‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 191 sur 232 · LÉSIONS DES ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES ARTICULATIONS

Ica substance corticale qui constituent, dans ce cas particulier, les granulations de la maladie de Bright, on voit des tubes urinifères, presque complètement sains, possédant des cellules cpithéliales transparentes ou légèrement granuleuses.

Les glomérules de Malpighi sont généralement normaux ; il en est cependant qui offrent des granulations graisseuses dans la paroi de leurs artérioles.

Sur des coupes minces préalablement lavées au pinceau, on voit dans les trac tus qui séparent les canalicules urinifères de très nombreuses granulations graisseuses, situées, soit autour des noyaux, soit dans les noyaux eux-mêmes. C'est une altération athéromateuse du réseau capillaire du rein. Les gros troncs artériels sont sains.

Articulations. — En les examinant avant de les ouvrir, il aurait été difficile de savoir si elles étaient saines ou altérées ; elles n'étaient ni tuméfiées ni déformées, et la seule qui présentât un peu de roideur, était celle du gros orteil avec le métatarse. Nous avons ouvert les articulations métacarpo-phalangienues des deux mains, les fémoro-tibiales, et celles des gros orteils. Les premières étaient presque normales ; dans celles du pouce seulement, nous avons vu sur le cartilage et à la surface de la séreuse, de petits points blancs, crayeux. Dans les articulations du genou, qui contenaient une assez grande quantité de synovie épaisse et un peu louche, les cartilages articulaires des rotules étaient, dans la moitié environ de leur surface,le siège de semblables dépôts. Quelques-unes de ces petites plaques crayeuses étaient dépi'imées en capsules à leur centre et érodées. Les cartilages des condyles étaient moins malades. La synoviale était partout parsemée de petits points blancs adhérents. Les articulations malades au plus haut degré étaient les métatarso-phalangiennes des gros orteils. Là, les surfaces des cartilages étaient complètement incrustées, et l'incrustation s'étendait au tiers ou à la moitié de l'épaisseur du cartilage, tandis (ju'aux jointures précédentes, le dépôt de sels uriques était constitué par une couche très mince. La surface de ces dépôts

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était rugueuse et usée par place ; ils s'enfonçaient dans la profondeur du cartilage sous forme de cônes, dont le sommet répondait à la partie du cartilage en rapport avec l'os. Dans ces articulations, la synoviale était fortement injectée et d'un rouge de sang dans tous les points où elle était respectée par les incrustations de sels uratiques.

Vexamen microscopique nous a montré les mêmes lésions que dans l'observation précédente ; aussi nous n'y insisterons pas avec autant de détails. Dans les cartilages, l'incrustation des sels amorphes siégeait principalement dans l'intérieur des cellules cartilagineuses, et, à la périphérie de ces masses, s'enfonçaient de tous côtés dans la substance fondamentale du cartilage, les minces cristaux soyeux d'urate de soude. L'addition de l'acide acétique faisait apparaître des cellules cartilagineuses là où, avant la dissolution, on ne voyait qu'une masse opaque. La dissolution des dépôts dans les franges synoviales, dans les tissus fibreux et tendineux péi-i-articulaires était la même que dans l'observation relatée précédemment.

Ainsi, en résumé, un malade est pris d'attaques de goutte,, d'hypertrophie du cœur, puis de néphrite albumineuse ; il succombe aux progrès de la cachexie hydrémique. A son autopsie, on trouve les lésions caractéristiques de la goutte (dépôts d'urate de soude dans les cartilages), et de la maladie de Bright (troisième degré de M. Rayer) ; les reins présentent des traces de dépôts d'urate de soude. Il parait bien probable que, dans ce cas, le passage à diverses reprises dans les reins, d'une grande quantité d'urates, à la suite de chacune des attaques de goutte, ou dans l'intervalle des accès, a été la cause occasionnelle, l'épine qui a déterminé la production de l'affection rénale qui s'est montrée avec tout l'ensemble clinique et anatomique de la maladie de Bright. Les dépôts uratiques que nous avons trouvés dans le rein, à l'autopsie, étaient très peu abondants il est vrai ; mais on sait avec quelle

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