit du nouveau dans l’ancien monde, soit encore, comme on l’a prétendu (Chisholm, Pym), de l’ancien monde dans le nouveau. Dès lors, il faut bien admettre, ou qu’elle s’est spontanément développée sous l'influence de causes toutes locales, dans tous les lieux où elle a passé, en Europe comme en Afrique ou en Amérique ; ou encore que, née dans un point du globe qu’il faut considérer comme son berceau, sur les bords du golfe du Mexique, par exemple, elle s’est ensuite répandue successivement dans toutes les directions, tantôt vers le nord, tantôt vers l’est et le * midi, s’abattant exclusivement sur les lieux où se trouvaient réunies les conditions propres à la fixer. Celte dernière hypothèse s’accorde mieux que la première avec ce qui nous est enseigné par l’étude chronologique des épidémies de fièvre jaune; elle s’appuie, en outre, sur les analogies qui existent sous ce rapport entre la peste d’Amérique, lapeste orientale et le choléra pestilentiel.
K- Les individus qui ont une fois contracté la fièvre jaune en sont exempts pour l’avenir, c’est une règle qui souffre peu d’exceptions et qui fait contraste avec ce qu’on sait des fièvres paludéennes, dont les récidives sont si fréquentes.
Les indigènes qui ne résistent pas plus que d’autres à 1 influence paludéenne, échappent cependant presque toujours à la fièvre jaune dans les pays où elle est endémique et où elle revêt fréquemment la forme épidémique. Aux Antilles, par exemple, les étrangers sont presque exclusivement frappés par cette dernière maladie; ils le sont d’autant plus sûrement
Ciiarcot. Œuvres complètes, t. viii, Maladies infectieuses. 10
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qu ils habitent la colonie depuis un temps plus court et qu’ils viennent de climats plus froids. Getlc immunité des populations indigènes dans les Antilles n’est d’ailleurs pas un fait absolu, les adultes et les vieillards en jouissent à un plus haut degré que les enfants. Dans les contrées où la maladie n’est pas endémique, et surtout dans les lieux où elle ne paraît que de loin en loin, elle n’épargne personne, pas môme les gens du pays ; elle frappe sans distinction d’âge, de sexe ou de race. On a remarqué cependant que les nègres sont moins souvent ou encore moins gravement atteints de la fièvre jaune que ne le sont les blancs.
0. Les émotions morales, la fatigue musculaire, l’insolation prolongée, 1 exposition au froid, 1 abus des boissons alcooliques , telles sont les principales circonstances qui ont été rangées par les auteurs parmi les causes occasionnelles générales, capables, en temps d’épidémie, de faire éclore la fièvre jaune.
DIAGNOSTIC
Les fièvres intermittentes pernicieuses, les pseudo-continues, les rémittentes bilieuses se rencontrent partout où règne la fièvre jaune dont il est souvent difficile de les distinguer. Elles ont en effet avec cette dernière maladie d’assez nombreux traits de ressemblance. La comparaison de celles-ci avec celles-là doit être l’objet principal de ce paragraphe consacré au diagnostic ; mais il ne sera peut-être pas hors de propos d’y faire figurer un certain nombre d’affections dont l’histoire peut être, pour un instant au moins, rapprochée de celle de la fièvre jaune en raison d’analogies incontestables qui ne sauraient passer inaperçues.
Ce n’est pas en étudiant les symptômes un à un, mais bien