VOMISSEMENTS : CRISTAUX DE TAURINE
rante de la bile, fait qui s’observe très souvent dans le cas où ce parasite s’est développé dans la cavité stomacale (V. Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1853, in-8°, pl. 13) ; 5° le reste de la masse est composé entièrement de cristaux, tous à surface un peu rugueuse, bien qu’à arêtes nettement déterminées. Ils sont tous également teintés en brun verdâtre ou jaune sale. La plupart de ces cristaux sont des prismes rectangulaires, en aiguilles ou en lamelles. Les prismes sont terminés par des sommets à quatre ou à six pans ; eux-mêmes sont à quatre ou à six faces. Leurs décroissements montrent qu’ils dérivent du prisme rhomboïdal ou rectangulaire droit. Quelques lamelles rectangulaires ou hexagonales, avec deux grandes arêtes prédominantes, ont près d’un dixième de millimètre de long. Un certain nombre également sont remarquables par leur forme régulièrement ou presque régulièrement hexagonale, mais elles sont plus petites que les précédentes. Elles sont moins épaisses et moins régulières que celles de la cystine ; elles ont en effet assez souvent deux côtés plus grands que les quatre autres. Elles réfractent moins fortement la lumière que la cystine. Ces cristaux ne se dissolvaient pas dans l’alcool anhydre. Ils se dissolvaient, mais lentement, dans l’eau bouillante. L’acide sulfurique les dissout en se teintant légèrement de brun ; il les laissait déposer à mesure qu’il absorbait l’humidité de l’air, et alors tous prenaient la forme hexagonale, avec des stries parallèles aux arêtes et concentriques autour d'une dépression centrale de la lamelle hexagonale. L’acide nitrique est, de tous les réactifs, celui qui dissolvait le plus facilement ces cristaux, même lorsqu’il était étendu. La forme de ces cristaux et leurs réactions rapprochent ce principe de la taurine, et nul autre corps connu ne représente le même ensemble de caractères. Or, comme il existait des matières biliaires dans l’estomac en grande quantité, et comme le choléate de soude, au contact
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de la potasse ou de l’acide chlorj'drique, se dédouble en taurine qui en retient tout le soufre, et en acides choloïdique ou cholalique , il ne serait pas impossible que ces principes, qui n’existent pas normalement dans l’économie, se formassent dans quelques conditions accidentelles au contact du suc gastrique, entraînant, comme les réactifs précédents, un dédoublement de choléate de soude ou taurocholale de soude.
Sur un cas de rétrécissement organique de l’anneau py lorique. — Atrophie du foie *.
Observation. — Vomissements alimentaires , puis vomissements dune matière noirâtre. — Conlispation. — Amaigrissement. — E pig as tr algie. — Gargouillement stomacal. — GE dème des membres inférieurs. — Ascite. — Diarrhée. — Muguet. — Marasme. Mort. Autopsie. — Sérosité abondante dans la cavité abdominale. — Adhérences de la région pylorique de la face inférieure du foie. — Rétrécissement organique du pylore. — Rétrécissements non- organiques du côlon transverse , du côlon descendant et de l'S iliaque.
Un homme âgé de 54 ans (salle Saint-Michel, n° 1, service de M. Rayer, hôpital de la Charité), s’était toujours bien porté et n’avait jamais fait d'excès alcooliques, lorsque, il y a dix-huit mois environ, il commença à éprouver habituellement des vomissements qui survenaient environ deux heures après le repas du soir. Ces vomissements ne furent d’abord composés que de matières alimentaires nageant dans une quantité variable de mucus visqueux ; mais il y a un an, se manifestèrent pour la première fois des vomissements d’une matière noirâtre, analogues à de la suie , qui se reproduisirent par la suite deux ou trois fois encore avec le même caractère.
Depuis ce temps, les matières rejetées sont toutes composées
1. Extrait des Comptes rendus de la Société de biologie , 1851, p. 103.
MALADIES DE L’ESTOMAC
d’un mucus visqueux incolore contenant les aliments, tantôt d une substance ayant une coloration café au lait ou même chocolat.
Dès le début de la maladie, la constipation est opiniâtre, et le malade ne peut aller à la selle qu’à l’aide de lavements. L’amaigrissement et la perle des forces ne tardent pas à se montrer à un haut degré. De vives douleurs, dont le siège principal est la région de l’estomac, mais qui s’irradient dans tout l’abdomen, se montrent principalement avant et pendant les vomissements; mais elles ne cessent jamais complètement d’exister et sont exaspérées par la pression.
L’abdomen est habituellement volumineux ; tantôt il est mat à la percussion dans la plus grande partie de son étendue, et, dans ce cas, la palpation fait reconnaître au niveau de la région de l’estomac un gargouillement stomacal très prononcé, que le malade perçoit d’ailleurs parfaitement quand il s’agite, et qu’on peut alors entendre à distance ; d’autres fois, au contraire, la plus grande partie de l’abdomen est sonore, et alors, le gargouillement n’est plus perçu. Le premier phénomène est surtout évident quand les vomissements ne se sont pas montrés depuis deux ou trois jours, et le malade prévoit alors qu’ils vont bientôt se déclarer ; le deuxième se montre, au contraire, quand ils viennent d’être abondants. Il existe enfin quelquefois un état de l’abdomen intermédiaire aux précédents; dans ce dernier cas, l’hypochondre gauche est très sonore, ainsi que la partie supérieure delà région épigastrique. La région ombilicale au contraire, ainsi que le flanc gauche, sont mats et résistent au doigt qui percute. Cette matité se limite en bas par une ligne courbe à grand rayon, dont la concavité regarde en haut. Supérieurement, la limite de la matité se fait par une ligne horizontale, quand le malade est assis ; plus ou moins oblique, quand il est couché sur un des côtés du corps. Celle zone mate permet de déterminer d’autant mieux la limite inférieure de l’estomac que les intestins sont plus sonores ; quand iis sont, au contraire, remplis de matières et mats eux-mèmes, la palpation fait encore souvent reconnaître à la partie moyenne de l’abdomen une tumeur molle et fluctuante, terminée du côté de
l’ombilic par un bord convexe. Jamais la palpation n’a permis de distinguer l’existence d’une tumeur dure dans l’abdomen.
Malgré la distension habituelle de l’abdomen, le bord supérieur du foie ne remonte pas plus haut que cela n’a lieu dans l’état normal ; son bord inférieur ne peut être reconnu par la percussion, car un son intestinal des plus évidents, occupant la plus grande parlie de l'hypochondre droit, démontre qu’une anse d’intestin, appartenant, selon toute probabilité, au côlon, est interposée entre les parois thoraciques et la partie inférieure delà face antérieure du foie.
Le premier de ces faits, c’est-à-dire le siège normal du bord supérieur du foie, porte à penser que la glande hépatique a diminué de volume ; car l’auscultation et la percussion ne démontrant rien d anormal dans la cavité pleurale droite, il est clair que le foie, en le supposant d’un volume normal, n’eût pas manqué de remonter dans le thorax, en même temps que le diaphragme, par suite de la distension habituelle des viscères intestinaux et en conséquence, son bord supérieur se fut rapproché de la clavicule.
Les urines n ont jamais présenté d’altérations, ni en particulier la coloration rouge foncée propre à la cirrhose.
Deux mois environ avant la mort du malade, de l’oedème se manifeste aux membres inférieurs, et bientôt après, il y a ascite.
L épanchement de sérosité dans l’abdomen ne larde pas à devenir considérable, et, chose à noter, les vomissements cessent alors complètement d exister ; ils n’ont pas paru une seule fois pendant le dernier mois de la vie.
L’estomac bientôt, on le conçoit, ne peut plus être exploré, et le malade assure ne plus pouvoir produire le gargouillement stomacal qu il provoquait autrefois si facilement en s’agitant dans son lit.
La constipation fait bientôt place à une diarrhée habituelle. Le malade, qui prenait encore quelques aliments liquides, les refuse complètement. Les bras, le tronc et la face s’amaigrissent à un degre extrême ; ce qui contraste avec l’état de l’abdomen et des membres inférieurs, qui sont extrêmement distendus par la séro- Charcot. Œuvr. compl. T. viii, 4« partie : Estomac. Rate.
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site. La langue, qui était restée longtemps naturelle, devient très rouge ; il en est de même des parois buccales, qui se couvrent de plaques blanches de muguet. Bien que les vomissements aient cessé, comme nous l’avons dit, les douleurs épigastriques paraissent incessantes et sont très violentes.
Tels sont les phénomènes éprouvés par notre malade pendant les trois dernières semaines de sa vie.
La mort arrive le 3 septembre 1831. Le marasme était considérable; le délire ne s’était jamais montré.
En raison de ces faits, le diagnostic avait été établi de la manière suivante :
1° Obstacle au cours des matières ingérées, siégeant à la région pylorique et consistant 'probablement en une tumeur carcinomateuse ; la nature des vomissements conduirait à cette dernière idée, bien qu’on n’ignorât pas les faits assez nombreux de vomissements bruns en l'absence de tumeurs ou d’ulcérations cancéreuses de l’estomac, et en particulier celui qui a été décrit avec soin par M. Andral ( Clinique médicale , t. II, obs. Y) ;
2° Ampliation de l’estomac, démontrée par la palpation, la percussion, la succussion, etc. (Piorry, Atlas de percussion, pl. 27, p. 59, et Alios, Procédé opératoire ; Duplav, Mémoire sur l'ampliation morbide de l'estomac, Arch. gén. de médec ., p. 549 et 550, 1833, et Andral, obs. cit.) ;
3° Diminution du volume du foie, constatée par la percussion, qui démontre que le bord supérieur de cet organe ne s’est pas élevé dans le thorax, malgré la distension de 1 abdomen;
4° Obstacle au cours du sang dans le foie, et peut-être aussi
dans la veine cave inférieure, par suite de l’extension de la tumeur supposée du côté de ce vaisseau. Il n’existait pas, d’ailleurs, de caractères de la coagulation spontanée du sang dans les veines iliaques, et d’un autre côté, le cœur, de volume normal, ne présentait à 1 auscultation autre chose qu’un souffle doux au premier temps, maximum à la base.
Le traitement ne pouvait être que palliatif (charbon végétal, opium, etc.).
Autopsie. L’ouverture de la cavité abdominale donne issue à une grande quantité de sérosité limpide, mais il en reste encore, après cette opération, une quantité considérable, et ce liquide recouvre complètement les viscères abdominaux, à l’exception : 1° du côlon ascendant ; 2° d’une partie du côlon transverse, qui remonte, sous forme d’anse, en avant du foie; 3° d’une petite partie de la face antérieure de l’estomac. Ces différents organes surnagent; tous les autres sont comprimés et comme submergés par le liquide.
L estomac n’a pas l’étendue qu’on lui avait attribuée pendant la vie; mais il est aplati, replié sur lui-même, comme s’il eut dû céder à la pression exercée par le liquide. Toutefois, la grande côurbure arrive à un pouce environ de l’ombilic. La région pylonque de ce viscère adhère intimement à la face inférieure du foie par des adhérences qui paraissent de très vieille date ; il en est de même de l’origine de la première partie du duodénum, dans l’étendue d’un pouce environ.
Au niveau du pylore existe un étranglement étroit, analogue à celui qui peut être produit par une mince corde. Disons d’avance que ce rétrécissement est organique, c’est-cà-dire que la distension produite à l’intérieur des viscères par les tentatives d’introduction de l’index, dirigée de la cavité stomacale vers le duodénum, ne le font pas cesser à l’endroit du rétrécissement. La tunique péritonéale est d’un blanc opaque et comme froncée. La deuxième et la troisième partie du duodénum occupent leur position habituelle ; leur calibre a notablement diminué. Il en est de même de
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l inlestin grêle dans toute son étendue. Le colon ascendant est très volumineux, distendu par des gaz et des liquides; il surnageait, comme nous l’avons dit, avant l’issue de la sérosité abdominale. Mais au moment de devenir côlon transverse, il oflre un rétrécissement considérable dans l’étendue de trois pouces environ. Ce rétrécissement n’est pas organique, c’est-à-dire qu’il cède parla dilatation de l’intestin. Au-dessus de ce rétrécissement, on voit une anse de côlon dilaté, pleine de liquide et de gaz, qui se porte en avant de la face antérieure du foie, et de là descend vers l’ombilic pour se porter sous la face postérieure de l’estomac. En ce point, un nouveau rétrécissement se manifeste, lequel occupe la moitié gauche du côlon transverse et tout le côlon descendant. Ce rétrécissement cède par la distension exercée de dedans en dehors. L 'intestin toutefois n’acquiert pas, malgré cette distension artificielle, le même calibre que les parties naturellement dilatées. Au commencement de l’S iliaque, nouvelle dilatation sous forme d’ampoule, puis nouveau rétrécissement; nouvelle ampoule, située dans la fosse iliaque droite, sous le cæcum, qui est repoussée un peu en haut, et enfin vient le rectum, d un diamètre à peu près normal.
Nous aurons à nous expliquer plus tard sur la cause de cette série de dilatations et de rétrécissements; disons tout de suite que les parties dilatées renfermaient un semi-liquide jaunâtre, des matières fécales assez bien formées, en un mot. Les parties contractées étaient vides, et la muqueuse était simplement recouverte de mucus visqueux.
Les tuniques de l’estomac étaient, d’une matière généiale, hypertrophiées. La cavité, qui est double de capacité à peu près, renferme un peu de mucus visqueux et quelques matières alimentaires. La muqueuse est généralement pâle, mais elle offie çà et là un pointillé grisâtre, manifeste surtout et confluent au voisinage du pylore. Au niveau du rétrécissement, la muqueuse devient brusquement très mince.
La tunique musculeuse est très épaissie(elle a environ 0,002 3
en épaisseur). Les fibres qui la constituent sont pâles, mais tiôs apparentes ; elles ne forment pas au niveau du rétrécissement
une sorte d’anneau ou valvule ; au contraire, elles se terminent en s’amincissant.
Le tissu cellulaire sous-muqueux, épaissi dans toute l’étendue des parois stomacales, s’amincit lui-même considérablement, au niveau du rétrécissement.
Avant d’inciser la partie rétrécie, on constate qu’elle admet tout au plus l’extrémité de l’ongle du petit doigt. Un gros tuyau de plume y entre avec frottement. L’incision ayant été pratiquée, le diamètre au niveau du point rétréci est de 2 cent. 1/2 seulement. Sur 3 estomacs provenant d’individus morts de diverses maladies, nous avons constaté que le diamètre de l’estomac, au niveau de la valvule pylorique, variait de 5 cent. 1/2 à 6 centimètres. L’index passait dans ces cas très facilement à travers l’anneau pylorique.
Au niveau du rétrécissement, la muqueuse, comme nous l’avons dit, s’amincit brusquement ; elle conserve ce caractère dans toute l’étendue de la première partie du duodénum; la celluleuse était également amincie et un peu froncée ; quant à la musculeuse, elle avait complètement disparu, et à peine trouvait-on, au niveau du point rétréci, dans toute l’étendue de la première portion du duodénum, quelques fibres pâles, mélangées de graisse.
Le péritoine avait l’opacité et l’épaisseur que nous avons signalées.
La coarctation de l' anneau pylorique n’étant pas due à l’bypertrophie des tuniques musculeuse ou celluleuse, il fallait en chercher la cause ailleurs. Peut-être avait-il existé autrefois, au niveau de la région du pylore, une ulcération de la membrane muqueuse dont la cicatrice vicieuse pouvait, jusqu’à un certain point, expliquer le froncement qu’on voit non dans la membrane muqueuse elle-même il est vrai, mais dans la cellule sous-jacente. L’examen de la membrane muqueuse dans sa structure intime pouvait, à ce qu’il nous semble, décider seule la question. Eh bien ! sur le versant stomacal du rétrécissement, une tranche mince, provenant d’une coupe faite perpendiculairement à la surface de la muqueuse et examinée au microscope, présentait les tubes en cul-
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de-sac juxtaposés ; sur le versant duodénal, au contraire, la même opération faisait reconnaître dans la membrane interne de l’intestin les glandes acineuses de Brunner. La membrane muqueuse était donc représentée là par ses principaux éléments. On ne pouvait donc pas invoquer comme cause productrice du rétrécissement l’existence d’un tissu cicatriciel.
Ce n’est qu’avec peine que la région pylorique de l’estomac et que le commencement du duodénum ont pu être séparés par la dissection de la face inférieure du foie, à cause des adhérences intimes que nous avons signalées. Les canaux biliaires et pancréatiques s’ouvraient, comme d’habitude, dans le duodénum et étaient complètement libres.
Le foie avait à peu près la moitié de son volume habituel ; sa coloration était à peu près normale. La trame celluleuse n’y était pas hypertrophiée et il n’y existait pas de déformation. Son tissu était un peu friable, et il était imprégné d’une assez grande quantité de sang. L’examen microscopique qui en a été fait par M. Rayer a démontré qu’il y existait beaucoup moins de graisse que dans l’état normal. — Les autres viscères n’ont présenté rien de bien remarquable. Il n’y avait pas de tubercules dans les poumons. Le cœur était parfaitement sain. Il n’y avait pas de caillots dans les principales veines des membres inférieurs et de l’abdomen.
Remarques. — Nous ferons, au sujet de l’observation abrégée que nous venons de relater, les remarques suivantes :
1° Le rétrécissement pylorique dont il est ici question est un fait exceptionnel, à ce qu’il nous a semblé du moins. Dans le remarquable mémoire de M. Duplay, on trouve rassemblé un grand nombre de faits d’ampliation de l’estomac, avec rétrécissement du pylore; mais dans tous ces cas, quand il n’existait pas de tumeur cancéreuse, la tunique celluleuse était hypertrophiée. Dans l’observation qui nous est propre, toutes les tuniques constituant les parois de l’oriüce pylorique sont au con-
traire atrophiées. On trouve bien encore, dans le mémoire de M. Duplay, des cas d’ampliation de l'estomac dans lesquels la tunique musculaire s’était partiellement atrophiée (Obs. I, loc. cit., et Andral, Clin, méd ., obs. cit .) ; mais celte atrophie portait alors sur une étendue plus ou moins considérable de cette tunique, au voisinage du pylore. Dans notre observation, l’atrophie commence immédiatement au niveau du rétrécissement, et se retrouve seulement dans la plus grande partie de la première portion du duodénum. D’ailleurs, dans tous ces cas d’ampliation d’estomac, avec atrophie des fibres musculaires, le diamètre de l'orifice py torique était resté normal. Il en est de même de l’observation rapportée par M. Duplay, dans laquelle l’ampliation de l’estomac coïncidait avec une adhérence intime de sa région pylorique avec la face inférieure du foie. Sans doute, dans le cas qui nous occupe, comme dans YObs. I du mémoire deM. Duplay, les adhérences qui existaient entre l’estomac, le duodénum et la glande hépatique devaient gêner singulièrement le passage des matières de l’estomac dans le duodénum, acte dans lequel les fibres musculaires longitudinales du duodénum jouent un si grand rôle (Magendie, Tr. de Physiol., t. II, p. 109) ; et, par suite, l’ampliation de l’estomac avait pu se produire, Mais le rétrécissement ne nous semble pas alors suffisamment expliqué, puisque, dans des circonstances à peu près analogues, l’orifice pylorique a pu être rencontré de diamètre normal ou même dilaté.
Il ne nous reste plus, dès lors, si nous voulons absolument une explication, qu’à invoquer le retrait qui succède à l’organisation des fausses membranes; nous admettrons, dès lors, une péritonite antérieure, de très ancienne date, et circonscrite au voisinage du pylore; les adhérences que nous avons signalées entre l’estomac et le duodénum d’un côté et le foie de l’autre, nous autorisent d'ailleurs à faire cette supposition. L’anatomie intime de la membrane muqueuse, au niveau du
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pylore, nous a déjà, fait rejeter l’idée d’une cicatrice vicieuse due à la réparation d’une ulcération de la membrane muqueuse dont on aurait pu aussi supposer l’existence. Il est bien reconnu aujourd’hui, à ce que je crois, par les anatomopathologistes, que la muqueuse, quand elle se répare, ne récupère pas tous ses éléments, ses éléments glandulaires surtout. M. (jluge a vu les villosités reparaître plus ou moins complètement dans la cicatrisation des ulcères typhoïdes (Gluge, Atlas d anat. pathol. ) 5 les glandes de Lieberkuhnn ne s’étaient pas reproduites.
2° De Ilaën s’est beaucoup préoccupé des rétrécissements que nous avons nommés ici non organiques , et il en a fait figurer une quinzaine de cas [Ratio Medendi , t. VII. Paris, 1776, p. 246;. Il ne s’explique pas suffisamment sur la cause anatomique ou physiologique de ces rétrécissements auxquels il attribue une grande part dans la production des symptômes observés pendant la vie ; il les a rencontrés, d’ailleurs, dans des maladies très diverses et dans lesquelles les viscères intestinaux ne paraissent pas avoir été autrement intéressés. Pour nous, nous ne faisons que signaler le fait en passant; est-ce un phénomène cadavérique ou un phénomène des derniers temps de la vie? quelle est son importance et sa signification? M. Andral s’est depuis longtemps posé ces questions ; il est porté à penser qu’il est « des malades qui présentent un certain ensemble de symptômes qu’il serait porté a expliquer par une contraction spasmodique, soit durable, soit passagère, d’un tube digestif » [Précis d'anat., path., t. II, p. 121). Copland, d’un autre côté, assigne des phénomènes particuliers au spasme des intestins, et Mays [Outlines of human Pathology, London, 1836, p. 351) en rapporte une observation qui paraît concluante. Nous n’avons observé chez notre malade aucun phénomène particulier qu’on pût rattacher à ces rétrécissements multiples des intestins.
RUPTURE DE LA RATE
Rupture de la rate chez un fœtus L
Observation. — Une fille de 23 ans, d’une bonne constitution, entre à l’hôpital de la Pitié, le 22 juin 1858, dans le service dont M. le Dr Charcot est chargé par intérim, salle des accouchements. Cette fille se dit grosse de huit mois ; elle assure n’avoir jamais été malade, et, en particulier, elle n’aurait jamais eu ni écoulements, ni chancres aux parties, ni taches sur la peau. Elle ne peut donner aucun renseignement valable concernant l’état de santé du père de son enfant.
La grossesse n’a été marquée par aucun incident, si ce n’est qu’il y a un mois, une chute assez violente a eu lieu. La fille X... marchait sur un terrain glissant ; elle fit un faux pas et tomba assez rudement pour qu’il s’en suivît une perte de connaissance; cependant, elle en fut quitte pour une bosse sanguine, assez volumineuse, siégeant à la tête, et un sentiment de courbature qui a persisté pendant deux ou trois jours.
Dix jours après ce premier accident, nouvelle chute. Cette fois, ce n’est plus la tête, mais bien le côté droit du corps qui aurait porté. Cette nouvelle chute n’a été immédiatement suivie d’aucun incident fâcheux ; elle n’a pas été très violente et n’a produit ni écorchures ni ecchymoses, ni sentiment de courbature. Il paraîtrait que, à partir de l’époque où la première chute a eu lieu, les
1. Extrait des Comptes-rendus de la Société de biologie, 1858, p. 116.
RUPTURE DE La RATE
mouvements du fœtus sont devenus habituellement moins énergiques qu’ils ne l’étaient auparavant.
Le 24 juin (huitième mois de la grossesse, au dire de la fille X...) se manifestèrent, vers sept heures et demie du matin, les premières douleurs. L'enfant vient par la tête. L’accouchement s’opère naturellement et se termine à midi, sans avoir nécessité aucune manœuvre.
L'enfant donne à peine quelques signes de vie. On parvient cependant à le ranimer ; mais, au bout d’une demi-heure, il succombe. On remarque immédiatement après la naissance qu’il présente sur le flanc gauche et la région supérieure de la cuisse du même côté, une large ecchymose violacée; on remarque aussi que son abdomen est très volumineux.
Autopsie. — Caractères d’un fœtus âgé d’un peu moins de huit mois. Le tégument externe présente de nombreuses bulles de pemphigus. De ces bulles, les unes siègent sur la face, sur la paupière supérieure gauche, principalement au pourtour des ailes du nez ; d’autres sont disséminés sur différents points de la surface du corps; mais c’est aux pieds et aux mains qu’elles siègent en plus grand nombre. Quelques-unes de ces bulles se sont crevées et laissent voir àla surface de la peau une petite ulcération; d’autres sont encore remplies d’un liquide qui, sur quelques-unes, a l’aspect séro-purulent.
L 'abdomen est très volumineux ; le cordon est œdématié. On remarque sur la partie latérale gauche de l’abdomen, et se prolongeant sur la hanche, une large ecchymose de couleur lie de vin. Par la dissection du tégument externe, on s’assure que l’infiltration sanguine ne pénètre pas, au moins à la hanche, au-delà du tissu cellulaire sous-cutané; sur l’abdomen, on remarque qu’elle s’étend jusque dans l’épaisseur du muscle grand oblique.
Thorax. Thymus sain. — Poumons uniformément remplis d’air, parfaitement sains. — Le cosur ne présente aucune altération.
Abdomen. — La cavité du péritoine est remplie d’une quantité assez considérable de sang noir, en grande partie coagulé (20 a 25 grammes environ). C’est surtout à gauche, au voisinage de la
RUPTURE DE LA RATE
rate, que le caillot est surtout volumineux. Une certaine quantité de sang liquide a pénétré dans la tunique vaginale droite où le testicule n’est pas encore descendu.
La rate est volumineuse, de consistance normale. En examinant sa face interne, on y remarque, un peu en avant du hile, une sorte de fente ou fissure dirigée dans le sens du grand axe, et qui présente environ 3 centimètres de long. Cette fente pénètre d’ailleurs assez peu profondément dans l’épaisseur du tissu splénique, qui paraît sain au voisinage. En écartant les bords de cette fente, on voit s’y prolonger et y adhérer les caillots qui remplissaient la partie gauche de l’abdomen.
La membrane péritonéale ne présente sur aucun point de traces d’inflammation.
Le foie est très volumineux. Il n'est pas altéré, mais manifestement exsangue. — Les reins sont sains.
Le sang dont l’abdomen était rempli, chez ce fœtus, provenait de la rate ; cela nous paraît peu contestable. Mais quelle a été la cause de la rupture de la capsule et du parenchyme spléniques, point de départ de l’hémorragie? Si l’on remarque que le tissu de la rate et de sa capsule était parfaitement sain, même au voisinage de la déchirure, et si l’on tient compte, en outre, de 1 ecchymose qui existait dans l’épaisseur du tégument externe de l’hypochondre gauche, il semblera naturel d admettre que c’est à une violence extérieure qu’il convient de
rapporter toutes ces lésions. Cette violence, le fœtus n’aurait pu 1 éprouver que pendant la vie intra-utérine ou dans le travail même de l’accouchement, puisque, suivant un rapport digne de foi, l’enfant présentait déjà l’ecchymose et la tuméfaction de l’abdomen, au moment de la naissance. Or, nous savons que le fœtus s’est présenté par la tête, et que l’accouchement a été facile et n’a nécessité aucune manœuvre. Pour expliquer les lésions, il ne restait donc plus qu’à invoquer l’une ou l’autre des chutes éprouvées pendant la grossesse, et
RUPTURE DE LÀ RATE
dont la fille X... a donné l’histoire. Mais ici se présente une difficulté qui ne nous paraît pas pouvoir être résolue. La première chute a eu lieu il y a un mois environ, et la deuxième, qui a été peu violente, il y a quinze jours au moins. Si ces chutes ont été la cause de la rupture de la rate et de l’ecchymose, celles-ci ont dû suivre immédiatement l’accident.
Dans cette hypothèse, le sang infiltré dans le tissu cellulaire sous-cutané et le caillot renfermé dans la cavité du péritoine auraient dû présenter les caractères qui distinguent les épanchements sanguins datant de plus de quinze jours ; or, cela n’existait pas, ainsi qu’on l’a fait remarquer expressément dans l’observation. Ajoutons que la face interne du péritoine ne présentait aucun signe de phlegmasie, aucune trace de formation pseudo-membraneuse, comme cela aurait eu lieu presque infailliblement, dans le cas où l’épanchement péritonéal aurait remonté à une époque éloignée. Il y a donc entre les circonstances de l'observation et les faits consignés dans la relation microscopique un désaccord frappant, et que nous nous bornons à signaler, dans l’impossibilité où nous sommes d’en pénétrer la cause.
DYSSENTÉHIE
Recherches anatomo-pathologiques sur la dyssentérie 1 .
Dans la dyssentérie, l’appareil glandulaire du côlon se détache des parties sous-jacentes, par suite d’un travail d’élimination analogue à celui qui se produit au voisinage des eschares. Les follicules clos s’isolent peu à peu et tombent dans la cavité intestinale, laissant en leur place des cavités plus ou moins profondes ; les follicules de Lieberkuhn restent accolés en nombre plus ou moins considérable, et constituent en très grande partie les lambeaux membraneux qui se détachent de la tunique celluleuse, par exfoliation. Ces lambeaux de membrane muqueuse ont été souvent considérés comme des fausses membranes, mais l’examen le plus simple permet d’y reconnaître la structure des glandules en cul-de-sac du côlon. Ces résultats concordent de tout point avec ceux qui ont été exposés par le docteur Baly dans ses Galtsonicin Lectures , publiées dans la Gazette médicale de Londres , pour 1847. Mais, ci l’époque où il poursuivait' ses recherches (1830), M. Charcot n’avait pas eu connaissance du travail de M. Baly. (Extrait de \' Exposé de titres de M. Charcot, p. 168, Paris, 1883.)