‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 158 sur 232 · ACTION DËS SUBSTANCES PUTRIDES · texte numérisé non relu

ACTION DËS SUBSTANCES PUTRIDES

bonne part, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, à déterminer la mort. Parmi les substances qui produisent ce résultat, nous citerons le chloroforme et Féther, l'alcool, l'opium, la belladone et la nicotine, le phosphore et la plupart des acides, les acides sulfurique, oxalique, cyanhydrique, etc. (1).

Il est intéressant de remarquer que si nombre de médicaments et de poisons ont le pouvoir d'abaisser la température centrale, un nombre très limité d'agents, au contraire, a le pouvoir inverse.

A peine pouvons-nous citer trois ou quatre substances, possédant la propriété d'exalter la chaleur animale. Tels sont : le café noir et fort, le thé (Lichtenfels et Frolicli), mais à un moindre degré, le musc (Wunderlich), et enfin le curare qui, suivant les recherches de MM. Voisin et Liouville, produit un véritable état fébrile dans lequel la température centrale peut s'élever jusqu'à 40 degrés.

Nous placerons ici l'étude des variations de température produites par l'action sur l'organisme des poisons morbides, des substances animales ou végétales en voie de putréfaction. La plupart des substances putrides introduites dans le sang, dans l'expérimentation physiologique, ont pour effet d'élever la température centrale, et de produire un véritable état fébrile avec frisson, accélération du pouls, perte de poids du corps, etc. Les expériences maintes et maintes fois répétées dans ces temps par Billroth, Weber, Fischer, Bergmann, et tant d'autres, ont donné à peu près toujours les mêmes résul-

1. Brown-Sequard. Société de biologie, t. I, p. 182, 1849. — H. Wyss. Cas d'empoisonnement par l'acide sulfurique [Archiv. der Heilkunde, 2^ Heft., 1869). — Mag-nan. Cas d'empoisonnement par l'alcool {Gazette des Hôpitaux, 1869, n" 82). — [A ces cas, nous ajouterons, ceux que nous avons communiqués à la. Société de biologie : Abaissement de la température centrale par le froid extérieur P- 1) ^

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luis; el Ton délermirie la fièvre non seulemenl par rinjecLioii de subslunces putrides, mais encore parcelle des produits de la métamorphose des tissus recueillis, par exemple, dans une plaie emflammée, alors môme qu'il n'existe aucune trace de putréfaction.

D'après les recherches modernes, vous le savez, la fièvre traumatique se produirait d'une manière analogue. Les liquides déversés à la surface des plaies et chargés des produits formés par la destruction des tissus, pénétreraient par diffusion, à travers les parois des lymphatiques et des veines, et se mêleraient au sang. C'est ainsi qu'ils développeraient l'état fébrile, en raison de ce pouvoir 'pyrofihie, dont l'expérimentation démontrait tout-à-l'heure l'existence.

L'expérimentation a également démontré qu'injecté dans les veines d'un animal sain, le sang provenant d'un animal fébricilant détermine la fièvre. Et il n'est pas jusqu'à une émission sanguine un peu forte qui, chez un individu sain, après avoir eu pour effet d'abaisser la température pendant un court espace de temps, ne produisent consécutivement un véritable état fébrile. Par suite de la diminution de tension survenue dans le système vasculaire, en conséquence de la spoliation, les produits de la métamorphose normale des tissus pénètrent tout à coup en grande abondance dans la circulation, et agissent à la manière des substances pyrogènes. Telle est, du moins, l'interprétation donnée par MM. Bergmann et Frese auteurs de ces expériences. {CentralbIcUt, 1869, n° 2).

Il paraît donc établi que la plupart des substances sepliques, contenues dans les liquides pathologiques, ont pour effet de déterminer la fièvre. Mais il est égalemènt vrai qu'un certain nombre de substances du même genre, ont sur l'organisme une action radicalement inverse.

Ainsi, par exemple, dans les expériences de Weber et de Billroth, l'injection de substances animales putréfiées, d'eau

ACriOiN l)i:S SUBSTANCES pumiitEs Xil

puli'ide^ a plusieurs fois déterminé une diminution très notable du taux de la température, suivie ordinairement peu après d'un état fébrile plus ou moins intense, mais persistant; d'autres fois, au contraire, s'aggravant môme progressivement jusqu'à la mort, laquelle, dans ce dernier cas, survient en général rapidement.

Il est difficile de prévoir, à coup stîr, quelle substance putride injectée dans le sang produira la fièvre, quelle autre, au contraire, déterminera l'algidité centrale, car sous ce nom de matières putrides ou septiques, on comprend des substances dont la constitution chimique est des plus variées. Il est au moins très vraisemblable qu'une même substance, qui, prise à un moment donné de la fermentation putride, aura produit la fièvre, pourra, si on l'emploie à une époque plus avancée du travail de décomposition, déteri^iner l'effet inverse, le refroidissement. Les principes dont la chimie peut déterminer la présence dans les matières en putréfaction varient, en effet, suivant la nature des matières qui leur ont donné naissance, et suivant les différentes phases de la fermentation putride. Or, parmi ces principes, il en est un certain nombre qui, injectés isolément dans le sang, ont pour effet d'abaisser la température du corps. Telles sont, d'après les expériences concordantes de Billroth, de Weber et de Bergmann : le carbonate d'ammoniaque, l'acide butyrique, l'acide sulfhydrique et le sulfhydrate d'ammoniaque. Si donc ces agents viennent à prédominer dans un liquide sur les substances pyrogônes, on comprend aisément quel sera l'effet produit sur l'organisme par l'injèction ou l'absorption d'un tel liquide.

Ces données empruntées à la pathologie expérimentale, nous donnent, croyons-nous, la clef d'un certain nombre de laits, en apparence contradictoires, observés dans la pathologie de l'homme.

Chaucot. Œuv. comiîl. ï. vu. Malad. des Vieillards. 22

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11 esL, en effet, des septicémies avec fièvre, d'autres avec algidité centrale. Parl'ois même ces deux états, en apparence opposés, peuvent se succéder chez un môme individu, sans que les conditions primordiales aient été en apparence modifiées.

Nous pourrions citer, à ce propos, ce qui s'observe dans les cas de gangrène traumatique ou spontanée, s'élendant aune grande partie d'un membre. Il est avéré, vous le savez, qu'alors même que la circulation du sang s'est complètement arrêtée dans un membre frappé de gangrène, et que des caillots se sont formés à la fois dans les artères et dans les veines, les parties spliacélées peuvent être une source d'infection. C'est ce que la clinique avait reconnu déjà ; mais l'expérience de Kussmaul a mis le fait dans tout son jour. Sous la peau d'un membre ainsi séparé, au moins en apparence, du reste de l'organisme, il a injecté une certaine quantité d'iodure de potassium, et quatre heures après, il retrouvait les traces d'iodure dans les urines. On ne saurait douter, d'après cela, que les substances putrides des parties spliacélées ne puissent, elles aussi, pénétrer dans le torrent circulatoire. Les phénomènes d'infection qu'elles déterminent alors, se révèlent tantôt par une fièvre intense, tantôt, au contraire, par l'algidité centrale. Nous observons fréquemment cette succession de phénomènes dans les cas de gangrène spontanée qui se produisent dans cet hospice, et qui résultent, en général, de l'oblitération athéromateuse ou par thrombose des troncs artériels principaux d'un membre. Si, en pareil cas, le malade résiste à l'infection pendant quelques jours, et, si surtout la gangrène revêt la forme humide, on peut voir la température centrale s'abaisser progressivement jusqu'à 35, 36 degrés; dans un cas même, nous l'avons vu descendre jusqu'à 34° 5. La mort survient en pareil cas, au

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