LIMITATION DU SUJET
cce de l'éLal normal, sans l'inLerveniion de lois nouvelles.
Il importe de rechercher maintenant sur quels fondements repose cette proposition. Pour en arriver là, nous devrons faire appel tour à tour aux . données fournies par l'anatomie normale, la physiologie expérimentale et enfin par l'observation clinique appuyée sur l'examen méthodique et minutieux des lésions organiques. Je ne saurais trop faire ressortir que les documents du dernier ordre devront figurer constamment parmi les plus importants et les plus décisifs. Car, si les premiers peuvent mettre souvent sur la voie des localisations, séuls ceux-là permettront de juger en dernier ressort et de fournir la preuve, du moins pour ce qui concerne rhomme, objet spécial de nos études.
A. D'après ce qui précède, le moment est venu d'envisager l'encéphale d'abord sous le rapport morphologique. Nous n^allons pas entrer, vous l'avez compris, dans une description en règle. Je me propose d'indiquer seulement quelques traits généraux qu'il est indispensable de connaître pour le but que nous poursuivons et, afin de simplifier une situation fort complexe, je me limiterai au cerveau, c'est-à-dire à la masse de substance nerveuse, composée de deux hémisphères et située à l'extrémité supérieure de ce qu'on désigne sous le nom de pédon^
cules cérébraux.
Les deux hémisphères, vous le savez, sont symétriques ou peu s'en faut, et identiques quant à leur structure, de telle sorte que, anatomiquement parlant, ce que l'on dit^de 1 un peut s'appliquer rigoureusement à l'autre. Chacun d eux est recouvert et comme enveloppé d'une couche de substance grise. La partie centrale est formée par une masse de substance blanche dans laquelle sont creusées les cavités ventriculaireset où apparaissent comme enclavés les noyaux ganglionnaires centraux, à savoir les couches optiques et les corps striés.
Fir/. 1. — Coupe verticale et transversale du cerveau faite en arrière des tubercules mamillaires ou en avant des pédoncules. — S, commissure grise ; — 0, 0, conciles optiques — V, ventricule latéral ; — V", sa corne splié noïdale ; — P, P, capsule interne ou pied de l'expansion pédonculaire ; — L, L, noyau lenUculaire; — K, capsule externe ; — M, M, avant-mur ; — R, troisième ventricule; — A, corne d'Ammon; — B, centre ovale.
saillant clans la disposition réciproque des parties centrales {Fùj. \).
Immédiatement au-dessus de la protubérance, vous voyez
6 COUPE VEIITICALE ET TUANSVEKSALE DU CEllVEAU
la lace inférieure du pédoncule cérébral, dont le pied ou étage inférieur est issu, pour une bonne partie, comme nous le verrons, des pyramides antérieures bulbaires. En remontant, à la partie inférieure et médiane de la coupe, vous découvrez deux grand tractus blancs (P, P.) qui se dirigent en divergeant vers la partie corticale des hémisphères. Ils sont compris entre deux masses de substance grise, l'une interne et supérieure (0), l'autre inférieure et externe (L). Ces deux tractus blancs sont les prolongements des pédoncules à travers les hémisphères cérébraux.
Les pédoncules cérébraux, en effet, d'abord irrégulièrement quadrilatères, en pénétrant dans les hémisphères, s'aplatissent de haut en bas, s'étalent d'arrière en avant, et, quand ils ont franchi le détroit de la région ganglionnaire, s'épanouissent en rayonnant dans tous les sens: en avant, vers l'extrémité frontale ; au centre, vers les régions pariétales ; en arrière vers l'extrémité occipitale. Dans la nomenclature de Burdach, on désigne la partie aplatie, inter-ganglionnaire, des pédoncules sous le nom de capsule interne; son rayonnement a été décrit par Reil, sous le nom de couronne rayonnante , le pied de la couronne rayonnante est le point d'émergence des pédoncules audessus des ganglions cérébraux. On peut caractériser cette disposition des pédoncules dans les hémisphères en disant qu'//s se déploient en éventail.
Indiquons maintenant brièvement, sauf à y revenir plus tard, la situation respective des ganglions cérébraux par rapport à cet éventail.
Lorsque, suivant la coupe classique, les ventricules latéraux ont été ouverts, vous vous souvenez avoir vu, faisant saillie sur leur plancher deux masses de substance grise ; l'une antérieure et externe a la forme d'une virgule, d'une larme hatavique , dont la grosse extrémité ou tdie est en avant et
COUPR VKlVnCALE ET TRANSVEHSAI.E DU CERVEAU /
dont lapcLile ou queue est en arrière et en dehors, nous l'appellerons noijaa ccmdé du corps strié; l'autre, interne et postérieure, ovalaire, est la couche optique; les couches optiques de chaque côté sont séparées par la profondeur du troisième ventricule.
Ces deux masses grises, intra-ventriculaires, le noyau caudé du corps strié et la couche optique reposent au-dessus.et en dedans de l'éventail pédonculaire. Au-dessous de ce même éventail, plus volumineux que les deux autres se trouve un troisième noyau, ayant à peu près la forme d'une lentille plane-convexe, d'où le nom de noyau lenticulaire (Burdach) (1). Comme il occupe d'avant en arrière la même étendue que les deux autres, sur les coupes transversales (frontales des Allemands^, perpendiculaires à la grande scissure inter-hémisphérique), on le rencontrera toujours en même temps qu'eux sur la surface des sections.
L'étude des coupes transversales, pratiquées méthodiquement, d'avant en arrière, progressivement, suivant certains points de repère pris à la base des hémisphères, est indispensable à bien connaître pour l'anatomiste, auquel elle indique les rapports des noyaux entre eux et avec le pédoncule, et, pour le clinicien qui doit déterminer avec précision les parties lésées.
Je vous décrirai l'aspect de ces coupes frontales, à mesure que les besoins de la description l'exigeront. Aujourd'hui, il vous suffira d'en connaître une des plus postérieures, celle qui est pratiquée immédiatement en avant des pédoncules cérébraux. (Fig. 1).
Vous reconnaissez ici, en PP, la partie aplatie des pédoncules, la capsule interne. En dedans se trouve la sec-
;i) Uaiis la iioniLMicliiluro, usilco chez nous, on raijpfllc noyau crtravenlnciilairc (lu corps slric.
NKCESSITIÎ; It'l'ISE TOl'OGU.VPIllE EXACTE
tion de la couche optique (0) et de la qoeue du corps strié (C). En dehors de la capsule interne, vous rencontrez le noyau lenticulaire du corps strié ([.) avec ses trois segments. Ces noyaux gris sont, peut-être^ autant de centres doués de propriétés, de fonctions distinctes, mais, ne l'oubliez pas, le fait n'est pas jusqu'ici péremptoirement démontré. Plus en dehors encore, vous découvrez successivement la capsule externe (R), l'avant-mur (M), une petite bande blanche innominée, et, enfin, l'écorce grise de l'insula de Reil (D).
Je n'ai pas l'intention d'entrer actuellement dans aucun détail de structure ; je désire insister seulement, Messieurs, sur ces dénominations, toutes minutieuses qu'elles puissent paraître, et si, depuis longtemps, je me suis efforcé de les introduire dans la nomenclature française, c'est que je les considère comme de la plus haute utilité, quand on veut, lors de l'autopsie, déterminer la locaHsation exacte des lésions. Qui oserait affirmer que telle ou telle région, qui n'a pas d'appellation dans la nomenclature usitée chez nous, n'a pas une importance physiologique de premier ordre ? D'ailleurs, comment désigner cette région sur le protocole d'autopsie si elle n'est pas dénommée? Les désignations que je viens de donner fournissent autant de points de repère, et sont partant d'une utilité incontestable. Est-ce qu'une bonne carte stratégique est jamais trop complète ? C'est ainsi que, précisant l'endroit occupé par un foyer hémorrhagique, — la capsule externe ou interne, les noyaux de la substance grise, le pied de la couronne rayonnante, etc., — vous parviendrez à constater, s'il y a lieu, des différences symptomatiques en rapport avec des différences relatives au pronostic. Un exemple, emprunté à l'histoire de l'hémorrhagie cérébrale, vous prouvera sur le champ que ce n'est point là un travail superflu. Si un foyer hémorrhagique n'a intéressé que la capsule
cmcoNVOLUTroNs ; plis fondamentaux iît accrssoiiiks .) externe, le malade guérira, suivant toute vraisemblance, sans qu'il y ait persistance de l'hémiplégie, malgré l'étendue de la lésion et sans infirmité; s'il occupe, au contraire; la capsule interne, dans le cas oîi le malade survit, il persiste toujours une paralysie avec contracture indélébile.
L'importance d'une étude exacte et minutieuse de la configuration des circonscriptions du cerveau et, en même temps, d'une nomenclature appropriée, est surtout bien mise en évidence lorsqu'il s'agit de ces plis qui se dessinent à la surface des hémisphères, et qu'on désigne, en général, sous le nom de circonvolutions. Pendant longtemps, on a pu croire que ces circonvolutions étaient disposées pour ainsi dire au hasard, échappant par conséquent à toute description. 11 appartenait à deux observateurs français, Leùret et Gratiolet, de démontrer qu'il y a là, au contraire, un plan régulier, qu'on peut suivre depuis les mammifères inférieurs jusqu'à l'homme, en passant par le singe. Il y a heu de distinguer, d'ailleurs, parmi les circonvolutions les plis fondamentaux, ainsi appelés parce que leur disposition et leurs rapports sont absolument fixes, et les plis secondaires ou accessoires, dont il faut savoir faire abstraction, parce qu'ils sont variables.
Sans une bonne topographie des circonvolutions, vous le comprenez aisément, il est de toute impossibilité de faire un pas dans l'histoire des localisations cérébrales les plus importantes. Prenons un exemple. Comment parler des lésions qui produisent l'aphasie s'i l'on ne sait pas déterminer avec précision le siège et la configuration de la troisième circonvolution? Comment encore retrouver chez l'homme les régions dites psycho- motrices, découvertes chez les animaux par les recherches de Fritsch, Ilitzig et Ferrier, si l'on ignore la disposition des phs et des sillons sur la
lu IMPOIl'I'ANCI': DIC i/aNATOiMIK COMl'AItKR
subslance grise du lobe pariéLal eL des parties postérieures du lobe frontal ? Combien d'observations, propres à éclairer ces intéressantes questions de localisation, sont demeurées sans valeur, parce que, faute d'une connaissance suffisante des parties altérées, la dénomination exacte de ces parties n'a pu être donnée! Aussi, afin d'obvier dans la mesure du possible à cette lacune des descriptions anatomiques de l'état normal du cerveau, ai-je pris depuis longtemps l'habitude de figurer sur des schémas, dessinés d'après nature, le siège des lésions encéphaliques. En l'absence de ces précautions, on ne peut obtenir des notions exemptes de critique. Au reste, cette étude ne présente pas, tant s'en faut, les diflicultés qu'on est porté tout d'abord à supposer. Si des renseign.ements plus complets n'ont pas, jusqu'ici, pénétré dans les livres classiques, ils abondent ailleurs. Sans parler des ouvrages fondamentaux de Leuret et Gratiolet, de BischolT, d'Arnold, de Turner, etc., qu'il est indispensable de toujours consulter, je vous recommande l'usage du petit manuel d'Ecker (1), recueil de bonnes planches topograpliiques oîi vous trouverez, avec la synonymie, une nomenclature réduite à des termes fort simples. Ces planches d'après mon conseil, ont été utilisées par M. H. Duret dans son important mémoire sur la circulation de l'encéphale. Enfin, nous possédons en France sur la matière un excellent travail. C'est une thèse de M. Gromier, faite sous l'inspiration de M. Broca. Elle est intitulée : Etude sur les eirconvoMions cérébrales citez l'homnie et chez le singe (1874;.
L'anatomie comparée, de son côté, est d'un secours puissant pour l'étude des circonvolutions. Entre le singe et
(1) Die llirnmnduiif/en des Menschen iiach cigenen UiiLersuchungen, insbesonders ûber die BeiiLwicldunrj derselben beim Fôlus uud mil Ruchchl auf des nediirfnissder Aerzle. IJriinswick, 1800. — Il evislc de ce- travail une Iradiiclion anglaise.
GlUCONVOLUTIOiNS CKUljlBHALUS DU SINGIC il
l'homme, par exemple, la ressemblance est frappaiiLe (1) en
Fiçi . 2. — Face externe du cerveau du sinrje magol {Vilhecus Innuvs). 'D"après
Broca et Grromicr).
Sillons : s r, sillon de Rolando ; —s c f, sillon courbe frontal ;— s s\ scissure de Sylvius ; — s p e, scissure perpendiculaire externe (sillon pariéto-occipital externe) ; — sp, scissure parallèle.
Plis :p fa, pli i'ronlal ascendant ; 1, 2, 3, premier, deuxième, troisième plis frontaux ; — le cbill're 3 qui manque devrait être entre les lignes ponctuées D et E ; — p p a, pli pariétal ascendant \ — l p p fl, lobule du, pli pariétal ascendant ; — p m i, pli marginal inférieur : — p c, pli courbe ; — l o, lobe occipital ; — l o lobeorbitaire. Silualion des centres pour les mouoements volonlaires sur le cerveau du sinf/e, d'après l.s descriptions de Ferrier -.A, centres pour les mouvements volontaires du membre antérieur ; —U, centres pour le membre postérieur :
— C, mouvements de rotation de la tète et du cou ; —D, mouvements des muscles de la face ; - E, mouvements de la langue, des mâchoires, etc. ;
— F, certains mouvemculs des yeux, vision ; — G, centre en rapport avec les mouvements des oreilles et l'audition.
ce qui concerne les plis eL les sillons fondamentaux, et telle disposition, qui paraît en quelque sorte inintelligible chez
(1) Lire h ce sujet dans la dernière édition de l'ouvrage de Darwin: » The Descenlofman» (London, 1874) une intéressante note (p. 199) du professeur 1 luxley : Note on l/ie Ressemblances and Di/fcrcnccs in the Structure and tlie Développement of Ihe Drain in Man and Apes. ~ Pansch. Die furchen iind Wulste am Grossirirn des Menschen, 1879. - P. Broca. Etude sur le cerveau duf/orille, 1878,
12 cmCONVOl-UTlONS CKllKlillAI.ICS DU SI.NdK
l'hommo, s'explique sans peine en raison de sa plus grande simplicité quand on examine le cerveau du singe, Aussi^ voudrais-je essayer de vous présenter un aperçu très sommaire des circonvolutions envisagées chez le singe, avant de vous entretenir des circonvolutions du cerveau humain. Cette étude vous offrira d'autant plus d'intérêt que l'expérimentation a déjà désigné, sur quelques-unes des circonvolutions du singe, la réalité de ces points dits psycho-moteurs dont il y a lieu de rechercher en se fondant, non plus sur l'expérimentation, mais sur la clinique et sur l'anatomie pathologique^ l'existence dans les points correspondants du cerveau de l'homme.
Voici la représentation d'un cerveau de singe, vu latéralement (Fig. 2), d'après une figure empruntée à l'ouvrage de M. Gromier. 11 s'agit du Magot {Pithecus innuus), un singe d'ailleurs d'assez bas étage. Je m'attacherai, pour le moment, à la description de la face externe de l'hémisphère, les faces interne et inférieure n'ayant pour le sujet qui nous occupe qu'une moindre importance.
On aperçoit, en premier lieu, deux long sillons : l'un est le sillon de Rolando (sr), l'autre (ss) la scissure de Sylvius. Ces deux sillons fondamentaux convergent en un point et délimitent la face externe du lobe frontal.
On voit ensuite et plus en arrière une autre scissure, scissure perpendiculaire externe ou pariéto-occipitale {spe). Elle sépare nettement chez le singe le lobe occipital du lobe temporal et du lobe pariétal. Cette séparation est beaucoup moins évidente chez l'homme par suite de la présence de ce qu'on appelle les plis de passage qui comblent plus ou moins complètement ce sillon.
Le lobe pariétal et le lobe sphénoïdal se distinguent moins exactement chez le singe et, pour établir la démarcation, il faut prolonger la scissure de Sylvius par une ligne imaginau-e
CIRCONVOLUTIONS ClillliBUAI.lîS DU SINGIî
passant par un pli désigné sous le nom à^pli courbe {p c) ou f/yriis cingularis.
La surface externe de l'hémisphère cérébral se trouve donc divisée en quatre lobes : le lobe frontal, le lobe pariétal, le lobe sphénoïdal et le lobe occipital.
Chacun de ces lobes est partagé à son tour en lobes secondaires, qui portent le nom de plis ou circonvolutions, par des scissures ou sillons de deuxième ordre.
Lobe frontal. — Le sillon prœcentral ou sillon courbe frontal{scf) hmite en avant, sur le lobe frontal, une circonvolution parrallèle à la scissure de Sylvius : c'est la circonvolution frontale ascendante et, afin de donner plus d'intérêt à cette énuméralion un peu sèche, je vous ferai remarquer que, suivant Ferrier, l'extrémité supérieure de cette circonvolution est occupée par les centres moteurs (A) du membre supérieur du côté opposé.
Des sillons perpendiculaires à la direction du précédent divisent le reste du lobe frontal en trois étages ou circonvolutions. 1° L'extrémité postérieure du premier étage constitue, au dire de Ferrier, un centre C dont l'excitation fait mouvoir la tête. — 2° Selon le même auteur, la partie postérieure du deuxième étage serait le centre des mouvements de la face, D. — 3" Enfin, dans le troisième étage serait placé, chez le singe, un centre qui préside aux mouvements des lèvres et de la langue, E\ c'est là que l'on rencontre chez l'homme, le siège de la faculté du langage articulé : c'e^t la troisième circonvolution ou, ainsi que le disent les Anglais, la circonvolution de Broca [Broca's GonvoliUion). Je ne veux pas me montrer moins Français que ne le sont les Anglais, et je suis heureux de saisir l'occasion qui se présente de reconnaître les services signalés qu'a rendus notre éminent collègue à. la cause des localisations cérébrales.