CANIT1E SURVENUE TRÈS RAPIDEMENT
A propos d’un cas de canitie survenue très rapidement.
Un correspondant du London Medical Times ayant annoncé qu’il désirait réunir des faits bien constatés de décoloration rapide des cheveux, M. le docteur P. Parry, chirurgien-major à Aldershatt, publia le cas suivant, dont il avait noté par écrit les principales circonstances peu de temps après en avoir été témoin : « Le vendredi 19 février 1859, la colonne du général Franks, qui opérait dans la partie méridionale du royaume d’Oude, eut un engagement, près du village de Chamba, avec un corps de rebelles ; plusieurs prisonniers furent faits aux ennemis: l’un d’eux, un cipaye de l’armée du Bengale, âgé de cinquante-quatre ans environ, fut conduit devant les autorités pour y subir un interrogatoire. J’eus alors occasion d’observer directement sur cet homme, au moment même où ils se produisirent, les faits dont je vais donner la relation. Le prisonnier parut avoir, pour la première fois, conscience du danger qu’il courait à l’instant où, dépouillé de son uniforme et complètement nu, il se vit entouré de soldats ; il se mit aussitôt à trembler violemment, la terreur et le désespoir se peignirent sur ses traits, et, bien qu’il répondit aux questions qu’on lui adressait, il paraissait véritablement stupéfié par la peur. Or, sous nos yeux mêmes, et dans l’espace d’une demiheure à peine, ses cheveux, que nous avions vus d’un noir
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brillant, grisonnèrent uniformément sur toutes les parties de la tête. Un sergent qui avait fait le prisonnier s’écria tout à coup : « Il tourne au gris » (he is lurning gray ), et appela ainsi le premier notre attention sur ce singulier phénomène, dont nous pûmes ensuite, ainsi que plusieurs autres personnes, suivre l’accomplissement dans toutes ses phases. La décoloration des cheveux s opéra d une manière graduelle 5 mais elle devint complète et générale dans le court espace de temps qui a été indiqué. »
La science possède, sans doute, un bon nombre de faits qu on pourrait mettre en parallèle avec celui que nous venons d’emprunter à un journal de médecine publié à Dublin {Dublin Medical Press, numéro du 8 mai 1861, p. 332). Quelques recherches faites à la hâte ont, en effet, bientôt mis sous nos yeux plusieurs de ces cas, dont l’authenticité nous semble difficilement contestable. Nous croyons utile de consigner ici les principaux d’entre eux, non seulement parce qu’ils nous paraissent, en général, assez peu connus, mais encore et surtout parce que des observateurs distingués 1 ont cru, dans ces derniers temps, devoir envelopper d’une même proscription tous les exemples de canilie presque subite ou rapide, et les reléguer parmi les récits apocryphes et fabuleux.
Voici d’abord un intéressant passage que nous extrayons du Traité des maladies de la peau de Lorry [De morb. cutan. Paris, 1777, p. 602) : « Pleni sunt auctorum libri exemplo- « rum canitiei præ timoré intra breve spatium accersitæ. Fa- « mosa est historia ilia ab Iladriano Junio recensita nobilis « Hispani Didaci, qui, cum ob furtivos amores illicitos, frac- « taque claustri regii jura, capitali supplicio plectendus esset,
« ita canitiem undequaque contraxif, ut Fernandus rex, mise-
1. Voyez entre autres: Beissner, Beitrœge zur Kenntniss der Uaare, etc., Breslau, 1SB4, s. 1.6; — et Iiærensprung, Die Havtkranhlieiten, Erlaneen, 1839, p. tu,