‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 3)Chapitre 37 sur 101 · FIÈVRE JAUNE I DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

FIÈVRE JAUNE I DIAGNOSTIC

en les envisageant dans leur ensemble, dans leur mode de succession, et en tenant compte des caractères propres qu’ils présentent suivant chaque période, qu’on parvient au diagnostic de la fièvre jaune. L’ictère, par exemple, se montre dans les rémittentes bilieuses; la jaunisse et le vomissement noir, dans l’ictère grave ; l'algidité de la forme congestive se rencontre dans le choléra asiatique et dans certaines fièvres pernicieuses, etc. — Un des caractères les plus importants de la fièvre jaune peut être tiré de sa marche ; nous voulons parler de ce temps d’arrêt qui se manifeste, à un moment donné du cours de la maladie, dont les symptômes changent alors tout à coup, et se trouve, par suite, divisée en deux accès (première et troisième période), ayant une physionomie bien différente et presque -indépendante l’une de l’autre; mais ce caractère même ne lui est pas essentiellement propre. On le retrouve, par exemple, dans le choléra indien, lorsqu’on y voit, suivant l’ingénieuse remarque de M. Littré ( loc . cit., p. 301), la période algide remplacée par une période typhoïde, qui joue, pour ainsi dire, par rapport à la première, le rôle d’une maladie nouvelle ; on le retrouverait aussi dans la fièvre intermittente, lorsqu’elle revêt au second accès, des symptômes pernicieux; on le rencontre à un haut degré, ainsi que nous allons le voir plus bas, dans 1 q relapsing fever des Anglais.

a. On sait qu’il règne encore beaucoup d’obscurité sur presque tous les points de l’histoire des fièvres rémittentes bilieuses des pays chauds (1719, G.); on comprend ainsi qu’il nous soit difficile d’opposer les symptômes de ces fièvres à ceux de la fièvre jaune. Voici, en peu de mots, comment on trouve ce point de diagnostic établi dans un traité de pathologie devenu classique dans toute l’étendue des États-Unis d’Amérique (Wood, loc . cit., p. 312, 313). Dans la fièvre

jaune, le mouvement fébrile n’existe, à proprement parler, «lue pendant la première période, c'est-à-dire pendant les deux ou trois premiers jours de la maladie, et il s’y montre, dans la grande majorité des cas, sous le type continu, il caractérise, au contraire, toutes les époques de la fièvre bilieuse, mais il se présente constamment alors avec des rémissions ou môme des intermissions, qui se manifestent tous les deux jours. — Les évacuations bilieuses sont rares dans la fièvre jaune, elles sont habituelles, et en général très abondantes dans la rémittente bilieuse. On ne rencontre pas dans cette dernière maladie, la coloration pourpre de la face et des conjontives, qui est un des caractères de la fièvre jaune. Il y a dans la fièvre rémittente des vomissements d une matière homogène plus ou moins foncée. Mais cette matière est évidemment de la bile altérée; elle diffère, patconséquent, de celle qui constitue le vomissement noir de la fièvre jaune. La fièvre jaune, lorsqu'elle existe sans complication, ne dégénère jamais en intermittente régulière; c est là, au contraire, une terminaison pour ainsi dire habituelle de la fièvre bilieuse. — On a dit que la fièvre jaune n’était que le plus haut degré de la fièvre bilieuse; il n’en est rien : celle-ci comme celle-là peut se montrer extrêmement meurtrière, sans rien perdre de ses attributs caractéristiques. La fièvre jaune, par contre, peut être aussi bénigne que l’est souvent la bilieuse rémittente. — Lorsqu’on a contracté la fièvre bilieuse pendant l’automne, on est prédisposé à la contracter de nouveau pendant l’automne suivant. Il est rare, au contraire, que la fièvre jaune atteigne deux fois un même individu. — La fièvre jaune se montre presque exclusivement au voisinage de la mer, sur le rivage des grands cours d’eau ; la fièvre rémittente bilieuse ne reconnaît pas de limites géographiques aussi restreintes ; elle peut régner partout où il y a des marais, à l’intérieur des terres comme sur les côtes de

fièvre jaune et fièvre a rechute

l’Océan. On ne la voit guère dans les villes, tandis que la fièvre jaune sévit principalement dans les grands centres de population. — Dans les pays où elle est endémique, la fièvre jaune épargne les indigènes, tandis que la fièvre bilieuse n’y épargne personne. — Les lésions anatomiques qu’on renconlre à l’ouverture des corps ne sont pas les mêmes dans les deux maladies. La rate, par exemple, dans la fièvre rémittente bilieuse, se montre presque toujours volumineuse et ramassée ; le foie présente une altération toute spéciale, bien différente de celle qui est propre à la fièvre jaune, et qui a appelé, dans ces derniers temps seulement, l’attention des médecins américains; il est volumineux, presque toujours ramolli, d'une couleur olive, bronzée, toute particulière (voyez sur les altérations du foie dans la fièvre rémittente bilieuse, Stavardson, Americ. Journ. of med. scienc., avril 1841, N. S.i, 289; Swett, ibid., IX, 29; Anderson, ibid. , XI, 315; Stillé, ibid. , p. 323 ; La Roche, loc. cit. , t. II).

S. Les fièvres pernicieuses algides, comateuses, délirantes ou convulsives, lorsqu’elles débutent par des accès de fièvre intermittente simple, ne sauraient guère être confondues avec la fièvre jaune. L’erreur serait possible, pour un instant peutêtre, si les symptômes pernicieux venaient à se manifester dès l'origne. Mais l’absence de la douleur lombaire, de l’injection de la face et des conjonctives, de l’ictère, des hémorrhagies multiples, et des pétéchies, du vomissement noir, et de tant d’autres symptômes, qui se montrent toujours, au moins en partie, dans la fièvre jaune, alors même qu’elle revêt une forme anormale, mettrait sur la voie du diagnostic.

Y- Il suffira, sans doute, d’esquisser rapidement le tableau symptomatologique du relapsing fever (fièvre à rechute), des médecins anglais, pour faire ressortir les analogies et mon-

MALADIES INFECTIEUSES

trer les différences qui existent entre cette maladie et la fièvre jaune, à laquelle on l’a comparée *. L’invasion est brusque, et s’opère, le plus souvent, par un frisson; puis, céphalalgie vive, douleurs musculaires et articulaires simulant celles du rhumatisme; fièvre intense: le pouls bat de 100 à 120 fois par minute , la peau est chaude et sèche ; anorexie, souvent épigastralgie, nausées et vomissements bilieux; jactitation, insomnie et quelquefois délire. Absence habituelle de symptômes abdominaux, tels que météorisme, douleurs iliaques, diarrhée. Assez fréquemment, il se manifeste partiellement! dès le troisième ou le quatrième jour, une coloration légèrement bronzée des téguments, qui, bientôt, est remplacée par une teinte ictérique générale, plus ou moins foncée. Alors les vomissements bilieux deviennent plus fréquents ; quelquefois même, mais seulement dans les cas les plus graves, en même temps qu’il s’opère des hémorrhagies par diverses membranes muqueuses, le malade rend des selles noirâtres et vomit, comme cela se voit dans la fièvre jaune, une matière noire semblable au marc de calé. Vers le cinquième, sixième ou septième jour de la maladie, alors que tous les symptômes paraissent avoir atteint leur plus grande violence, ils s’amendent ou même disparaissent tout à coup, le plus souvent, à la suite dune sueur copieuse. — La convalescence qui se

1. La fièvre à rechute [relapsing fever) a été aussi quelquefois désignée

sous les noms de five daijs fever, seven days fever (fièvre de cinq jours,

fièvre de sept jours), bihous rémittent fever, mild yetlow fever (fièvre •l1 * 3 * * * * * * *’*”11 k ^n'Sne)- — Elle parait avoir été remarquée pour la première fois

a Dublin, lors d’une épidémie qui a sévi, en ceLte ville, en 17;, 9. En 1817 et

en 1818, elle a régné à Edimbourg, où elle a été décrite par Welsh et

Lhristison. Elle y a reparu ensuite en 1841 et 1843, et c’est surtout à l’étude

qui en a été faite à cette époque par les docteurs Mackensie, Cormack,

..raigie et autres, qu’elle doit d’avoir pris rang dans les cadres nosologiques. Elle s est montrée à Londres, en 1817, où elle a été soigneusement

oiservee et décrite par le docteur Jenner, qui s’est efforcé de la distinguer

u yp lus fever et de la fièvre typhoïde. (Voyez l’article qui a été con-

sacre a nstoire de cette affection dans Dritish and foreign medico-chirurgical Review, juillet 1851.)

Page 1