‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 150 sur 232 · CAUSES DES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES · texte numérisé non relu

CAUSES DES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES

produits de la consomption fébrile, constitue, sans doute, elle aussi, un danger sérieux, dans les cas oii l'excrétion de ces produits se fait mal. Nous trouvons là, en effet, les conditions d'une aiitotoxèmie ; car ces produits, à une certaine dose, sont pour la plupart délétères. Mais cette autotoxémie ne peut avoir lieu, comme d'ailleurs, la cliolémie et l'anoxémie, dont nous parlions tout à l'heure, que dans certains cas particuliers, auxquels nous ferons allusion par la suite. Elle se révèle, d'ailleurs, par des symptômes spéciaux qui n'appartiennent pas nécessairement à l'état fébrile, même le plus intense.

Reste donc l'élévation de la température. Serait-ce que les organes, les tissus soumis pendant un certain temps à ces températures extrêmes, que nous signalions à votre attention, subiraient, dans leur condition matérielle, des modifications assez profondes pour rendre, à un moment donné, leur fonctionnement impossible ? Dans cette hypothèse, l'élévation de la température, dans la fièvre, ne serait pas seulement un résultat, un symptôme ; elle serait encore la cause de désordres, parfois assez graves pour amener la mort.

Le vulgaire, qui, de la fièvre, ne connaît guère que la chaleur fébrile, admet, sans embarras, qu'une fièvre intense peut emporter le malade. Cette opinion populaire. Messieurs, ne doit pas être traitée avec dédain, car elle a été embrassée, dans une certaine mesure, par des maîtres dans l'art, Sydenham, Boerhaave, Van Swieten. De nos jours, elle a été reprise, et pour ainsi dire rajeunie par plusieurs auteurs recommandables, MM. Liebermeister {Ueber die Wirkimgen der fébrilen Temperatursteigerung. — Deutsches Arc/iiv, IB, d., 1866j, Niemeyer {Speciell. Patholog., T aufl., 1868), en Allemagne, Richardson, en Angleterre ; et les arguments que ces médecins ont fait valoir en sa faveur, nous paraissent dignes d'être pri3 en sérieuse considération {Med, Tm$s, May 1869),

dlv) CAUSES DES TEMPÉHATUHES ÉLEVIÎES

Les plus solides de ces arguments sont fournis par l'expérimentation. On peut, vous le savez, chez l'homme comme chez l'animal, élever artificiellement la température centrale, et produire par conséquent, un état au moins fort analogue à l'état fébrile. Les troubles qui se produisent, lorsque la température du corps s'est ainsi élevée à un certain niveau au-dessus du taux normal, rappellent les symptômes de la fièvre : ainsi, le pouls s'accélère, les mouvements de la respiration se précipitent ; il survient un malaise inexprimable, de la céphalalgie, des troubles nerveux divers, de l'agitation d'abord, puis une grande prostration des forces ; et si, dans le cas où il s'agit d'un animal, l'expérience est poussée très loin, il survient du coma, une résolution générale et bientôt la mort.

On sait, à la vérité, depuis les expériences célèbres de Blagden et de Dobson, que l'homme peut être soumis à des températures très élevées, même pendant un temps assez long, sans qu'il se produise chez lui un trouble très notable. Ainsi, M. Ricliardson a supporté récemment, dans un bain d'air sec, une température de deux cent douze degrés Fahrenheit (environ 100° centigrades), pendant près de vingt minutes, sans inconvénients. Mais cela n'est possible qu'à la condition expresse que, pendant l'expérience, la température centrale ne s'élève 'pas au-dessus d'un certain niveau, qui s'éloigne peu du taux normal. En pareil cas, vous ne l'ignorez pas, la surface pulmonaire et la peau sont le siège d'une déperdition énorme de calorique qui établit une compensation : aussi, est-ce seulement dans l'air sec que de telles expériences sont possibles. S'il s'agit d'un bain d'eau liquide, porté de quarante à quarante-quatre degrés, ou bien d'une atmosphère humide, alors même que la température ne s'élève pas au-dessus de 40 à 45 degrés, elles sont extrêmement périlleuses ; car, alors, on a vu la température du corps s'élever à 39, 40, 41 degrés

TKMPÉHATURES ÉLEVÉES MORTELLES 3'H

même, dans un cas observé par M. Barlels, et en même temps, il s'est produit des accidents graves presque immédiats, et qui ont pu faire craindre une issue fâcheuse.

C'est, d'ailleurs, dans des conditions semblables que se produit l'accident redoutable si connu des médecins de l'armée anglaise, dans l'Inde, sous le nom de coup de soleil, coup de chaleur, et qui s'observe même dans nos climats lorsqu'une armée est en marche, par un temps chaud et humide ; les malheureux frappés du coup de soleil sont parfois presque littéralement foudroyés, et l'on rapporte des cas de ce genre, où la température centrale, au moment de la mort, se serait élevée jusqu'à 44 degrés centigrades.

Mais revenons à l'expérimentation et considérons le cas oii elle est poussée jusqu'à la dernière limite. Il s'agit ici naturellement de l'animal. Or, Messieurs, toujours la mort a lieu, en pareil cas, lorsque la température centrale a dépassé de 4 ou 3 degrés létaux normal, chez l'animal mis en expérience, soit 45 degrés pour les mammifères, et elle survient d'une manière presque subite. Il y a donc, vous le voyez, pour chaque espèce d'animal un chiffre fatidique qui ne peut être atteint sans que la mort s'ensuive.

Gela rappelle ce que nous observions, tout à l'heure, chez l'homme, dans l'état pathologique. Vous ne l'avez pas oublié, vers 42 degrés, chez l'adulte (c'est-à-dire lorsque le taux normal a été dépassé d'environ S degrés), et un peu au-dessous de ce point, chez le vieillard, la mort est certaine, nécessaire ; et il devient par là au moins très vraisemblable que, dans ce dernier cas, comme lorsqu'il s'agit des animaux soumis à l'expérience, l'élévation extrême de la température centrale a été le grand agent de la terminaison fatale.

Mais quel est ici le mécanisme de la mort ? Les expériences de MM. Claude Bernard, Galliburcès, répétées par M. Panum,

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