‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 147 sur 232 · TEMPÉRATURE NORMALE DE» VIEILLARDS · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE NORMALE DE» VIEILLARDS

mence à se manifesler vers l'âge de Irente-cinq ans, et acquiert son maximum de soixante-cinq à soixante-quinze ans. On admet, en général, en outre, que le mouvement nutritif de composition et de décomposition est également amoindri à cet âge; mais je ne sache pas que, sur ce dernier point, on ait jamais entrepris de recherches décisives. Quoi qu'il en soit. Messieurs, chose remarquable, malgré ces circonstances P évidemment favorables, la température n'éprouve, par les progrès de l'oge, aucune modip.cation appréciable^ 37°, 2, 37°, 5, rarement 38, au rectum, et tantôt un peu moins, tantôt un peu plus de 1 degré au-dessous de ce chiffre, dans l'aisselle; telle est, d'après les recherches très nombreuses que j'ai faites à ce sujet, la température normale du vieillard,' jusqu'aux extrêmes limites de la vie.

DeHaen, autrefois et, dans ces derniers temps, V. Baerensprung, ont avancé que, chez les gens très âgés, la température se tient au-dessus de ces chiffres. Je crois qu'il n'en est ainsi que dans des cas exceptionnels; j'ai présenté ici, il y a trois ans, dans une de ces conférences, une femme plus que centenaire, et jouissant d'une excellente santé; elle offrait habituellement, dans l'aisselle, une température de 37° et 38 au rectum. Je n'ai pas souvent retrouvé, depuis lors, cette température de 38" comme représentant l'état normal, même chez des sujets parvenus aux dernières limites de l'âge sénile.

Ainsi, en résumé, la température centrale est la même chez les vieillards que chez l'adulte; j'ajouterai qn'elle présente dans les deux cas, la même fixité, et qu'elle ne s'émeut d'une manière un peu sensible, même temporairement, que flans l'état pathologique.

Comment comprendre que chez les vieillards on trouve la température normale au moins aussi élevée que chez l'adulte alors que, dans l'âge sénile, les fonctions de nutrition sont

300 TIIERMOMÉTRIE AXIUAIRE ET RECTALE

éviclerameiU affaiblies ? 11 faul, sans cloute, invoquer ici, surtout l'état de la peau qui, clicz les vieillards, présente un appauvrissement notable du réseau des vaisseaux capillaires sanguins, et en même temps une activité secrétoire bien moindre que chez l'adulte ; les vieillards produisent vraisemblablement moins de chaleur que l'adulte, mais ils en perdent moins, soit par la peau, soit par les voies pulmonaires, et ainsi s'établit la compensation.

B. Tliermométrie axillaire et thermométrie rectale chez les vieillards. — Je ne saurais quitter le sujet sur lequel nous venons de nous arrêter sans vous dire quelques mots de la thermométrie pratiquée dans l'aisselle comparée à celle des cavités naturelles, et en particulier du rectum, chez les vieillards. Vous nous entendrez souvent parler de la température du rectum, et c'est en effet cette cavité naturelle que nous choisissons toujours de préférence pour lieu de nos explorations thermométriques chez les sujets âgés. Nous vous devons de vous faire connaître les raisons qui, dès le début de nos études sur ce sujet, c'est-à-dire depuis près de 7 ans, nous ont déterminé à ce choix qui, au premier abord, pourrait paraître singulier.

Messieurs, il est facile de constater, et chacun reconnaît que la température prise dans l'aisselle est toujours inférieure à celle qui est accusée par l'exploration rectale; l'aisselle, au point de vue de la température, se rapproche de la surface | du corps ; le rectum représente les viscères intérieurs. A la vérité, chez l'adulte, la différence entre la température de ces deux localités, outre qu'elle est, en général, très minimise montre toujours presque proportionnelle. Mais il n'en est pas de même chez les vieillards où l'écart se montre tantôt considérable, dépassant, par exemple, un degré, tantôt beaucoup moins accusé, suivant les circonstances les plus variées.

IhERMOMÉTiUË AXILLAJUE ET llECTALE 301

Ainsi, chez les vieillards, la LempéraUire centrale présente seule de la fixité, la température axillaire offre au contraire, comme celle du tégument externe, bien qu'à un degré moindre, une mobilité extrême.

Mais c'est surtout dans l'état pathologique, et en particulier ^ dans l'état fébrile, que se révèle dans tout son jour le désac- B cord qui existe entre la température centrale et la température extérieure, dans l'âge sénile. Je vous présente un H tableau relatif à un cas de pneumonie lobaire observée chez une femme âgée de soixante-cinq ans; vous voyez que la courbe des températures rectales et celle des températures axillaires, bien qu'à peu près parallèles, d'une façon très générale, s'écartent cependant l'une de l'autre, sur divers points, de la manière la plus irrégulière.

Vous voyez même, à plusieurs reprises, les oscillations que présentent les deux courbes se faire en sens inverse. Ainsi, le cinquième jour de la maladie, le matin, dans le temps même où la température de l'aisselle marquait 37 degrés seulement, celle du rectum s'élevait à 40% 2, différence de plus de 3 degrés. Le soir, les deux courbes se sont rapprochées, et l'écart n'était plus que de 1 degré. Le sixième jour, il est un moment où les deux courbes se touchent presque ; mais le lendemain, elles se sont de nouveau très notablement écartées. Chez cette malade, il y avait eu diarrhée incoercible et, à plusieurs reprises des symptômes de collapsus marqué par un refroidissement très notable du tégument externe. J'aurai à revenir plus tard sur la signification de ces symptômes de collapsus, qu'il est assez commun d'observer dans le cours des maladies aiguës des vieillards; qu'il me suffise pour le moment de faire ressortir que le désaccord éclatant que nous constatons dans ce cas, pris pour exemple, entre les données fournies par les courbes axillaire et rectale, se rencontre très fréquemment dans la clinique des sujets âgés.

Page 1