‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 4)Chapitre 17 sur 73 · LÉSIONS DF, LA CAPSULE INTERNE · texte numérisé non relu

LÉSIONS DF, LA CAPSULE INTERNE

la consliLulion analomique de la capsule inlerne. Ce Lraclus contient, vous ne l'avez pas oublié : 1° des fibres pédonculaires directes, c'est-à-dire nées sous l'écorce grise et qui pénètrent dans l'étage inférieur du pédoncule cérébral sans s'être mises en rapport avec les noyaux gris lenticulaire ou caudé ; 2" des fibres pédonculaires indirectes, lesquelles, au contraire, prennent leur origine dans le noyau lenticulaire ou caudé et n'ont aucune relation avec l'écorce grise. Nous faisons abstraction, en ce moment, des faisceaux de fibres qui s'étendent de la substance corticale aux noyaux gris des masses centrales.

Nous supposerons que les diverses fibres pédonculaires, les directes comme les indirectes, sont des fibres à direction centrifuges et qu'elles transmettent à la périphérie l'influence motrice développée soit dans l'écorce grise du cerveau, soit dans les noyaux gris lenticulaire et caudé.

Dans cette hypothèse, il est facile de comprendre qu'une lésion un peu accentuée portant sur la capsule interne, principalement sur la partie la plus inférieure, au voisinage, du pied du pédoncule cérébral, là où toutes les fibres sont rassemblées dans un espace étroit, aura pour effet de supprimer du même coup l'influence de l'écorce grise, et celle des deux noyaux gris, tandis qu'au contraire, une lésion limitée au noyau lenticulaire, laissera subsister l'action du noyau caudé, de certaines régions de l'écorce grise, des deux noyaux gris à la fois, avec ou sans participation des fibres pédonculaires de la capsule interne.

Je n'attache pas à cette vue théorique plus d'importance qu'elle n'en comporte. Je ferai remarquer, toutefois, qu'elle s'adapte assez bien aux faits relevés par l'observation clinique chez l'homme; j'ajouterai qu'elle n'est en rien contredite — vous allez en juger — par les expériences faites chez les animaux.

FAITS EXPRRIMIÎNÏAUX

On sait depuis longtemps (1) que les troubles moteurs produits chez la plupart des animaux par la destruction méthodique des diverses parties de l'encéphale, du cerveau en particulier, s'éloignent, d'une façon générale, considérablement de ceux qui se manifestent chez l'homme, en conséquence des lésions que la maladie détermine dans les parties correspondantes.

Dans l'interprétation de ces faits expérimentaux, et dans leur application h la pathologie humaine, il convient de tenir compte, entre autres circonstances, de l'espèce plus ou moins inférieure de l'animal, de son âge plus ou moins avancé. Ainsi, l'ablation de tout un hémisphère cérébral, chez un pigeon, et, à plus forte raison chez un reptile, ne produit pas de trouble moteur qu'on puisse comparera une hémiplégie. Les choses se passent à peu près de la même façon chez le lapin. Une faiblesse à peine accentuée dans les membres d'un côté du corps, chez cet animal, est la seule conséquence d'une pareille lésion; la station et le saut sont encore possibles, alors que le cerveau tout entier a été détruit, pourvu, toutefois, que la protubérance demeure intacte (2). Chez le chien, les résultats sont déjà très notablemènt différents. Si je m'en rapporte même aux dernières expériences faites, dans le laboratoire de M. Vulpian, par MM. Garville et Duret, les accidents, qui, chez cet animal, succèdent à l'ablation méthodique des diverses parties du cerveau, se rapprocheraient beaucoup de ceux qu'on observe chez l'homme, dans les cas de lésions en foyer des hémisphères cérébraux (S).

(1) Voir b. co sitjel Loriget. — fi'allé de physiologie, t. III, p. 431, cl Vulpian. — Leçons sur la physiologie générale, e!c., p. 670.

(2) Vulpian, Longot.

(3) Les cxpérichces dd ce genre sont néceàsalrcrncnl très tlifflfiics et oxlgont es précnuUons les plus miniitiiMiscB. Lt-a pliis dômonstnitivcs sont, sans con-

•Icsle celles qu'ont onlrcpriscs MM. Fr. Franck et Pilros, rapportées dans la thèao do M. Issartief (1878). Voir poui' plus de délîiils, page 277. (Noie de la 2» éd.)

nAPi'ORTs Kmm la i.ksion et l'mkmiplégie

Il est au moins très vraisemblable que ce rapprochement serait plus complet et plus manifeste encore si l'expérimentation portait sur le singe.

Voici, d'ailleurs, l'exposé sommaire des principaux résultats

obtenus dans leurs expériences par MM. Carville et Duret : i° L'ablation, chez le chien, de la substance grise dans les régions dites motrices de l'écorce cérébrale détermine une parésie temporaire dans les membres du côté opposé du corps ; 2° L'extirpation du noyau caudé détermine une parésie analogue, mais plus ^. ^ , , accentuée. Il ne saurait

Ftg.So. — Coupe Iransversale a un cerveau de chien, cinq millimèlres en avant du être question, quant a chiasma des nerfs optiques. - S, S, les pp^gen^^ ([^ IlOyau lentideux noyaux caudés du corps slrié. — L, ii i i • noyau Icnliculairc. — P, P, expansion pé- Culaire dont 1 ablation donculairc (capsule interne). — Cli, chiasma jsoléO, en raisOU de SB pOdes nerfs optiques. — x, section de la cap- . . , suie interne (région antérieure ou Icnticulo- SltlOll topographique, n a striée), produisant l'Iiémiplégie du côté op- pu être effectuée (1 )', 3° si posé du corps sans ancstliésie. - R, stylet ]„ lA^inn norte au COHtraià ressort de Vcyssièrc, opérant la section de ^^^^^^^ P°^^®' COULldi

la capsule interne. re, sur la partie inférieure

de la capsule interne, il se produit du côté opposé du corps, dans le membre antérieur et dans le postérieur, non plus une simple parésie, mais bien

(t) Il est difllcilc d'uliliscr h cet égard les expériences de M. Notlinagel faites à l'aide d'injections caustiques Ces injections ont ii pou prf-s nécessairement pour effet de déterminer des phénomènes d'oxcilallon qui compliquent assurément la situatloni

RAPPORTS ENTIIP, LA LKSION lîT l/lIKMIPLKGIR

une paralysie molrice bien dessinée el qui rappelle l'hémiplégie qu'on, observe chez l'homme en conséquence de la lésion de ces mêmes parLies. (Fig. 33.; Tenu suspendu par la peau du dos, l'animal ainsi opéré peut encore reposer sur ses membres sains, mais les membres affectés pendent flasques, inertes, et ne sont plus susceptibles que de mouvements purement réflexes.

En somme, vous le voyez, Messieurs, d'après ces intéressantes recherches qui méritent d'être reprises et multipliées, la contradiction depuis longtemps signalée entre les animauxet riiomme^^relativement à l'influence des diverses parties d'unhémisphère du cerveau sur 1 e mouvement des membres du côté

opposé du corps, cette Fig.m. — Coupe transversale du cerveau du

contradiction, dis-je, "^'"^^ au niveau des tubercules mamUlaires . —

1, , . 0, 0, couches optiques. — S, S, noyaux caudés.

semble ne plus exister l. L, noyaux lenticulaires. - P, P, capsule

lorsque, pour terme inlcme, région postérieure ou lenticulo-oplique.

Aa nr^-^^r.„r.-„^ c 't — '"^j A, comcs d'AmiTion. — x, section de la

de comparaison, on lait \a ■ i i

'■ ' partie postérieure ou lenticulo-oplique de la capappel à des espèces suie, déterminant l'hémianestliésie. (Cette figure relativement haut nia- empruntée, ainsi que la précédente, au mé- ^ moire de MM. Carville et Duret, inséré dans les cées dans l échelleani- Archives de physiologie normale et pathologi-

male. {Fig. 36). p- ^68et47i.

C'est peut-être ici le lieu de rappeler que chez le chien encore — ainsi que cela résulte de ces mêmes expériences de MM. Carville et Duret et de celles M. de Veyssière, — les lésions de la partie postérieure de la capsule interne produisent, ftinsi que cela s'observa chez l'homme, l'hémianesthésje croisée,

CAUSES DES DÉGÉNËRA'riONS SECONDAIRES

Les considérations qui viennent d'être exposées peuvent élre utilisées, si je ne me trompe, pour faire comprendre pourquoi les hémiplégies résultant des lésions destructives, limitées à la substance des noyaux gris, en règle générale, sont passagères, tandis que celles qui résultent des lésions intéressant la substance de la capsule interne sont , au contraire, de longue durée, et souvent même absolument incurables.

On conçoit aisément, dans l'hypothèse proposée, comment le noyau lenticulaire, le noyau caudé et les régions dites motrices de l'écorce grise des hémisphères, pourront se suppléer mutuellement dans leurs fonctions tant que les faisceaux conducteurs qui forment la capsule auront conservé leur intégrité et continueront à entretenir la relation entre l'un quelconque des centres gris en question, et les parties périphériques, tandis que cela ne saurait plus avoir lieu, dès que la continuité de ces faisceaux aura été décidément interrompue.

J'ajouterai que, suivant toute vraisemblance, la , suppléance peut s'établir, non-seulement entre les divers noyaux gris, mais encore entre les diverses parties d'un même noyau gris. Il est démontré, tout au moins en ce qui concerne le noyau caudé du corps strié, que les lésions destructives partielles portant sur les régions les plus diverses de ce noyau, se traduisent uniformément par une hémiplégie plus ou moins accentuée et transitoire, mais totale, c'est-à-dire intéressant h la fois la face et les membres. Il n'y a, à cet égard, aucune différence à relever entre la tête, la queue et la partie moyenne du noyau ciudé. Il semble, d'après cela, ainsi que

WMÉmwnms suconuauiks l'a fait remarquer avec raison M. II. Jackson, que chaque parcelle du corps strié représente, en petit, le corps strié tout entier. L'expérimentation, d'ailleurs, donne des résultats conformes à ceux fournis par l'observation clinique, en montrant que les excitations partielles du noyau caudé, produisent toujours, quoiqu'on fasse, des mouvements d'ensemble dans le côté opposé du corps et jamais des mouvements dissociés, localisés par exemple dans un membre ou une partie d'un membre (1).

Dans le cas d'une lésion destructive de la capsule interne, une lente régénération des éléments nerveux pourrait seule[ au contraire, permettre le rétablissement graduel des fonctions. Or. ce travail de restitution, s'il s'accomplit en réalité quelquefois ne se produit en tout cas, très certainement, que dans des circonstances exceptionnelles. Il est mis hors de doute, en effet par des observations aujourd'hui très nombreuses, que les foyers qui détruisent, dans une certaine étendue, les fibres motrices de la capsule interne ont pour conséquence à peu près obligatoire la production d'une lésion fasciculéc qui, commençant immédiatement au-dessous du foyer, peut être suivie, du côté correspondant, dans le pied du pédoncule, la protubérance, la pyramide antérieure, jusqu'au niveau de l'entrecroisemeit bulbaire, et, au-dessous de ce- dernier, dans la moelle épinière du côté opposé au foyer, tout le long du faisceau latéral, jusque dans le renflement lombaire.

Je crois opportun d'entrer actuellement dans quelques développements à propos de l'anatomie et de la physiologie

(1) ExpéHence de Fei-Her, CaïVille et DureL

palUologiques de ces dégénératians sçcomUiires QU scléroses descendantes, comme on peut les appeler encore,^ C'est qu'en effet, elles sont incontestablement une des causes principales de la persistance de l'impuissance motrice, dans les cas qui nous occupent. Il faut également, à mon avis, leur rapporter, pour la majeure partie, la contracture perma^ netite, dite tardive (1), qui, dans ces mêmes cas, s'empare tôt ou tard des membres paralysés, et joue, d'une façon générale, un rôle prédominant dans le pronostic des liémorrhagies de cause cérébrale.

1° Arrêtons-nous tout d'abord devant un fait qui domine réellement la questioo ; les lésions cérébrales en foyer, considérées relativement au siège qu'elles occupent, ne sont pas toutes également propres à déterminer la production des scléroses consécutives.

Ainsi, parmi ces lésions, il en est qui ne sont jamais suivies de scléroses descendantes, tandis que d'aulres les provoquent, pour ainsi dire, à coup sûr, Au second groupe appartiennent les lésions destructives, mêmes circonscrites, qui, suivant l'importante remarque de L. Tiirck, intéressent les faisceaux de la capsule interne, dans leur trajet entre le noyau lenticulaire et le noyau caudé : c'est-à-dire dans les deux tiers antérieurs de la capsule. Par contre, les lésions qui demeurent limitées à la substance des noyaux gris des masses cérébrales, à savoir : le noyau lenticulaire, le noyau caudé, et enfin la couche optique, ne produisent pas la sclérose consécutive.

(i) On doit, comme on le sait, au D>' Todd, d'avoir élabli une dislinrlion entre la conlracLure précoce et la contracliire tardive des membres chez les apoplecliqiics. La première se montre dès le début, et est toujours à pcMi près constamment transitoire ; l'antre n'apparaît guère que du quinzième an treuticine jour aprcs l'attaque, sièb'C toujours dans les meuibres du côlé opposé à la lésion, cl s'y établit le plus souvent d'une .fayoïjipermanente.

160 ANATOMIE DËS SCLKROSES B*ASCldULÉEâ

Ce fait remarquable a été parfaitement mis en lumière par L. Tiirck (1) dès I80I. Nous en avons reconnu la parfaite exactitude, M. Vulpian et moi, dans les recherches que nous avons faites en commun, sur ce sujet, à la Salpêlrière, de 1861 à 1866 (2). Les importants travaux de M, Bouchard l'ont également confirmé (3). Nous avons constaté aussi, après L. Tiirck, un certain nombre d'autres faits, non moins intéressants, dont voici l'énoncé :

2" Les foyers situés en dehors des masses centrales, dans le centrç ovale de Vieussens, pour peu qu'ils atteignent certaines dimensions, produisent encore la sclérose descendante, à condition qu'ils ne soient pas trop éloignés du pied de la couronne rayonnante.

3° Les lésions de la substance grise corticale des hémisphères, lorsqu'elles sont très superficielles, telles, par exemple, que le sont habituellement celles qui accompagnent les méningites, ne produisent pas la sclérose descendante.

4" Au contraire, les lésions corticales, à la fois étendues en surface et en profondeur, c'est-à-dire intéressant en môme temps la substance grise et la substance médullaire sous-jacente, ainsi qu'on le voit dans le cas de ramollissement ischémique, résultant par exemple de l'oblitération d'une branche volumineuse de l'artère sylvienne (voir la Fig. 37), ces lésions-là, dis-je, alors mô)}ie qu'il n'existe aucune participation des masses centrales^ déterminent, dans de certaines

(1) L. Tiirck. — Uebev Secundare Erkrankung ehigehier ni!clce7imar/:strange und ihrer forsetzungen zum Gehirne. — Silzungbcr. c'er mallinnliir Class. d. K. AK. 1851. Idem' XI. Bd. 1853.

(2) A. Vulpian. — P/ig/tiolof/ie du système nerveux. Paris, 186G.

(3) Ch. 13oucliard. — Des dégéne'ralions secondaires de la moelle épinierc. In Arch.gén. de médecine, 1866.

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