POINT DE VUE THÉORIQUE
Le débat a été vif, passionné parfois de part et d'autre ; mais il faut l'avouer, malgré tout, les questions qu'il a soulevées paraissent même aujourd'hui, en partie du moins, enveloppées encore d'une obscurité profonde.
A la vérité, c'est le côté théorique qui semble avoir surtout préoccupé les médecins qui ont pris part à ce débat. Il leur a paru plus particulièrement intéressant de rechercher par quel mécanisme une affection préexistante des voies urinaires peut retentir sur le centre spinal, et y déterminer soit une lésion organique, soit un trouble superficiel, se traduisant d'ailleurs, dans les deux cas, par un état paralytique ou parétique des membres inférieurs. .On s'est beaucoup moins attaché, en générai, à établir sur des observations régulières les caractères cliniques et anatomo-pathologiques de ces affections spinales consécutives.
Sans doute^ l'interprétation pathogénique est un point de la plus haute importance ; c'est, en quelque sorte, le couronnement de toute construction pathologique. Mais encore fautil, avant de songer à élever l'édifice, avoir sondé de toutes parts le terrain sur lequel on veut l'asseoir, et s'être assuré de la valeur des matériaux qu'on va mettre en œuvre. Eh bien, Messieurs, dans l'espèce, je n'hésite pas à le déclarer, cette précaution élémentaire a été trop souvent négligée, et telle est, si je ne me trompe, la raison qui fait que la confusion règne encore sur la plupart des points de l'histoire des paraplégies urinaires.
I Vous pressentez, par ce qui précède, que c'est sur le terrain de la clinique et de l'anatomie pathologique que je voupraiâ vous conduire tout d'abord, dans cette étude des parablégies consécutives aux maladies des voies urinaires. Nous ne négligerons pas, cependant, le point de vue physiologique et nous essaierons de pénétrer dans cette voie aussi
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profondément que cela est possible dans l'état actuel de la science.
Il est indispensable, en premier lieu, de prouver la réalité de l'existence des paraplégies urinaires. Vous savez que, sous ce nom, on désigne des affections pcirétiques ou 'paralytiques des membres inférieurs, survenant clans le cours de' certaines maladies des voies urinaires, et paraissant devoir être rattachées U celles-ci, a titre d'effet consécutif, d'affection deutéropathique.
Dès l'abord, il est nécessaire, bien entendu, de rejeter de notre cadre les affections des reins ou de la vessie, qui se produisent non plus comme cause, mais au contraire comme conséquence d'une maladie de la moelle épinière ; nous sommes éclairés maintenant, par nos études antérieures, sur la nature et la genèse de ces affections consécutives des voiesgénito-urinaires-, il n'est pas nécessaire d'y revenir.
Pour réaliser le but que je me propose, on peut invoquert d'assez nombreuses observations. Le nombre même des faitss dans lesquels on voit, au cours d'une maladie des voies uri naires, apparaître la paraplégie, suffit déjà pour montreri jusqu'à l'évidence qu'il ne s'agit pas là d'une coïncidence fortuite. Mais, lorsqu'on veut spécifier les caractères cliniquee ou anatomiques de ces paraplégies et indiquer les circonstances qui président à leur développement, on se trouve en présence d'obstacles de tous genres, et le nombre des faitt se réduit alors singulièrement. Quoi qu'il en soit, même er ne tenant compte que des observations régulières, on arrm bientôt, après les avoir comparées, à reconnaître qu'elles don vent être ramenées à des catégories tout a fait distinctes.
PARAPL1ÉGIES URINAIUES : VARIÉTÉS 325
1° Un premier groupe comprend les paraplégies urinaires dans lesquelles la moelle épinière est le siège d'une lésion inflammatoire et qui, pendant la vie, se révèlent par l'ensemble des symptômes qui appartiennent à la myélite.
2° A un second groupe se rapportent les cas dans lesquels la paraplégie se présente avec des caractères symptomatiques tout différents -, dans ces conditions, on observe plutôt une parésie, une faiblesse des membres inférieurs, qu'une paralysie, dans l'acception littérale du mot. Les symptômes sont fugaces, sujets à des amendements et à des exacerbations successives. L'invasion des accidents est quelquefois rapide-, leur cessation peut avoir lieu, elle aussi, tout à coup. D'ailleurs, en dehors du phénomène j)arésie, on n'observe rien qui rappelle les symptômes graves, propres aux lésions spinales profondes et, de fait, la nécroscopie a plusieurs fois permis de constater en pareil cas l'intégrité, apparente au moins, de la moelle épinière. C'est, Messieurs, cette forme de paraplégie urinaire, désignée sous le nom de paraplégie réflexe, qui a été surtout l'occasion des discussions auxquelles je faisais allusion tout à l'heure.
3° Le troisième groupe se compose des cas dans lesquels la faiblesse des membres, notée dans le cours de la maladie urinaire, reconnaît pour cause, non plus une affection spinale, mais bien une lésion des nerfs du plexus sacré produite d'une manière directe, pour ainsi dire, par propagation de proche en proche du travail morbide.
Les deux premiers groupes nous occuperont surtout; quant au troisième, nous nous bornerons à indiquer rapidement les faits qui le concernent.
PREMIÈRE VARIÉTÉ : MYÉLITE
Myélite consécutive aux maladies des voies urinaîres. — Dans ces circonstances, il s'agit d'une myélite partielle siégeant, au moins primitivement, à la partie supérieure du renflement lombaire. Cette indication vous permet déjà de prévoir par quelle réunion de symptômes la maladie va s'accuser. Toutefois, avant d'aller plus loin, il importe de connaître les conditions au milieu desquelles prennent naissance ces myélites consécutives.
Rare chez les femmes, cette sorte de myélite paraît être, en revanche, assez commune chez les hommes. D'ordinaire, elle se développe dans le cours des maladies des voies urinaires de longue durée.
Une gonorrhée plus ou moins prolongée ouvre la scène ; il s'ensuit un rétrécissement qui a pu être l'occasion d'une introduction répétée du cathéter. La cystite et la néphrite même ont pu se produire consécutivement. C'est, dans la règle, au milieu de ces circonstances qu'apparaît la paraplégie. — Elle peut se montrer encore, liée à une maladie de la prostate, à une cystite ou à une pyélo-néphrite d'origine calculeuse. On peut considérer comme exceptionnel un cas rapporté par M. Leyden, dans lequel la myélite aurait succède à une cystite développée sous l'influence d'une simple rétention d'urine 1 occasionnée par un refroidissement. ^
En général, les accidents spinaux apparaissent plusieurs années seulement après l'invasion de l'affection urinaire,
1 Leyden, Centralblatt, 1865, 1"' cas. - Rétention d'iirine de pins de qi|aranteSh'enres de dnrée snrvenne à ^-.^^^f'^Zlt^S^ST^V^^^^ consécntive. Qnatre semaines après la ^-^^t^^^X^n^ ■^rSopsie, r^ symptômes de la paralysie des membres mfeneuis, a laiitopsie,
ment rouge de la moelle lombaire.
MYÉLITE : SYMPTÔMES 327
souvent deux, cinq, dix ans même. Ils éclatent à l'occasion d'une exacerbation des symptômes de la maladie primitive ou d'une complication inattendue. C'est ainsi que dans un cas rapporté par M. Ogle \ la paraplégie est survenue dans le temps où se produisait une suppuration rénale chez un sujet atteint depuis cinq ans de cystite calculeuse.
Dans une observation analogue citée par le docteur GuU, le ramollissement spinal s'est montré alors qu'en conséquence d'une g-onorrhée un abcès s'était produit près du bulbe, établissant une communication entre le rectum et la vessie 2. Le fait cité plus haut de M.Leyden, et dans lequel la paralysie survint quatre semaines seulement après une rétention d'urine déterminée par l'impression du froid, montre que la complication spinale peut se présenter d'une façon beaucoup moins tardive, dans le cours d'une maladie des voies urinaires.
Je ne m'arrêterai pas, bien entendu, à décrire les symptômes de la maladie des voies urinaires à laquelle succède l'affection spinale-, je ne m'arrêterai pas non plus long-uement sur les phénomènes qui révèlent celle-ci, car ils ne sont autres, vous l'avez compris, que les symptômes appartenant à tonte myélite transverse siégeant au-dessous du renflement lombaire ou occupant la partie supérieure de ce renflement.
Des fourmillements, des engourdissements, un sentiment de constriction, apparaissent d'abord dans les membres inférieurs, et sont bientôt suivis d'une anesthésie ou d'une analgésie occupant surtout les extrémités de ces membres; la douleur dorso-lombaire et la douleur en ceinture font rarement défaut. Une paraplégie avec flaccidité plus ou moins complète ne tarde pas à s'accuser, elle s'accompagne, à un