CERVEAU ET MOELLE I DIPPÉRENCES PATHOLOGIQUES
Je viens d'éiumiérer, Messieurs, les causes anaLomiques des affections organiques les plus vulgaires de l'encéphale.
C. Si nous nous reportons maintenant à la moelle épinière et au bulbe, nous avons à signaler, avec l'encéphale, un contraste remarquable. L'hémorrhagie par rupture vasculaire, dépendant elle-même de ^altération bien connue sous le nom à'anévrysmes miliaires, le ramollissement consécutif au rétrécissement artériel,, soit qu'il s'agisse de la thrombose, soit qu'il s'agisse de l'embolie, sont choses à peu près ignorées dans la moelle épinière.
Le bulbe établit pour ainsi dire la transition entre la moelle épinière et l'encéphale, car là on note, d'une part, des lésions systématiques qui rappellent ce qu'on voit dans la moelle et, d'autre part, un certain nombre d'hémorrhagies et d'ischémies ou de ramollissements, déterminées par des lésions vasculaires.Ces dernières affections s'accusent plus encore dans la protubérance, dont la pathologie, par ce côté^ se rapproche plus étroitement de celle de l'encéphale. L'hémorrhagie par rupture d'anévrysme mihaire et le ramollissement par oblitération vasculaire y sont des accidents vulgaires.
D. Ces considérations. Messieurs, nous conduisent naturellement à comprendre que la raison des localisations anatowz'^ifes les plus communes dans l'encéphale devra être cherchée surtout dans le mode de distribution des vaisseaux. Car le vaisseau primitivement lésé étant connu, on pourra en déduire, comme l'a dit excellemment M. Lépine, la configuration et les limites du territoire intéressé.
Nous sommes ainsi amené à rentrer encore une fois dans le domaine de l'anatomie normale, pour vous présenter quelques vues d'ensemble relatives h la vascularisation de l'encéphale. C'est là. Messieurs, je n'hésite pas à le dire, un sujet tout à
Ciiaucot. Œuvres complètes, t. iv, Localisations. 4
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fait digne de votre iiilérôl, d'autant mieux que toutes les questions qui y louchent ont été profondément remaniées par des études auxquelles notre pays, tant s'en faut, n'est pas demeuré étranger.
11 nous suffira, pour le moment, d'enyisager le système artériel, bien que les lésions du système veineux aient, elles aussi, une influence marquée sur le développement des ;i!lcrations encéphaliques. Le but prochain est de vous montrer, par quelques exemples, jusqu'à quel point une connaissance approfondie des conditions normales de la circulation du cerveau est nécessaire à l'intelligence d'un bon nombre de lésions anatomiques dont cette partie des centres nerveux peut être le siège.
Vous vous souvenez comment les gros troncs artériels, les deux carotides internes et les deux vertébrales, concourent à la formation de la circulation artérielle de la base de l'encéphale (1).
Les carotides internes, à leur sortie des sinus caverneux, venconirent perpendiculairement la base du cerveau, et, immédiatement, se divisent en deux branches: l'une, antérieure,
(1) On sait que les ramollissements et les hémorrhagies du cerveau sont beaucoup plus fréquents à gauche qu'à droite. M. Duret, dans son mémoire, croit avoir trouvé l'explication de ce fait dans les dispositions anatomiques, que présentent, à leur origine, la carotide primitive et la vertélDrale du côté gauche. La carotide droite vient du tronc innominé, gui s'incline sur la crosse de Vaorle, tandis que la carotide gauche monte presque perpendidulairement, et son axe se continue directement avec celui de la portion verticale ou ascendante de l'aorte, lien résulte qu'un caillot, lancé dans l'aorlc par une contraction du cœur, y pénètre directement. — La vertébrale droite nait de la sous clavicre, après qu'elle a décrit sa courbe, quand elle est horizontale ; la vertébrale gauche, au contraire, prend son origine sur le sommet de la courbe de la sousolavière,
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est la cérébrale antérieure ; l'aLUre, qui se dirige laLéralement, porte le nom d'artère sylvienne ou cérébrale moijenne. [Fig. 8, S.). Une anastomose transversale {communicante antérieure) réunit, près de leur origine, les deux cérébrales antérieures, et associe d'une façon plus ou moins complète,
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Fiff. 8. — Schéma de la circulation artérielle de la base de l'encéphale. — C,C, cai'ûUdes iiilernes.— GA, cérébrale antérieure. — S, S, Artères deSylvius. — V, V, vertébrales. — B, tronc basilaire. — CP, CP, cérébrales postérieures. — 1, 2, .S, .3, 4, 4, groupes des artères nourricières. — La ligne ponctuée ---circonscrit lo cercle ganglionnaire.
la circulation de chacune des carotides internes. Cette disposition vasculaire,créeun système spécial, auquel on peut donner le nom du système antérieur ou système carotidi en. Les vertébrales fV, V), dirigées obliquement d'arrière en
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avant,, convergent vers la ligne médiane et s'unissent en un seul tronc, le ^?"onc basilaire {B). Celui-ci, vers le bord antérieur de la protubérance, se divise en deux branches, qu'on appelle les cérébrales postérieures (GP). Ainsi se trouve constitué un second système artériel, le système postérieur ou ve?^téhral.
Le système carotidien et le système vertébral, unis par deux anastomoses très variable dans leur volume et leur disposition (1), communicantes postérieures, îovmQni, à la base de l'encéphale, un cercle vasculaire connu de tous les anatomistes sous le nom d'hexagone, ou mieux de polygone de Willis.
Àux angles antérieurs du polygone de Willis, on voit les deux cérébrales antérieurs ; des angles antéro-latéraux partent, en se dirigeant en dehors, les deux sylviennes; enfin, l'angle postérieur est formé par les cérébrales postérieures. C'est du cercle de Willis et des deux premiers centimètres de ces divers troncs artériels que naissent les artères nourricières des ganglions centraux : corps striés et couches optiques.
Ces artères nourricières forment six groupes principaux : ^
Le premier — groupe médian-antérieur, I, — a son origine dansla communicante antérieure et dans le commencement des cérébrales antérieures. Les artérioles qui le composent nourrissent la partie antérieure de la tête du noyau caudé.
Le second — groupe médian postérieur, 2, — vient de la moitié postérieure des communicantes postérieures et de l'orio'ine des cérébrales postérieures. Il nourrit les faces internes
li) M Durci a attiré l'alle.ilion sur les variations fréquentes et sur les anomalies du cercle de Willis el des communicantes. Souvent cclles-c. soûl i formes et loul îi fait insuinsanles îi rétablir le cours du sang dans le cas d ob lération. Certaines anomalies expliquent aussi les cas de ramollissemen d un hémispbère entier par un caillot oblitérant la carotide interne près de sa biluication.
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des couches optiques et Jes parois du troisième ventricule.
Le troisième et le quatrième — groupes antcro-latérauœ droit et gauche, 3,3 — , composés d'un nombre d'artérioles beaucoup plus considérables, qui naissent de la sylvienne, vascularisent les corps striés et la partie antériewe de la couche optique.
Le cinquième et le sixième — groupes postéro-latérauœ, 4, 4 — , sont fournis par les cérébrales postérieures après qu'elles ont contourné les pédoncules cérébraux; ils nourrissent une grande partie des couches optiques.
Une ligne circulaire, tracée à deux centimètres du polygone de Willis, et l'entourant complètement, limiterait la région d'origine des artères ganglionnaires. On décrirait ainsi un cercle ganglionnaire, dans lequel serait compris le cercle de WilHs. (Fig. 8).
Les régions corticales (circonvolutions des deux hémisphères cérébraux) sont irriguées par les grosses artères que nous avons vu former les angles et les côtés du polygone de Willis.
La cérébrale antérieure contourne le corps calleux et se répand sur une partie de la face inférieure du lobe antérieur ou frontal (ggrus reclus et circonvolutions supra-orhitales) et sur une bonne portion de la face interne de l'hémisphère. [Première et .deuxième circonvolutions frontales; lobule paracentral; lobule quadrilatère ou avant-coin).
La cérébrale postérieure, née de la basilaire, entoure le pédoncule cérébral correspondant^ et se divise en trois branches, qui vont à la face inférieure du cerveau et au lobe occipital {gyrus uncinatus , circonvolution de l'hippocampe ; deitxièm.e, troisième et quatrième circonvohctions temporales; coin; lobioluslingualis).
artère sylvienne se distribue à la partie du lobe frontal qui n'est pas vascularisée parla cérébrale antérieure, et sur
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toute l'étendue du lobepariétal. 11 nous sera nécessaire, plus tard, d'exposer en détail la distribution de chacune des quatre branches de cette artère importante et de décrire exactement leurs territoires vasculaires.
Telle est la distribution générale des artères qui se rendent sur les faces interne, externe et inférieure du cerveau. Pour savoir comment s'effectue la distribution intérieure des territoires vasculaires, il faut recourir à des coupes. Ainsi, sur une coupe pratiquée dans le domaine de l'artère sylvienne, la circulation des noyaux gris paraît confondue avec celle de l'écorce grise et des noyaux blancs sous-jacents: mais c'est là une illusion, ainsi que nous le démontrerons dans la prochaine leçon.