‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 4)Chapitre 16 sur 73 · CAUSES DE LIIÉMIOPIE LATÉRALE · texte numérisé non relu

CAUSES DE LIIÉMIOPIE LATÉRALE

lésion unilatérale des tubercules quadrijumeaux antérieurs aurait produit l'amblyopie croisée.

Mais ce fait, à l'heure qu'il est, reste isolé et il est relui é d'ailleurs avec trop peu de détails pour qu'on puisse le considérer comme décisif (1).

11 me resterait à rechercher si l'amblyopie croisée est le seul genre de trouble fonctionnel de la vision qui se puisse produire par le fait d'une lésion du cerveau proprement dit, ou si, au contraire, l'hémiopie ne peut pas, elle aussi, comme l'assurent les auteurs, survenir en conséquence de certaines localisations pathologiques dans l'hémisphère. Cestlà un point qu'on n'est pas en mesure, je pense, de décider quant à pré sent. J'incline toutefois, en l'absence d'autopsies contradictoires, à croire que, dans la majorité des faits d'hémiopie qui ont été rapportés à une lésion du cerveau, celle-ci, ou n'occupait pas les régions profondes de l'hémisphère, ou bien s'étendait jusqu'aux parties basilaires, de façon à intéresser plus ou moins directement l'une ou l'autre des bandelettes optiques.

Pour montrer que les lésions de la profondeur du cerveau produisent l'hémiopie, c'est toujours de l'hémiopie latérale qu'il s'agit en pareille circonstance, on invoque surtout le cas où le trouble visuel se développe brusquement, à la suite d'un ictm apoplectique, en môme temps que les membres d'un côté du corps sont frappés d'hémiplégie motrice et, quelquefois, aussi, d'anesthésie. Rien de mieux établi, en clinique, que l'existence des faits de ce genre, dont M Schoen,

(1) H. G. Uasliaii. — The Lance l, 1874, 2ô juillet.

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tout récemment, dans un intéressant travail, citait plusieurs; exemples (1). Mais le contrôle de i'autopsie a, jusqu'ici, tou-l jours fait défaut, et l'on peut se xlemander si la lésion incri-j minée, dans ces faits, occupait réellement la profondeur, ou, au contraire, la base de l'encéphale. 11 paraît établi, vous ne l'avez pas oublié, que la destruction ou la compression d'une des bandelettes optiques a pour conséquence l'hémiopie latérale et d'un autre côté, la relation anatomique qui existe entre les bandelettes et certaines parties de l'isthme, telles, entre autres, que les pédoncules cérébraux, est chose notoire. Cela étant, il ne saurait échapper qu'une lésion convenable- ' ment localisée, par exemple dans un des pédoncules céré- i braux, pourra avoir pour résultat de déterminer, en même temps que l'hémiopie latérale, une hémiplégie motrice^ et peut-être, en outre, l'hémianesthésie. Une lésion, telle qu'un foyer hémorrhagique brusquement développé dans l'épaisseur., de la partie postérieure des couches optiques, pourrait, elle j aussi, on le comprend, être suivie des mêmes effets. On ne , peut, évidemment, voir, dans ces diverses combinaisons, que j des phénomènes de voisinage. j

Quoi qu'il en soit, il importe de reconnaître que, parmi les , 'faits d'hémiopie latérale supposés d'origine intra-cérébrale | qui ont été rapportés, il en est un certain nombre qui échap- j pent, en partie, à l'interprétation que je viens de proposer. , Tels sont ceux,, entre autres, où l'hémiopie latérale droite se ■ développe de concert avec l'aphasie, et quelquefois, en outre, ! diverses modifications de la sensibilité ou du mouvement dans les membres du côté droit du corps (2). Ces faits ne consti- j

(1) Arch. cler Heilkunde, p. 19. 1875. '

(2) Plusieurs faits de ce genre ont été relatés dernièrement par M. Bernliard. i {Berline?- Klin. Woclien., 32, 1872, et Cenlralf)latl,m2, 39), et par M. Selioen | {loc. cit.). Voir aussi H. Jackson. — A case of Ilcmio/jia wi(h Hemianes- ' thesia and Ilemipleqia. In The Lancet, Aug. 29, 1874, p. 306. i

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tuent pas un groupe homogène; dans une première catégorie, il s'agit d'une forme particulière de la migraine (1), c'est-à-dire d'accidents essentiellement transitoires, revenant par accès, marqués surtout par la coexistence du scotome scintillant, d'une hémiopie latérale plus ou moins prononcée, et, quelquefois, en outre, d'un certain degré d'aphasie et d'engourdissement dans la face et les membres du côté droit du corps. La céphalalgie, les nausées et les vomissements terminent habituellement la scène. 11 est clair qu'on ne saurait invoquer ici l'intervention d'une altération matérielle grossière, durable. Il n'en est pas de même dans les cas de la seconde catégorie, où le concours de l'aphasie, de l'hémiplégie et de l'hômiopie existe à titre de phénomène permanent (2).

Dans l'état actuel des choses, je ne vois pas commentées cas divers, révélés par la clinique, peuvent être anatomiquement expliqués dans l'hypothèse d'une lésion unique. Mais je ne puis que signaler ces difficultés, dont la solution est réservée à l'avenir.

(1) Voir sur cette forme delà migraine les travaux de Tissot, de Labarraque, de Piorry, de Latham {On nervous sichk or headache. Cambridge, 1873) et surtout l'ouvrage récent de M. Ed. Liveing [On megrim, etc. London, 1873;.

(2) Une tumeur volumineuse, toutefois, pourrait, on le comprend, déterminer tous les accidents signalés à propos des faits de la deuxième catégorie. Cela s'est produit dans un cas publié récemment par M. Hirschberg, dans les Archives de M. Virchow {Virc/iow's Archiv. t. 65, 1 heft, p. 116). Le malade qui fait l'objet de cette observation avait présenté, en outre d'une hémiopie latérale droite, très caractéri.sée, de l'aphasie et une hémiplégie des membres du côté droit. A l'autopsie, on trouva dans l'épaisseur du lobe frontal gauche une tumeur du volume d'une pomme, caractérisée sous le nom de gliome vasculaire. Le tractus optique du côté gauche était très aplati. Je ferai remarquer que les vues exposées dans la présente leçon trouvent dans ce fait leur confirmation, puisque l'hémiopie qui y est relatée pouvait être rattachée à la compression subie par le tractus optique.

DOUZIÈME LEÇON

Des dégéaérations secondaires.

Sommaire. — Région anlci ieure ou Icnticiilo-slriée des masses centrales (capsule interne dans ses deux tiers antérieurs, noyau caudéet noyau lenticulaire •

— Influence des lésions de ces régions sur la production de l'iiémipiégie motrice. — Faits expérimentaux. — Concordance entre eux et les laits de la pathologie humaine. — Différence entre les lésions du noyau caudé et celles de la partie aniérieure de la capsule interne.

Des dégénérations secondaires ou scléroses descendantes. ^ — Lésions qui les produisent; importance du siège et de l'étendue de ces lésions.

Caractères des scléroses descendantes : étendue ; — aspects de la lésion sur le pédoncule cérébral, la protubérance, la pyramide aniérieure et le faisceau latéral de la moelle.

Analogies et différences entre les scléroses latérales consécutives de cause cérébrale et les scléroses fasciculéos primitives des faisceaux latéraux. — Symptômes liés aux scléroses secondaires : impuissance motrice, contracture permanente. — Atrophie musculaire produite par l'extension de la sclérose latérale aux cornes de substance grise.

Sclérose descendante consécutive h une lésion du système cortical. — Démonstration des fibres pédoncuiaires directes : faits analomo-pathologiciues.

— Le siège des lésions corlicalos qui produisent des dégénéralions secondaires répond au siège des centres dits psycho-moteurs.

Messieurs,

Nous devons acLuellement porter de nouveau notre altenlion sur la région antérieure des masses centrales^ afin d'étudier de plus près, au point de vue de l'anatomie et de la physiologie pathologiques, les effets des lésions qui s'y produisent.

FAITS EXPKRIMRNTAUX

Celle région qu'on pourrait désigner sous le nom de lenticulo-striée,^iiv opposilionà la région poslérieureou lenticulooptique, comprend, vous ne l'avez pas oublié: 1" les deux

Fifj. 3'j. — A„ coilCh'î optique; — Am, avant-mur. - GC, corps calleUX. ^ Ce, capsule externe. — I, insula. — L, foyer de ramollissement ancien de la partie moyenne du noyau caudé et de la capsule interne. Le foyer, qu consiste en Une sorte de large caverne, n'est séparé du ventricule talcra que par la membrane épcndymairo. M, qui a résistéi

tiers antérieurs de ce tractus blanc qu'on appelle la capsule interne; 2" en dedans de celle-ci, la grosse extrémité ou tête du noyau caudé; 3'' en dehors, du côté de l'insula, les deux tiers antérieurs environ du noyau lenticulaire.

L'observation — .et il s'agit ici d'une observation bien des fois répétée — démontre, ainsi que je l'ai l'ait remarquer déjà dans le cours de ces leçons (Lec-oms Vlll et IX, p. 92-93), que

LÉSIONS DR LA CAPSULE INïRnM;

l'hémiplégie motrice vulgaire, sans accompagnement de troubles de la sensibilité, est la conséquence, en quelque sorte fatale, de toutes les lésions, même minimes, qui s'établissent dans les diverses parties que je viens d'énumérer, h la condition toutefois que les lésions en question produisent la destruction ou la brusque compression des éléments nerveux de la circonscription affectée et non pas seulement un simple déplacement lentement effectué, comme cela se voit si souvent dans les cas de tumeurs.

J'ai fait remarquer, en outre, qu'à cet égard, il y a lieu d'établir une importante distinction. C'est ainsi que les lésions, même étendues et profondes, qui restent limitées dansla sphère des noyaux gris (noyau caudé ou noyau lenticulaire), ne déterminent, en règle générale, que des symptômes relativement peu accentués et peu durables, tandis que les lésions relativement légères qui intéressent le tractus blanc (capsule interne), donnent lieu à une hémiplégie motrice non seulement très prononcée, mais encore de longue durée, souvent même incurable {Fïg. 34).

J e voudrais rechercher avec vous la raison de ces différences. Je m'occuperai d'abord de l'intensité relative des symptômes paralytiques dans le cas des lésions de la capsule interne, comparée à leur faible degré dans le cas des lésions limitées aux noyaux gris, après quoi, j'envisagerai le caractère transitoire de l'hémiplégie dans les cas du dernier genre, par opposition à la permanence qu'offre ce symptôme, à peu près nécessairement, lorsqu'il s'agit d'une lésion de la capsule interne.

Pour ce qui a trait au premier point, je vous remettrai en mémoire, i;ne fois de plus, quelques-unes des particularités de

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