LÉSIONS DESTRUCTIVES DE LA CAPSULE INTERNE
pu présenter, un tel malade, s'il a résisté à ce qu'on appelle les phénomènes de choc, pourra guérir, c'est-à-dire pourra tôt ou tard recouvrer la presque intégrité de ses mouvements.
Mais, d'autre part, ce foyer peut s'agrandir ; il peuts'étendre suivant la direction des artérioles, couper en travers la capsule interne, et, enfin, pénétrer dans la cavité ventriculaire. Si un tel accident se produit, le cas est des plus graves ; le malade succombe le plus habituellement, et par là même la question se trouve résolue.
Si l'inondation ventriculaire n'a pas eu lieu, si seulement les fibres de la capsule ont été déchirées, pour peu que la déchirure porte sur celles de ces fibres qui appartiennent au faisceau pyramidal, le cas est encore des plus sérieux ; non pas en ce qui concerne la vie du malade qui, par ce fait, n'est point menacée, mais en ce qui concerne le retour du mouvement dans les membres frappés d'hémiplégie. Très certainement, alors, l'intégrité de ces mouvements est définitivement compromise.
C'est qu'en effet. Messieurs, une telle lésion destructive entraîne nécessairement le développement d'une lésion spinale descendante, qui, elle, à son tour, ainsi que nous allons le montrer, entretient fatalement la persistance indéfinie plus ou moins complète de l'impuissance motrice dans les membres paralysés.
Ainsi, vous le voyez, quelques millimètres de plus ou de moins dans l'étendue de la lésion, suivant une certaine direction, ne sont pas ici chose indifférente. Tant que les fibres du faisceau pyramidal sont épargnées, quelle que soit l'étendue du foyer, le mal est réparable. Une l'est plus ou ne l'est guère si les fibres de ce faisceau ont été non pas seulement comprimées, mais détruites sur un point de leur trajet. Tel est le résumé de la situation.
l'HUDllOMKS m: la CONTlUCTURlC TAUDIVIC
^ C'en est assez pour le côté anatomo-pathologiqué. La question s'offre h nous actuellement dans les termes suivants. Estil possible de reconnaître cliniqiiement^ à de certains caractères, chez des individus frappés d'hémiplégie depuis quatorze DU qumze jours, que le faisceau pyramidal a été détruit sur un point de son parcours, ou, autrement dit, la dégénération secondaire se révèle-t-elle par des symptômes qui lui sont propres ?
Oii peut. Messieurs, répondre par l'affirmative. Il est certain que l'existence des dégénérations secondaires, dans les conditions que nous avons supposées, peut être habituellement reconnue. Le grand symptôme révélateur, dans l'espèce, est cet ensemble de phénomènes que l'on désigne vulgairement sous le nom de contracture tardive des hémiplégiques. Il nous faudra donc porter toute notre attention sur ce symptôme remarquable. Mais il ne se manisfeste habituellement, d'une façon an peu décisive, que vers le deuxième ou le troisième mois après l'attaque. Faudra-t-il attendre, pour se prononcer, que ce terme soit révolu ? N'existe-t-il pas, dans la symptomatologie des hémiplégies apoplectiques, des indices moins tardifs, capables de révéler l'existence des lésions spinales consécutives ?
En réalité, Messieurs, la période des contractures tardives dans l'hémiplégie incurable est précédée par une période prodromique durant laquelle on observe certains phénomènes qui, s'ils ne permettent pas d'affirmer à coup sur l'existence de la dégénération, en rendent au moins la présence très vraisemblable. Seulement, l'apparition de ces phénomènes doit être provoquée par l'observateur. Ce sont des signes
TllÉPIDATION SPINALE ûUd
qu'il faut apprendre à mettre en évidence ; ils ne se révèlent que par la mise en œuvre de certaines pratiques. Aujourd 'liu je me bornerai à vous rappeler que l'un d'eux, le plus anciennement introduit dans la sémiotique neuro-pathologique, est connu en France sous le nom de trépidation provoquée, d'épilepsie spinale provoquée. Les auteurs allemands Tappelent le phénomène du pied (Fussphœnomen), ou. encore le clonus du pied.
Mais c'est là un signe qui appartient à la clinique française. Dès 1863, ainsi qu'en témoignent des observations qui datent de cette époque, il était journellement mis à profit dans les services de la Salpêtrière, par M. Vulpian, par moi-même et par nos élèves. Depuis lors, nous n^avons jamais cessé d'étudier cè phénomène dàiis ses relations avec les différentes affections dès centres nerveux et d'en chercher la signification. Ainsi, j'ai montré depuis longtemps qu'il fait habituellement défaut dans l'impuissance motrice liée aU tabès ataxiqUe, à la paralysie de cause cérébrale OU spinale de l'enfance et encore dans d'autres états dU même genre, tandis qu'il ne manque jamais dans les paralysies de cause cérébrale ou spinale dans lesquelles la contracture existe ou tend à s'établir (1).
Voici, au demeurant, en quoi consiste ce phénomène. Quand on soulève le membre inférieur paralysé d'un hémiplégique, en plaçant une main sous le jarret de façon que la jambe du malade soit abandonnée à elle-même, ballante, si, â l'aide de l'autre main, on relève brusquement la pointe du pied, immédiatement on provoque une série de secousses dont l^ensemble constitue Une sorte de niouvement rhytmè, de tremblement à oscillations plus OU moins régulières ou persistantes,
La trépidation spinale offre doutant plus d'intérêt dans la
(1) Dubois. — Thèse de Paris, 1868* • ■ »
PHÉNOMÈNE DU PIED
règle, qu'il n'en existe pas trace à l'état normal. Ainsi M. Berger (1), sur 1,400 sujets sains en apparence (des soldats pour la plupart), qu'il a observés à cet effet, ne l'a rencontrée que trois lois. Je répéterai encore à dessein que, dans le domaine pathologique, ce n'est pas un phénomène banal, puisque dans certaines affections spinales il fait défaut, tandis que dans d'autres il est de règle qu'il soitprésent. C'est, en somme, un des caractères du groupe des paralysies spasmodiques ; elles hémiplégies centrales avec dégénération secondaire des faisceaux pyramidaux appartiennent à cette catégorie.
Quand la contracture tardive s'est produite, il est à peu près constant. Mais il la précède souvent de plusieurs semaines. Chez une malade actuellement couchée dans Tinfirmerie de la Salpêtrière , il a commencé à se manisfester huit jours après l'at- . taque, et quinze jours plus tard la rigidité du membre inférieur inaugurait peu à peu la série des accidents spasmodiques. Chez une autre malade, il n'a paru qu'un mois après l'attaque et la raideur musculaire a commencé à paraître dans le cours du deuxième mois. M. Déjerine a fait voir récemment que ce symptôme se révèle parfois dans les deux membres inférieurs, et nous verrons qu'il en est quelquefois de même de la contracture.
Chez les hémiplégiques qui jouissent encore de quelques mouvements, cette même trépidation, qui s'étend dans certains cas au membre tout entier, peut aussi se manifester à l'occasion, d'un mouvement volontaire.
Il s'agit là d'un phénomène réflexe ; je me propose d'ailleurs de le démontrer plus au long dans la suite. Qu'il suffise, pour le moment, de vous faire remarquer que son intensité est provoquée par l'emploi de la strychnine, atténuée au contraire, d'après M. 0. Berger du moins, par celle de l'opium.
(1) Arch. d. lieiik., 1879, n» 4.