Voir p. 425 à 475 de ce volume
situés en dehors des tubes droits; 2" desdépôts d'urate de soude dépourvus, du moins en apparence, de structure cristalline, siégeant dans la cavité même des tubes dont ils représentent le moule interne et sur lesquels s'implantent les groupes de cristaux. Cette disposition mérite d'être rapprochée de celle qu'on observe, lorsqu'il s'agit des cartilages diarthrodiaux : dans ce dernier cas, les nombreux cristaux aciculaires qui pénètrent la substance fondamentale du cartilage, paraissent implantés par une de leurs extrémités dans les chondroplastes autour desquels ils rayonnent, tandis que la cavité de ceux-ci est littéralement remplie par les dépôts d'urate de soude amorphe (Gharcot et Cornil, loc. cit., p. 153 ; voy fig.3 ; et fig. 6 et fig, 7.) (p. 269).
AUérations du rein dans la goullc. — Les altérations du rein qu'on observe dans la goutte peuvent être rapportées à deux espèces bien distinctes :
I. En premier lieu, on trouve l'aftectioa décrite par M. Rayer sous le nom de Néphrite gouUeuse (Rayer, IraHé des maladies des reins, t. II, p. 42, 1840) ; c'est, à proprement parler, la gravelle du rein. Les lésions anatomiques sont les suivantes : 1° à la surface de la substance corticale et quelquefois dans son épaisseur, on remarque de petits grains de sable qui, vus au microscope ou traités par les réactifs convenables, sont facilement reconnaissables pour être de l'acide urique. Lorsque ces dépôts de sable sont considérables, la substance corticale, est plus ou moins altérée là où ils se sont opérés; 2» en outre des grains d'acide urique dans la substance corticale, on en voit quelquefois un plus grand nombre dans l'intérieur des mamelons ou des calices, enfin on trouve quelquefois dans les calices ou dans le bassinet, non seulement des grains de gravelle, mais encore de véritables calculs d'acide urique, ou des calculs dont le noyau est formé de cet acide. - Encore pou étudiées, les altérations concomitantes du tissu rénale et, rénal paraissent devoir être rapportées tantôt à la néphrite interstitielle, tantôt a la néphrite suppurative. - Pendant la
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vie, les lésions qui viennent d'être décrites peuvent rester latentes. Dans les cas où des graviers plus ou moins volumineux se sont engagés dans les uretères, elles se traduisent parles symptômes ordinaires de la colique néphrétique ; d'autres fois, les malades éprouvent, soit d'une manière pour ainsi dire habituelle, soit sous forme d'accès, des douleurs rénales plus ou moins accusées ; ils rendent, de temps à autre, en urinant, du sable d'acide urique cristallisé ; en même temps, les urines renferment une proportion variable d'albumine, et quelquefois, en outre, des globules rouges du sang.
II. En second lieu, on rencontre les lésions rénales de la maladie de Bright, tantôt sous la forme de la néphrite parenchymateuse, tantôt sous celle de la néphrite interstitielle. Ce dernier cas est, incontestablement, de tous le plus fréquent, et c'est à la néphrite interstitielle qu'il faut rapporter les descriptions qui ont été données du rein goutteux {goutxj kidney) par le docteur Todd et quelques autres médecins anglais. Sur 152 cas de néphrite parenchymateuse (rems à surface lisse) constatés par l'autopsie, le docteur Dickinson (Medico-chirurg . Transact., 1861, p. 170) n'en a rencontré qu'un seul qui fut relatif à un sujet goutteux, tandis que sur 281 cas de néphrite interstitielle {reins atrophiés, à surface rugeuse), 27 concernaient des individus qui, pendant la vie, avaient présenté les caractères les moins équivoques de la goutte. Il importe de remarquer d'ailleurs, qu'à part la coexistence des infarctus d'urate de soude, les lésions du parenchyme rénal dont il s'agit ne diffèrent en rien d'essentiel de ce qu'elles sont, dans la maladie de Bright ordinaire et indépendante de la goutte.
Au point de vue symptomalogique, la néphrite albumineuse, lorsqu'elle est liée à la goutte, se distingue, peut-être, entre toutes, par sa bénignité apparente, et par une évolution plus lente. Souvent l'anasarque et l'œdème font défaut ; ils sont rarement très accusés ; la proportion d'albumine que renferment les urines est fréquement peu considérable, etc. Ces caractères, toutefois, sont loin d'être constants.
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Quoi qu'il en soit, il est cei-tain que la néphrite albumineuse des goutteux peut, comme les autres formes de la maladie, s'accompagner des redoutables symptômes de Vurémie convulsive ou comateuse ; et il est au moins très vraisemblable que bon nombre d'accidents cérébraux qu'on rapporte à la goutte remontée ou mal placée, ne sont autre chose que des accidents urémiques subordonnés à l'affection rénale qui se développe si fréquemment sous l'influence de la goutte. La dyspepsie et la diarrhée urémiques, l'hémorrhagie intra-encéphalique, l'hypertrophie du cœur, sont aussi parfois des conséquences de la néphrite albumineuse, chez les goutteux. Ce sont là des faits que M. Garrod a d'ailleurs parfaitement reconnus et dont il sera plus amplement question par la suite.
— Sui- les altérations des reins dans la goutte, consultez : Rayer, lac. cit. — De Castelneau, loc. cit. —Todd, C/mica/ lectures 071 the Biseases of the urinary organs, etc. London, 1837, p 309.— G. Johnson, On the diseasesof the kidney. London, 18u2, pp. 78, 109, 173, 186. — W. R. Basham, On dropsy connected with diseases of the kidney ."t édition, London, 1862, pp. 203, 210. — Charcot et Cornil, loc. cit. — Charcot, Gaz. des hôpitaux, 2 aoél 1866, — S. Rosenstein, Die Pathologie und Thérapie der Nierenkrankheilen. Berlin, 1863, p. 220. - A. Fournier, De l'urémie. Paris, 1863, p. 83. - J. B. Malherbe, thèse de Paris, 13 août 1866.
Le docteur Bence Jones dit avoir rencontré, chez un goutteux des dépôts d'urate de soude cristallisé, dans la paroi des tubes bronchiques {Patholog. Society. — The Lancet, 1836, p. 98).
Dans le cas rapporté par Landerer, la concrétion aortique présentait la composition suivante : acide urique, U ; matière animale, 0 ; phosphate de chaux, 62; carbonate de chaux, 16; carbonate de magnésie, 2. [Buchner's repertorium, 1847, t. XIV, p. 60, et G. Day, Diseases of advanced Life. London, 1849, p. 267. — Bence Jones {loc. cit.) etBramson [Zeitschrifi fur ration, mediz., 1845, t. III) ont aussi rencontré de l'acide urique dans les concrétions de l'aorte thoracique chez des sujets goutteux (p. 273-275).
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Plaques osiéi formes des valvules miirales. — LobsLein cite un cas dans lequel des plaques ostéiforraes contenues dans Tépaissour des valvules mitmles étaient composées, suivant une analyse faite par le professeur Masuyer, de phosphate et d'urate de chaux et de soude [Traité d'anatomie pathologique, t. II, 1833, p. o27). Le docteur Samuel Edwards aurait observé un fait du même genre [The Lancel, 1850, t. I, p. 073). (P. 276).
Causes de la rareté relative de la goutte à Edimbourg et à Dublin. — M. Bennett [Clinical lectures on the principles ofmedicine. 2= édit., 1858, p. 916) fait également remarquer que la goutte est très rare chez le peuple à Edimbourg, et en général dans toute l'Ecosse. Cela tient, suivant M. Bennett, en partie à la sobriété des habitants, mais surtout à cette circonstance que leur seule boisson alcoolique est le whiskey, et qu'ils ne font pas usage des bières fortes et des vins capiteux dont la classe ouvrière de Londres use, au contraire, silargement. — De même qu'àEdimbourg, la goutte est rare à Dublin, chez la population ouvrière, et vraisemblablement pour les mêmes causes (voy. à ce sujet Todd, Clinical lectures on the urinary organs. London, 1857, p. 401. — J. F. Duncan, Dublin quarierly yozm?., May 1865 p. 302) (p. 287).
Influence de l'usage des bières fortes sur la production de la goutte. — Il paraît certain qu'à Londres, l'usage habituel et trop souvent l'abus de certaines bières fortes, telles que le porter et le stout, placent la population ouvrière dans des conditions hygiéniques toutes spéciales et qui doivent expliquer, en grande partie, pourquoi la population dont il s'agit se montre affectée assez fréquemment, bien plus fréquemment que cela ira lieu partout ailleurs ; c'est là du moins une opinion à laquelle les médecins anglais paraissent aujourd'hui se rattacher tous d'un commun accord et que Scudamore avait déjà ti-cs nettement exprimée. « Je suis disposé à penser, a-t-il dit, " qu'en Angleterre et particulièrement à Londres, la goutte est » devenue bien plus fréquente dans les basses classes de la
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,. société, depuis rusage très général et très abondant du porter.
C'est un liquide très nutriti! qui, joint aux spiritueux, et ,. même à une quantité modérée d'aliments solides, peut être ), regardé comme très propre à amener cette pléthore inflamma- ,) toire qui dispose à la goutte. » {Traité sur la nature et le traitement de la goutte. Paris, 1823, t. I, p. 103.) Sur cette question le docteur Todd n'est pas moins explicite : « Toutes les personnes, » dit-il, « qui font abus du porter souffrent tût ou tard de la » goutte »; et un peu plus loin : « La bière est par excellence l'ali- » ment de la goutte » (CUnical led. on t/ie urinanj Organs, 1837, p 4^00). — Dans plusieurs de ses écrits, le docteur T. Watson a témoigné dans le même sens (voy. the Lancet, 1843, p. 308. — Lectures on the principles of physic, t. II, p. 759. London, 1837) (p. 292.)
Rareté de la goutte dans les pays chauds. — Dans ses Klimatologische Untersuchungen(Notizen ueber die geographische Absent von Giaat. Leipzig, 1838, p. 212j, le docteur A. Muhry a rassemblé les nombreux documents qui témoignent que, sous les tropiques — aux Indes en particulier, en Afrique, au Pérou et surtout au Brésil — la goutte est rare ou même à peu prés inconnue, non seulement chez les indigènes, mais encore parmi les résidents européens. — Voir aussi sur le même sujet : A. Hirsch; Handbuch der historich-geographischen pathologie, t. I, p. 572. Erlangen, 1839) (pages 303-300.)
Influence de la race - L'influence de la race serait aussi fort importante à considérer; mais, sur ce point,les renseignements font défaut à peu prés complètement. Toutefois, le docteur Quarner a rapporté plusieurs observations de goutte survenue chez les nègres servant comme marins dans l'armée anglaise. (Edimburgh médical and surgicalJournal,mS,l. IV, p. 439) (p. 30b).
Saturnisme et goutte. - Ce point d'étiologie, mis en relief par M. Garrod, ne pouvait manquer d'éveiller l'attention des cliniciens. Bientôt, en Angleterre, des faits conlirmatifs furent pro-
dais, eu parLiculier par M. R. W. Falconer {/hitish médical Journal, November 1861, p. 464), et W. Begbie {Edinùurgh medicalJournal, Aiigust 1862, p. 125). On a môme pris soin de relever, dans les écrits de quelques anciens observateurs, plusieurs passages où une relation entre la colique Devonshir et la goutte se trouve mentionnée en termes plus ou moins formels. G. Musgrave, par exemple, dans sa dissertation sur VAriliritis sympiomalique, s'exprime comme il suit : « Alii véro colica apud Damnonium expomaceo immiti et acido nimis usurpato derivatur... Seplimo et ociavo œtatis lusiro sœpe colica tentatur ii, qui vinum hoc indigena polare soleant, itaque pergrœcari ; et ubi illa confirmât ur et jam inveterascit, non rare colicœ suppulutat arihrilis, cuni articulorum dolore, tumore, cœierique appartu, ad purce et genuinx arthriiidis faciem ordinato. » {De art/iritide sijmptomatica Genovœ, 1752 cap. X, art. 5. p. 65. — veniens.) Voici maintenant un passage extrait d'un Essai sur les eaux de Bath, publié en 1772 par le docteur W. Falconer : « Les eaux de Bath sont de la plus grande utilité dans le traitement des affections goutteuses qui succèdent quelquefois à la colique de Poitou, et qui ont été observées et décrites par le docteur Musgrave, et depuis, par le docteur Huxham. » Pour ce qui concerne ce dernier auteur, je dois déclarer que dans son opuscule sur la colique de Devonshi:-, je n'ai rien trouvé qui ait positivement trait à la goutte.
Viennent ensuite des documents de date moins ancienne. La collection des écrits inédits de C. Millier Parry Collections of Ihr, Unpu/jlished médical Wrilings of tlie late C. H. Parry, London, 1825, t. I, p. 243), recueil riche d'observations cliniques intéressantes, et qui révèlent presque toujours une rare sagacité, contient un tout petit chapitre daté de 1807, et portant ce titre : Gout from Lead (Goutte par le plomb). J'observe, y dit Fauteur, qu'après la paralysie saturnine, des malades d'âge moyen, d'ailleurs auparavant bien portants, sont très sujets à éprouver des accès de goutte dans les membres. M. G..., entre autres, a eu la goutte au pied, et il en a éprouvé quelque soulagement. » — Charcot. OEuv. comp. t. vu. Mal. des Vieillards.
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Trois cas de gouLle arUculaire conséeulive à la paralysie des mains, suite d'intoxication saturnine, sont encore mentionnés dans un nouvel Essai sur les eaux Bath, publié en 1822 par le docteur Barlow. — Parmi les observations que renferme le recueil des leçons faites par le docteur Todd, en 1843, au collège des médecins de Londres, nous pourrions en citer une, fort remarquable; où Ton voit un peintre en bâtiments être atteint poiir la première fois de la goutte après avoir subi plusieurs attaques de coliques de plomb, et éprouver, par suite, une nouvelle atteinte de colique saturnine {Praciicals Remarks on Goul, etc. London, 1843, p. 44) ; un second cas de goutte développée chez un individu atteint de paralysie saturnine se trouve dans les leçons cliniques du même auteur, sur les maladies du système nerveux [Clinical lect. on Paralysis, etc. London, 1856, p. 530 et seq.). Parmi les réflexions qui suivent cette observation, on remarque la phrase suivante : « Chez ce malade nous avons constaté un accompagnement fréquent de l'intoxication saturnine, c'est-à-dire la goutte ». Le docteur Tood, dans un ouvrage postérieur au précédent (Disease oflhe Urinary Organs, sect, 13, on Goul, p. 400. London, 1837), a signalé d'ailleurs les peintres en bâtiments au nombre des individus de la classe ouvrière atteints de goutte qui fréquentent le plus souvent les hôpitaux de Londres. Enfin, le docteur Bence Jones a, lui aussi, fait remarquer que les plombiers et les polisseurs de glaces sont particulièrement disposés à contracter la goutte {The Lancel, p. 43, 183G).
On voit qu'en définitive, les résultats de cette revue rétrospective, de même que les témoignages récents, paraissent favorables à la thèse soutenue par M. Garrod. Il ne faut pas oublier toutefois qu'à Londres, la prédominance du régime animal, l'usage des bières fortes, placent les ouvriers en général — et ceux qui manient le plomb ne se distinguent en rien sous ce rapport — dans des conditions spéciales qui suffisent à expliquer, au moins en partie, pourquoi la goutte est chez eux fréquente. U paraît, par conséquent, fort difficile, au milieu d'éléments etiologiques complexes, de démêler la part d'influence qm peut
revenir au plomb. On comprend par là de quels poids seraient pour la solution de la question, des études comparatives faites dans les localités où l'hygiène alimentaire spéciale aux ouvriers de Londres ne peut plus être incriminée.
En France, en Allemagne, du moins à notre connaissance, on ne s'est pas occupé jusqu'ici de savoir s'il existe en efTet, un rapport de causalité entre l'intoxication saturnine et la goutte. J ai dans le temps entrepris quelques recherches sur ce sujet, et j'ai publié, in extenso, l'observation d'un individu atteint de la goutte chronique avec concrétions tophacées et chez qui le genre de vie, pas plus quel'héridité ne pouvaient être invoqués; seule l'intoxication saturnine, caractérisée par plusieurs accès de colique de plomb, se dessinait nettement chez lui dans l'histoire des précédents pathologiques. Mais je dois reconnaître qu'en somme, il résulte de mon enquête, qu'à Paris, où les maladies de plomb sont nombreuses, la goutte est très rare cependant, dans les hôpitaux, même parmi les individus qui sont sous le coup de l'intoxication saturnine. D'après cela, je crois qu'il est permis dédire, dès à présent, que s'il paraît acquis que l'intoxication saturnine — ainsi que le veut M. Garrod — peut, avec le concours d'autres causes prédisposantes, contribuer puissamment à développer la goutte, rien ne démontre cependant que la goutte puisse se produire pour ainsi dire de toutes pièces, par l'influence exclusive ou tout au moins prédominante de l'intoxication saturnine. — Compar. Charcot. L'intoxication saturnine exerce-t-elle une influence sur le développement de la goutte. — Gaz. hebdomad., 1863, p. 433, ^(p. 308-311).
Dans trois cas où l'intoxication saturnine s'était compliquée d'une afîection articulaire mal déterminée, j'ai recherché, avec l'assistance de mon ami le docteur Vulpian, et en suivant le procédé décrit par M. Garrod, si le sang contenait un excès d'acide urique. Le résultat de nos recherches a été négatif dans les trois cas. 11 est vrai que nous n'avons pas opéré sur le sérum du sang, mais bien sur la sérosité obtenue par l'application de vé-