‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 3)Chapitre 68 sur 101 · THÈSE D'AGRÉGATION · texte numérisé non relu

THÈSE D'AGRÉGATION

Entreprendre l’histoire de l’expectation en médecine, ce serait vouloir passer en revue les divers systèmes qui ont tour cà tour dominé les esprits, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, et apprécier l’influence que ces systèmes ont eue sur la pratique de 1 art. Un semblable sujet est, sans contredit, bien fait pour passionner. Mais il eût fallu, rien que pour l’ébaucher, entreprendre des recherches bien plus approfondies que celles auxquelles nous avons dû nous restreindre pour la rédaction de ce travail. Cette étude, en supposant qu’elle ne se fût pas montrée supérieure à nos forces, nous eût conduit à rechercher d abord quelles sont les différentes manières dont on a envisagé cette propriété, en vertu de laquelle l’organisme, un moment ébranlé par la maladie, retourne spontanément à cet état d’équilibre qui constitue la santé. C’est en effet l’extension hypothétique qu’ils ont donnée à cette propriété, qui a jeté certains médecins dans un système d’expectation qu’on a stigmatisé en l’appelant une contemplation de la mort. Il est clair que si, par un jeu de l’imagination, on ennoblit la nature medicatnce, que si on la détache du corps, que si l’on en lait un archée, ou encore à l’exemple de Stah.1, un des attributs de

1. Thèse de concours pour l’agrégation, culte de médecine, le 17 avril 1857.

présentée et soutenue à la Fa-

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THÉRAPEUTIQUE

l’âme, on sera, quoi qu’on fasse, conduit trop souvent à respecter les manifestations de sa puissance, et l’on s’abstiendra alors qu’il faudrait agir.

C’est ainsi qu’en s’abandonnant aux aspirations transcendantes vers la connaissance de la nature intime des maladies, on aboutit à des hypothèses qui ont sur la pratique le plus fâcheux retentissement. Est-ce à dire qu’il faille rejeter, comme dangereuse et erronée, cette idée de force médicatrice? Non, sans doute. L’observation journalière démontre que l’économie animale se suffit très souvent à elle-même pour réparer les désordres qui lui adviennent et pour se rétablir dans l’exercice régulier de ses fonctions ; elle démontre aussi que, dans maintes circonstances, la santé ne se rétablit qu’avec le secours des agents thérapeutiques sagement appliqués. Or, dans l’un et l’autre cas, n’est-ce pas toujours, en somme, l’organisme qui fait les frais de la guérison? C’est à ce double fait d’observation que répond l’idée de force médicatrice, sorte d’a; algébrique, comme disait Requin, qui représente une ou plusieurs causes inconnues, en vertu desquelles l’économie tend à revenir de l’état de maladie à l’état de santé h

En détachant ce qu’ils appelaient la nature de l’organisme, les naturistes ont donc outrepassé les limites de l'observation, et cette vue spéculative qui perce dans le langage du père de la médecine contenait déjà en germe les exagérations dont le stahlianisme s’est rendu coupable. Toutefois, il serait injuste de ne pas reconnaître l’heureuse influence qu’ont eue sur les progrès de l’art les travaux de ces médecins voués, pour ainsi dire, au culte de l’observation pure, et que Bordeu 2 compare

1. Hoiïmann avait déjà dit avec raison : « Quisque itaque clarissime perspiciet, ad motuum æconomiam, qui vitam et sanitatem tuentur, et morbos etiam depellunt, minime necessarium esse concursum enlis cujusdam, quod nolitia, perccptione, multo minus quod directione gaudeat. » (Ho/fmanni opéra, t. VI, p. 256. )

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