‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 202 sur 232 · RHUMATISME GÉNITAL · texte numérisé non relu

RHUMATISME GÉNITAL

snnle, puisqu'elle développe une forme morbide particulière, tantôt son rôle n'est qu'accessoire, puisqu'elle provoque le développement d'une maladie qu'une autre cause eût pu développer. Il peut se rencontrer, d'ailleurs, des espèces mixtes, bâtardes oii se trouvent combinées :

« 1° L'influence delà prédisposition rhumatismale;

« 2" L'influence de la cause spécifique, génitale ou autre ;

«3° Enfin, on peut observer des cas simples, purs, oii l'influence de l'une ou de l'autre de ces causes se dessine dans toute son originalité. »

iNOTES SUR L,\ GOUTTE

Notes annexées au Traité de la Goutte, de M. Garrod, traduit par M. A. Ollivier.

De Vaniiquilé du rhumaiisme et de la gouiie\ historique. — Le mot rhumaiisme, contrairement à une assertion qu'on s'étonne de voir formulée par Traites {Usus opii, etc., Vratislaviœ, 1757, sect. II; p. 301), se rencontre plusieurs fois dans les écrits des médecins de l'antiquité grecque ou latine. Mais il n'était pas usité alors dans le sens qu'on lui attribue exclusivement aujourd'hui ; il ne servait pas à spécifier un type morbide particulier, et on l'employait généralement pour désigner toute espèce de fluxion humorale pouvant survenir dans le cours des maladies les plus diverses, principalement lorsque cette fluxion se montrait accompagnée d'évacuations muqueuses ou pituiteuses. Les anciens, néanmoins, ont connu les afl"ections variées qu'on a rassemblées de nos jours sous le nom de rhumaiisme ; cela esL rendu au moins très vraisemblable, particulièrement en ce qui concerne le rhumatisme articulaire aigu, par quelques passages des écrits d'Hippocrate, d'Arétée surtout, de Cœlius Aurelianu? et d'Aëtius (voy. Fabricus,/?e rheumai. medic. vêler, fragmcnlo. Erlang., 1802). Toutefois, il est remarquable qu'on ne rencontre lù qu'une indication très sommaire et peu explicite de celle dernière maladie ; tandis que la goutte, au contraire, s'y trouve, ainsi que le fait remarquer M. Garrod, décrite presque niinu-

ARTHRITIS • 497

liousement parfois et présentée le plus souvent avec ses attributs pyniptomatiques et étiologiques les plus caractéristiques. Le contraste est frappant ; il a conduit plusieurs auteurs modernes (Hecker, Rede ueber die aufeinander Folge der Dxjskrasint in grosseren Zeiiraumen. in der med. Vereinzeiiung , 1837, n' Vi ; — Leupo. dt. Gesch. der Medicin. Berlin, 1863, p. 66) à penser que, dans l'antiquité, le rhumatisme articulaire était rare ou tout au moins ne sévissait pas au même degré que la goutte ; et déjà Sydenham avait émis une opinion fort analogue. Quoi qu'il en soit, les auteurs anciens ont toujours confondu la goutte et le rhumatisme articulaire dans une description commune, sous la dénomination d'arthriiis ou de maladie articulaire {ariicidorum passio) ; et il ne semble môme pas qu'aucun d'eux ait jamais songé à établir, entre les deux affections, une séparation tranchée. « Certains médecins », dit, à la vérité, Cœlius Aurelianus {Morb. chron., lib. V. cap. ii) « appellent là maladie arthritique un genre, et la podagre une espèce. » Mais il ajoute aussitôt que ces noms expriment uniquement une différence de siège et qu'ils n'ont pas d'importance dans la pratique. On pourrait, d'après cela, faire remonter jusqu'à l'antiquité la doctrine de l'identité, que professent encore aujourd'hui plusieurs médecins éminents à l'égard du rhumatisme et de la goutte, et mettre ainsi la tradition de son côté, s'il était permis de prêter aux anciens, relativement à la distinction des maladies, les vues systématiques qui, en réalité, n'appartiennent qu'aux modernes. L'antique description de Varthritis s'est transmise telle qu'elle, et sans avoir subi d'altération sensible jusqu'au temps de Baillou. Le premier, cet auteur a décrit, comme distincte de Varthritis, une affection à laquelle il a donné, on ne sait trop pour quelle raison, le nom de rhumatisme, nom qui reçut ainsi pour la première fois, une acception nosographique déterminée. Or, cette maladie qu'a décrite Baillou [Opéra omnia) Genev., 1762, t. IV, p. 314) et que Rivière {Opéra ntedic. Lugd., 16r2, p. 297), puis Sydenham, ont étudiée à nouveau, sous le môme nom, par la suite, correspond évidemment au rhumatisme articulaire aigu, tel que nous l'entendons aujourd'hui. CiiAKGOT. - CEuv. compl. ï. vn. Malad. des Vieillards. Sa

498 NOTES sim la coutte

En ce qui concej'ne le i-huiuatisiiie articulaire chronique, il serait diflicile do signaler, chez les anciens, des descriptions qui s'y rapportent incontestablement; mais il existe des preuves d'un autre ordre pour démontrer que cette affection existait, au moins dès le premier siècle de notre ère, chez les habitants du midi de l'Italie. Les fouilles entreprises, il y a quelques années, sur le sol qui couvre les ruines de Pompéi, ont mis à découvert des ossements humains, pour la plupart dans un étal de conservation parfaite, et dont la provenance ne peut être l'objet d'aucun doute. Parmi ces ossements, qui figurent aujourd'hui dans les divers musées de Naples, il en est un certain nombre qui portent encore les traces parfaitement reconnaissablés de diverses affections pathologiques. Or, quelques-unes . de ces altérations paraissent devoir être rapportées au rhumatisme articulaire chronique. On pourrait s'en convaincre en consultant les descriptions et en examinant les figures qu'a données M. le docteur délie Chiaje (de Naples), de quelquesunes de ces pièces ( Cenno analomico-paiologico sulle ossa umane scavaie in Pompei. Napoli, 1853. — Miscellanea anaiomico-pathologica, t. II, pl. lxxxiii, fîg. 6,7,8. Napoli, 1837). Ce sont là, si l'on peut ainsi dire, des monuments qui témoignent de Fanti quité du rhumatisme chronique, mieux encore que ne le pourraient faire quelques passages, plus ou moins équivoques, tirés des auteurs anciens.

— Sur la pathologie historique de la goutte, consulter un intéressant travail du docteur A. Corradi [délia odierna diminu zlone délia podagra. Rologna, 18G0) et l'excellent ouvrage d docteur A. Hirsch, de Danzig ( Handbucli der hisiorich-géographischen Pathologie, t. II, p. 572. Erlangen, 1859). (p. 5-6 de 1 traduction).

Hémorrhagies sous-cutanées dans la goutte. — Dans des cas, » la vérité assez rares, la coloration d'un pourpre sombre, que «présentent les jointures aiïectées par la goutte, prend une » teinte plus foncée encore, parfois presque noire; cette teint » persiste pendant plusieurs jours, après quoi, elle fait place

» aux nuances jaunes, vertes, etc., qui révèlent l'existence des exti-avasations sanguines. » ( W. Gairdner. On cjout. London, 18(;0, A' édit., p. 23.) — On peut lire à la page 300 de l'ouvrage cité du docteur W. Gairdner l'observation d'un cas de goutte dans lequel l'hémorragie sous-cutanée dont il est ici question était des plus prononcées (p. 21 de la trad.).

GouUe chronique d'emblée. - La goutte peut, comme le rhumatisme articulaire, revêtir dès l'origine, la forme chronique pour spécifier les cas de ce genre, M. le professeur Monneret propose la dénomination de cjouile chronique d'emblée, qui mérite d'être acceptée [Programme du cours de pathologie interne etc., 2^ année, 1862, p. 134). - Il n'est peut-être pas sans intérêt de remarquer que l'affection décrite par Landré-Beauvais dans sa dissertation inaugurale (Thèses de la Faculté de Paris an VIII), sous le nom de goutte asihénique primitive, n'est pas la goutte, mais bien le rhumatisme noueux. Les observations sur lesquelles se fonde le travail de Landré-Beauvais ont toutes été recueillies à l'hospice de la Salpêtriêre, où la goutte proprement dite ne se présente que très rarement. Les concrétions tophacees n'ont été rencontrées dans aucuns cas suivis de nécroscopie rapportés par l'auteur, (loc... cit... p. 23). ; or, l'existence de ces concrétions n'eût certainement pas manqué d'être constatée, s il se fut réellement agi de la goutte, (p. 24 )

Congestion du foie au début des accès de goutte. - Parmi les phénomènes qui marquent le plus souvent le début des accès de goutte, M. W. Gairdner (loc. cit., p. 17i; signale une tuméfaction passagère du foie, laquelle s'accuse d'ailleurs, comme à l'ordinaire, par les signes que fournissent la palpa tion et la percussion et par le développement anormal de l'hypochondre droit Les faits de ce genre n'avaient pas échappé à Scudamore ; il mentionne, entre autres, l'histoire d'un malade en proie à un premier accès de goutte, et qui, pendant les deux ou trois mois précédents, avait ressenti de l'embarras du côté du foie ainsi que de grands désordres dans l'estomac et dans le canal alimen-

.^00 NOTES SUIl LA COUITE

taire (Traité de la gouilc cl du rhumalisme. Paris, 1823. l. I, p. 120). Sujet à la goutte, et auteur d'un intéressant travail sur cette maladie, M. le docteur Galtier-Boissière ('i^e la gouite, Dissert, inaug. Paris, 1859, p. 41) a constaté plusieurs fois, sur luimême, cet accroissement temporaire du volume du foie, qui, chez certains goutteux, prélude aux accès. Il pense que la fréquente répétition de ces hypérémies périodiques peut, à la longue, occasionner la tuméfaction permanente du foie qu'on oiiserve assez fréquemment, ainsi que l'avait remarqué déjà Scudamore (loc. cit., p. 59) chez les individus qui souffrent de la goutte depuis longtemps (p. 25).

Siège de l'affection articulaire goutteuse. — Sur 40 cas de goutte primitive des extrémités inférieures observés par le docteur Braun, de Wiesbaden (Matériaux pour servir à une monographie sur la goutte. Paris, 1862, p. 7), l'affection a occupé le côté droit. La goutte paraiti-ait avoir, d'après cela, une certaine prédilection pour le côté gauche. — Dans ces mêmes 40 cas, la première attaque a porté 36 fois sur le gros orteil, 2 fois sur le dos du pied, 1 fois sur le genou, 1 fois sur la hanche (p. 27-28).

La douleur de la gouite aiguë comparée à celle du rhumatisme. — On a dit que dans la goutte, la douleur se montre sous forme d'un point situé sur le côté de l'articulation et qui existe parfois bien avant que la chaleur et le gonflement ne se soient manifestés; tandis que, dans le rhumatisme articulaire aigu, au contraire, la douleur est étendue, large pour ainsi dire, et embrasse toute la partie affectée (Guilbert, De la goutte et des maladies goutteuses. Paris, 1820, p. 110. — Gendrin, Leçons cliniques sur la gouite, d&ns Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, 1859, p. 483. — Vigla, Bulletin de la Société des hôpitaux. 1849, t. I, p. 178) Gela est parfaitement exact, au moins pour un certain nombre de cas (p. 30).

La goutte chronique comparée au rhumatisme noueux. — An

considérer même que le siège primitif des atleclions locales ainsi que le mode d'envahissement successif des jointures, il existe entre la goutte parvenue à cette époque de son évolution et le rhumatisme articulaire chronique d'emblée, de forme progressive — (rhumatisme goutteux, rhumatisme noueux des auteurs) — envisagé à son début, des traits de ressemblance et des caractères distinctifs qu'il ne sera peut-être pas sans intérêt de faire connaître dès à présent.

Dans le rhumatisme noueux, les articulations des mains, et, d'une manière plus précise, d'après mes propres observations, celles des phalanges entre elles, surtout les articulations métacarpo-phalangiennes des deux premiers doigts, sont, dans la majorité des cas, le premier signal du mal. L'examen de 41 cas étudiés à ce point de vue spécial, nous a fourni les résultats suivants : les diverses jointures qui viennent d'être mentionnées ont été les premières et les seules atteintes, pendant un espace de temps plus ou moins long, dans 21 cas; dans 7 autres cas, une ou deux grandes jointures, le poignet ou le cou-depied, par exemple, ont été affectés en même temps que les articulations des doigts; 9 fois l'invasion s'est faite exclusivement par les grandes jointures, telles que le genou ou le cou-depied; mais dans ces cas, les petites articulations des doigts n'ont pas tardé à se prendre. Dans 4 cas seulement, les jointures des gros orteils ou les petites articulations des pieds ont été envahies les premières, ainsi que cela a lieu dans la goutte.

Presque constamment, lorsqu'il s'agit du rhumatisme noueux, la maladie observe dans ses envahissements une parfaite symétrie. Ainsi les articulations homologues sont habituellement prises en même temps et parfois avec une égale intensité. MM. Adams Trealise on rheumaiic goal. London 1857, p. 219.) Ilomberg (Klinische Wahvnehmungen . Berlin, 1851, p. 98), W. Budd (The Symmeinj of disease, in Medic. chirurg. Trans., t. XXV, 1842, p. 158), ont beaucoup insisté, et avec raison, sur ce caractère que nous avons nous-même fait ressortir (Études pour servir à l'hisl. de l'a/feclion décrite sous les noms de goutte

asihénique, primitive, etc. Thèse, de Paris, 1853) (1) et qui ne se retrouve pas dans la goutte, au moins au même degré. Adams cite, comme tout à fait exceptionnel, un cas de rhumatisme noueux, dans lequel une seule des mains fut affectée pendant toute la durée de la maladie; Haygarth n'a rapporté également qu'un fait du même genre, et parmi les cas très nombreux de cette forme de rhumatisme chronique que j'ai observés, dans l'espace de six années, à la Salpôtrière, je n'ai vu que 3 fois la maladie former son action aux articulations d'un seul côté du corps.

A mesure qu'il progresse, le rhumatisme noueux peut se porter sur toutes les jointures ; à proprement parler, aucune d'elles n'est à l'abri de ses atteintes. Il est à remarquer cependant que les articulations des membres supérieurs sont encore, dans cette période ultime, plus souvent et plus profondément affectées que celles des membres inférieurs. Les articulations de la hanche et celles de l'épaule sont, en général, atteintes très tardivement, souvent très légèrement ; il est fréquent qu'elles soient respectées pendant toute la durée du cours de l'affection, ainsi que cela a lieu d'ailleurs, le plus souvent dans la goutte. Dans le rhumatisme articulaire chronique partiel, au contraire, — et c'est un point sur lequel nous devrons revenir plus loin — il n'est pas rare que l'articulation de l'épaule, ou celle de la hanche {morbus coxœ senilis) soient le premier siège, voire même le siège à peu près exclusif de la maladie.

Le mode suivant lequel les arthropathies se succèdent sur un membre, dans le rhumatisme noueux, est intéressant à noter ; mais là nous ne trouvons rien qui ne se rencontre également dans la goutte chronique généralisée. Aux membres supérieurs les doigts sont, dans les deux maladies, affectés les premiers, puis c'est le poignet, puis le coude, et enfin l'épaule ; aux membres inférieurs, le genou se prend après l'articulation tibio-tarsienne, la hanche après le genou. Sans doute, cet ordre de succession des affections articulaires n'est pas toujours

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