‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 3)Chapitre 60 sur 101 · I. Comptes rendus de la Société de biologie , 1854, p · texte numérisé non relu

I. Comptes rendus de la Société de biologie , 1854, p

KYSTES HYDATIQUES

a jamais de vomissements noirs, et la constipation est l’état habituel.

Il y a trois mois, une jaunisse très marquée est apparue. Au début, cette jaunisse a été accompagnée de vomissements de matières alimentaires ; puis il s’est manifesté de la diarrhée. Elle a disparu au bout de quelques semaines; puis elle a reparu, il y a une quinzaine de jours. Cette fois, elle a persisté jusqu’à la terminaison fatale de la maladie.

Le 19 juillet, Platz est pris tout à coup de douleurs hépatiques beaucoup plus vives que d’habitude, et qui se répandent dans toute 1 étendue de l’abdomen. Presque aussitôt la physionomie est profondément altérée ; la face est grippée, bleuâtre ; les yeux sont enfoncés dans 1 orbite; les extrémités sont froides, cyanosées, comme dans la période algide du choléra. Le malade est transporté à la Charité, quelques heures après l’apparition de ces nouveaux symptômes. Nous l’y trouvons dans l’état suivant : ictère extrêmement foncé, presque vert, maigreur générale très prononcée. La face est grippée, violacée, froide. Les extrémités sont également froides et cyanosées. Le pouls est à 110, 120, très fort, très dur, très plein.

Constipation opiniâtre depuis deux jours ; douleur très vive à la pi ession dans toute la région de l’abdomen, mais bien plus prononcée à droite, sous les fausses côtes, que partout ailleurs. Le ventre n est pas volumineux ; il est plutôt rétracté et les muscles droits antérieurs se dessinent fortement sous les téguments. Il rend parla percussion un son obscur. L’état de convulsion où se trouvent continuellement les muscles des parois abdominales rendent la palpation impossible ; mais par la percussion des hypochondres, on obtient ce résultat que le bord supérieur du foie ne remonte pas plus haut qu’à l’état normal, et qu’il existe au niveau de la région splénique une matité très étendue et très considérable, qui n’est ]3as le résultat d’un épanchement pleural, ainsi qu on s en assure par l’examen du côté gauche de la poitrine. Les poumons et le cœur paraissent complètement exempts de lésion. Aucun phénomène du côté du cerveau. Les urines ne sont pas albumineuses ; elles sont fortement chargées de la matière

KYSTES HYDATIQUES DU FOIE

colorante de la bile. La langue est sèche , la voix est extrêmement faible. On prescrit les opiacés a haute dose et les lavements

laxatifs.

Les jours suivants, les symptômes vont en s aggravant, et le malade succombe, le 23 juillet, trois jours après son admission.

Autopsie. — Abdomen. — A l’ouverture de la cavité abdominale, on reconnaît l’existence d’une péritonite générale très intense.

Le foie est refoulé directement d’avant en arrière et de dehors en dedans, de telle sorte que les faces supérieures du lobe droit et du lobe gauche présentent, chacune de leur côté, une concavité qui regarde en avant ou en dehors. Ces sortes de cavités, ainsi comprises entre la face supérieure du foie et la paroi abdominale antérieure, sont remplies par un liquide d’un jaune foncé, ayant tout à fait l’aspect de la bile et tenant en suspension des flocons albuminuriques.

Les circonvolutions de l 'intestin sont accolées les unes aux autres par des fausses membranes molles, de formation évidemment très récente, et teintes en jaune par de la matière colorante de la bile.

Le grand épiploon présente une coloration d’un rouge vif, et il est comme pelotonné, recoquillé. Une certaine quantité de liquide d’un jaune foncé se rencontre dans les parties les plus déclives de la cavité abdominale, mais il y est peu abondant. Traité par l’acide nitrique, ce liquide présente un dépôt albumineux très abondant, mais en même temps il se colore en vert foncé, puis en rouge quand on y ajoute un excès d acide. A l’examen microscopique, on y rencontre une grande quantité de globules de pus fortement colorés en jaune.

Les intestins , ouverts dans toute leur étendue, ne présentent aucune altération ; ils sont remplis par une matière semi-liquide d’une couleur grise sale. Ils ne contiennent rien qui ressemble à des fragments d’hydatides ou à des calculs biliaires.

L 'estomac est normal, sa membrane muqueuse un peu injectée. Rate normale.

KYSTES HYDATIQUES

Le foie , à part l’aplatissement du à la compression qu’il a subie et les fausses membranes qui le recouvrent, ne présente aucune altération de texture. On le laisse en place, ainsi que l'estomac et le duodénum, et l’on dissèque avec soin les produits biliaires.

Le canal cholédoque est extrêmement volumineux; il paraît distendu par une substance ayant la consistance delà cire. Quand on le comprime, on voit sortir par son orifice duodénal, d’abord une gouttelette de bile verte, puis une sorte de membrane ridée, fortement teinte en vert foncé par la bile, et qui, ainsi que nous le verrons, n’est autre chose qu’une hydatide. Le canal cholédoque est alors ouvert avec précaution, et on le trouve rempli par un grand nombre de débris d'hydalides baignés dans la bile. Ces fragments s’étendent jusque dans la ramification principale gauche du canal cholédoque qui est très dilatée. La ramification du côté droit est également fort distendue, mais par de la bile seulement.

Le canal cystique est tout à fait aplati par suite de la compression exercée sur lui par le canal cholédoque distendu.

La vésicule biliaire n’est pas plus volumineuse qu’à l’état normal ; elle est pleine d’une bile épaisse, d’un noir vert, beaucoup plus fon cée que celle qui imprègne les hydatides dans le canal cholédoque.

En examinant avec attention la face inférieure du foie, on finit par découvrir, au niveau de l’origine œsophagienne, de la petite courbure de l’estomac, plus près du bord postérieur que du bord antérieur de l’organe hépatique, à 4 ou 5 cent, environ à gauche du canal cholédoque, une cavité hémisphérique, allongée dans le sens transversal, et qui, si elle était complète, pourrait loger un gros œuf de poule. Cette sorte de poche s’ouvre largement dans l’arrière-cavité des épiploons; cependant on la trouve limitée de ce côté, mais en partie seulement, et d’une manière très incomplète, par une sorte de membrane blanchâtre, déchiquetée, qui est libre et flottante du côté de l’extrémité gauche du kyste, tandis qu’elle est adhérente à son extrémité droite.

La cavité que nous venons de décrire n’est autre chose qu'un kyste hydatique ; elle est constituée par une membrane propre

kystes hydatiques nu foie

brune, dont la surface extérieure adhère intimement au tissu du foie qui la loge, et dont la membrane flottante dont nous avons parlé n’est qu’un débris. La face interne de ce kyste est tapissée par une matière d'apparence caséeuse, teinte de bile. Sa cavité

communique largement avec la branche droite de bifurcation du

canal cholédoque par deux pertuis ayant environ un centimètre et demi de long chaque sur un demi-centimètre de large seulement ; mais ces orifices sont encore dilatables.

La cavité du kyste ne contient pas de débris d hydatideo , on n’en a pas rencontré non plus dans le liquide épanché dans 1 abdomen.

Il est hors de doute que les fragments membraneux contenus dans le canal cholédoque sont bien des débris d hydatides . d abord, quand on les fait flotter dans l’eau, on reconnaît les membranes anhystes, transparentes, et couvertes de granulations qui caractérisent ces sortes de poches ; seulement ici elles sont fortement teintes en vert par la bile. Enfin, l’examen microscopique fait reconnaître, au milieu du liquide qui les baigne, l’existence des crochets, qui sont la preuve indubitable de la présence des échinocoques.

Les autres organes n’ont présenté aucune altération.

KYSTES HYDATIQUES

Note sur un cas de kystes hydatiques multiples

L’observalion que nous communiquons à la Société de biologie renferme plusieurs faits intéressants, principalement au point de vue de l’anatomie et de la physiologie pathologiques. Mais nous nous bornerons à faire ressortir deux de ces faits, à savoir, d’une part, l’existence de cristaux d’hématoïdine dans l’intérieur des hydatides du foie et d’une matière colorante rouge dans les corpuscules calcaires de quelques échinocoques ; et, d’autre part, l’existence de kystes hydatiques fort singuliers, appendus au péritoine par un long pédicule et dont la constitution anatomique mérite bien de fixer l’attention. Nous ne ferons que mentionner en passant une tumeur hydatique qui siégeait dans le petit bassin, entre le rectum et la vessie ; c’est un exemple à rapprocher de ceux que l’un de nous a rassemblés dans un mémoire lu à la Société en 1852 et à celui que notre collègue, M. le docteur Leudet, a inséré dans nos comptes rendus pour 1856. Voici notre observation :

Observation. — Kystes hydatiques multiples du foie. — Cristaux d' hématoïdine dans la cavité même des hydatides et coloration toute particulière des corpuscules calcaires des échinocoques. — Nom-

1. Extrait des Mémoires de ta Société de Biologie , 1857, p.103. — En collaboration avec M. Da vaine.

KYSTES HYDATIQUES MULTIPLES

breux kystes hydatiques situés dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, et dont quelques-uns, appendus au péritoine par un long pédicule, ne contenaient aucun vestige d’échinocoques. — Kyste hydatique du petit bassin.

Le 9 juin 1856, entre à l’hôpital de Lariboisière, salle Saint- Charles, n° 6, le nommé Taveau, né à Saint-Quentin, âgé de 63 ans, exerçant la profession de tailleur.

Cet homme fait remonter le début de sa maladie au mois de novembre de l’année dernière. A cette époque, il s’aperçut que son ventre grossissait; en même temps, il remarqua que les déjections étaient plus difficiles et qu’il avait de la constipation, ce qui ne lui était pas habituel. Au mois de janvier dernier, il se manifesta une tuméfaction bien évidente dans l’hypochondre droit. Jamais, assure le malade, il n’y a eu d’ictère, ni de douleur dans la région du foie. Lors de son entrée, on constate chez le malade les phénomènes suivants : Amaigrissement assez considérable contrastant avec le développement du ventre. Dans l’abdomen existe une tumeur considérable siégeant principalement dans la région du flanc droit et dont la partie supérieure, qui rappelle par sa forme le bord tranchant du foie, descend jusqu’à deux travers de doigt au-dessous de l’ombilic. Cette tumeur est fluctuante ; on n’y perçoit pas de frémissement hydatique. Une ponction exploratrice fut faite, et il sortit un liquide limpide, transparent, incolore, qui se troublait à peine par l’addition d'acide nitrique ou par l’action de la chaleur. M. le docteur Bourdon, qui dirigeait alors le service, se décida à vider la tumeur par Je procédé de Récamier.

La première application du caustique fut faite le 23 juin. Au bout de sept jours, après quatre applications successives, le kyste se vida, et il s'écoula, tant le matin que pendant la nuit du 30 juin, une quantité de liquide qui peut être évaluée à 3 litres environ. Ce liquide contenait des poches hydatiques dont le volume variait depuis celui d’un gros œuf de poule jusqu’à celui d’une tète d’épingle. Le liquide était trouble, d’une couleur jaunâtre, et contenait en grande abondance de petits grumeaux d’une

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matière d’un rouge vif. Ces grumeaux furent recueillis, et l’examen microscopique, fait par MM. Senac et Heurtaux, internes de l’hôpital, montra qu’ils contenaient en quantité des cristaux rhomboïdaux d’hématoïdine parfaitement caractérisés.

L’examen des hydatides donna les résultats suivants : 1° toutes les vésicules examinées contenaient des échinocoques ; 2° un certain nombre d’hydatides étaient pourvues d’une membrane fertile complète, appliquée dans toute son étendue à la face interne de la membrane acéphalocystique ; dans les autres, la membrane fertile est incomplète et présentait des lambeaux flottants dans le liquide de l’hydatide; 3° des fragments de la membrane fertile placés sous le microscope ont offert les gouttes huileuses ordinaires et une couche considérable d’échinocoques. Ces derniers étaient parfaitement reconnaissables à leur corps arrondi, parsemé de granulations, et à leur double couronne de crochets. Chez plusieurs échinocoques, les ventouses pouvaient être distinguées avec assez de facilité. Mais ce qu’il est important de noter surtout, c’est que chez tous les échinocoques, les granulations, qui habituellement sont incolores, présentaient, bien qu'elles ri eussent éprouvé d'ailleurs, soit dans leur forme, soit dans leurs autres caractères , une modification appréciable, une coloration rouge très intense, tout à fait analogue à celle qui distingue les cristaux d'hématoidine. — 4° Dans quelques-unes des hydatides, on trouvait au-dessous de la membrane acéphalocystique, de petites taches d’un rouge carmin et dans lesquelles on a constaté au microscope l’existence de nombreux cristaux d’hématoïdine; dans d’autres, la membrane acéphalocystique était par place teinte en jaune plus ou moins foncé ; mais dans ces taches jaunes, on ne distinguait pas de cristaux. 5° Enfin le liquide des hydatides contenait quelquefois des cristaux de cholestérine.

Du 30 juin au 9 juillet, on ne cessa de voir sortir, chaque jour, par l’orifice du kyste, quelques hydatides, les unes entières, les autres déchirées et vides. II ne se manifesta, pendant celle période de temps, aucune douleur, et l’état du malade était satisfaisant. Chaque jour il pouvait se lever pendant quelques heures. La tumeur avait diminué de volume, et son bord inférieur était re-

KYSTES hydatiques multiples

monté à deux travers de doigt au-dessus de l’ombilic. En meme temps la région de l’hypochondre droit s’affaissait assez rapidement, et il°se formait dans la région correspondante, du côté gauche, une tuméfaction fluctuante, très manifeste. Chaque jour on avait soin d’injecter dans le kyste, matin et soir, de grandes quantités d’eau. A deux reprises, on fit des injections avec la teinture d’iode.

Vers le 15 juillet, l’état du malade déclina. Les forces et l’appétit diminuèrent ■, l’affaiblissement surtout fit de rapides progrès. Un érysipèle se déclara sur les membres inférieurs; cet érysipèle guérit cependant assez promptement, mais il laissa après lui des taches de purpura et il se déclara une sorte de fièvre hectique. L’émaciation devint extrême, et il fut impossible

de ramener les forces, malgré l’emploi des toniques. Le malade

succomba le 3 août. Pendant les premiers jours de la maladie, le liquide du kyste était devenu tout a fait purulent.

Autopsie faite le 4 août 1836. La plaie extérieure a subi pendant les derniers jours de la vie un mouvement ascensionnel assez prononcé pour que la moitié supérieure corresponde actuellement a la face externe des dernières fausses côtes. L ouverture qui est au fond de la plaie est assez grande pour permettre l’introduction de l’annulaire ; elle est placée immédiatement audessous du bord inférieur de la cage thoracique et dirigée en haut et à droite ; les bords sont en grande partie cicatrisés.

Le thorax ayant été ouvert de haut en bas, on trouve la base du poumon gauche adhérant intimement au diaphragme. De ce côté, la plèvre contient un peu de liquide ; des deux côtés, la plèvre pulmonai re est fixée à la plèvre costale par des adhérences assez lâches, mais occupant la presque totalité de la surface externe des poumons.

La base du péricarde adhère très fortement au diaphragme ; sa face interne est couverte de fausses membranes récentes qui lui donnent un aspect chagriné.

Le cœur , peu volumineux, est flasque ; sa surface extérieure

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est couverte de fausses membranes, molles et évidemment de formation récente. Les valvules du cœur ne présentent pas d’altération.

Le diaphragme adhère très intimement au foie dans toute son étendue. En cherchant à détacher la face inférieure du péricarde on pénètre dans une cavité à parois inégales et anfractueuses. Cette cavité contient un liquide puriforme où nagent des hydalides nombreuses et encore entières. Cette poche est creusée en partie dans 1 épaisseur de la face supérieure du lobe gauche du foie, à gauche du ligament suspenseur. Sa paroi supérieure est fermée par le diaphragme.

A droite du ligament suspenseur du foie , la face supérieure et antérieure de cet organe forme la paroi inférieure d’un vaste kysle, dont le diaphragme et les parois abdominales, forment la paroi supérieure ; c’est dans cette paroi qu’a été pratiquée l’ouverture par le caustique. Des adhérences solides sont établies entre les feuillets du péritoine qu’il n’est plus possible de séparer. Ces adhérences existent non-seulement au pourtour de l’ouverture, mais dans toute l’étendue du kyste. Ici la capsule de Glisson semble avoir augmenté d’epaisseur ; elle a pris, en outre, un aspect granuleux très manifeste ; sa coloration est d’un jaune rougeâtre ; au niveau des points les plus fortement colorés, on a constaté l’existence de cristaux d’hématoïdine. La paroi interne est formée par le ligament suspenseur ; elle ne permet aucune communication entre ce kyste et celui qui occupait la face supérieure du lobe gauche du foie. La paroi externe est formée par des adhérences qui s’étendent du diaphragme au foie. Celle paroi est interrompue au niveau de sa partie supérieure. Dans ce point existe un orifice qui communique avec une très vaste cavité à parois anfractueuses et creusées aux dépens du lobe gauche, dont toute l’extrémité droite est détruite à une grande profondeur. Cette cavité est tapissée dans quelques points par les débris de membrane épaisse, dure, incrustée de molécules calcaires.

Outre ces kystes principaux, on rencontre encore:

1° Une poche hydatique, de moyen volume, qui paraît avoir

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pris naissance dans l'épaisseur du lobe de Spiegel qu’elle a détruit en grande partie; ■*

2° Deux tumeurs hydatiques , situées dans Y épiploon gastro-hépatique, et dont le volume égale celui d’un œuf de poule;

3° Une tumeur hydatique , plus volumineuse que les précédentes, se trouve dans Y épiploon gastro-splénique ;

4° De nombreuses tumeurs hydatiques développées à la face inférieure du foie, et dont la moitié environ fait saillie au dehors, tandis que l’autre moitié siège dans l’épaisseur du tissu hépatique;

5° Des kystes hydatiques en grand nombre, et dont le volume varie depuis celui d’une noix jusqu’à celui d’un pois, sont disséminés dans le tissu cellulaire sous-péritonéal ça et là sur le péritoine pariétal ou le long de l’intestin grêle et du gros intestin. Ces kystes sont pour la plupart pourvus de pédicules plus ou moins allongés et flottent dans la cavité du péritoine. Le pédicule de ces kystes flottants atteint souvent plusieurs centimètres de longueur ; deux d’entre eux ont jusqu’à 7 centimètres de long ; leur épaisseur est variable et, dans quelques cas, ne dépasse pas celle d’un crin de cheval.

Dans l’épaisseur du mésocolon transverse et au voisinage du cæcum, on trouve plusieurs kystes, dont les plus gros atteignent le volume d’un œuf de poule.

Enfin, dansle/?eii£ bassin, on trouve une tumeur hydatique , située entre le rectum et la vessie qu’elle a refoulée tout à fait au-dessous du pubis. Cette tumeur a un volume supérieur à celui du poing d’un adulte ; son extrémité inférieure descend un peu plus bas que celle de la vessie. Elle adhère entièrement, d’une part, à la face antérieure du rectum, et de l’autre à la face postérieure de la vessie. Elle est située très manifestement au-dessous du repli péritonéal qui se porte de la face postérieure de la vessie sur le rectum; sur ses côtés rampent les uretères. Cette tumeur contient un liquide d’aspect purulent et mélangé d’une grande quantité d’hydatides brisées.

La rate est volumineuse, très friable et gorgée de sang; elle ne contient pas de kystes.

Charcot. Œuvr. compl. t. vin, 3° partie : Kystes hydatiques. 17

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Les reins et le pancréas ne présentent pas d’altération.

Les kystes hydaliques situés dans le péritoine, à l’exception des hydatides des kystes pédiculés, étaient tous pourvus d echinocoques. Ces kystes ne contenaient pas de cristaux d’hématoïdine, et les granulations des échinocoques ne présentaient pas la coloration d’un rouge vif, qui a été mentionnée plus haut à propos des échinocoques contenus dans les kystes hépatiques.

Voici maintenant les quelques remarques que nous avons voulu soumettre à la Société, à propos de cette observation :

1° On sait que l’hématoïdine a été rencontrée dans des tumeurs de nature diverse, dans des tissus plus ou moins modifiés ; elle a été rencontrée aussi plusieurs fois dans des kystes hydatiques ; mais en pareil cas, à notre connaissance du moins, les hydatides étaient toujours situées dans le foie. Dans un kyste adhérent au foie et qui avait subi la transformation athéromateuse, M. Jones trouva des lobules huileux, des lamelles de cholestérine, des membranes d’hydatides, des crochets d’échinocoques et des cristaux d’hématoïdine. Il ne fait aucune mention de l’existence de cristaux semblables dans des kystes hydatiques qui, chez le même sujet, étaient situés dans d’autres parties de la cavité abdominale ( Trans . of the pathol. Society, p. 298, London, 1834). Dans un kyste hydatique du foie également, le docteur Hyde Salter trouva une matière rouge et cristallisée (hématoïdine). Les cristaux se trouvaient non-seulement dans le liquide qui entoure les hydatides, mais encore dans l’intérieur même de ces vésicules (/oc. a/., p. 304). MM. Robin et Mercier ont récemment trouvé des cristaux d’hématoïdine dans un kyste hydatique du foie. Dans ce cas, les cristaux existaient non-seulement dehors, mais aussi dans la cavité même des hydatides ; il est vrai que celles-ci s’étaient ouvertes et affaissées ( Mém . de la Soc. de Biol., p. 117, 1855.)

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Il est remarquable que dans le cas dont nous donnons ici la relation, les kystes situés dans le foie fussent les seuls qui continssent des cristaux d’hématoïdine. Cette substance se rencontrerait-elle exclusivement dans les hydatides de certains organes, et en particulier dans celles du foie?

Il peut paraître assez singulier, au premier abord, de rencontrer l’hématoïdine, cette substance qui, suivant l’opinion généralement reçue,, provient d’une métamorphose de la matière colorante de sang, dans la cavité de vésicules hydatiques parfaitement intactes ; et même pourrions-nous ajouter au sein des échinocoques eux-mêmes, s’il est vrai, comme nous le pensons, que c’est bien à l’hématoïdine qu’il faut rapporter la coloration que présentaient les corpuscules calcaires chez quelques-uns de ces cestoïdes. Ce fait cependant paraîtra moins inattendu, si l’on se rappelle que des cristaux d’hématoïdine, des granules de pigment, peuvent se rencontrer dans la cavité de cellules parfaitement closes, et qu’on est conduit, d’ailleurs, dans bien des cas au moins, à considérer comme ayant préexisté à la formation de ces granules de pigment ou de ces cristaux hématoïdiques qu’elles renferment. (Virchow, Die pathol . pigmente , Arch., I. B., 1847. — Idem, Bd. IV, 1852. — Rokitansky, t. I, p. 199 et 209.)

2° Un examen ultérieur et attentif des kystes hydatiques pris dans diverses régions, nous a permis de constater qu’il existait des échinocoques ou des débris d’échinocoques dans toutes les tumeurs hydatiques, à l’exception de celles qui présentaient un pédicule. Faut-il admettre que dans ces dernières tumeurs les échinocoques aient existé à une certaine époque et qu’ils aient été par la suite détruits au point de ne plus laisser de vestiges? Nous ne le croyons pas. En effet, toutes les tumeurs pédiculées où les échinocoques faisaient défaut, renfermaient cependant des membranes hydatiques parfaite-

KYSTES IIYDATIQI'ES

ment reconnaissables. Or, l’on sait que les crochets des échinocoques, dans les tumeurs hydatiques transformées, persistent plus longtemps que ne le font les membranes des hydatides. 11 faut donc admettre que, dans nos tumeurs pédiculées, les échinocoques ne se sont jamais développés. D’ailleurs, la présence ou l’absence de ces petits helminthes n’indique pas une différence essentielle dans la nature des hydatides ; car on voit quelquefois dans un même kyste, certaines vésicules hydatiques renfermer des échinocoques, tandis que d’autres en sont complètement privées ; et l’on ne peut pas toujours, en pareil cas, invoquer, pour se rendre compte d’une telle différence, l’altération ou l’ancienneté des vésicules. Il n'v a donc pas lieu de considérer les hydatides contenues dans les kystes pédiculés comme différant essentiellement des autres, par ce seul fait qu’elles étaient dépourvues d’échinocoques.

L’absence des échinocoques, dans le cas qui nous occupe, s’explique peut-être parla situation même des hydatides dans un kyste suspendu à un long et fort mince pédicule. Un tel kyste ne peut, en effet, recevoir qu’une faible quantité de sang ; et les hydatides s’v trouvent sans doute dans des conditions peu favorables à leur développement. Quoi qu’il en soit, l’organe et le tissu dans lesquels se développe une hydatide, paraissent avoir une influence très réelle sur la génération des échinocoques. Et, pour citer un exemple, on ne rencontre que rarement, et peut-être même jamais, ces cestoïdes dans les hydatides qui se développent au sein du tissu musculaire. Un l'ait en apparence contraire à cette proposition, rapporté dernièrement dans la Gazette des hôpitaux, ne l’infirme point cependant, car il est facile de voir, d’après la description que l’on a donnée dans cette observation de l’échinocoque solitaire et gros comme une tête d'épingle, qu’il s’agissait là du corps d’un cyslicerque ladrique dont la vésicule aura été prise pour une hydatide.

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Les kystes hydatiques pédiculés s’observent sans doute rarement, soit chez l’homme, soit chez les animaux. Nous n’en connaissons pas, pour notre compte, d’exemple bien authentique en dehors de celui que nous rapportons. Mais l’on a rencontré, sur quelques animaux, des vers appartenant à un autre genre que les hydatides renfermés dans des kystes suspendus par un pédicule ; c’est ainsi que M. Dujardin a observé plusieurs fois de jeunes spiroptères contenus dans de petits kystes pédiculés appendus à la surface externe de 1 intestin de la taupe. Hetterer a rencontré également des spiroptères logés dans des protubérances de la surface de l’estomac du coq (During, Systema helminthum, t. 11, 217). Tels sont les seuls exemples de kystes vermineux pédiculés que nous ayons pu recueillir.

Il n’est pas rare de rencontrer chez le cheval, à la surface du péritoine, de petits corps d’une nature particulière, et sur lesquels MM. Goubaux et Robin ont consigné quelques observations dans nos Comptes rendus (1856). Ces corps sont, comme on sait, coiffés par le péritoine. Ils sont suspendus par un pédicule qui se forme très probablement par 1 effet des tiraillements fréquents qu’ils subissent, développés qu ils sont sur des parties plus ou moins mobiles ou douées de mouvements propres ; peut-être est-il permis d’expliquer par un mécanisme analogue la formation du pédicule dans les kystes hydatiques que nous avons décrits. Or les observations de MM. Goubeaux et Robin ont fait voir que le pédicule des corps péritonéaux du cheval se rompent fréquemment et que, devenus libres, ces corps flottent dans la cavité du péritoine, généralement du reste sans y provoquer d’accidents. Pareille chose pourrait arriver sans doute à des kystes hydatiques, suspendus comme l’étaient quelques-uns des nôtres par des pédicules, longs de plusieurs centimètres, et dont le diamètre ne dépassait pas celui d’un crin de cheval.

KYSTES HYDATIQUES

Des kystes hydatiques ainsi devenus libres dans le péritoine, par suite de la rupture de leur pédicule ne devraient pas être confondus avec les hydatides qui se développent quelquefois dans les cavités même des membranes séreuses, non plus qu’avec celles qui parviennent assez fréquemment dans ses cavités, par suite de la rupture d’une poche située dans le voisinage. Voici d ailleurs quelques remarques qui pourraient prévenir toute confusion: les hydatides libres qui existent soit chez 1 homme, soit chez les animaux, dans la cavité des membranes séreuses, et qui paraissent s’y être développées primitivement, n’ont jamais été rencontrées, chose d’ailleurs assez singulière, dans la cavité du péritoine ; c’est dans la plèvre, dans la cavité de l’arachnoïde ou dans celles des ventricules cérébraux qu’elles ont été signalées, et les kystes pédiculés dont notre observation offre un exemple exceptionnel appartenaient au péritoine. De plus, les hydatides libres des membranes séreuses ne sont pas enveloppées dans un kyste ; elle sont à nu dans la membrane séreuse qui les renferme et qui paraît leur en tenir lieu. Les kystes pédiculés, au contraire, devraient conserver, ce nous semble, leur enveloppe kystique même après la rupture de leur pédicule. Pour ce qui est des hydatides qui parviennent dans la cavité péritonéale par suite de la rupture d’un kyste voisin, on remonterait toujours aisément à leur origine, en raison surtout des traces que cette rupture laisse toujours après elle et des désordres graves, bientôt suivis d’une mort rapide, qui signalent constamment un pareil accident.

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