‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 59 sur 232 · GOUTTE VISCÉRALE · texte numérisé non relu

GOUTTE VISCÉRALE

blances si proi'ondos qui rapprochenL la gouUe du rhumatisme, ot les différences qui l'en séparent.

Mais, avant de descendre sur le terrain de la clinique pour aborder la description des faits particuliers, il nous paraît mdispensable de préciser autant que possible le sens de cette expression : goutté viscérale.

11 ne faut point appliquer indistinctement ce terme à toutes les maladies dont le goutteux peut se trouver atteint; ces affections, — dont les unes sont purement accidentelles, tandis que les autres n'ont, avec la goutte, qu'une parenté assez éloignée, — sont modifiées, il est vrai, par la nature du terrain sur lequel elles se développent ; mais on ne saurait les ranger au nombre des conséquences directes de cette maladie.

Nous réserverons donc le nom de goutte viscérale aux phénomènes morbides qui peuvent se développer dans nos organes intérieurs, sous l'influence immédiate de la diatlièse goutteuse ; et dans cette série pathologique, nous distinguerons deux groupes naturels : le premier comprend les troubles fonctionnels qui relèvent de cet état général ; le second embrasse les lésions organiques qui peuvent se développer sous son influence.

C'est surtout au premier de ces deux groupes que s'appliquent les expressions de goutte larvée, mal placée, rétrocédée, qu'on rencontre à chaque pas dans les auteurs ; et pour conserver à cet ordre de faits morbides un caractère homogène, on ne doit y faire rentrer que les affections viscérales qui, nous tous les rapports essentiels, sont analogues aux lésions articulaires delà goutte, et jouent le même rôle dans le drame pathologique, si l'on fait abstraction du siège qu'elles occupent.

Permettez-moi, pour mieux vous faire saisir ma pensée, de citer ici quelques exemples. Un individu, depuis longtemps dyspeptique, éprouve subitement un accès de goutte; le voilà

r.OlITTK VISCIÎRAI.E

gLieri de sa dyspepsie, du moins en apparence ; mais, les accidents arliculaires une fois calmés, l'estomac redevient malade comme autrefois. Voilà, messieurs, un cas incontestable de goutte viscérale, dans lequel l'estomac semlile remplaceras articulations dans la série des manifestations morbides, et se trouve, en quelque sorte, appelé à souffrir à leur plac'e. On sait de môme qu'un malade affecté de convulsions épileptiformes peut devenir goutteux, et que laguérison des accidents nerveu.Kpeut quelquefois s'ensuivre; Garmd en a rassem])lé plusieurs observations.

Dans les cas de ce genre, l'affectfon viscérale paraît consister en un trouble purement dynamique ; tout au plus existe-t-il une modificatfon superficielle des tissus. On comprend, d'ailleurs, que la gravité de ces manifestations est subordonnée au siège qu'elles occupent.

Mais on voit presque toujours manquer ici ces dépôts cristallisés d'urate de soude, qui, dans les cartilages et les tissus fibreux, viennent inscrire en quelque sorte l'histoire des accès antérieurs. Au reste, les éléments anatomiques peuvent être, comme nous l'avons signalé plus haut, imprégnés d'urate de soude sans offrir de dépôts cristallins. Ces affections offrent un caractère essentiellement mobile : elles paraissent et disparaissent subitement ; elles peuvent coexister avec les accidents articulaires, les précéder ou les suivre; mais, dans la majorité des cas, on les voit alterner avec eux. Dans le cas où l'affection viscérale est antérieure à la goutte articulaire et constitue pendant un temps plus ou moins long la seule manifestation de la diathèse, on lui donne le nom de goutte larvée; lorsqu'au contraire elle succède aux accidents du côté des jointures, elle reçoit celui de govtte remontée ou rétrocédée, pourvu toutefois que la métastase ait été provoquée par l'intervention manifeste d'une cause extérieure, le froid, par exemple. Ou dit enfin que la goutte est remontée cTellc-

GOUTTE VISCERALE

même lorsque le cléplacemenUles symptômes s'esL effectué

spontanément.

C'eslici que se présente l'un des problèmes lesplus difficiles à résoudre, dans l'étude que nous avons entreprise. Les accidents de la goutte viscérale peuvent-ils exister chez des sujets dont les jointures n'ont jamais été et ne serontjamais malades ? En d'autres termes, la goutte larVée peut-elle exister mdependamment de la goutte articulaire? La chose est au moins vraisemblable ; mais de combien de difficultés la démonstration

n'est-elle pas entourée !

Remarquons toutefois que ces phénomènes peuvent exister chez un suj et issu de parents goutteux , et dès lors manifestement prédisposé à la goutte. C'est là une première présomption en faveur de l'hypothèse que nous nous efforçons de défendre. En second lieu, l'affection viscérale se présente souvent sous l'une des formes qu'elle revêt habituellement lorsqu'elle coexiste avec la goutte articulaire. En troisième lieu, il est des cas où l'affection des jointures se montre à l'état rudimentaire, et se manifeste par des élancements douloureux {hvinges). Enfin, la diathèse urique, caractérisée par l'ensemble des phénomènes que nous avons précédemment décrits, peut venir donner à ces manifestations viscérales de la goutte un cachet d'authenticité qui ne pourra guère être révoqué en doute, lorsqu'on aura constaté la présence de V acide urique dans le sang.

Il nous reste maintenant le second groupe, celui des lésions organiques, qui succèdent presque toujours à 1 a longue aux affections delà première espèce, et occupent le même siège. Au reste, nous sommes loin d'admettre une distinction absolue entre ces deux ordres de phénomènes, et nous croyons volontiers que les troubles fonctionnels ne sont que le premier degré de ces modifications de texture, qui donnent naissance à des troubles permanents.

AFl'ECriOiNS DU TUBE OIGESTII'

iNous nous sommes eflbrcés, messieurs, de réduire à des notions très-simples la nomenclature si compliquée des affections goutteuses ; et pour imprimer ces notions dans votre esprit avec une clarté plus grande encore, nous les résumerons dans le ta])leau suivant ;

1 ,^ l r^iu-vôe (précède)

„ ,, . \ l'oiu'Lioiinelle.

rioiillc viseenilp. . ( / Rcmonléo (snil).

Anatomiqiic, avec lésions permanentes.

Nous allons maintenant étudier successivement les deux formes dégoutte viscérale que nous avons reconnues, dans chacun des organes, dans chacun des appareils qui peuvent en devenir le siège.

iNous commencerons par le tube digestif, car c'est sur ce point que les affections de ce genre se développent de préférence ; et l'on a pu dire avec raison que « la goutte est à V estomac ce que le rhumatisme est au cœur (1).»

A. Nous ne dirons qu'un seul mot sur une affection assez rare de l'œsophage, signalée par StoU et Garrod : il s'agit de la constriction spasmodique de ce conduit, qui s'oppose au passage du bol alimentaire. Un accès de goutte amène la résolution de cet état.

B. Occupons-nous maintenant de la goutte gastrique, sujet que nous avons effleuré déjà, en vous parlant de la dyspepsie habituelle aux sujets goutteux, ainsi que des accidents nerveux qui l'accompagnent.

1. Bail. — Thèse poiir le concours de rafjréfja/ioii . p. 158.

COLTTE llKMOrSTlÔl'; A L ESTOMAC «^-^

La poulie larvée de resLomac précède les accès eL peut même se développer avant loni affection arliculaire : chez un orandnombre de sujets, aussitôt que les jointures sont prises, . L troubles gastriques éprouvent un amendement notable

Chez un malade dont nous avons nous même recueilli 1 observation, il existait des troubles digestifs avant le premier accès de goutte ; le diagnostic fut fondé sur la présence d une concrétion tophacée de Foreille externe, et la marche ultérieure des accidents vint confirmer complètement notre manière de voir. ^

Dans un autre cas, il y avait eu autrefois seul accès de goutte articulaire. Une dyspepsie intense s'était déclarée plus tard; et après avoir vainement invoqué les secours delà science régulière, le malade crut devoir s'adresser à l'homœopathie. Un succès inespéré vint couronner ce mode de traitement, et l'on applaudissait déjà d'avoir eu recours à la médecine nouvelle, lorsque tout à coup il survint un accès de goutte au pied, qui donna l'exphcation de cette guérison miraculeuse ; il s'agissait ici d'une manifestation viscérale de la diathèse.

La goutte réirocédée ou remontée à l'estomac diffère de la goutte larvée, par la gravité qu'elle peut offrir ; c'est ici qu'on a souvent l'occasion d'observer ces symptômes graves, qui aboutissent quelquefois h la mort.

La goutte, à ce que l'on prétend, peut remonter d'ellemême ; c'est la métastase spontanée de Guilbert. Mais le plus souvent ce déplacement a été provoqué par l'intervention d'une cause directe. Le cours régulier de la maladie a été interrompu par une émotion vive, par une indigestion, ou par un traitement intempestif; impatient de souffrir, le malade a commis l'imprudence de plonger le membre dans l'eau glacée (Lynch, Parry), ou de s'administrer un remède spécial, le colchique, par exemple (Trousseau, Potton de Lyon). On voit

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