‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 149 sur 232 · TEMPÉRATURES BASSES, MOYENNES, ÉLEVÉES · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURES BASSES, MOYENNES, ÉLEVÉES

je puis l'affirmer, avec toute leur signification chez le vieillard, seulement on peut dire qu'à 41 degrés centigrades, chez lui, la situation est déjà des plus critiques.

Si l'élévation de la température centrale au-dessus d'un certain point annonce par elle-même et indépendamment des circonstances concomitantes, un très grand danger, à son tour l'abaissement au-dessous du taux normal^ lorsqu'il atteint un certain niveau, 35 degrés par exemple, (je ne garantis ce chiffre que pour les vieillards), dévoile lui aussi un cas des plus graves.

Vous le voyez, Messieurs, il existe des limites à peu près fixes que la la température semble ne pas pouvoir dépasser sans que l'existence du malade ne soit très fortement compromise. Les températures qui franchissent ces deux limites sont rares, exceptionnelles, et elles indiquent, à coup sûr, une terminaison fatale.

Il ne saurait vous échapper, que déjà la thermomôtrie nous fournit là, au moins pour le pronostic, un signe de la plus haute importance, puisque sa signification est pour ainsi dire absolue. Nous aurons bien des fois l'occasion de vous signaler des applications tout aussi remarquables.

b. Des températures fébriles basses, moyennes, élevées chez le vieillard. —On peut dire d'une manière générale que, chez le vieillard comme chez l'adulte, une température qui s'élève peu au-dessus de 38 degrés, répond à une fièvre légère (température sub-fébrile) ; au-dessous de 39», 5, elle est d'intensité modérée; entre 39°, 5 et 40 degrés, elle estintense; au-dessus de 40 degrés, elle est très iniense {tempéraitire hyperpyrétigite).

Ces données, comme les précédentes, s'appliquent aussi bien aux vieillards qu'aux adultes ; car sous le rapport du taux que la température peut atteindre dans l'état fébrile , ceux-là peuvent ne le céder en rien à ceux-ci. C'est un point que je

304 T15MPÉUATURES lÏLliVÉES

me suis ellbrcé d'établir dans le temps, et que mes recherches ultérieures n'ont fait que confirmer. {De l'élal fébrile chez les vieillards). (Voir plus haut p. d5).

Toutefois, Messieurs, — il importe que vous le remarquiez, — dans cette assimilation que j'établis, au point de vue des températures fébriles, entre l'adulte et le vieillard, j'entends ne parler que des sujets valides, ou autrement dit, libres de toute maladie antérieure, de tout état cachectique, au moment où l'état fébrile s'est développé, car il est certain que chez les sujets préalablement affaiblis, quel que soit l'âge, la température, même lorsqu'il s'agit d'une maladie dont le caractère est de produire habituellement une fièvre intense, peut ne pas s'élever pendant tout le cours de l'affection au-dessus des températures fébriles moyennes, 39 degrés, 39", 5, bien que le cas soit des plus graves et se termine par la mort. Maisje le répète et c'est là un point de la plus haute importance, à mon avis, ceite faiblesse relative de la réaction thermique n'est pas un caractère de l'âge sénile.

Je vous présente deux courbes thermométriques que je veux mettre en parallèle : l'une concerne une femme de soixantequinze ans, faible et cachectique, atteinte de pneumonie lobaire ; les maxima au plus fort de la maladie n'ont dépassé qu'une seule fois 39", 5 ; — l'autre est également relative àun cas de pneumonie survenue chez une femme âgée d'environ cinquante ans et jeune par conséquent, du moins relativement, mais atteinte d'un carcinome utérin, très avancé, et profondément cachectique. Les maxima n'ont jamais atteint 40 degrés ; ils se sont tenus à 39", S, ou au-dessous. Cette malade, comme la précédente, a succombé en défervescence, ainsi que cela a lieu le plus souvent dans les cas de ce genre. Vous voyez comment ces deux tracés recueillis chez des sujets d'âge très différent sont cependant analogues sous tous les rapports. Voici mai'ntenant la contre-partie de cette démonstration :

DANOmt DES l'EMPÉRATUnlîS ÉLKlVKlît; 308

les trois courbes que je vous présente actuellement sont relatives à trois sujets, dont l'un est un enfant de trois ans (Ziemssen), le deuxième un homme de trente-huit ans (Wunderlich), le troisième une femme de soixante-quinze ans, observée dans cet hospice. Toutes trois se rapportent à la pneumonie lobaire ; vous le voyez, des analogies frappantes les rapprochent, et vous auriez, si vous n'étiez pas prévenus, grand peine à les distinguer l'une de l'autre. Aussi, lorsque Wunderlich {loc. cit.) avance qu'à la seule inspection d'une courbe thermométrique, on peut reconnaître l'âge du sujet en ce que dans l'âge avancé les maxima se tiennent à un taux relativement inférieur, la proposition ne me paraît-elle pas parfaitement exacte. Tout au plus pourraît-on reconnaître ainsi, qu'il s'est agi d'un sujet robuste, ou au contraire d'un individu préalablement débilité.

c. Du danger des températures élevées soutenues pendant plusieurs Jours chez les vieillards. — Voici maintenant un troisième point : une température hyperpyrétique, 45°, S, peut se montrer, sans que le cas soit grave, pourvu qu'elle ne persiste au même taux que pendant un très court espace de temps, comme dans un accès de fièvre intermittente, par exemple, ou d'dnsla pneu?7iOîiie ab or tive (i). Mais si de telles températures se maintiennent pendant une série de plusieurs jours, prescpe sans interruption, comme cela a lieu dans une maladie à type continu, la pneumonie lobaire par exemple, le cas est très grave. Ce que j'avance est fondé sur les nombreuses observations que j'ai pu faire à ce sujet relativement à la pneumonie des vieillards ; mais il me semble établi qu'il en est à peu près de môme aux autres époques de la vie. Quoi-

1. Voir: Gluircol. — Œuvres complètes, lome V, Maladies des poumons nie, p. 631.

CiiARcoT. Œuv. compl. X. vu. Malaâ. des Vieillards. 20

3û6 DANGER DES TEMPÉRAl'UllES lÏLEVliES

qu'il en soit, dans la plupart des cas de pneumonie lobaiie observés à la Salpétrière, et où, pendant la période d'état, les maxima ont plusieurs fois dépassé 40", l], la mort est survenue ; au contraire lorsqu'ils se sont maintenus à 40" et audessous, la guérison a été fréquente.

N'allez pas conclure de là que chez les vieillards, toutes les pneumonies dans lesquelles la température se maintient à un taux relativement peu élevé sont bénignes. Loin de là, vous le savez déjà, beaucoup, la plupart peut-être des pneumonies de basse température comme nous avons coutume de les appeler, sont remarquables par leur létlialité. Mais c'est un point sur lequel nous devons revenir plusieurs fois dans la suite.

La raison du danger des températures élevées, dans la fièvre. — Vous avez reconnu l'importance toute pratique des faits qui viennent d'être énoncés, mais nous ne les connaissons encore cependant que comme résultat d'une étude purement empirique et faite en dehors de toute préoccupation théorique. L'intérêt qu'ils vous inspirent déjà s'accroîtrait encore très certainement s'il nous était donné d'en pénétrer la raison physiologique. Pourquoi, en effet, ces limites étroites, tracées sur l'échelk thermométrique, qui ne peuvent être atteintes sans que la vie soit très sérieusement compromise, et au-delà desquelles il ne reste plus d'espoir de sauver le malade ? Pourquoi la température, s'élevantàun taux fort en deçà de ces limites, mais persistant durant quelques jours sans rémissions sensibles, annoncent-elles un cas grave, quel que soit d'ailleurs le nom de la maladie?

Telles sont les questions qui se sont présentées à votre esprit. Nous ne saurions, dans l'état actuel de la science, y ré-

ÛANGEll DES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES 30?

pondre par une solution définiLive, rigoureuse; mais nous pouvons espérer iouL au moins, en nous appuyant sur les données de la physiologie pathologique et de la pathologie expérimentale, reconnaître dans quelle voie cette solution pourra être trouvée.

Reconnaissons, en premier lieu, que le trouble qui porte sur l'ensemble de l'économie, et qu'on nomme la fièvre, constitue un danger par lui-même, lorsqu'il est intense, indépendamment, en quelque sorte, de la cause qui la produit. Un malade est atteint de pneumonie, les fonctions respiratoires ne sont pas plus troublées que de coutume, en pareil cas, il n'y a pas de complication, et cependant, le malade succombe au milieu d'un appareil fébrile intense. L'autopsie est pratiquée, elle révèle l'existence d'une hépatisation lobaire que l'auscultation avait reconnue pendant la vie, mais qui est resté limitée à une si petite étendue d'un lobe pulmonaire, qu'il est impossible d'admettre que la lésion locale rende compte ici de l'issue fatale. Il me suffira de vous avoir cité cet exemple, car, grâce aux progrès de l'anatomie pathologique, le temps n'est plus où l'on pouvait croire, avec HofTmann, qne l'autopsie fait toujours découvrir, dans quelque organe, une lésion grossière qui explique la mort. C'est alors l'état général, et dans l'espèce, l'état fébrile qu'il faut accuser; mais quel est, au mibeu de ce trouble presque général de l'organisme, l'élément qu'il faut surtout incriminer ? Ceci nous conduit à entrer dans une digression.

L'état fébrile, avec son cortège de symptômes, les uns fondamentaux et essentiels, les autres accessoires : élévation de la température, accélération du pouls, troubles nerveux, est le résultat de phénomènes fort complexes, mais qui peuvent être ramenés cependant à un petit nombre d'éléments principaux.

Le point de départ paraît être une rapide métamorphose,

^08 CÀliSES bES TEMPlilUlUllES ÉLEVlîËS

OU mieux, une corabuslion exagérée du sang, des tissus, laquelle s'opère un peu partout dans l'organisme et qu'a suscitée l'action d'un poison morbide ou de toute autre cause.

L'élévation de la température centrale est un des résultats sensibles des actes de chimie intime, qui constitue cette combustion exagérée.

Les produits de cette combustion, déchets organiques, urée et matières extractives, s'accumulent dans le sang et circulent avec lui. Ils doivent, de toute nécessité, être rejetés au dehors, tôt ou tard, par les émonctoires naturels, car il n'y a pas place pour eux dans l'organisme.

Ajoutez que dans les cas de fièvre avec affection locale certains troubles qui résultent du fonctionnement normal de l'organe affecté, viennent se surajouter au désordre général qui produit la fièvre. Ainsi, dans la pneumonie double, dans la bronchite capillaire, l'hématose étant profondément entravée, il pourra y avoir anoxémie, accumulation d'acide carbonique dans le sang : ou, s'il s'agit de l'hépatite aiguë parenchymateuse (atrophie jaune aiguë du foie), par suite de la destruction rapide des éléments sécréteurs de l'organe, les matériaux destinés à former la bile, seront retenus dans le sang, et il y aura acholie. Mais je ne veux pas entrer dans le détail, et je m'en tiens aux faits les plus généraux.

D'où vient donc le danger de la fièvre? La consomption rapide des tissus, se produisant par une émaciation plus ou moins prononcée, par la diminution du poids du corps, par la prostration des forces, ne saurait être invoquée, du moins comme élément principal, que dans une maladie à évolution lente. Elle ne saurait jouer un rôle prédominant dans une fièvre à marche rapide, comme dans celle que détermine cette pneumonie lobaire que nous prenions tout-à-l'heure pour exemple.

La présence, dans l'économie, des déchets organiques.

Page 1