L-ÉSIONS ANCIENNES DES OREILLES
tances qui viennent d'être indiquées, devait diriger notre attention du côté des oreilles, et voici ce que l'examen nous a fait reconnaître : 1° Il se produit de temps à autre, depuis fort longtemps, des écoulements de pus mêlé de sang par les deux oreilles, par la gauche surtout -, 2° a droite, la membrane du tympan est épaissie, couverte de dépôts verdâtres-, à gauche, elle a disparu, et elle est remplacée par des bourgeons fongueux. Il y a de ce côté un affaiblissement considérable de l'ouïe. — Ces diverses lésions ont été, du reste, régulièrement constatées par un médecin plus particulièrement versé dans l'étude des maladies de l'oreille et qui nous a obligeamment prêté son concours.
Sous la forme extraordinairement accentuée qu'il revêt chez notre malade, cet ensemble symptomatique, que l'on désigne vulgairement sous le nom de maladie de Méniere, est sans doute difficile à reconnaître -, il n'en est plus de même si, par l'étude des antécédents, on se reporte à quelques années en arrière, c'est-à-dire à une époque où les crises pour ainsi dire dissociées se produisaient d'ailleurs avec des caractères qui rappellent dans ses traits principaux la description classique.
Il n'y a guère plus de six années, en effet, que chez Gr. . . l'état vertigineux s'est établi d'une façon permanente, de manière à rendre la marche, la station même impossibles et à nécessiter le confinement au lit. Avant cette époque, les accès ont été durant longtemps distincts, séparés par des intervalles plus ou moins longs durant lesquels tout semblait rentrer dans l'ordre. C'est ce que nous apprennent les détails de l'observation que M. Debove a recueillie avec le plus grand soin.
Il faut faire remonter les premiers accidents vers l'âge de 17 ans-, — aujourd'hui Gr... est âgée de 51 ans. — Il s'est agi tout d'abord d'une affection de l'oreille gauche, marquée surtout par des élancements douloureux qui, maintes fois, ont troublé le sommeil-, les écoulements de pus mêlé de sang
MARCHE DE LA MALADIE : ACCÈS oiô
ont été fréquents dès cette époque. Pendant longtemps, la malade a été placée sous la direction de Ménière. — Les accès vertigineux, d'abord rares et peu intenses, se sont progressivement accentués et rapprochés ; mais dès l'origine ils paraissent avoir présenté, en raccourci, il est vrai, les caractères plus accentués qui les distinguent aujourd'hui. Ainsi, la malade se souvient fort bien qu'entre la 26" et la 38^ année il lui arrivait fréquemment, étant assise, d'éprouver tout à coup des bourdonnements d'oreilles très intenses, et aussitôt il lui semblait que sa chaise se brisait sous elle... Elle poussait un cri, se levait vivement, et tout était fini. Plus tard, vers l'âge de 38 ans, les bourdonnements prémonitoires firent place à des sifflements aigus et en même temps les nausées et les vomissements commencèrent à faire partie intégrante des accès. Ceux-ci survenaient souvent dans la rue-, Gir... éprouvait alors le plus habituellement la sensation d'une chute en avant et elle se voyait obligée, pour ne pas tomber, de s'appuyer contre le mur.
Ils se montraient aussi fréquemment, à la maison, aux heures de travail, et Gir..., dans le cours des années qui ont précédé son admission dans cet hospice, avait pris l'habitude singuHère de se placer, durant les heures qu'elle passait chez elle, dans une position telle que sa tête fût légèrement renversée en arrière, les jambes étant un peu élevées. Grâce à cette position qui lui est habituelle encore [aujourd'hui, les • vertiges se montraient, assure-t-elle, moins fréquents et moins pénibles.
Vers l'âge de 45 ans, les accès s'étaient rapprochés au point de devenir pour ainsi dire subintrants : peu de temps iiprès la malade fut admise à la Salpêtrière, où elle est depuis six ans sous nos yeux, dans l'état lamentable où vous la voyez aujourd'hui.