EXPÉRIENCES DE WALLER
La cause de l'entretien de la vitalité dans les fibres nerveuses, ou, autrement dit, leurs centres trophiques doivent donc être cherchés dans la direction du névraxe. Mais où siègent-ils en réalité ? Pour les découvrir, il fallait pratiquer des sections méthodiques, tant des racines antérieures que des racines postérieures, sur divers points de leur parcours.
1° La section des racines antérieures, en quelque endroit qu'elle soit faite, est toujours suivie de la dégénération du bout périphérique, le bout central restant indemne : donc le centre trophique de ces racines et des tubes nerveux qui en émanent est dans la moelle épinière, « probablement dans la substance grise », disait Waller. Aujourd'hui^ grâce aux travaux récents d'anatomie pathologique, on peut dire, avec beaucoup plus de précision^ qu'il est dans les cornes antérieures, et plus précisément encore, dans les cellules dites motrices.
2° En est-il de même pour les racines postérieures ? Non assurément; et c'est ici la partie la plus originale et la plus inattendue de la découverte de Waller. La section étant pratiquée sur le trajet de la racine postérieure la partie qui dégénère est non pas la périphérie de la racine, c'est-à-dire la portion attenante au ganglion, mais bien la partie centrale, celle qui tient à la moelle, et la dégénération peut être suivie dans toute Tétendue du trajet intra-spinal des faisceaux radiculaires jusqu'à la substance grise ; de telle sorte que le centre trophique, pour les nerfs sensitifs, doit être cherché dans le ganglion intervertébral ; cela est si vrai que, si l'on extirpe ce ganglion, la dégénération frappe la racine tout entière et aussi toutes. les fibres centripètes du nerf mixte.
Vous comprenez aisément^ Messieurs, et sans qu'il soit nécessaire d'y insister davantage, l'application qui peut être
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laile de ces données aux dégénérations secondaires spinales. Les fibres des faisceaux qui dégénèrent par en bas, au-dessous du point lésé, sont comparables aux nerfs centrifuges issus des racines antérieures. De ce nombre sont : l°les faisceaux pyramidauœ composés de fibres dont le centre trophique serait dans les cellules pyramidales de l'écorce grise de la région rolandique ; 2o les fibres courtes des faisceaux latéraux, dont les origines se superposent de haut en bas dans les divers points du centre gris spinal.
Au contraire, les faisceaux qui dégénèrent par en haut sont assimilables aux racines postérieures dont le centre trophique est périphérique. De ce nombre sont : IMes faisceaux cérébelleux directs dont le centre trophique est dans la moelle elle-même, tandis que leur centre de terminaison est dans le cervelet ; 2° les faisceaux de Goll dont le centre trophique occupe la substance grise des régions inférieures de la moelle et dont les centres de terminaison répondent à la substance grise de la région bulbaire. Enfin, la même interprétation s'apphqueaux fibres commissurales courtes des faisceaux de Burdach, qui, elles également, dégénèrent de bas en haut.
L'assimilation que nous venons de faire des expériences de Waller aux faits d'anatomie pathologique relatifs aux dégénérations secondaires, toute plausible qu'elle puisse paraître, semblerait plus légitime encore si ces dégénérations des faisceaux nerveux pouvaient être reproduites expérimentalement, à coup sûr, comme c'est le cas lorsque il s'agit des nerfs sectionnés.
Or, Messieurs, les travaux récents tendent à établir que les choses sont réellement ainsi. Les dégénérations fasciculées
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secondaires, tant de cause cérébrale que de cause spinale, peuvent être reproduites expérimentalement chez les animaux. Considérons^, d'abord, les dégénérations secondaires de cause spinale. Les premières tentatives, faites par MM. Vulpian et Westphal, n'avaient pas donné de résultats décisifs. Gela tient, vous allez le reconnaître, à des circonstances qu'on ne pouvait prévoir tout d'abord. La moelle épinière du chien (sujet de la plupart des expériences de ce genre), bien que faite sur le modèle de la moelle de l'homme, s'en distingue cependant par quelques particularités anatomiques dont je vais vous faire saisir les traits principaux, en exposant les travaux du dernier auteur qui ait écrit sur les dégénérations secondaires expérimentales.
Il s'agit des recherches de M. SchiefFerdecker, publiées dans les Archives de Virchow pour 1876. L'auteur a eu à sa disposition une centaine de chiens qui avaient servi aux expériences de MM. Goltz et Frensberg ; c'est là un matériel tout à fait exceptionnel, non seulement en raison du nombre^ mais encore en raison de la qualité des sujets. Èn elfet, ces animaux chez lesquels la moelle avait été coupée en travers au niveau de la 12^ vertèbre dorsale, contrairement à ce qui a lieu, en général, à la suite d'une semblable mutilation, avaient pu, à force de soins, être conservés pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs mois. L'examen est fait, après la mort, sur des coupes durcies et l'on étudie successivement les dégénérations ascendantes et les dégénérations descendantes. Voici, en quelques mots, les principaux résultats obtenus.
En premier lieu, la dégénération est un fait constant : absolument comme dans le cas de nerfs spinaux sectionnés. — L'apparition des premières traces' du processus morbide a pu être fixée, comme date, avec une assez grande exactitude. Dans la première semaine, déjà, on en reconnaît souvent le?