‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 157 sur 232 · TEMPERATURE CUTAN15E ET CENTRALE · texte numérisé non relu

TEMPERATURE CUTAN15E ET CENTRALE

nécessairement pendant toute la durée de leur cours un abaissement de la température au-dessous du chiffre normal (1) ; de telle sorte que Valgidité centrale (c'est ainsi que nous désignerons l'état qui nous occupe), ne figure en général dans riiistoire des maladies, qu'à titre de phénomène épisodique, d'accident le plus souvent transitoire. Ajoutons qu'une signification des plus graves s'y attache fréquemment.

Peut-être plusieurs d'entre vous, songeant à l'un des symptômes les plus saillants du choléra asiatique, à ce refroidissement cadavérique des extrémités trouvent-ils bien absolue la proposition que je viens d'émettre. Mais la thermométrie ne s'arrête pas aux phénomènes extérieurs. Or, que nous apprendelle dans le choléra indien? Dans le stade algide, la température des extrémités s'abaisse, il est vrai, d'une manière remarquable au-dessous du taux habituel, moins toutefois que pourrait le faire croire la sensation éprouvée par la main de l'observateur. Aux mains, aux pieds, môme dans les cas les plus intenses, le thermomètre accuse le chiffre de 35, 31, 29". Mais pendant ce temps, contrairement à toutes les prévisions, et contrairement aussi aux renseignements fournis par la thermométrie axillaire, la température centrale ne varie pas en général. C'est là un fait dont j'ai commencé la démonstration lors de l'épidémie de 1866 (2), et qu'ont plus tard confirmé d'une manière éclatante les recherches entreprises sur une grande échelle en Allemagne, par M. Guterbock, en France, par mon collègue M. Lorain. Sur 74 cas, recueillis par ce der-

1. Depuis l'époque où cette leçon a été faite, nous avons publié plusieurs mémoires qui montrent que, dans Vurémie, la température centrale présente un abaissement régulier de la température. Voir aussi un exemple d'hypothermie par suite de pendaison. {Progrès mécL, 1887, t. VI, p. 214.). (B )

2. Noie sur la lempéralure du reclum dans le choléra 'asiatique. (Compte rendu des séances et mémoi. de la Soc. de Biologie, t. XVII 1865 p 197 ) Cette note a été reproduite à la page 159 du tome vin des Œuvres complètes

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nier auleur, qualro, fois la température du rectum est descendue à 35", une fois seulement h 34". Elle est montée dan» 5 cas jusqu'à 40". Et dans tous les autres cas elle a oscillé entre 37 et 38 degrés. Ainsi dans le choiera lui-môme, jusqu'ici considéré comme le type des maladies algides, le refroidissement est tout extérieur, il n'atteint pas les parties centrales du corps.

Il y a d'ailleurs un bon nombre d'état pathologiques en dehors du choléra dans lesquels on observe,à des degrés divers, ce désaccord entre la température des parties extérieures et celles des parties profondes. Dans certains cas d'agonie par exemple, il n'est pas rare de trouver le chiffre thermométrique élevé dans le rectum jusqu'aux limites hyperpyrétiques, alors que les extrémités sont froides. Et remarquons que le phénomène inverse ne se produit jamais. L'augmentation de chaleur des parties externes ne va pas jusqu'à dépasser le chiffre de la température centrale, si ce n'est peut-être dans un cas, celui d'une inflammation locale. John Simon avait conclu de ses expériences qu'une partie enflammée est un foyer où la température peut s'élever de quelques dixièmes de degré audessus de la température centrale. Les expériences récentes de Weber sont venues en effet confirmer ce résultat.

Lorsqu'il s'agit, non plus d'une inflammation, mais bien d'une simple hypérémie neuroparalytique, comme cela se voit dans certaines paralysies, ou encore dans le cours de certains états fébriles, dans la pneumonie par exemple, toujours le chiffre de la température des parties hypérémiées reste audessous du chiffre représentant la chaleur des parties profondes.

Mais revenons à Valgidité centrale. Je vous ai déjà dit qu'elle se montre très rarement d'une manière durable dan?

CAUSES DE l'aLGIDIIIÎ CEN'IUALE 333

le cours d'une maladie. Les quelques exemples de ce genre qu'on pourrait citer sont relatifs h des maladies chroniques. Au premier rang, on doit placer les affections cancéreuses, mais seulement dans certaines conditions. Lorsqu'il y a par exemple amaigrissement, consomption, inanition allant jusqu'au marasme. Aussi est-ce surtout dans les cancers gastriques et hépatiques qu'on observe cette algidité centrale. En dehors de ces circonstances, dans les formes les plus diverses, la température reste au taux normal, ou même il y a une légère élévation du chiffre thermique. C'est un fait dont nous nous sommes assurés, cette année, par l'observation d'un nombre assez considérable de femmes atteintes de cancer du sein, de l'utérus ou de la face.

Ces mêmes conditions d'inanition et de marasme peuvent se retrouver dans des maladies autres que le cancer; à ce propos on cite l'anémie profonde, le diabète et la plithisie dans certains cas. La température peut rester abaissée, pendant une période de temps souvent longue, à 36 degrés ou au-dessous, ce qui n'exclut pas, par moments, et surtout vers le soir une élévation relative de la température de 1 degré ou plus, laquelle se traduit parfois par un frisson. Dans ces circonstances, le poids du corps diminue progressivement et rapidement, bien que la température continue à s'abaisser jusqu'à la mort {Zehrfieher, 0. Weber).

C'est sans doute aussi par suite de l'inanition qu'un abaissement plus ou moins durable de la température a été observé (Wolff) assez fréquemment dans la folie subaiguë ou chronique, avec symptômes de dépression, principalement dans la mélancolie avec stupeur. Mais l'interprétation que nous proposons ne saurait s'appliquer à tous les cas de ce genre. Tout récemment, en effet, le docteur Lœwenhardt (de Sachsenber) a rapporté deux faits d'aliénation, dans lesquels on a observé au rectum les températures presque incroyables

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de 31, 32, 32**, 5, persistant pendant plusieurs semaines, sans que la nutrition parût souffrir notablement. L'un de ces malades était agité, l'autre érotique, et tous deux s'alimentaient suffisamment (1).

C'est surtout à titre d'incident survenant dans le cours des maladies aiguës, que l'algidité centrale est intéressante à étudier.

Et d'abord, recherchons les conditions principales qui déterminent, en pareil cas, cet abaissement de la température.

Un grand nombre de substances, employées à titre de médicaments, ont pour efTet d'amener une dépression plus ou moins profonde de la température centrale. C'est surtout lorsqu'ils sont pris à des doses élevées, se rapprochant des doses toxiques, et principalement aussi lorsqu'ils sont administrés dans le cours de l'état fébrile, que l'action de ces médicaments se montre dans toute son énergie. Ainsi agissent la digitale, le sulfate de quinine, le calomel et même l'alcool.

Mais lorsqu'ils sont administrés dans les conditions physiologiques, ils doivent être portés à des doses relativement énormes, pour produire un abaissement de quelques dixièmes de degré. C'est, par exemple, ce qui a Heu pour l'alcool (2).

Lorsque ces mêmes substances sont prises à des doses toxiques, elles déterminent pour la plupart un abaissement considérable de la température qui, peut-être, contribue pour une

1. Allgemeine Zeitschrift fur Psychiatrie. Berlin, 1868, 25, Bd, p. 685.

2. Sidncy Ringer. — The Influence of Alcohol, etc. {Lancet, 1866, 25, August. p. 208.) — L. C. Gell and Sidney Ringcr. The Influence of Quinine on the Température ofhuman Body in Health {The Lancet, 31 octobre 1868).

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